ISBN : 2070367983
Éditeur : Gallimard (1976)


Note moyenne : 3.99/5 (sur 135 notes) Ajouter à mes livres
En créant le personnage de Zénon, alchimiste et médecin du XVIe siècle, Marguerite Yourcenar, l’auteur des Mémoires d’Hadrien, ne raconte pas seulement le destin tragique d’un homme extraordinaire. C’est toute une époque qui revit dans son infinie richesse, comme aussi ... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par Dadafolie, le 24 janvier 2012

    Dadafolie
    Lecture obligée dans le cadre du lycée, c'est avec une curiosité certaine que je me penchai vers cet ouvrage, cette dernière étant due au statut de l'auteur : en effet, Marguerite Yourcenar peut se targuer d'avoir été la première femme admise à l'Académie française.
    Dès les premières pages, le haut style...académique, dira-t-on (!), de Marguerite se fait ressentir. Les allégories, métonymies, métaphores et autres figures de style sont nombreuses, mais toujours placées à leur place propre, sans que cela ne plombe le texte. La plume est relevée, la langue précise et concise, littéraire; Yourcenar montre sans écart l'étendue de sa connaissance de la langue française. le texte est également agrémenté de diverses citations latines, qui viennent s'ajouter à une masse articulée de références revoyant à divers contes, légendes, récits, mais aussi à des événements réels de l'époque dans lequel évoluent ses personnages.
    L'Œuvre au noir est un roman d'initiés, il pousse à la culture, et sans un sérieux bagage, l'on risque de laisser de côté de nombreuses subtilités sous-jacentes du roman ; ici est mis le doigt sur un autre aspect du style de Marguerite : un style que l'on dira elliptique, ou implicite. En effet, des nombreux événements ne sont pas clairement explicités ; des figures de style, ou des renvois à tel ou tel personnage mythique permet de comprendre le sens exact des propos de Marguerite. Ainsi, le livre prend une dimension secrète, mystérieuse, et qui exige du lecteur une concentration sans faille.
    Si l'on se tourne enfin vers le contenu narratif du roman, l'on fait connaissance avec la Flandre du XVIème siècle, où grondent les révoltes paysannes et la Réforme d'une part, mais aussi les conquêtes grandissantes de Charles Quint, Empereur du Saint-Empire romain germanique, mais aussi Roi d'Espagne, que tout dresse contre les Rois Très Chrétiens de France. le roman dispose donc en arrière-plan d'un décor politique et historique, où se mêlent financiers, princes et bas-peuple.
    Du côté des personnages, ce sera Zénon que l'on suivra, jeune bâtard de la sœur d'un riche banquier, engoncé très jeune dans les apprentissages de l'église, qu'il tourne rapidement en dérision face aux hypocrisies dont celle-ci fait preuve. La vraie passion de Zénon est la vérité, la connaissance pure ; après une recherche poussée parmi les livres, il décide de se tourner vers la profession de médecin, qui lui permet d'approfondir ses connaissances du corps humain. Au-delà du simple aspect matériel, Zénon apprend les mathématiques, l'astronomie, l'alchimie. Ce livre narre sa réalisation alchimique, les évolutions notables du personnages, grand voyageur qui cessera pourtant ses périples pour se cacher dans son village natal.
    Zénon est le personnage principal, mais l'on obtient également les portraits de son cousin, Henri-Maximilien, parti lui sous les armes afin de recevoir gloire et argent, ou encore celui de sa jeune sœur Martha, tourmentée par sa lâcheté qui la tance et l'emprisonne , sans parler du prieur torturé par ses propres opinions qu'il voit trop souvent différer de son église bien-aimée.
    Tableau magnifique et grandiose d'une époque riche et dense en événements, Marguerite Yourcenar dresse d'un coup de pinceau la vie d'un homme à la poursuite de la liberté et de la vérité, notions que l'on croit bien trop souvent posséder - à tort.
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    Critique de qualité ? (9 votes positifs)
  • Par InColdBlog, le 04 septembre 2010

    InColdBlog
    Se taire ou mourir. Oser parler pour ne pas mourir.
    Depuis la nuit des temps, la liberté d'expression est un combat qui ne se gagne qu'au prix de lourdes pertes.
    Les récents exemples d'Anna Politkovskaïa ou de Robert Redeker témoignent, chacun à son niveau, que le combat n'est toujours pas gagné, même de nos jours, même en bas de chez nous.
    Dans L'Œuvre au noir, Marguerite Yourcenar nous conte la vie d'un de ces humanistes libres penseurs.
    Après des études de théologie qui le laissent insatisfait, Zénon décide de parcourir l'Europe. Quelques années plus tard, devenu médecin, alchimiste et philosophe, il va être victime de l'obscurantisme et du fanatisme religieux qui règnent en maître sur cette Europe du XVIe siècle.
    Au sortir du Moyen Age, l'Eglise voit en effet d'un mauvais œil quiconque remet en cause les dogmes qu'elle impose, et menace sa mainmise sur les populations et les esprits. le moindre prétexte est alors débusqué pour prouver l'hérésie ou l'athéisme du malheureux, le vouant ainsi aux pires tortures, avant de finir supplicié sur le bûcher ou la roue.
    Scientifique versé dans l'exploration du corps humain, de la botanique, des constellations, Zénon a publié quelques ouvrages qui lui vaudront d'être persécuté. Contraint à la clandestinité et à la fuite, il finit par s'installer sous un nom d'emprunt au couvent des Cordeliers de Bruges, où il soigne les malades. Avec le prieur du couvent, il a de longues conversations fortement teintées de philosophie lors desquelles il peut exprimer librement le fond de sa pensée.
    A la mort du prieur, Zénon décide de quitter Bruges, mais en route, il renonce à son projet et s'en revient au couvent. Peu de temps après, plusieurs moines soupçonnés de se livrer à des cérémonies impies sont arrêtés. Dénoncé à tort par l'un d'eux, Zénon est emprisonné à son tour. Fatigué, il choisit de dévoiler sa véritable identité. Il se voit alors condamné pour hérésie. Toutefois, un prélat de ses connaissances lui fait savoir qu'il peut avoir la vie sauve s'il renie ses convictions…

    Un peu de douceur dans un monde de brutes. Épidémies de peste, guerres barbares, famines récurrentes, la vie au moyen âge n'était pas un long fleuve tranquille. Et si on avait la chance d'être épargné par l'un de ces maux, la possibilité était grande encore de se retrouver consumé par les flammes de l'Inquisition.
    Dans ce monde âpre et fortement intolérant se dessinent pourtant les prémices de la Renaissance et du monde moderne. Les avancées en matière de médecine notamment vont grandement participer aux changements à venir. Chez Zénon, cette étude approfondie du corps humain (les passages sur ses dessiccations et ses expériences sur la circulation sanguine sont passionnants) va de paire avec une meilleure connaissance de l'âme humaine.
    Sorte de double médiéval d'Hadrien, Zénon est un personnage sage et ouvert d'esprit tout droit sorti de l'imagination de Yourcenar, mais il puise ses racines dans la synthèse de plusieurs personnages réels comme Erasme, Vésale, Ambroise Paré, Léonard de Vinci, ou encore Giordano Bruno.
    A l'origine, L'Œuvre au noir, tout comme Mémoires d'Hadrien d'ailleurs, devait être une des constituantes d'une « ample fresque romanesque s'étalant sur plusieurs siècles et sur plusieurs groupes humains reliés entre eux soit par les liens du sang, soit par ceux de l'esprit ». « L'Œuvre au noir aura été (…) un de ces ouvrages entrepris dans la première jeunesse, abandonnés et repris au gré des circonstances, mais avec lesquels l'auteur aura vécu toute sa vie. »
    L'Œuvre au noir est un roman érudit et dense, et sa lecture est parfois laborieuse, du moins en ce qui me concerne. A plusieurs occasions, il m'a fallu revenir sur certains passages que mon esprit dissipé rendait abscons, notamment dans la première partie (j'ai pris plus de plaisir à ses longues conversations avec le prieur ou à son procès que dans ses pérégrinations).
    « le plaisir est dans l'effort » dit on. J'ai effectivement retrouvé le plaisir (rare) de savourer les mots, les faisant tourner doucement dans ma bouche - et même parfois allant en chercher la signification dans le dictionnaire !

    Lien : http://www.incoldblog.fr/?post/2007/01/23/L%C3%A0-o%C3%B9-la-parole-..
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    Critique de qualité ? (3 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par Woland, le 29 février 2008

    Woland
    Je viens d'achever "L'Oeuvre au noir" et même si je n'y ai pas trouvé le souffle unique qui est celui des "Mémoires d'hadrien", je ne saurais faire autrement que de recommander la lecture de cet ouvrage (qui peut paraître austère, je n'en disconviens pas). La langue y est toujours aussi superbe, bien qu'un peu moins naturelle que dans les "Mémoires" où, tout en conservant sa richesse un peu précieuse, elle semble couler de source.
    "L'Oeuvre au noir" nous conte le destin de Zénon, fils bâtard d'un jeune prélat italien et de la soeur d'un riche banquier flamand. Abandonné par son père (qui meurt il est vrai un peu plus tard) et délaissé par sa mère (qui ne le supporte pas), le jeune Zénon développe très tôt un esprit indépendant et avide de liberté. Périlleuse revendication dans le monde perclus de guerres religieuses qu'est celui de l'Europe du XVIème siècle.
    En définitive, Zénon se fera médecin tout en tâtant, comme nombre de ses confrères à l'époque, de ce que l'on appelle encore l'alchimie. De sa Bruges natale jusqu'au Paris de Catherine de Médicis et à la Pologne des Wasa, il cherche, cherche inlassablement une vérité qui n'est pas de ce monde et dont ce sceptique avant la lettre se demande même si elle peut avoir droit de cité en ce bas-monde.
    Fin, révolté et intelligent, Zénon se commet bien entendu dans la rédaction de certains traités que l'Eglise aussi bien que les Luthériens considèrent avec la plus grande méfiance. En d'autres termes, eût-il vécu de nos jours, que Zénon aurait probablement été un grand défenseur de la laïcité et de cette liberté d'expression qu'elle seule autorise.
    Mais dans cette Europe qui s'enferme pour longtemps dans la Contre-Réforme, Zénon doit fuir et se cacher. Avec les ans, il revient dans sa ville natale, sous le nom d'emprunt de Sébastien Théus (le jeu de mots sur "Théus" est savoureux). Tout s'y passe d'abord assez bien et puis ...
    Et puis, les hommes et leur ignorance supersticieuse étant ce qu'ils sont d'habitude, tout finit mal, vous l'aurez deviné.
    Mais - et cela, c'est le message du livre - pas un seul instant, Zénon ne faiblit. Pour s'éviter d'ailleurs la faiblesse ultime de la chair devant la torture et le bûcher, il s'évade par le suicide, un suicide dans la grande tradition de ces Anciens qu'il admirait.
    Un roman brillant, prix Fémina largement justifié en 1968.
    Et aussi, en ces temps où l'obscurantisme religieux redresse son profil d'hydre de Lerne, un réquisitoire posé mais impitoyable contre ceux qui refusent aux hommes la liberté de leur conscience. A lire absolument.;o)
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    • Livres 5.00/5
    Par m75000, le 21 juin 2011

    m75000
    C'est étrange quand parfois l'on prend des livres qui viennent à point dans ce que l'on vit . Sans commune mesure avec le parcours du héros mal dans son époque , je me suis délecté à suivre ses pérégrinations en Europe dans une époque sombre alors que je traversais moi-même une période peu reluisante de mon passage terrestre ....pour finalement me convaincre que je vis à une époque et en des lieux bien luxueux et insouciants .
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    • Livres 4.00/5
    Par claire_h, le 23 août 2010

    claire_h
    Splendide roman au souffle épique, embrassant les questionnements philosophiques, éthiques et religieux de la seconde moitié du 16e siècle. Esprit libre, philosophe et médecin inspiré à la fois d'Erasme et de Paracelse, Zénon traverse l'Europe et ses troubles, et se heurte en permanence aux contradictions et limites de sa propre époque.
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Citations et extraits

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  • Par Lyjazz, le 26 janvier 2012

    - Ils se turent. La route plate, bordée de peupliers, étirait devant eux un fragment du libre univers. L'aventurier de la puissance et l'aventurier du savoir marchaient côte à côte.
    - Voyez, continua Zénon. Par-delà ce village, d'autres villages, par-delà cette abbaye, d'autres ab¬bayes, par-delà cette forteresse, d'autres forteresses . Et dans chacun de ces châteaux d'idées, de ces masures d'opinions superposées aux masures de bois et aux châteaux de pierre, la vie emmure les fous et ouvre un pertuis aux sages. Par-delà les Alpes, l'Italie. Par-delà les Pyrénées, l'Espagne. D'un côté le pays de La Mirandole, de l'autre celui d'Avicenne. Et, plus loin encore, la mer, et, par-delà la mer, sur d'autres rebords de l'immensité, l'Arabie, la Morée, l'Inde, les deux Amériques. Et, partout, les vallées où se récoltent les simples, les rochers où se cachent les métaux dont chacun symbolise un moment du Grand Oeuvre, les grimoires déposés entre les dents des morts, les dieux dont chacun a sa promesse, les foules dont chaque homme se donne pour centre à l'univers. Qui se¬rait assez insensé pour mourir sans avoir fait au moins le tour de sa prison ? Vous le voyez, frère Henri, je suis vraiment un pélerin. La route est longue, mais je suis jeune.
    - Le monde est grand, dit Henri-Maximilien.
    - Le monde est grand, dit gravement Zénon. Plaise à Celui qui Est peut-être de dilater le coeur hu¬main à la mesure de toute la vie.
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  • Par Dadafolie, le 14 janvier 2012

    A la lueur grise d'une aube parisienne, Zénon s'y regarda. Il y aperçut vingt figures tassées et rapetissées par les lois de l'optique, vingt images d'un homme en bonnet de fourrure, au teint hâve et jaune, aux yeux luisants qui étaient eux-même des miroirs. Cet homme en fuite, enfermé dans un monde bien à soi, séparé des ses semblables qui fuyaient aussi dans des mondes parallèles, lui rappela l'hypothèse du Grec Démocrite, une série infinie d'univers identiques où vivent et meurent une série de philosophes prisonniers. Cette fantaisie le fit amèrement sourire. Les vingt petits personnages du miroir sourirent aussi, chacun pour soi. Il les vit ensuite détourner à demi la tête et se diriger vers la porte.
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  • Par InColdBlog, le 04 septembre 2010

    Son pouls, dont il avait si assidûment étudié les battements, ignorait tout des ordres émanant de sa faculté pensante, mais s’agitait sous l’effet des craintes ou de douleurs auxquelles son intellect ne s’abaissait pas. L’engin du sexe obéissait à sa masturbation, mais ce geste délibérément accompli le jetait pour un moment dans un état que son vouloir ne contrôlait plus. De même, une ou deux fois dans sa vie, avait jailli scandaleusement et malgré soi la source des larmes. Plus alchimistes qu’il ne l’avait jamais été lui-même, ses boyaux opéraient la transmutation de cadavres de bêtes ou de plantes en matière vivante, séparant sans son aide l’inutile de l’utile. Ignis inferioris naturae : ces spirales de boue brune savamment lovées, fumant encore des cuissons qu’elles avaient subies dans leur moule, ce pot d’argile plein d’un fluide ammoniaqué et nitré étaient la preuve visible et puante du travail parachevé dans des officines où nous n’intervenons pas. Il semblait à Zénon que le dégoût des raffinés et le rire sale des ignares étaient moins dus à ce que ces objets offusquent nos sens, qu’à notre horreur devant l’inéluctable et secrète routine du corps.
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    Citation de qualité ? (2 votes positifs)
  • Par Mistralain, le 18 juin 2010

    L'homme est une entreprise qui a contre elle le temps, la nécessité, la fortune, et l'imbécile et toujours croissante primauté du nombre. Les hommes tueront l'homme.
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  • Par line70, le 25 mars 2011

    Vous autres poètes avez fait de l'amour une immense imposture : ce qui nous échoit semble toujours moins beau que ces rimes accolées comme deux bouches l'une sur l'autre.
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