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Armand Lanoux (Autre)
ISBN : 2253004227
Éditeur : Le Livre de Poche (03/11/1971)

Note moyenne : 4.05/5 (sur 2989 notes)
Résumé :
Une des grandes grèves du siècle dernier racontée par un journaliste de génie qui en a fait un réquisitoire, un formidable ” J’accuse ” contre le capital, le roman de la lutte des classes et de la misère ouvrière. Un livre de nuit, de violence et de sang, mais qui débouche sur l’espoir d’un monde nouveau lorsque le héros, Étienne Lantier, quittant la mine "en soldat raisonneur de la révolution," sent naître autour de lui une ” armée noire, vengeresse… dont la germin... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (132) Voir plus Ajouter une critique
LydiaB
16 mars 2013
  • 5/ 5
Treizième volume des Rougon-Macquart, Germinal met en scène Etienne Lantier, fils de Gervaise Macquart et d'Auguste Lantier. Jeune machiniste, il est licencié pour ses prises de position politiques. Il se rend alors à Montsou, bien décidé à se faire embaucher par la Compagnie des Mines. Très vite, il se démarque de ses collègues. La misère sociale le bouleverse, de même que l'exploitation des patrons envers les pauvres gens. Chassez le naturel, il revient au galop, et Etienne ne peut s'empêcher de devenir un fervent militant. Au-delà de toutes ces querelles intestines, il fait la connaissance de Catherine Maheu, fille de la famille qui le loge. Cependant, celle-ci est convoitée par un autre mineur, Antoine Chaval. Etienne va alors devoir faire face à un double combat, et le mot n'est pas trop fort, vous le verrez en lisant cette oeuvre magistrale. D'un côté, il se bat pour ses idées, notamment lorsque la Compagnie des Mines baisse les salaires. de l'autre, il lutte pour conquérir le coeur de sa belle. Une lutte acharnée, sans merci...

Etienne, Catherine ou Chaval représente une catégorie sociale mise en avant par Zola. Ces pauvres gens subissent de plein fouet une magistrale crise économique. Ils tentent d'améliorer leurs conditions... Roman résolument moderne n'est-ce-pas ?

Comme à son habitude, l'auteur s'est documenté pour écrire ce roman. Il est allé au plus près des grévistes d'Anzin, dans le Nord de la France, grève considérable regroupant plus de 10 000 employés du 21 février au 17 avril 1884. Il est descendu dans la mine. SI le roman reste résolument noir, le titre laisse apercevoir un espoir, un avenir meilleur, un renouveau. D'ailleurs, la fin est sans équivoque : "Maintenant, en plein ciel, le soleil d'avril rayonnait dans sa gloire, échauffant la terre qui enfantait. du flanc nourricier jaillissait la vie, les bourgeons crevaient en feuilles vertes, les champs tressaillaient de la poussée des herbes. de toutes parts, des graines se gonflaient, s'allongeaient, gerçaient la plaine, travaillées d'un besoin de chaleur et de lumière. Un débordement de sève coulait avec des voix chuchotantes, le bruit des germes s'épandait en un grand baiser. Encore, encore, de plus en plus distinctement, comme s'ils se fussent rapprochés du sol, les camarades tapaient. Aux rayons enflammés de l'astre, par cette matinée de jeunesse, c'était de cette rumeur que la campagne était grosse. Des hommes poussaient, une armée noire, vengeresse, qui germait lentement dans les sillons, grandissant pour les récoltes du siècle futur, et dont la germination allait faire bientôt éclater la terre."

Si le monde de la mine vous intéresse, je vous conseille également l'excellent livre, plus récent puisque paru en 1939, de Richard Llewellyn, Qu'elle était verte ma vallée ! Souvent comparé au roman de Zola, il met en avant non seulement les affres des mineurs irlandais du Pays de Galles mais également toute une dimension psychologique prenant en compte les sentiments de chacun, ce que l'on ne trouve pas assez à mon goût, dans ce roman de Zola. Ceci dit, j'aime tellement cet auteur que je lui passe aisément ce dernier point.
Lien : http://www.lydiabonnaventure..
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michfred
03 juin 2016
  • 5/ 5
Germinal est le mois du calendrier révolutionnaire qui correspond à l'éveil du printemps.
A première vue, rien de printanier dans le sombre roman de Zola : sur le sol noir de Montsou ne poussent que terrils, chevalements et carreaux de fosse.
Le roman commence sur un printemps bien noir, sans horizon : Etienne Lantier, à pied, sans travail, à demi mort de faim, cherche qui voudra bien l'embaucher dans cette région du Nord frappée de plein fouet par la crise économique et où toutes les fabriques ferment. Déjà.
Etienne, fils de Gervaise, forte tête, a puisé sa révolte et son refus dans la chute humiliante de sa mère - pas encore achevée, à l'heure où commence Germinal –. En lui grandit l'âpre quête de la justice, l'exigence d'une reconnaissance du travail et celle des droits du travailleur.
Car Germinal voit aussi poindre la germination d'une conscience ouvrière qui pousse avec le levain de la révolte.
Étienne s'est fait renvoyer pour une gifle donnée à son employeur : il est « monté » vers le Nord et trouve un travail de herscheur, par chance –il remplace une femme : on se met à éloigner celles-ci du travail « au fond ».
Il rejoint, dans les entrailles de la terre, le troupeau des forçats du charbon.
Une famille de mineurs, les Maheu, déjà surchargée d'enfants et de misère, ouvre ses portes à ce jeune homme décidé, réservé et travailleur.
Dès lors l'histoire devient moins celle du rejeton d'une famille, étudiée dans ses ramifications génétiques, que l'histoire collective d'une classe sociale.
Zola rattache vaguement, et sans y revenir, son récit à une problématique héréditaire et familiale, -l'héritage dangereux de l'alcool qui rend Etienne méfiant…et sobre- pour se centrer sur les forces souterraines en marche, dans ce siècle d'industrialisation et de profit capitaliste : ce qu'il raconte, en fait, c'est la naissance d'une classe ouvrière, de ses humiliations, de ses revendications, de ses luttes et de son pouvoir.
Zola avait eu le projet , juste après le séisme de la Commune de Paris, de sonder, avec Étienne, le monde politique. Mais c'est la germination sociale d'une classe exploitée, humiliée, pressurée, traitée en esclave qui va prendre le pas sur tous ses desseins : le dessein général des Rougon-Macquart et celui qu'il assignait à Germinal en particulier.
C'est qu'il est allé glaner ce grain-là par un patient travail de lecture, de visites, de prise de notes, de rencontres, qui lui a pris dix mois et dont il consigne l'essentiel dans 500 pages de documentation. Elles vont considérablement modifier son objectif de départ. Germinal est une sorte d' OGM.
Le roman politique et familial va devenir un roman social et même socialiste. La vision des ouvriers,telle qu'elle avait été donnée par l'Assommoir, était fâcheuse aux yeux des milieux progressistes : celle d'une classe ouvrière incapable de s'élever, faute de cohésion et de résistance face à la misère, et affaiblie par l'alcool-. On y voyait une image victimaire des ouvriers : comme le dit P.H. Simon, « il était urgent de peindre des héros ».
Germinal, c'est la naissance des héros : les damnés de la terre, ceux du sous-sol plutôt, remontent au jour à l'occasion d'une grève, d'une intervention brutale de la troupe, puis enfin d'un attentat politique qui les prend tous en otage et achève de les décimer.
C'est la germination d'une conscience de classe après d'innombrables manquements à tout respect moral et humain. Les « gueules noires » de Germinal sont pleines de rayonnement.
Presque pas de personnages-repoussoirs, comme il en pullule dans La Terre, par exemple. Chaval est un violent mais c'est un jaloux et Jeanlin un enfant pervers et malsain, mais c'est un être disgracié par la nature ; dans l'ensemble, les mineurs offrent tous le visage d'hommes et de femmes rudes, travailleurs et généreux.
Et fondamentalement courageux.
Et le souffle de Zola , dans Germinal, s'élargit comme jamais : jusqu'à la fresque, jusqu'à l'épopée, jusqu'à l'hymne.
De cette lecture- la plus aimée de tous mes Zola, c'est une vraie angoisse pour moi, et un défi, d'en faire la critique!!- il me reste comme un film fait d' images fortes, effrayantes ou magnifiques.
La masse vindicative des femmes de la mine, affamées par l'épicier, l'affreux Maigrat qu'elles ont trouvé mort, et qu'elles castrent, brandissant devant leur cortège l' atroce trophée de leur victoire…
Les mineurs ensevelis sous la mine après l'attentat de Souvarine, et l'amour d’Étienne et de Catherine dans les galeries pleines d'eau où flotte le cadavre du rival…
Et surtout le travail, le travail quotidien, la descente dans les puits, les lampes qui deviennent bleues quand s'échappe le grisou, les wagonnets si lourds, les chevaux aveugles, les femmes épuisées, les enfants condamnés, la silicose qui ronge et qui tue en prenant son temps…
Un livre magistral, superbement construit : à la fin, le printemps revient, et c'est encore Étienne, endurci, aguerri, mûri dans les luttes , qu'on retrouve sur la route qui sort des charbonnages, au milieu de l'explosion printanière d'une nature indifférente à la misère des hommes…


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harvard
07 juin 2016
  • 5/ 5
Difficile d'apporter un regard nouveau sur Germinal de Zola, récit grandiose et visionnaire, panthéonisé dans les Lettres françaises et dans la mémoire ouvrière, spectacle démesuré d'une grève sanglante dans les corons du Nord, sur les entrailles d'une mine charbonnière, et longue méditation, autant sur l'infortune de naître dans une famille de mineurs fin XIX °, que sur les utopies fraternelles et socialistes. L'énergie de Zola trouve sa pleine dépense dans le grand souffle hugolien d'une épopée qui marquera l'histoire des luttes sociales, avec pour support la formidable documentation d'un journaliste de Cash Investigation qui part à l'assaut des féodalités d'argent et de culte, avec pour tête de turc cette bonne vieille bourgeoisie confite en dévotion et dans son bon droit.
Noir c'est noir il n'y a plus d'espoir. Notre Johnny national a dû oublier de lire Germinal, qui de l'enfer des hommes en a fait in extremis un message d'espoir, mais à quel prix ! Sur fond de noirceur que n'aurait pas désavoué un Soulages qui a construit une esthétique bien-pensante, alors que Zola lui, est réellement allé au charbon, a mouillé sa chemise avec ces "compagnons noirs" dont il décrit minutieusement l'infortune des jours dans ces corons de tristesse grise. Expérience qu'il a mené avec ces "voyous" que la gentry du capital d'aujourd'hui montre sans vergogne du doigt.
Pourtant aucun fatalisme chez Zola. Bien sûr il épingle les utopies généreuses de la solidarité et leurs effets pervers, sinon dévoyés, bien sûr il cartonne sans concession sur les savonaroles de paroisse, la grande peur des bien-pensants, les cimetières sous la lune que le grand capital entretient dans sa dévoration, pour mieux retrouver ses billes et ses paradis fiscaux, bien sûr l'homme est un fauve dont l'énergie phallique est inépuisable, bien sûr les coqs de village fanfaronnent dans leur folie meurtrière. le bestiaire de Zola est riche, diversifié et le spectacle d'ensemble n'est pas beau à voir.
Reste la douce pitié d'un visage féminin, celui de Catherine fille de mineur, jouet adolescent, douloureux et cassé, livrée à la sauvagerie des hommes, et qui rejoint tout au long du récit la détresse d'une jeune Mouchette. Reste aussi l'énergie, le courage de ces femmes indomptables, telle la Maheu ou l'impudique Mouquette que la folie guette avec du sang sur les lèvres et qui ne désarment pas.
Deux mois de grève dans ces mines, antichambre de l'enfer, s'achèveront sur une comptabilité macabre et les mineurs, ces compagnons noirs, retrouveront en fin de partie leur calvaire quotidien. de même qu'aujourd'hui les travailleurs des ateliers du Rana Plaza effondré et dont certaines grandes multinationales du textile refuseront un premier temps d'en endosser la responsabilité, de même que les sans-terre des haut plateaux brésiliens que Monsanto nourrit au grain, de même que les enfant qui travaillent dans les mines de cobalt du Katanga pour notre bien être informatique... Germinal n'est pas devenu une curiosité du XIX siècle passé, la tragédie des mineurs qu'il met en scène n'a pris aucune ride et reste d'une triste actualité.
Et pourtant le lyrisme final de Zola préfigure, dans les dernières pages de Germinal, le renouveau d'un monde fraternel, le renouveau d'une résistance ouvrière organisée, "quand le soleil d'avril rayonnait dans sa gloire, échauffant la terre qui enfantait", la vie est renaissance pour que l'espoir de Verlaine ne fuit pas vaincu vers un ciel trop noir. Et pourtant ces toutes dernières pages nous semblent trop courtes, voire insuffisantes aujourd'hui ...
Si Zola est grand dans notre mémoire collective pour avoir rendu avec éclat leur dignité aux mineurs, compagnons noirs, "hallucinés de la misère", la descente aux enfers du peuple des corons, une "vision éternelle de la misère" (je cite) nous laisse vraiment avec Germinal un réel goût de cendre.
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isajulia
10 février 2015
  • 2/ 5
Ah! Germinal... J'ai bien cru que je n'arriverai jamais au bout de ce foutu bouquin, et pourtant j'adore Zola!
Je n'avais déjà pas trop aimé Etienne Lantier enfant quand j'ai lu l'Assommoir mais là, je crois qu'avec Germinal j'ai décroché la timbale de l'antipathie vis à vis d'un personnage. Il ne m'a peut-être pas autant insupportée que la Bovary mais ça s'est joué à peu choses.
Ouvrier licencié pour avoir giflé son ancien employeur, c'est sans le sou et crevant la faim qu'Etienne Lantier débarque dans le nord de la France, à Montsou, où se trouvent des mines dans lesquelles il espère se faire embauché. Pris sous l'aile de Maheu, un des mineurs, il va réussir à obtenir un emploi au sein de la mine. Travaillant dans des conditions effroyables et rêvant d'un monde plus juste, Etienne va pousser les mineurs à la grève lorsque la compagnie des mines va mettre en place une baisse des salaires pour anticiper la crise économique, c'est alors qu'une lutte sans merci entre patrons et travailleurs va s'ouvrir...
L'essence même de l'intrigue est excellente, le roman est si réaliste qu'à chaque page c'est noir, poisseux et je n'ai pas pu m'empêcher d'avoir de la peine pour cette communauté de travailleurs qui subit des horreurs pour n'avoir pas grand chose et qui vont se retrouver quasiment six pieds sous terre pour avoir suivi un idéaliste dans son délire. Alors je suis d'accord sur le fait que la grève n'aura peut-être pas servi à rien, qu'elle aura certainement ouvert les yeux des mineurs à la fin du roman mais dans un sens il sont bien obligés de retourner au charbon si ils veulent se relever des dégâts que cette rébellion a infligé à leurs familles. C'est cette facette d'Etienne Lantier qui m'a déplu au plus haut point, le bougre veut bien faire mais par fierté il continue de s'enfoncer dans sa connerie en entraînant tout le monde dans sa chute. C'est plus que louable de vouloir s'élever au-dessus de sa condition initiale mais ici dans le roman Etienne est le personnage lourd par excellence, buté sur ses positions sans accepter le compromis, il m'a souvent bien agacée. C'est dommage car j'ai aimé tout le reste du roman, comme d'habitude je suis certaine de trouver mon bonheur dans un Zola, tout est tellement réaliste et bien décrit que j'ai l'impression d'y être. Comme je le disait, seul gros bémol pour moi : ce Etienne Lantier, bête à bouffer du foin et qui en plus s'en sort, je crois qu'à mes yeux ça a vraiment été le coup de grâce!
Souvent imposée comme lecture à l'école, je comprends pourquoi notre cher Emile jouit d'une réputation d'auteur de classiques bien chiant car Germinal n'est vraiment pas le meilleur des Rougon-Macquart, heureusement il y a le reste de la saga pour rattraper le tir.
A lire par curiosité pour se faire sa propre opinion!
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lecassin
28 novembre 2013
  • 3/ 5
« Germinal » où quand Zola fait du Zola
Publié en 1885, « Germinal » est le treizième volume de la série « Les Rougon-Macquart », une « Histoire naturelle et sociale d'une famille sous le Second Empire ».
On voit ici débarquer à Montsou, dans le Nord, le jeune Étienne Lantier - fils de Gervaise Macquart et de son amant Lantier - fraîchement renvoyé de son travail pour avoir giflé son employeur.
C'est la crise. La Compagnie des mines décide de baisser les salaires (tiens donc ! La méthode été déjà connue)…Déjà miséreux parmi les miséreux, les mineurs ne tarderont pas à se laisser convaincre par Lantier de se mettre en grève, face à une direction intransigeante dans son refus de négocier avec le personnel.
Germinal, c'est le récit circonstancié d'une grande grève dans le milieu du charbon telle qu'à pu la vivre Zola dans son travail préparatoire à la rédaction de ce sombre treizième volume ; lui qui suivit de près celle d'Anzin au printemps 1884.
C'est aussi, pour moi, le plus noir des «Rougon-Macquart », pire que « L'assommoir »…Un roman où Zola fait du Zola en ceci que plus que dans beaucoup de ses romans, le trait me paraît épais, exagéré, caricatural ; dans ce milieu noir par nature qu'est le charbonnage.
Bref, on l'aura compris : ce Zola là n'est pas mon préféré… dans la forme. Malgré tout, sur le fond, le coté documentaire au sujet de la gestion de conflit de l'époque est saisissant. le combat « syndical » de Lantier édifiant, jusqu'à dans sa démesure. Un combat complexifié par la relation quasi-amoureuse Lantier/Catherine qui ne peut que projeter l'un contre l'autre Lantier et Chaval, un ouvrier vaniteux et brutal, amant de Catherine, quand il prendra fait et cause pour les patrons contre la grève.
Et puis Souvarine…
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Citations & extraits (128) Voir plus Ajouter une citation
Cathy74Cathy7416 janvier 2017
Là-bas, à Montsou, la sucrerie Fauvelle marchait encore, mais la sucrerie Horton venait de réduire son personnel, il n'y avait guère que la minoterie Dutilleul et la corderie Bleuze pour les câbles de mine qui tinssent le coup. Puis d'un geste large, il indiqua, au nord, toute une moitié de l'horizon : les ateliers de construction Sonneville n'avaient pas reçu les deux tiers de leurs commandes habituelles ; sur les trois hauts fourneaux des Forges de Marchiennes, deux seulement étaient allumés. Enfin, à la verrerie Gagebois, une grève menaçait, car on parlait d'une réduction de salaire.
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charlenevcharlenev13 janvier 2017
Devait-il rester ? Une hésitation l'avait repris, un malaise qui lui faisait regretter la liberté des grandes routes, la faim au soleil, soufferte avec la joie d'être son maître. Il lui semblait qu'il avait vécu là des années, depuis son arrivée sur le teri, au mileu des bourrasques; jusqu'aux heures passées sous la terre, à plat ventre sous les galeries noires. Et il lui repugnait de rcommencer, c'était injuste et trop dur, son orgueil d'homme se révoltait à l'idée d'être une bête qu'on aveugle et qu'on écrase.
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lecassinlecassin11 janvier 2017
Dans la plaine rase, sous la nuit sans étoiles, d’une obscurité et d’une épaisseur d’encre, un homme suivait seul la grande route de Marchiennes à Montsou, dix kilomètres de pavé coupant tout droit, à travers les champs de betteraves. Devant lui, il ne voyait même pas le sol noir, et il n’avait la sensation de l’immense horizon plat que par les souffles du vent de mars, des rafales larges comme sur une mer, glacées d’avoir balayé des lieues de marais et de terres nues. Aucune ombre d’arbre ne tachait le ciel, le pavé se déroulait avec la rectitude d’une jetée, au milieu de l’embrun aveuglant des ténèbres.
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lecassinlecassin11 janvier 2017
L'aérage s'établissait mal, on retira à trois reprises des haveurs évanouis, que l’asphyxie étranglait.
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lecassinlecassin11 janvier 2017
Allumez le feu aux quatre coins des villes, fauchez les peuples, rasez tout, et quand il ne restera plus rien de ce monde pourri, peut-être en repoussera-t-il un meilleur.
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