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> Brice Matthieussent (Traducteur)

ISBN : 2264027754
Éditeur : 10-18 (1999)


Note moyenne : 4.26/5 (sur 252 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
Dans un Belfast livré aux menaces terroristes, les habitants d'Eureka Street tentent de vivre vaille que vaille. Chuckie le gros protestant multiplie les combines pour faire fortune, tandis que Jake le catho, ancien dur au coeur d'artichaut, cumule les ruptures. Autour ... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 4.00/5
    Par lehane-fan, le 09 juin 2013

    lehane-fan
    Traduction littérale d'Eureka street : à lire de toute urgence !
    Une bande de potes désoeuvrés et paumés dans un Belfast laminé par le chômage et balafré par les conflits religieux , voilà le propos cyniquement lucide d'un auteur natif de cette ville arborant presque ironiquement comme emblème un trèfle à quatre feuilles pourtant bien loin d'apporter joie , bonheur , prospérité et U2 puissamment beuglé , le corps et l'âme noyés sous des flots ininterrompus de Guinness , à chaque union protestant / catholique , assez rare il est vrai...
    A part Sunday Bloody Sunday , je vois pas...
    Trois héros récurrents dans ce petit bijou d'humour désabusé .
    Jake le catholique et Chuckie le protestant . A priori , rien en commun mais les à priori , hein , ça vaut ce que ça vaut...Deux adultes célibataires presque trentenaires , aussi paumés et blasés qu'ils sont intimement liés par une amitié certes chaotique mais toujours bien ancrée .
    Petits boulots qu'ils s'ingénient à perdre dans les plus brefs délais , beuveries , filles d'un soir quand soir il y a , beuveries , lamentables et pathétiques larcins , beuveries...
    Les jours , mois , années se suivent sans véritable changement notoire ni quelque espoir futur que ce soit . Jusqu'au jour où...
    Autre élément central incontournable , ce Belfast en crise que McLiam Wilson chérit pourtant tant . Renaud , tu te calmes !
    Une description au cordeau de cette principale ville d'Irlande du Nord souffrant de mille maux , le terrorisme n'étant pas le moindre .
    Deux stratosphériques glandeurs en puissance dans une ville susceptible de filer le bourdon à un mormon dépressif , rien de ragoûtant au menu serait-on tenter de croire .
    Et là je m'inscris en faux votre honneur ! Des mecs attachants au possible , oublier les seconds couteaux serait leur faire injure , à la verve corrosive et acerbe , moi je dis benco ! Auquel je rajouterai Nesquik et Poulain , injonction du CSA oblige...
    La plume de McLiam Wilson , tour à tour ironique , douloureuse et désenchantée , est malgré tout un véritable hymne au bonheur ! Chaque réplique fait mouche . L'auteur n'en fait jamais des caisses . Toujours sur le fil , il ne verse jamais dans la démonstration et contrebalance talentueusement un morne quotidien par un incroyable sens de la répartie ! Sorte de Tontons Flingueurs irlandais à la verve jouissive qui laisseraient à penser qu'aussi désespérée qu'une situation puisse être , il reste encore et toujours l'espoir...
    Eureka street : lu et fortement conseillé par Archimède ! A lire dans sa baignoire , comme de bien entendu , beaucoup plus pratique que sous la douche...
    4,5/5
    http://www.youtube.com/watch?v=k¤££¤26De Guinness 28¤££¤
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    • Livres 4.00/5
    Par tynn, le 12 mai 2014

    tynn
    Belfast années 90.
    Ville lasse, plate, grise et taguée de sigles vindicatifs d'appartenance catholique ou protestante. Une paix molle s'est installée mais le conflit reste dans les gènes, telle une gangrène impossible à enrayer: les frondes républicaine et unioniste restent larvées et la ségrégation religieuse est une position politique. L'extrémisme est présent dans les deux camps, le quotidien des habitants est une lutte insidieuse, et L'IRA fait encore sauter des bombes...
    "Les irlandais tuent des irlandais pour libérer des irlandais ": ubuesque!
    Le catholique Jake, mélancolique et pacifiste, rongé de solitude et de peines de coeur côtoie le bon gros Chuckie, protestant débonnaire, pas très futé mais surdoué pour les combines financières. Autour d'eux, le chaudron nord irlandais où bouillonnent des extrémistes, des pacifistes, des idéalistes, des flics belliqueux, des femmes éreintées par la détresse et la pauvreté, des gamins des rues vindicatifs et sans enfance...
    Dans les quartiers populaires, les hommes tuent leur vie médiocre en buvant des litres de bière dans des pubs nauséabonds, enfumés et crasseux. Les soirées sont des gigantesques beuveries à insultes et coups de poings car l'irlandais est par nature dissipé, bagarreur, querelleur, qu'il soit catholique ou protestant.
    Toute attitude pacifique est rejetée, déconsidérée, toute tentative de conciliation au coin d'un pub s'apparente à de la traitrise.
    Une vision de l'intérieur, impressionnante de réaliste, de fatalisme et de violence (il faut parfois s'accrocher). Tout cela en mode narratif ironique, humoristique, sarcastique et désabusé. Un grand écart permanent entre bouffonnerie et terrorisme. Et un très beau message de foi en un avenir possible.
    Et Belfast, la ville, est le fil conducteur: on croit voir les rues grises et pavées de misère, les quartiers de briques rouges, le plafond bas du ciel, les hurlements de poivrots, les injures en gaélique.
    Je conseille, je conseille...meilleur livre sur l'imbroglio politico-terroriste de l'Irlande du Nord que j'ai pu lire...
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    • Livres 5.00/5
    Par joedi, le 23 février 2014

    joedi
    À la lecture d'Eureka street, je découvre un grand écrivain, il m'a emmenée dans sa ville, il raconte sans pudeur aucune, avec humour et émotion, la vie quotidienne de ces habitants d'une capitale secouée par les attentats.
    Je découvre Belfast, les habitants d'Eureka street qui tentent de vivre vaille que vaille, Chuckie le gros protestant qui multiplie les combines pour faire fortune, Jake, le catho, ancien dur au cœur d'artichaut qui cumule les ruptures sentimentales. Je les accompagne, avec leurs amis, dans leurs beuveries, dans leurs recherches de petits boulots vite abandonnés, dans le train de la Paix avec Jake..., j'assiste impuissante à l'éclatement d'une bombe dans une sandwicherie ..., j'admire la fraternité qui les unit.
    J'aurais beaucoup à dire mais je résume tous mes non-dits par : à lire !
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    • Livres 5.00/5
    Par Elphie, le 13 avril 2011

    Elphie
    Alors déjà, j'aime énormément la façon d'écrire de Robert McLiam Wilson. Son style est tout aussi percutant que l'histoire en elle-même. Je suis une adepte des phrases courtes mais qui marquent, alors autant dire que j'ai été servie là ! Pas de fioritures, il dit les choses telles qu'elles sont, et au diable les politesses, quand il faut être vulgaire, il n'hésite pas à l'être. J'ai aussi bien aimé le fait d'alterner entre la 1ère personne pour Jake et la 3ème pour tous les autres. On ressent plus facilement ses émotions et son état d'esprit. C'est peut-être ça aussi qui fait qu'on s'attache énormément à lui
    Les personnages sont vraiment brillants. Aucun n'est parfait, mais ils essayent tous de s'améliorer... chacun à sa façon, et ça ne marche pas à chaque fois, mais ils essayent quand même. C'est un autre point qui m'a particulièrement marqué dans le roman, c'est qu'on voit les personnages évoluer. Jake et Chuckie en tête. Et puis c'est tellement optimiste de savoir que c'est grâce à une fille qu'ils ont ainsi changer - enfin, surtout Chuckie. Et là encore, l'auteur a fait fort, car il a réussi à ne pas tomber dans la guimauve. du début à la fin, il arrive à être "juste" et surtout crédible dans les sentiments et pensées de ses personnages.
    Sur la 4ème de couverture de mon édition il est marqué "(...)on suit ses personnages qui ne savent jamais s'ils sont tragiques ou comiques".Et c'est tout à fait ça je trouve. A des moments on ne sait pas si on doit les plaindre pour ce qu'ils vivent ou bien les condamner pour ce qu'ils font ou ont fait.
    Eureka Street est vraiment une ode à Belfast. On suit ces personnages tous plus différents les uns que les autres mais qui ont tous un point commun : ils aiment Belfast. Malgré les bombes qui explosent, malgré le sort qui s'acharne contre eux, malgré l'horreur et la douleur qu'ils traversent tous les jours, ils aiment leur ville. Même Chuckie qui aurait pu se la couler douce outre-atlantique décide de revenir à Belfast. D'ailleurs, j'ai trouvé le chapitre 10 (celui consacré que à la ville et aux "histoires) vraiment beau... Surtout quand on lit celui qui vient après...
    Pendant tout le livre j'ai été partagée entre rires, espoir, larmes, horreur et consternation, mais en tournant la dernière page je me suis sentie plus - comment dire? - "légère". Oui c'est le mot. C'est comme si tout d'un coup on m'enlevait un poids, j'étais totalement euphorique! Je sais pas trop si vous arrivez à voir ce que je veux dire... Enfin bref, juste pour dire que j'ai eu un sourire béat aux lèvres pendant un très long moment Ce qui est plutôt surprenant en fait car la fin n'est pas idyllique que ça. Mais ça ne s'explique pas -on se sent juste...bien en fait.
    Je voulais détailler les passages qui m'avaient le plus marqués, mais je me rends compte que c'est impossible - ou alors il faudrait que je mette les 3/4 du livre!
    Eureka Street vient de monter au somment de mes livres préférés, et croyez-le ou non, mais rien que d'en parler ça me donne envie de le relire ^^
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    • Livres 5.00/5
    Par HannibalLectrice, le 11 avril 2014

    HannibalLectrice
    4ième de couverture

    "Eureka street entremêle, avec une virtuosité digne de ses maîtres Hugo et Dickens, les destins d'une ribambelle d'habitants de Belfast qui tentent de suivivre dans une ville où la menace terroriste est permanente. Il y a Chuckie, le gros protestant paumé qui devient millionnaire en brassant des affaires aussi légales qu'extravagantes. Il y a sa chère mère qui découvre sur le tard, au grand désespoir de son fils, le bonheur saphique. Il y Jake le catho, dont les filles brisent systématiquement le coeur. Il y a Roche, le gavroche des rues de Belfast. Il y a Aoirghe, la fanatique républicaine au caractère impossible. Et aussi Max, l'Américaine qui voulait fuir à Belfast violence yankee. Robert McLiam Wilson est prodigieux de drôlerie et d'humanité quand il suit à la trace ses personnages qui ne savent jamais s'ils sont tragiques ou comiques. Eureka street est un grand livre et son auteur un formidable écrivain. Belfast peut lui dresser une statue."

    Mon avis

    Une lecture faite en dilettante, en dilettante car lu de nombreuses critiques dithyrambiques, en prenant tout mon temps, car voilà le genre de livre qui se lit avec parcimonie pour en déguster toutes les saveurs. Merci, grand merci à vous M. McLiam Wilson, cela faisait longtemps qu'un livre ne m'avait pas donné autant à réflexion.
    Votre écriture ne fut pas sans me rappeler (un peu) celle de Kinky Friedman, vos personnages à la fois drôles, bouleversants, attachants, vivants au jour le jour, survivants même car qui pour ne pas se rappeler Belfast et ses horreurs? Une belle leçon d'amour, de tolérance et de respect que vous avez écrit là, toutes ses valeurs sont ressenties à chaque page, une histoire écrite avec vos tripes, votre coeur....
    Un très grand moment de lecture, une nouvelle fan amoureuse vient de voir le jour.
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Citations et extraits

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  • Par Philippe-rodolphe, le 03 septembre 2012

    L’histoire de Robert cessa d’intéresser quiconque. Il perdit son emploi. Il perdit ses amis. Il se mit à boire pour se rappeler, pas pour oublier. Et il se mit à pleuvoir dans son cœur pour le restant de ses jours.

    Ainsi, en bref, un mélange complexe d’histoire, de politique, de circonstances et de trajets aboutit à la détonation d’une bombe de cinquante kilos dans l’espace restreint et donnant sur la rue d’une petite boutique de sandwiches mesurant sept mètres sur quatre. Cet espace confiné et la puissance du dispositif créèrent une explosion d’une telle ampleur qu’une grande partie du premier étage du bâtiment s’effondra en se déversant dans la rue. Il y avait quatorze personnes dans la boutique de sandwiches. Il y avait cinq personnes dans le salon de beauté situé à l’étage lorsqu’il s’écroula, et douze dans la rue au voisinage immédiat des éclats de verre et de métal et du salon de beauté explosé. Trente et une personnes en tout, dont dix-sept cessèrent d’exister sur-le-champ ou plus tard, et don onze furent blessées au point de perdre un membre ou un organe vital. (…) Beaucoup de gens souffrirent de coupures et d’entailles. Beaucoup de gens furent terrorisés. Quelques infirmiers et infirmières improvisés, qui avaient pénétré dans la boutique une fois que la fumée et la poussière se furent dissipées, découvrirent des visions atroces et émétiques qui devaient rester comme une pellicule posée sur tout ce qu’ils verraient ensuite au cours de leur vie.

    Dans le silence déchirant, assourdissant, qui suivit l’explosion, s’immisça une chose grotesque ressemblant à la paix. Les morts étaient morts, beaucoup de mourants étaient inconscients ou incapables de parler, la plupart des blessés ou des victimes terrifiées étaient en état de choc ou simplement très très surpris. (…)

    [La liste des noms des victimes…] Cette liste est absurde. Cette liste s’oublie facilement.

    Identifiés, anonymes. Présents à la mémoire, oubliés. Ils ont tous fait le grand saut, spécialité des morts. Qu’ils aient décédé aussitôt, presque aussitôt ou plus tard, tous on fait le grand saut. Quitter le monde des vivants pour se transformer en cadavre : la transition la plus rapide du monde.

    Egrener leur liste est absurde et impossible. Tous avaient leur histoire. Mais ce n’étaient pas des histoires courtes, des nouvelles. Ce n’aurait pas dû être des nouvelles. C’aurait dû être des romans, de profonds, de délicieux romans longs de huit cent pages ou plus. Et pas seulement la vie des victimes, mais toutes ces existences qu’elles côtoyaient, les réseaux d’amitié, d’intimité et de relation qui les liaient à ceux qu’ils aimaient et qui les aimaient, à ceux qu’ils connaissaient et qui les connaissaient. Quelle complexité… Quelle richesse.

    Qu’était-il arrivé ? Un événement très simple. Le cours de l’histoire et celui de la politique s’étaient télescopé. Un ou plusieurs individus avaient décidé qu’il fallait réagir. Quelques histoires individuelles avaient été raccourcies. Quelques histoires individuelles avaient pris fin. On avait décidé de trancher dans le vif.

    C’avait été facile.

    Les pages qui suivent s’allègent de leur perte. Le texte est moins dense, la ville plus petite
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  • Par Philippe-rodolphe, le 03 septembre 2012

    C’était un vendredi en fin de soirée, il y a six mois, six mois depuis que Sarah était partie. Dans un bar, je bavardais avec une serveuse nommée Mary. Elle avait les cheveux courts, un cul très rebondi et les grands yeux d’une enfant malheureuse. Je la connaissais depuis trois heures et j’avais déjà un blues à fendre l’âme.
    Chuckie Lurgan était sorti d’ici une demi-heure plus tôt, en titubant après s’être retrouvé sans le rond, moyennant quoi j’avais passé vingt bonnes minutes à lui remonter les bretelles.

    Dans ce bar, Mary n’était qu’une serveuse parmi tant d’autres, mais je ne l’avais pas simplement remarquée. Au début, elle ne m’appréciait pas. Beaucoup d’hommes auraient sans doute pris ça pour une réticence passagère, mais moi je croyais qu’elle voulait me tuer, sans même se demander pourquoi. Elle était dure. Elle se hérissait et m’exhibait tous ses petits piquants pointus. Je suis certain qu’elle comprenait qu’ainsi je tomberais forcément amoureux d’elle. Je suis sûr qu’elle le savait.
    Puis elle s’est mise à jouer à la serveuse avenante et à me taquiner chaque fois qu’elle nous servait une tournée. Enfin, dès qu’elle avait un moment de libre, elle s’asseyait en face de moi, à la place récemment occupée par Chuckie. Nous en étions là. Il y avait quelque chose d’étrange dans sa façon de me regarder, lentement, d’un air dubitatif, sans la moindre chaleur. Il y avait aussi quelque chose d’étrange dans l’inclinaison de sa tête lorsqu’elle refusait ma cigarette pour allumer la sienne. Je crois que je pensais que je lui plaisais. Je crois que je pensais à la ramener chez moi.

    Et puis, sa curieuse manière de me regarder n’était peut-être rien en comparaison de la curieuse manière dont moi je la regardais. Je sentais que mon visage et mes yeux disaient tout.

    C’était moi tout craché. Le grand style érotique dans l’arrière-salle d’un pub irlandais. Mais malgré mes envolées verbales, j’étais un timide, un nigaud. J’étais incapable d’annoncer la couleur. Ainsi, alors que je pérorais en tournant autour du pot, Mary m’a demandé de la ramener chez moi.

    Me retrouver assis dans ce bar pendant que le personnel faisait la fermeture était plus déconcertant que vous ne l’imaginez. Je gardais les yeux fixés sur le goulot de ma bouteille en faisant la sourde oreille aux rires étouffés des collègues de Mary. Le gros videur protestant a retiré sa veste de smoking, remonté ses manches et arboré ses tatouages de l’UVF. Il a essayé de discuter avec moi tout en balayant le plancher, mais j’ai eu peur de lui répondre quelque chose de trop catholique. J’ai fait de mon mieux pour ne pas remarquer sa présence et j’ai essayé de penser à Sarah. En vain.

    Je crois que c’était la première vraie nuit de printemps et les bourrasques tièdes m’ont redonné le moral tandis que nous quittions le bar, Mary et moi. J’ai feint de ne pas reconnaître l’épave qui me tenait lieu de voiture et j’ai suggéré que nous marchions.
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  • Par juliem, le 20 décembre 2011

    A la maison, j'ai pris une douche, ignoré mon chat, mis mon costume et filé droit vers le supermarché. La fille qui avait le béguin pour moi y serait peut-être et je ne trouvais pas mieux. Je savais que j'étais triste, prêt à faire des courses dont je n'avais pas besoin pour retrouver une adolescente que je n'allais même pas draguer. J'étais triste, mais heureux ainsi.
    J'ai racheté des champignons. Je n'arrivais pas à trouver autre chose. La fille qui avait le béguin pour moi n'était pas là. Mais je suis tombé amoureux. J'ai été servi par un gamin de dix-sept ans à l'ahurissante tignasse rousse et à l'acné invraisemblable, inégalable. C'était évidemment sa première semaine de boulot. Et il ne faisait rien correctement. Il marmonnait des paroles inaudibles et tout son visage rougissait au-dessus de son col de chemise. Il rougissait à la caisse, il rougissait devant les bananes, les baguettes et le fromage frais. Il rougissait infiniment plus que ma petite serveuse. Je ne crois pas qu'il rougissait à cause d'une quelconque passion pour moi. Quand il a tourné sa tête de rouquin, j'ai aperçu le sonotone niché juste derrière l'oreille, juste sous les cheveux. Ce gamin rougissait tout bonnement parce qu'il se considérait comme une mauvaise idée, une erreur colossale. Ça m'a donné envie d'embrasser son gros cou. Ça m’a donné envie de mourir d'amour.
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  • Par jovidalens, le 31 juillet 2012

    J'ai passé deux ans chez Mamie et Matt. Au nombre de visiteurs masculins, reconnaissants et d'âge divers qui venaient les voir, j'ai bientôt deviné que Matt et Mamie avaient déjà joué les parents adoptifs. J'avais raison. Ils n'avaient jamais eu d'enfant et ils avaient compensé ce manque en accueillant des gamins que personne ne voulait approcher. Ils avaient connus des durs à cuire. [...] Un seul avait mal tourné.Il était déjà mort, abattu par son propre camp...[...]
    Nous autres les gamins, on les volait, on les arnaquait, on leur tapait dessus[...] mais Matt et Mamie avaient continué à les aimer tous, absolument et inconditionnellement; [...] A partir de 1964, dix-sept gosses leur étaient passés entre les mains . Mamie disait toujours avec fierté qu'elle avait la plus grande famille de toute la ville. Certains de ses "enfants" avaient plus de quarante ans. Ils étaient avocats, médecins, entrepreneurs ; ils étaient maris et pères.
    Matt et Mamie avait adopté des générations de vauriens pour en faire, avec obstination et sans la moindre récompense, des êtres humains.
    Matt et Mamie étaient bizarres.
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  • Par Philippe-rodolphe, le 03 septembre 2012

    Matt et Mamie m’avait adopté quand j’avais quinze ans. Quand toutes les hor­reurs s’étaient pas­sées avec mes vrais parents et que les flics m’avaient mis le grap­pin des­sus avec les assis­tantes sociales. Après quelques semaines de salles d’audience et de foyers divers, on m’avait traîné jusqu’à la mai­son de Matt et Mamie.

    Des années plus tard, ils m’ont dit qu’à mon arri­vée j’étais un vrai enfant-loup. Violent, ren­fermé, le truc clas­sique. Les divers repré­sen­tants de tous les ser­vices offi­ciels avaient recom­mandé de me pla­cer en ins­ti­tu­tion, mais un esprit opti­miste et huma­niste avait pensé que j’étais indé­nia­ble­ment humain. Et ce même esprit avait aussi pensé à Matt et Mamie.

    Ils n’avaient pas besoin de me le rap­pe­ler. Je n’avais jamais oublié mon pre­mier jour chez eux. Ils habi­taient Antrim Road à l’époque. Ils n’étaient pas riche – plu­tôt d’une bour­geoi­sie cos­sue –, mais leur mai­son, leurs biens étaient pour moi inima­gi­nables. Comme à aucun prix je ne vou­lais pas­ser ma soi­rée à répondre à leurs ques­tions bien­veillantes, ils m’ont accom­pa­gné dans ma chambre.

    Ç’avait été un tel gâchis, mon enfance, ma jeu­nesse, tout y avait été si affreux – le truc de la pau­vreté, le truc de l’Irlande – et j’avais sur­vécu à toutes ces épreuves comme un cow-boy en contre­pla­qué. En fin de compte, j’avais encaissé tous les coups et, mal­gré les plaies et les bosses, j’étais aujourd’hui debout. Mais ce soir-là j’ai pleur, pleuré à en mou­rir. J’ai san­gloté en silence jusqu’à ce que ma tête soit brû­lante et sur le point d’éclater et que mon nez coule comme deux fon­taines jumelles.

    Et tout ça seule­ment à cause de mon dessus-de-lit. Mamie avait étendu un dessus-de-lit vert et brodé sur mes cou­ver­tures. Je ne savais abso­lu­ment pas en quoi il était, mais son poids et sa tex­ture étaient ceux de la pros­pé­rité même. Ce n’était qu’un bout de tissu mais il a été trop pour moi, ce dessus-de-lit. Je n’avais jamais vu un vert pareil. Je n’arrivais pas à com­prendre que cette femme que je ne connais­sais pas ait posé ce machin sur le lit pour mon confort, mon plai­sir. J’ai frotté des­sus mon nez brû­lant et mor­veux, et j’ai dormi tout habillé.

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Extrait de "La douleur de Manfred" de Robert McLiam Wilson. Lecture et images par Mike Noel.








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