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La comédie inhumaine de Christophe Siébert
Interview : Christophe Siébert à propos de Feminicid

 

Article publié le 17/09/2021 par Nicolas Hecht

 

Quel lecteur, quel auteur n'a jamais désiré que la fiction dévore la réalité ? La création d'un cycle romanesque répond au fond sûrement à une pulsion primale, obsessionnelle, et permet d'avoir prise sur le monde en le doublant. Avec Images de la fin du monde paru Au Diable Vauvert en 2020, l'auteur, éditeur et performeur Christophe Siébert inaugurait un univers des plus malsains : la République Indépendante de Mertvecgorod (RIM). Dans sa capitale Mertvecgorod, tout n'est que crasse, pollution, violence et corruption. Ici pas de vaisseaux spatiaux et autres accessoires cybernétiques, mais une décharge à ciel ouvert et ses usines qui divisent la ville en deux, pas mal de drones, et beaucoup de misère.

 

Si à ce stade vous vous dites déjà que ce livre n'est pas pour vous, attendez un peu : le talent de Christophe Siébert, c'est de rendre non seulement son univers vraisemblable, comme l'anticipation d'un futur proche, mais aussi de procurer aux lecteurs un véritable plaisir... de lecture. Un plaisir de l'ordre de la contamination, qui va vous pousser à tout vouloir connaître de ce pays maudit d'Europe de l'Est. Dans ce deuxième tome intitulé Feminicid (bien que chaque livre soit conçu pour être lu indépendamment, et que les autres projets autour de Mertvecgorod sont pléthore), nous suivons l'enquête d'un journaliste sur un sujet très sensible : un féminicide de grande ampleur ayant fait plusieurs milliers de victimes, dans lequel les autorités sont vraisemblablement impliquées.

 

 

Impossible, malheureusement, de couvrir tous les thèmes et sujets abordés dans ce cycle à travers une interview. Nous nous sommes donc concentrés sur quelques aspects de cette oeuvre marquante avec ces quelques questions, auxquelles Christophe Siébert a répondu en détail.

 

 

Dans votre précédent livre Images de la fin du monde, vous nous présentiez la ville de Mertvecgorod à travers une myriade de destins racontés dans des chapitres courts, mais aussi des anecdotes et autres chronologies. Avec Feminicid vous vous mettez encore plus en retrait en tant qu’écrivain, puisque le livre se présente comme l’enquête très sensible d’un journaliste, Timur Maximovitch Domachev, envoyée à deux éditeurs après sa mort (assassinat ?) et traduite chez Au Diable Vauvert. Qu’est-ce qui vous a poussé cette fois à renforcer cette place de commentateur, voire de spectateur, face à cette ville violente, polluée et malsaine ?

Je crois que cette position en retrait est de toute façon celle qui me convient le mieux quel que soit le bouquin que j’ai à écrire. Je ne veux surtout pas être un filtre entre le livre et son lecteur et vise donc à la plus grande, je ne sais pas si transparence est le mot, mais à la plus grande absence possible de moi-même dans les pages, en tout cas.

En ce qui concerne Feminicid, j’avais aussi très envie que le livre existe dans l’univers de fiction, parce qu’en tant que lecteur c’est un procédé que j’adore. L’idée que les personnages du livre peuvent se le procurer et le lire me colle presque des palpitations tellement c’est excitant.

Pour créditer le traducteur (fictif) de Feminicid, j’ai poussé le vice jusqu’à utiliser le nom d’un ami à moi, qui non seulement est auteur lui aussi (Ernest Thomas), mais en plus vient de terminer un roman qui se déroule dans l’univers de Mertvecgorod ! (Son manuscrit est actuellement en lecture chez un éditeur que j’adore – mais qui n’est pas le mien –, je croise les doigts !)
 

Pouvez-vous nous dire quelques mots de l’hétérogénéité de ce texte/projet décidément composite ? On y trouve aussi bien une enquête qu’un journal, des chronologies, un extrait de roman, et vous avez même créé un site pour faire vivre la RIM et Mertvecgorod, sur lequel on peut trouver des cartes, informations diverses, playlists…

Cette forme très éclatée est d’abord venue de l’histoire que j’avais à raconter, qui est une enquête très complexe, avec beaucoup de ramifications, de soubassements, de chausse-trappes et d’impasses. J’avais de quoi écrire un bon gros thriller des familles, genre que je ne rechigne pas à lire à l’occasion, et dont je connais les codes, mais je me connais moi aussi : si je m’étais lancé dans un machin pareil, j’aurai péri d’ennui avant d’avoir terminé le premier chapitre. J’ai donc cherché une forme plus excitante, aussi bien pour moi que pour mes lecteurs.

D’autre part, j’ai pris un immense plaisir à me documenter sur tous les sujets qui constituent mon livre. Ce sont des sujets souvent très sombres, très violents et très désespérants, mais l’action même de se documenter, elle, était un vrai plaisir, de lecture et de recherche, et cette forme de work in progress, si on veut, que prend le roman à certains moments, est aussi une manière de transmettre ce plaisir-là au lecteur, de le transformer en enquêteur.

Le site, lui, a surtout pour fonction de développer un hors-champ, de renforcer l’impression que les histoires que je raconte ne constituent que la partie émergée, infime, de toutes les histoires possibles que contient cet univers.

 

Dessin de Stéphanie SsolOeil inspiré d'une scène d'Images de la fin du monde


Comme son titre l’indique brutalement, Femincid se concentre sur une série de meurtres de femmes perpétrés entre 2001 et 2013, puis reprenant à partir de 2018 (le livre situant son action jusqu’à la mort de Domachev en 2028). Plus on en apprend sur ces milliers de femmes assassinées, plus on se dit qu’elles ont tout de martyrs. D’autant que des centaines d’habitants de Mertvecgorod, surnommés les blagoci, sont “contactés” par ces femmes par des voies métaphysiques voire spirituelles. Est-ce que la transcendance passe forcément par la foi (blanche ou noire), à Mertvecgorod ? Est-elle l’unique échappatoire ?

Non, pas forcément, je ne crois pas. C’est vrai que mon passé de rôliste (et sans doute aussi de lecteur de littérature fantastique) m’a donné la passion des cosmogonies, des mythes, des métaphysiques, et sans doute une envie d’incarner la morale à travers une symbolique forte et romanesque. Cette tendance lourde en croise une autre : la passion, née de mon goût du roman noir, pour le réalisme, l’aspect concret, organique et mécanique des choses, la trivialité, la vulgarité. J’aime beaucoup les possibilités que m’offre le mélange de ces deux tendances.

Je me rends compte en vous répondant que, du Pendule de Foucault à Twin Peaks en passant par Bolaño (dondaine), c’est un point commun à beaucoup d’œuvres qui m’ont marqué – et sans oublier une certaine frange ésotérique de la musique industrielle (Coil, Current 93) ou quelques peintres, tels que Breughel, Bosch ou – plus près de nous – Giger.

Il est vrai que les racines de Mertvecgorod plongent profondément dans le surnaturel (en tout cas, certains des protagonistes de Feminicid en sont convaincus – pour ma part, je tente en tant qu’auteur de garder un cap fantastique au sens où Todorov le définissait – c’est-à-dire fondé sur l’incertitude). Mais un personnage comme Lily G., par exemple – même si elle apparaît peu, je la considère comme très importante dans cette histoire –, tout en s’inscrivant dans une sorte de spiritualité perchée et exotique, incarne une forme de transcendance matérialiste. Elle a les deux pieds sur terre et ne croit pas aux fantômes. Sa poursuite d’un monde meilleur passe davantage par la Révolution que par le mysticisme.

Ce que je pense profondément, en revanche, c’est que dans une ville comme Mertvecgorod, et donc dans un monde comme le nôtre, dont elle n’est que l’exacerbation, on ne peut parvenir à une forme de transcendance, comme vous dites – moi je parlerais plutôt d’épanouissement personnel ou de constitution d’un petit territoire mental qui échappe à l’Enfer – qu’en cherchant des solutions individuelles. On ne peut sauver, au sens métaphysique, que son cul. Ce qui n’empêche ni la loyauté ni la solidarité ni l’amour, d’ailleurs – bien au contraire.
 

Dans un sens, il s’agit plus ici d’anticipation que de science-fiction, et ce que vous décrivez dans vos livres peut paraître d’autant plus dur et choquant que vous semblez simplement pousser le curseur un tout petit peu plus loin que ce que l’on peut observer autour de nous en 2021 (le camp de migrants “Moscou” rappelle la Jungle de Calais, vous faites référence en fin d’ouvrage au féminicide de Ciudad Juárez...). Est-ce que vous vous êtes tout de même, parfois, interdit certains extrêmes dans cette vision du futur ? Ou bien est-ce un territoire mental complètement libre ?

Je ne me pose jamais la question en termes de limites. Ce sont l’histoire et les personnages qui commandent. Une fois que ce que j’ai à dire est là, posé, mon boulot – et parfois c’est la partie la plus difficile – consiste à trouver une langue, un rythme, un regard qui rendent plaisante cette balade en enfer. Je parle généralement de choses très dures – dans ce livre, entre autres, de féminicide, de trafic d’organes, de pédophilie – et pourtant le plaisir du lecteur, la jouissance de la lecture, est au cœur de mon ambition. C’est un équilibre délicat, que j’admire chez les Maîtres, et que j’essaie de reproduire dans mes propres livres. Ça ne sert à rien d’avoir l’ambition d’une littérature radicale si elle fait fuir le lecteur.

 

A quoi peut-on s’attendre pour les prochains livres prenant pour cadre Mertvecgorod ? Quel sera le rythme de publication ? On pense notamment aux carnets de prison d’un fidèle de Nicolas le Svatoj (personnage qui rappelle fortement Edouard Limonov), mentionnés dans Feminicid...

Le rythme de publication sera approximativement d’un livre tous les deux ans, et la totalité du cycle devrait compter huit ou neuf volumes, chacun pouvant se lire indépendamment des autres – c’est quelque chose qui me tient beaucoup à cœur, ça aussi, de ne pas écrire de feuilleton mais plutôt de proposer quelque chose de kaléidoscopique. Je m’attaque à un sujet, l’histoire de Mertvecgorod entre 1970 et 2050, et je l’explore à travers toutes sortes d’angles, et de tas de manières différentes, qui se complètent et parfois même s’affrontent ou se contredisent. Mais, de la même manière qu’un lecteur qui veut se cultiver sur l’histoire de Paris trouvera des centaines de livres et ne sera pas obligé de les lire tous, un lecteur qui s’intéresse à Mertvecgorod trouvera tout un corpus de Chroniques (écrites par moi, écrites par d’autres) et choisira d’aborder ça de la manière qui lui convient le mieux. Tous les lecteurs sont bienvenus dans mes livres, du dilettante qui va lire un bouquin sur cinq au fou-furieux paranoïaque qui les relira tous trois fois en prenant des notes et en cherchant les failles (y'en a !) et les détails cachés (y'en a aussi ! J’ai pensé à vous, les amis – j’ai failli rater mon bac à cause de la première saison de Twin Peaks, il faut bien que je paie mes dettes !).

La prochaine chronique a pour titre provisoire (et un peu long) Écrits de prison, suivi de : Une histoire orale de la Faille et racontera deux histoires indépendantes mais qui ont beaucoup à voir entre elles. D’une part celle de Nikolaï le Svatoj (qui doit aussi beaucoup à Raspoutine et Mishima, au chapitre des modèles revendiqués pour construire ce personnage), de son organisation – le Sit – et de l’attentat de 2025, tout ça du point du vue de Camille X., son complice et amant. Et d’autre part les conséquences de l’attentat, c’est-à-dire cette énorme Faille qui s’est ouverte au centre de la ville, que l’armée garde jalousement et qui se trouve au cœur de beaucoup de mystères et de rumeurs. Ceux qui ont lu Images de la fin du monde et ont notamment kiffé les chapitres « Animisme Noir » et « Sokol » devraient être contents.

Là encore, j’essaierai de trouver des formes à la fois excitantes et immersives, pour impliquer le plus possible le lecteur dans mon univers, lui faire sentir qu’il n’est pas seulement un individu lambda qui a acheté un roman, mais un personnage à part entière de tout ce bordel, que le simple fait de tenir le livre entre les mains le transforme en figurant de ce même livre.
 

Quelle place prend Mertvecgorod au quotidien dans votre vie d’écrivain, et dans votre vie en général ? Votre œuvre littéraire est-elle contaminée par la RIM sans retour possible (une “comédie inhumaine”, comme vous la décrivez), ou envisagez-vous d’autres projets ?

Quand j’ai construit ce décor, c’était avant tout pour y placer toutes les histoires que j’ai à raconter. Je ne suis donc pas près d’en sortir ! Et même mieux : pour un webzine que j’ai publié récemment, j’ai écrit un texte qui dit en substance que le monde réel me saoule et que je préfère me tirer à Mertvecgorod. Et c’est ce que j’ai fait, d’une certaine manière. Je l’ai fait concrètement dans ce texte, en traversant l’Europe en autocar, destination la RIM, aller simple, et professionnellement dans la vie réelle, en n’écrivant plus que des livres qui se situent dans cet endroit.

Et ce qui est amusant (ou inquiétant, haha), c’est qu’à force d’arpenter cette mégapole en imagination – et pas seulement en imagination : l’original de la carte téléchargeable depuis le site des Chroniques est punaisé sur mon mur, face à mon bureau, je l’ai sous les yeux du matin au soir – j’ai l’impression de la connaître mieux que la ville où j’habite !

Carte de Mertvecgorod

 

Votre livre paraît lors de la rentrée littéraire de l’automne 2021. Allez-vous lire certains romans à paraître en même temps que le vôtre ?

Je vais en lire certains, oui, pas tous et pas dans l’immédiat, puisque je vais être bien occupé, jusqu’à mi-novembre au minimum, à faire la starlette dans des libraires et sur des salons pour vendre ma camelote, comme mes copains. C’est d’ailleurs frustrant parce que chaque fois que je bois des coups avec des confrères, ou que je les écoute présenter leurs bouquins, ça me donne envie de les lire. En tout cas, chez EquinoX, il y a le nouveau roman de Sylvain Kermici, Pandémonium, qui vient de paraître et me fait bien envie.

 

Christophe Siébert à propos de ses lectures


Quel est le livre qui vous a donné envie d’écrire ?

Ce sont les nouvelles de Lovecraft qui m’ont poussé à écrire, mais en creux, si je puis dire. Quand j’avais douze ans, je jouais à L’Appel de Cthulhu, un jeu de rôle adapté de Lovecraft et, n’arrivant pas, en 1986-87, dans mon bled reculé, à trouver de texte de cet auteur en librairie, je me suis mis à les écrire. Disons que la ressemblance entre mes tentatives et les siennes n’était pas frappante.
 

Quel est le livre que vous auriez rêvé d'écrire ?

Il y en a plein. En tout cas, l’auteur que j’aurais rêvé d’être, c’est Simenon. Pas tant pour son œuvre – je veux dire, je l’admire en tant que lecteur, c’est un de mes écrivains préférés, mais je préfère être Siébert plutôt que n’importe qui d’autre – que pour son parcours. C’est ce que j’aurais aimé faire, écrire dix livres par an. Mais ça n’est plus possible. Les éditeurs, les libraires, le public refusent désormais d’absorber une telle production. Dommage.
 

Quelle est votre première grande découverte littéraire ?

Il y a eu une série de grands chocs quand j’étais ado, mais ça remonte à loin et je ne me souviens plus dans quel ordre ces cinq-là me sont apparus. En tout cas, sur une période assez courte, entre 15 et 17 ans, en gros, j’ai croisé la route de Bataille, Dick, Burroughs, Manchette et Esparbec et ma vie n’a plus jamais été la même.

 
Quel est le livre que vous avez relu le plus souvent ?

Je pense que ce sont les Chroniques de Manchette, qui rassemble toutes les chroniques (le titre n’est pas mensonger…) consacrées au roman noir (critiques de bouquins, historique du genre, manifeste esthétique, envolées sociocritiques) qu’il a écrites pour Charlie Mensuel et Polar, principalement, plus quelques préfaces et autres mignardises. Rien n’est à jeter là-dedans, tout est parfait, forme & fond. Un modèle d’érudition, d’écriture, d’humour, une vision du monde salutaire, ce livre est un antidote à tout le caca que l’univers nous déverse sur la gueule.

 
Quel est le livre que vous avez honte de ne pas avoir lu ?

Ah, aucun. Plein manquent à ma culture, et même un paquet de chefs-d’œuvre, mais je ne compte pas passer sous un train tout de suite, donc j’aurais bien le temps de les lire un jour ou l’autre !

 
Quelle est la perle méconnue que vous souhaiteriez faire découvrir à nos lecteurs ?

J’aimerais que les lecteurs contemporains abordent sans a priori Esparbec, le grand pornographe de notre fin de vingtième siècle, qui alliait des thématiques pas très loin de Bataille avec une écriture limpide, froide et sensuelle (c’est pas incompatible) qui se rapprochait de Simenon – avec qui il partage aussi l’imposante bibliographie. Il a en outre été mon éditeur entre 2008 et 2010. Il est mort en 2020 et ses œuvres complètes sont en cours de publication à La Musardine.

 
Quel est le classique de la littérature dont vous trouvez la réputation surfaite ?

Je ne sais pas trop si sa réputation est surfaite ou si c’est moi qui suis dans les choux, mais Céline me tombe des mains. J’essaie régulièrement de le relire et cale invariablement au bout de cent pages, quel que soit le livre, vaincu par ses vociférations, sa ponctuation et toutes ses coquetteries qui hurlent « regardez comme je suis Écrivain » – les solos de guitare me font le même effet et je crois que l’enfer, pour moi, pourrait se résumer à lire Céline en écoutant Zappa, dans une pièce remplie de dessins hyperréalistes en trompe-l’œil.

 
Avez-vous une citation fétiche issue de la littérature ?

Oui. Elle vient d’une lettre écrite par Kafka à Oskar Pollak et je l’ai découverte dans les Chroniques de Manchette, justement. Tout le monde connaît la dernière phrase mais celles qui précèdent ne sont pas mal non plus, alors la voici en version longue, comme Le Grand Bleu mais en moins soporifique : « Il me semble d’ailleurs qu’on ne devrait lire que les livres qui vous mordent et vous piquent. Si le livre que nous lisons ne nous réveille pas d’un coup de poing sur le crâne, à quoi bon le lire ? Pour qu’il nous rende heureux, comme tu l’écris ? Mon Dieu, nous serions tout aussi heureux si nous n’avions pas de livres, et des livres qui nous rendent heureux, nous pourrions à la rigueur en écrire nous-mêmes. En revanche, nous avons besoin de livres qui agissent sur nous comme un malheur dont nous souffririons beaucoup, comme la mort de quelqu’un que nous aimerions plus que nous-mêmes, comme si nous étions proscrits, condamnés à vivre dans des forêts loin de tous les hommes, comme un suicide — un livre doit être la hache qui brise la mer gelée en nous. »

Dans un autre genre, j’aime bien aussi cette phrase de Picabia : « Pour que vous aimiez quelque chose, il faut que vous l’ayez vu et entendu depuis longtemps, tas d’idiots. »

Voilà. Ce sont mes deux boussoles, ça.

 
Et en ce moment que lisez-vous ?

En ce moment, je lis principalement des manuscrits pour Au Diable Vauvert (puisque je fais depuis peu partie du comité de lecture) et pour la collection que je dirige à La Musardine ; et quand j’aurai de nouveau un peu de temps pour moi, je me replongerai dans Vertèbres, de Morgane Caussarieu, qui sort chez mon éditeur dans quelques semaines et dont j’ai piqué un exemplaire en avant-première. J’en ai avalé un bon quart avant de devoir me remettre au boulot, c’était la grande régalade, j’ai bien hâte de poursuivre.

 

 

 

Découvrez Feminicid de Christophe Siébert aux éditions Au Diable Vauvert

 

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