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> Brice Matthieussent (Traducteur)

ISBN : 2264027754
Éditeur : 10-18 (1999)


Note moyenne : 4.25/5 (sur 170 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
"Toutes les histoires sont des histoires d'amour", déclare Robert McLiam Wilson en exergue. Certes, l'amour mène le monde... et les héros de son roman par le bout du nez. Mais quoi, faudrait-il céder à la fureur ambiante et finir par poser des b... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par Hahasiah, le 10 décembre 2012

    Hahasiah
    "J'ai voulu planter un oranger
    Là où la chanson n'en verra jamais
    Là où les arbres n'ont jamais donné
    Que des grenades dégoupillées..."
    Belfast dans les années 80. La ville ressemble à un charnier. Qui se souvient encore de l'odeur entêtante des fleurs d'oranger? Catholiques et protestants se disputent alors avec hargne une terre déchirée et gorgée de sang. le terrorisme est un lieu commun : émeutes, attentats et tueries rythment le quotidien des habitants. Dans ce climat de haine et d'intolérance, un groupe d'amis tente de vivre subissant de plein fouet le chaos quotidien. Tous ont la trentaine, âge où la maturité vient doucement frapper à votre porte. Âge où cultiver l'insouciance de la jeunesse n'est plus de mise. Âge où il est raisonnable de devenir enfin raisonnable. de petits boulots en histoires d'amour ratées, ils glissent sur la vie sans parvenir véritablement à s'y arrimer. Parmi eux, Chuckie Lurgan , archétype du loser attachant : protestant, célibataire, sans emploi, il boit et maîtrise l'art de la procrastination. Chuckie vit sous le même toit que sa mère dans une maison chétive d' Eureka Street
    Allons voir, si son meilleur ami peut mieux faire ! Jake Jackson : catholique, célibataire tombant amoureux en un battement de cils, n'arrivant pas pour autant à « conclure » et exerçant un travail terriblement détestable. Jake gagne sa vie en récupérant appareils électroménagers et meubles impayés chez des particuliers pris à la gorge. Aaaaah l'exquise satisfaction d'avoir accompli une bonne action envers son prochain et d'avoir ponctué sa journée de myriades de petites bontés...Ou pas! Que dire de plus sur lui ? Sa Sarah l'a quitté il y a peu et le seul être qui partage son morne appartement est un chat qui l'abhorre encore plus que Jake ne le déteste! le chien est bel et bien le meilleur ami de l'homme, c'est sûr!
    Robert McLiam Wilson nous promène dans ces quartiers populaires de Belfast où l'on suit avec plaisir les pérégrinations de ces sympathiques paumés : leurs plans drague pas toujours heureux (et pourtant, ils s'entraînent!), leurs combines pour gagner de l'argent (et là croyez-moi, ils ont des idées !), leurs réflexions sur la vie, les femmes et leur pays dévasté. On se prend d'affection pour ces funambules maladroits cherchant à trouver leur équilibre entre blessures de l'enfance, rires entre copains, quête identitaire, poursuite d'un idéal et amours contrariées. On les voit progresser, trébucher, tomber, se relever, s'engluer sur la toile de cette existence misérable dans laquelle ils se débattent. Fébrile, on attend l'issue. le moment où l'on saura si les protagonistes iront, oui ou non, vers un devenir heureux, vers leur voie, vers cet « eurêka » qui leur est propre.
    Eureka Street est incontestablement un roman qui fourmille d'émotions et de sensations. La vie déborde de chaque page et emporte le lecteur en pleine Irlande blessée. Tour à tour, ému, souriant, au bord des larmes, pantelant, éclatant de rire, on ne peut qu'être vaincu par le style séduisant, addictif et original de l'auteur.
    Eureka Street , c'est aussi un livre que l'on quitte à regrets comme un de ses moments de convivialité entre amis que l'on aimerait voir s'éterniser. Une poignée d'heures privilégiées où la liesse et la confidence sont de mises. Un de ces interludes agréables où le temps des réjouissances, à peine arrivé, est déjà terni par l'idée d'une séparation future.
    "Buvons un verre, allons pêcher
    Pas une guerre ne pourra durer
    Lorsque la bière et l'amitié
    Et la musique nous ferons chanter"
    (extraits de La ballade nord-irlandaise de Renaud)
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    • Livres 5.00/5
    Par Elphie, le 13 avril 2011

    Elphie
    Alors déjà, j'aime énormément la façon d'écrire de Robert McLiam Wilson. Son style est tout aussi percutant que l'histoire en elle-même. Je suis une adepte des phrases courtes mais qui marquent, alors autant dire que j'ai été servie là ! Pas de fioritures, il dit les choses telles qu'elles sont, et au diable les politesses, quand il faut être vulgaire, il n'hésite pas à l'être. J'ai aussi bien aimé le fait d'alterner entre la 1ère personne pour Jake et la 3ème pour tous les autres. On ressent plus facilement ses émotions et son état d'esprit. C'est peut-être ça aussi qui fait qu'on s'attache énormément à lui
    Les personnages sont vraiment brillants. Aucun n'est parfait, mais ils essayent tous de s'améliorer... chacun à sa façon, et ça ne marche pas à chaque fois, mais ils essayent quand même. C'est un autre point qui m'a particulièrement marqué dans le roman, c'est qu'on voit les personnages évoluer. Jake et Chuckie en tête. Et puis c'est tellement optimiste de savoir que c'est grâce à une fille qu'ils ont ainsi changer - enfin, surtout Chuckie. Et là encore, l'auteur a fait fort, car il a réussi à ne pas tomber dans la guimauve. du début à la fin, il arrive à être "juste" et surtout crédible dans les sentiments et pensées de ses personnages.
    Sur la 4ème de couverture de mon édition il est marqué "(...)on suit ses personnages qui ne savent jamais s'ils sont tragiques ou comiques".Et c'est tout à fait ça je trouve. A des moments on ne sait pas si on doit les plaindre pour ce qu'ils vivent ou bien les condamner pour ce qu'ils font ou ont fait.
    Eureka Street est vraiment une ode à Belfast. On suit ces personnages tous plus différents les uns que les autres mais qui ont tous un point commun : ils aiment Belfast. Malgré les bombes qui explosent, malgré le sort qui s'acharne contre eux, malgré l'horreur et la douleur qu'ils traversent tous les jours, ils aiment leur ville. Même Chuckie qui aurait pu se la couler douce outre-atlantique décide de revenir à Belfast. D'ailleurs, j'ai trouvé le chapitre 10 (celui consacré que à la ville et aux "histoires) vraiment beau... Surtout quand on lit celui qui vient après...
    Pendant tout le livre j'ai été partagée entre rires, espoir, larmes, horreur et consternation, mais en tournant la dernière page je me suis sentie plus - comment dire? - "légère". Oui c'est le mot. C'est comme si tout d'un coup on m'enlevait un poids, j'étais totalement euphorique! Je sais pas trop si vous arrivez à voir ce que je veux dire... Enfin bref, juste pour dire que j'ai eu un sourire béat aux lèvres pendant un très long moment Ce qui est plutôt surprenant en fait car la fin n'est pas idyllique que ça. Mais ça ne s'explique pas -on se sent juste...bien en fait.
    Je voulais détailler les passages qui m'avaient le plus marqués, mais je me rends compte que c'est impossible - ou alors il faudrait que je mette les 3/4 du livre!
    Eureka Street vient de monter au somment de mes livres préférés, et croyez-le ou non, mais rien que d'en parler ça me donne envie de le relire ^^
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    • Livres 5.00/5
    Par Readingintherain, le 15 mai 2013

    Readingintherain
    Et là, on a un souci. Des semaines que j'écris majoritairement sur des bouquins moyens et maintenant que je me retrouve face à un vrai chef d'œuvre, je voudrais faire un billet splendide, sensible, bien écrit, passionnant, pour vous donner réellement envie de lire Eurêka Street, et je sèche. Je sèche, forcément, je me sens rouillée et en plus j'ai la sensation que quoi que j'écrive, je ne saurai pas rendre hommage à ce pu** de roman qui m'a retournée, m'a redonné le sourire et foi en la lecture et en le roman contemporain. Je pourrais m'arrêter là, je pourrais ne pas raconter comment il est venu entre mes mains mais c'est une jolie histoire alors voilà
    Je m'baladais sur l'avenue le cœur ouvert à l'inconnu, il faisait beau, c'était l'un des premiers samedis de beau temps de 2013 à Paris autant vous dire qu'on était de sortie avec les copines et après un thé avec des scones (au beurre salé et à la crème fraîche, je vous rassure, je ne suis pas si chic) on est parties éliminer les calories marcher dans la rue Montorgueil qu'elle est jolie. Là, il y avait une boutique éphémère d'Amnesty International qui vendait des bouquins, le principe était donnez-nous vos livres, choisissez ceux que vous voulez sur les tables, payez ce que vous voulez. On nageait dans les Fortune de France (déjà lu) et les Houellebecq (lirai plus) quand, avec une exclamation, Christine, car c'est de Christine qu'il s'agit, certains d'entre vous auront reconnu la seule personne qui me fasse entrer dans un salon de thé, quand avec une exclamation donc Christine s'est écrié « ah, lis ça, c'est génial ! « . Vous, je sais pas, mais moi, dans ce genre de cas, je suis obéissante. Donc j'ai obtempéré et je l'ai rajouté à ma pile. Oui, j'avais fait une pile, mais c'est pas ma faute pis en plus c'était pas cher (oui, bon, aussi, il faut dire que j'ai laissé trop de sous, mais c'était pour une bonne œuvre). Et je l'ai lu, très vite, très accrochée, complètement dedans.
    C'est superbe, c'est fort, ça se la joue petit roman sur de petites gens et en fait ça met une grande baffe dans la gueule sans être difficile d'accès (non, au contraire, ça se lit super bien), ça se passe en Irlande, il y a des catholiques, des protestants, l'IRA, des filles, des garçons, des parents, des enfants, c'est un superbe bouquin et il faut absolument que vous le lisiez.

    Lien : http://www.readingintherain.com/2013/05/eureka-street-r-mcliam-wilson/
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    • Livres 5.00/5
    Par Chinchilla, le 10 janvier 2013

    Chinchilla
    Comme souvent quand j'ai un coup de cœur pour un livre, je ne sais pas quoi en dire. C'est étrange, je sais, mais je ne sais pas par où commencer pour donner aux gens l'envie de le lire sans pour autant les spoiler, je ne trouve pas d'arguments hyper constructifs autres que "c'est vachement bien".
    Enfin, je vais essayer quand même, ça risque d'être décousu.
    Eureka street, c'est d'abord une ode à Belfast, ville déchirée par les luttes (poliment qualifiées de "troubles") entre protestants et catholiques. Robert McLiam Wilson réussit en quelques mots à nous faire aimer sa ville et à rire de tout, même du pire.
    Mais de quoi ça cause ? de deux amis, l'un catholique, l'autre protestant, et de tous les gens qui font partie de leur vie. Jake Jackson, ex gros dur au cœur d'artichaut ne s'est pas remis du départ de son ex, une anglaise qui a finit par en avoir marre des bombes, des attentats, de l'armée à tous les coins de rue et qui est rentrée à Londres. Jake passe maintenant son temps à faire des petits jobs miteux et à tomber amoureux toutes les cinq minutes. Heureusement, il a sa bande de potes avec qui il passe ses soirées au pub (ben oui, on est en Irlande). Parmi eux, il y a Chuckie, son meilleur pote, trentenaire grassouillet qui vit chez sa mère et qui décide un jour de devenir riche pour les beaux yeux d'une américaine. Il invente des trucs plus tordus et immoraux les uns que les autres, et le pire, c'est que ça marche.
    Et sur les murs de la ville, un sigle étrange fait son apparition: OTG. Est-ce un nouveau parti politique ? Un groupe armé ? Catholique ? Protestant ? Personne ne le sait.
    L'histoire des personnages est bien entendu liée à celle de Belfast, la peur des attentats des contrôles policiers arbitraires, la haine entres catholiques et protestants, tout cela se répercute inévitablement sur la vie de ses habitants. Et pourtant, ils continuent à vivre, à aller boire des pintes au pub, à rigoler entre potes, à tomber amoureux.
    Ce qui ressort de ce livre, c'est que finalement catholiques et protestants ne sont pas si différents, les quartiers pauvres des deux communautés se ressemblent bien plus qu'il n'y parait et la véritable différence, c'est entre riches et pauvres qu'il faut la chercher, entre les extrêmes des deux côtés : Sinn Fein et IRA pour les républicains, Orangistes et UVF chez les unionistes. Et au milieu : les habitant de Belfast qui voudraient juste qu'on leur foute la paix et que leur ville ne passe plus aux infos tous les jours à causes des affrontement entre les deux clans.
    Heureusement, l'opinion politique de l'auteur n'est pas assénée lourdement, mais ressort naturellement à travers les actes et les pensés des personnages. Enfin, j'ai quand même bien ri en voyant le poète Shague Ghinthoss, évocation à peine voilée de Seamus Heaney, qui écrit sur les haies et les pelles. de même Jimmy Eve, n'est autre que Gerry Adams (wouhou, Adam, Eve, jeu de mot ^^). Les républicains -et les unionistes aussi d'ailleurs- sont présentés de façon peu glorieuse par Jake, qui est pourtant catholique mais du genre qui veut qu'on lui foute la paix. Car derrière les idéaux de Aiorghe (pour ceux qui se poseraient la question, je dirais que ça se prononce eer'hou avec h aspiré, enfin, plus ou moins), jeune femme qui croit aux préceptes républicains dur comme fer et pense que la fin justifie les moyens, il y a la face cachée de l'engagement politique et la description de l'attentat de Fountain street qui m'a vraiment marqué. Les victimes des attentats cessent d'être des nombres, X victimes, X blessés, mais redeviennent des êtres humains avec un nom, un visage, une histoire, des projets, une famille, des amis qui vont les regretter.
    Et pourtant, le livre ne s'arrête pas là et la vie non plus. On continue quand même et le livre arrive à reprendre un ton léger et drôle et à nous faire rire de la bêtise humaine, du ridicule de certaines situations. Je ne me suis jamais ennuyé en lisant les presque 600 pages de ce livre. Certaines anecdotes sont vraiment drôles, comme cet anglais de bonne famille qui pourrait vivre confortablement à Londres mais préfère Belfast car les hommes sont tellement laids et stupides qu'ils lui offrent un succès inespéré avec la gente féminine irlandaise sans se fatiguer. Les personnages arrivent toujours à nous surprendre derrière une première impression de loser sur les bords, on rit de bon cœur et on apprend à aimer la ville dont l'auteur à si bien capturé l'essence. Ca fait un peu pompeux comme phrase mais c'est exactement ça.
    Quant au style de l'auteur, âmes sensibles, attention au vocabulaire peu châtié des personnages, mais ça vaut vraiment le coup. le style est bon, vif, ça se lit vite et bien et ça n'est jamais ampoulé. L'alternance de première personne pour Jake et de troisième personne pour les autres nous rapproche de ce personnage et met une certaines distance avec les autres, dressant leurs portraits pour arriver au portrait de la ville elle-même.
    Est-ce que j'aurais autant aimé ce livre si je n'avais pas vécu en Irlande et que je ne m'intéressais pas à l'histoire contemporaine de l'île ? Je n'en sais rien du tout, certaines choses me seraient peut-être passé a dessus, mais je crois que ce roman est assez universel pour intéresser des lecteurs moins voire pas du tout irlandophiles.

    Lien : http://celtictwilight.hautetfort.com/archive/2009/06/18/eureka-stree..
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    • Livres 4.00/5
    Par carre, le 15 décembre 2011

    carre
    A travers le portrait de Belfastiens trentenaires, catholiques ou protestants, Mc Liam Wilson, lui -même Irlandais, nous raconte avec humour et émotion la vie au quotidien dans la capitale secouée par les attentats et les meurtres.Entre Jake le protestant qui vient de perdre sa compagne et qui se lit d'amitié avec le jeune Roche, le gros Chukhie le catholique qui devient millionnaire, amoureux d'une jeune américaine et qui découvre l'homosexualité de sa mère ou encore la révoltée Saoirse c'est une Belfast dévastée mais au combien vivante que nous décrit Mc Liam Wilson. Malgré la terreur des attentats la vie reprend le dessus et c'est avec beaucoup de drôlerie et d'amour que l'auteur mène son récit Avec malice et amour surtout pour cette ville. Un roman dont on quitte les personnages avec tristesse. Une réussite.
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Citations et extraits

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  • Par Philippe-rodolphe, le 03 septembre 2012

    L’histoire de Robert cessa d’intéresser quiconque. Il perdit son emploi. Il perdit ses amis. Il se mit à boire pour se rappeler, pas pour oublier. Et il se mit à pleuvoir dans son cœur pour le restant de ses jours.

    Ainsi, en bref, un mélange complexe d’histoire, de politique, de circonstances et de trajets aboutit à la détonation d’une bombe de cinquante kilos dans l’espace restreint et donnant sur la rue d’une petite boutique de sandwiches mesurant sept mètres sur quatre. Cet espace confiné et la puissance du dispositif créèrent une explosion d’une telle ampleur qu’une grande partie du premier étage du bâtiment s’effondra en se déversant dans la rue. Il y avait quatorze personnes dans la boutique de sandwiches. Il y avait cinq personnes dans le salon de beauté situé à l’étage lorsqu’il s’écroula, et douze dans la rue au voisinage immédiat des éclats de verre et de métal et du salon de beauté explosé. Trente et une personnes en tout, dont dix-sept cessèrent d’exister sur-le-champ ou plus tard, et don onze furent blessées au point de perdre un membre ou un organe vital. (…) Beaucoup de gens souffrirent de coupures et d’entailles. Beaucoup de gens furent terrorisés. Quelques infirmiers et infirmières improvisés, qui avaient pénétré dans la boutique une fois que la fumée et la poussière se furent dissipées, découvrirent des visions atroces et émétiques qui devaient rester comme une pellicule posée sur tout ce qu’ils verraient ensuite au cours de leur vie.

    Dans le silence déchirant, assourdissant, qui suivit l’explosion, s’immisça une chose grotesque ressemblant à la paix. Les morts étaient morts, beaucoup de mourants étaient inconscients ou incapables de parler, la plupart des blessés ou des victimes terrifiées étaient en état de choc ou simplement très très surpris. (…)

    [La liste des noms des victimes…] Cette liste est absurde. Cette liste s’oublie facilement.

    Identifiés, anonymes. Présents à la mémoire, oubliés. Ils ont tous fait le grand saut, spécialité des morts. Qu’ils aient décédé aussitôt, presque aussitôt ou plus tard, tous on fait le grand saut. Quitter le monde des vivants pour se transformer en cadavre : la transition la plus rapide du monde.

    Egrener leur liste est absurde et impossible. Tous avaient leur histoire. Mais ce n’étaient pas des histoires courtes, des nouvelles. Ce n’aurait pas dû être des nouvelles. C’aurait dû être des romans, de profonds, de délicieux romans longs de huit cent pages ou plus. Et pas seulement la vie des victimes, mais toutes ces existences qu’elles côtoyaient, les réseaux d’amitié, d’intimité et de relation qui les liaient à ceux qu’ils aimaient et qui les aimaient, à ceux qu’ils connaissaient et qui les connaissaient. Quelle complexité… Quelle richesse.

    Qu’était-il arrivé ? Un événement très simple. Le cours de l’histoire et celui de la politique s’étaient télescopé. Un ou plusieurs individus avaient décidé qu’il fallait réagir. Quelques histoires individuelles avaient été raccourcies. Quelques histoires individuelles avaient pris fin. On avait décidé de trancher dans le vif.

    C’avait été facile.

    Les pages qui suivent s’allègent de leur perte. Le texte est moins dense, la ville plus petite
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  • Par jovidalens, le 31 juillet 2012

    J'ai passé deux ans chez Mamie et Matt. Au nombre de visiteurs masculins, reconnaissants et d'âge divers qui venaient les voir, j'ai bientôt deviné que Matt et Mamie avaient déjà joué les parents adoptifs. J'avais raison. Ils n'avaient jamais eu d'enfant et ils avaient compensé ce manque en accueillant des gamins que personne ne voulait approcher. Ils avaient connus des durs à cuire. [...] Un seul avait mal tourné.Il était déjà mort, abattu par son propre camp...[...]
    Nous autres les gamins, on les volait, on les arnaquait, on leur tapait dessus[...] mais Matt et Mamie avaient continué à les aimer tous, absolument et inconditionnellement; [...] A partir de 1964, dix-sept gosses leur étaient passés entre les mains . Mamie disait toujours avec fierté qu'elle avait la plus grande famille de toute la ville. Certains de ses "enfants" avaient plus de quarante ans. Ils étaient avocats, médecins, entrepreneurs ; ils étaient maris et pères.
    Matt et Mamie avait adopté des générations de vauriens pour en faire, avec obstination et sans la moindre récompense, des êtres humains.
    Matt et Mamie étaient bizarres.
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  • Par Philippe-rodolphe, le 03 septembre 2012

    C’était un vendredi en fin de soirée, il y a six mois, six mois depuis que Sarah était partie. Dans un bar, je bavardais avec une serveuse nommée Mary. Elle avait les cheveux courts, un cul très rebondi et les grands yeux d’une enfant malheureuse. Je la connaissais depuis trois heures et j’avais déjà un blues à fendre l’âme.
    Chuckie Lurgan était sorti d’ici une demi-heure plus tôt, en titubant après s’être retrouvé sans le rond, moyennant quoi j’avais passé vingt bonnes minutes à lui remonter les bretelles.

    Dans ce bar, Mary n’était qu’une serveuse parmi tant d’autres, mais je ne l’avais pas simplement remarquée. Au début, elle ne m’appréciait pas. Beaucoup d’hommes auraient sans doute pris ça pour une réticence passagère, mais moi je croyais qu’elle voulait me tuer, sans même se demander pourquoi. Elle était dure. Elle se hérissait et m’exhibait tous ses petits piquants pointus. Je suis certain qu’elle comprenait qu’ainsi je tomberais forcément amoureux d’elle. Je suis sûr qu’elle le savait.
    Puis elle s’est mise à jouer à la serveuse avenante et à me taquiner chaque fois qu’elle nous servait une tournée. Enfin, dès qu’elle avait un moment de libre, elle s’asseyait en face de moi, à la place récemment occupée par Chuckie. Nous en étions là. Il y avait quelque chose d’étrange dans sa façon de me regarder, lentement, d’un air dubitatif, sans la moindre chaleur. Il y avait aussi quelque chose d’étrange dans l’inclinaison de sa tête lorsqu’elle refusait ma cigarette pour allumer la sienne. Je crois que je pensais que je lui plaisais. Je crois que je pensais à la ramener chez moi.

    Et puis, sa curieuse manière de me regarder n’était peut-être rien en comparaison de la curieuse manière dont moi je la regardais. Je sentais que mon visage et mes yeux disaient tout.

    C’était moi tout craché. Le grand style érotique dans l’arrière-salle d’un pub irlandais. Mais malgré mes envolées verbales, j’étais un timide, un nigaud. J’étais incapable d’annoncer la couleur. Ainsi, alors que je pérorais en tournant autour du pot, Mary m’a demandé de la ramener chez moi.

    Me retrouver assis dans ce bar pendant que le personnel faisait la fermeture était plus déconcertant que vous ne l’imaginez. Je gardais les yeux fixés sur le goulot de ma bouteille en faisant la sourde oreille aux rires étouffés des collègues de Mary. Le gros videur protestant a retiré sa veste de smoking, remonté ses manches et arboré ses tatouages de l’UVF. Il a essayé de discuter avec moi tout en balayant le plancher, mais j’ai eu peur de lui répondre quelque chose de trop catholique. J’ai fait de mon mieux pour ne pas remarquer sa présence et j’ai essayé de penser à Sarah. En vain.

    Je crois que c’était la première vraie nuit de printemps et les bourrasques tièdes m’ont redonné le moral tandis que nous quittions le bar, Mary et moi. J’ai feint de ne pas reconnaître l’épave qui me tenait lieu de voiture et j’ai suggéré que nous marchions.
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  • Par juliem, le 20 décembre 2011

    A la maison, j'ai pris une douche, ignoré mon chat, mis mon costume et filé droit vers le supermarché. La fille qui avait le béguin pour moi y serait peut-être et je ne trouvais pas mieux. Je savais que j'étais triste, prêt à faire des courses dont je n'avais pas besoin pour retrouver une adolescente que je n'allais même pas draguer. J'étais triste, mais heureux ainsi.
    J'ai racheté des champignons. Je n'arrivais pas à trouver autre chose. La fille qui avait le béguin pour moi n'était pas là. Mais je suis tombé amoureux. J'ai été servi par un gamin de dix-sept ans à l'ahurissante tignasse rousse et à l'acné invraisemblable, inégalable. C'était évidemment sa première semaine de boulot. Et il ne faisait rien correctement. Il marmonnait des paroles inaudibles et tout son visage rougissait au-dessus de son col de chemise. Il rougissait à la caisse, il rougissait devant les bananes, les baguettes et le fromage frais. Il rougissait infiniment plus que ma petite serveuse. Je ne crois pas qu'il rougissait à cause d'une quelconque passion pour moi. Quand il a tourné sa tête de rouquin, j'ai aperçu le sonotone niché juste derrière l'oreille, juste sous les cheveux. Ce gamin rougissait tout bonnement parce qu'il se considérait comme une mauvaise idée, une erreur colossale. Ça m'a donné envie d'embrasser son gros cou. Ça m’a donné envie de mourir d'amour.
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  • Par Philippe-rodolphe, le 03 septembre 2012

    Matt et Mamie m’avait adopté quand j’avais quinze ans. Quand toutes les hor­reurs s’étaient pas­sées avec mes vrais parents et que les flics m’avaient mis le grap­pin des­sus avec les assis­tantes sociales. Après quelques semaines de salles d’audience et de foyers divers, on m’avait traîné jusqu’à la mai­son de Matt et Mamie.

    Des années plus tard, ils m’ont dit qu’à mon arri­vée j’étais un vrai enfant-loup. Violent, ren­fermé, le truc clas­sique. Les divers repré­sen­tants de tous les ser­vices offi­ciels avaient recom­mandé de me pla­cer en ins­ti­tu­tion, mais un esprit opti­miste et huma­niste avait pensé que j’étais indé­nia­ble­ment humain. Et ce même esprit avait aussi pensé à Matt et Mamie.

    Ils n’avaient pas besoin de me le rap­pe­ler. Je n’avais jamais oublié mon pre­mier jour chez eux. Ils habi­taient Antrim Road à l’époque. Ils n’étaient pas riche – plu­tôt d’une bour­geoi­sie cos­sue –, mais leur mai­son, leurs biens étaient pour moi inima­gi­nables. Comme à aucun prix je ne vou­lais pas­ser ma soi­rée à répondre à leurs ques­tions bien­veillantes, ils m’ont accom­pa­gné dans ma chambre.

    Ç’avait été un tel gâchis, mon enfance, ma jeu­nesse, tout y avait été si affreux – le truc de la pau­vreté, le truc de l’Irlande – et j’avais sur­vécu à toutes ces épreuves comme un cow-boy en contre­pla­qué. En fin de compte, j’avais encaissé tous les coups et, mal­gré les plaies et les bosses, j’étais aujourd’hui debout. Mais ce soir-là j’ai pleur, pleuré à en mou­rir. J’ai san­gloté en silence jusqu’à ce que ma tête soit brû­lante et sur le point d’éclater et que mon nez coule comme deux fon­taines jumelles.

    Et tout ça seule­ment à cause de mon dessus-de-lit. Mamie avait étendu un dessus-de-lit vert et brodé sur mes cou­ver­tures. Je ne savais abso­lu­ment pas en quoi il était, mais son poids et sa tex­ture étaient ceux de la pros­pé­rité même. Ce n’était qu’un bout de tissu mais il a été trop pour moi, ce dessus-de-lit. Je n’avais jamais vu un vert pareil. Je n’arrivais pas à com­prendre que cette femme que je ne connais­sais pas ait posé ce machin sur le lit pour mon confort, mon plai­sir. J’ai frotté des­sus mon nez brû­lant et mor­veux, et j’ai dormi tout habillé.

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Extrait de "La douleur de Manfred" de Robert McLiam Wilson. Lecture et images par Mike Noel.








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