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EAN : 9791030703269
304 pages
Au Diable Vauvert (07/10/2021)
3.93/5   96 notes
Résumé :
1997. Petite station balnéaire des Landes. Jonathan, dix ans, vient d’être kidnappé. On le retrouve une semaine après sur une aire d’autoroute. Sa mère peine à le reconnaître : bien des choses ont changé en lui, la plus déroutante étant l’apparition d’une vertèbre supplémentaire…

Morgane Caussarieu revisite les années 1990 comme Stephen King le faisait avec Ça pour les années 1960.
Entre Stranger Things et un Chair de poule pour adulte, culture... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (42) Voir plus Ajouter une critique
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Un enfant kidnappé par une femme à barbe, une histoire raconté par deux protagonistes : la maman et la meilleure amie du petit garçon, assistants à la "transformation".
La transformation de qui? Bah du petit garçon pardi !! Oui car cet enfant de 10 ans, il revient une semaine après son enlèvement, avec une vertèbre en plus !

Une vertèbre en plus ?

Je ne connaissais pas Morgane Caussarieu mais je vais adhérer, car l'originalité du récit, son écriture et ses personnages m'ont beaucoup plu. Cela change d'aborder la différence, et la transformation du corps de l'enfant vers celui de l'adulte avec cette idée.
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Après un détour chez ActuSF pour son dytique YA Rouge Toxic/Rouge Venom, Morgane Caussarieu nous revient chez Au Diable Vauvert pour un nouveau récit sur la jeunesse qui a les crocs…mais pas ceux que vous pourriez croire. Pas de vampire cette fois pour la française mais une autre figure monstrueuse archi-connue : le loup-garou !

Vieux-Boucau-les-Bains, une enfance
Sasha a dix ans, c'est une gamine comme tant d'autres, une gamine de Vieux-Boucau dans les Landes, une gamine qui a des problèmes. Comme toutes les gamines en somme ou presque. Car Sasha n'aime pas qu'on la prenne pour une fille, elle n'aime pas les trucs réservés aux filles comme ce journal de couleur mauve avec une drôle de souris dessus, Diddl, comme ces robes idiotes qui la font paraître maladroite et peut-être même un peu « salope » comme son père lorsqu'il parle des femmes. Sasha n'apprécie pas les trucs de filles, n'a pas le look d'une fille, n'a pas les cheveux d'une fille. Bref, Sasha adorerait être un garçon et se tient le plus souvent à l'écart des autres, préférant traîner avec son propre « Club des Ratés » en compagnie de Brahim, l'arabe qu'on regarde de travers, et Jonathan, le gros diabétique dont tout le monde se moque. Voilà qu'un jour, JoJo disparaît, enlevé par une femme à barbe dans une camionnette et retrouvé quelques jours plus tard par les gendarmes tout maigrichon sur une aire d'autoroute. Un changement d'apparence qui bouleverse sa mère, Marylou, cette maman-poule qui couve son tout-petit Jonathan tellement fragile, tellement malade. Devant le mutisme du garçon après son enlèvement, Marylou s'inquiète d'autant plus… surtout lorsqu'une vertèbre qui n'était pas là auparavant apparaît sur sa colonne vertébrale…Mais qu'est-il arrivé à Jonathan ?
C'est sur cette intrigue qui sent bon les années 90 que Morgane Caussarieu nous offre sa version personnelle de Stranger Things version Chair de Poule. Vertèbres est un pur roman-doudou, une Madeleine de Proust pour tous les enfants qui ont grandit dans les années 90. Morgane y revient sur un monde aujourd'hui disparu et qui tirera certainement quelques larmes aux nostalgiques des Pogs à la récré et de chansons de Roch Voisine. Sasha est une enfant de ces années-là, avec tout le bon et le mauvais que l'on en retire, des stéréotypes ultra-genrés aux sorties entre potes sur la plage en passant bien évidemment par une certaine culture geek alors en pleine ascension.
C'est l'ère pré-internet, où les copains sonnent à la porte des uns et des autres pour partir en virer, où l'on soigne son Tamagotchi du mieux que l'on peut et où l'on appelle son chien Mégazord.
Cette atmosphère parlera donc à tout une frange de lecteurs biberonnées aux Minikeums et aux jeux Megadrive. Mais c'est aussi, paradoxalement, le point faible de ce récit, avec une fâcheuse tendance de temps à autre au name-dropping qui force le trait. Comme Stranger Things, Morgane Caussarieu installe une atmosphère générationnelle par la culture qui entoure Sasha, son héroïne, risquant parfois de s'y noyer elle-même.
Mais, heureusement, Vertèbres n'est pas que ça, loin de là.

Femme(s) des années 90
Écrit et pensé comme un Chair de Poule, ces récits d'horreur signé R.L. Stine qui ont fait le bonheur des enfants et adolescents des années 90, Vertèbres profite de l'écriture enlevée, faussement légère de la française qui explore son thème favori : celui des monstres…et des gamins. Comme Poil de Carotte dans Je suis ton Ombre, Sasha est aussi représentative des gamins de son époque qu'elle en est différente et fascinante. En explorant à demi-mots la dysphorie de genre, Morgane Caussarieu tente une chose très intelligente lorsqu'elle la fait correspondre au monde qui entoure sa jeune héroïne.
Une héroïne qui n'aime pas les filles et se sent garçon, mais comment vouloir être une fille quand votre père vous décrit sans cesse les femmes comme des « salopes », qu'il n'aime pas vous avoir dans ses bras parce que vous êtes une petite fille ou que votre autre modèle masculin est un grand frère qui agit comme un connard la plupart du temps ? Comment avoir envie d'être une fille quand les autres filles se moquent de vous et détestent vos centres d'intérêts et votre façon d'être ? L'environnement joue un rôle clé dans le phénomène et Morgane Caussarieu le comprend parfaitement, expliquant le rôle de l'entourage et même de la société en général. Sasha confie ses pensées à son journal intime, parce que même les garçons le font, et parce qu'elle a aussi besoin d'un confident, d'une « personne » à qui confier ce qu'elle n'arrive à exprimer à personne d'autre dans une époque qui ne semble jamais vouloir d'elle. C'est un peu le même problème dont souffre Jonathan, son ami obèse revenu totalement transformé après son enlèvement-mystère. Sauf que Jonathan n'intéresse pas tant Morgane que sa mère, Marylou au prénom si bien choisie, Marylou qui illustre et prolonge le propos sociétal qui accable déjà la jeune Sasha. Marylou, la « salope » qui couche avec tout le monde, la « mère-poule » toujours en demande. Quand on est une femme dans les années 90, on est soit une salope soit une mère, et plus rarement les deux à la fois, surtout quand il n'y a pas de père dans l'équation. Marylou servira de seconde narratrice, à la deuxième personne du singulier, s'interpellant et interpellant le lecteur, se questionnant ou s'admonestant.
Ensemble Marylou et Sasha vont assister à la naissance d'un monstre, le fameux loup-garou du récit qui ne sera une surprise pour personne et pour cause, le monstre est ailleurs.

The Evil Within
Comme dans Je suis ton ombre, Morgane Caussarieu joue avec une figure monstrueuse archétypale pour révéler le vrai monstre à côté, celui qui fait du mal en sourdine à son prochain, celui qui humilie et qui infantilise, celui qui frappe et celui qui fait mal. Car au-delà de la transformation des corps, de ce passage à l'adolescence où l'enfant devient parfois un « monstre » aux yeux des autres, la française dévoile la cruauté toute humaine d'un père ou d'une mère, des monstres qui s'ignorent et que le reste du monde ne voit pas avec autant d'évidence qu'un loup-garou qui se balade dans les rues de Vieux-Boucau. Chez Morgane Caussarieu, le monstre n'est jamais celui que l'on croit, il se terre, il se cache.
Et c'est là aussi où la française fait mouche, dans sa façon de rapporter les choses, un journal intime d'un côté, un récit-confession de l'autre. Des témoignages où la vérité n'est pas entière ou, du moins, elle l'est selon son autrice, pour se préserver parfois, pour garder une image qui n'est que celle que l'on souhaiterait voir clairement. Des petites divergences, des oublis sans importance mais qui changent quand même pas mal les évènements, prouvant que nous renfermons tous une part de mensonge lorsque l'on parle de soi, lorsque l'on témoigne du passé.
La monstruosité se terre peut-être dans nos mensonges, dans notre refus de voir notre part de culpabilité et d'accepter que le monde n'est pas en noir et blanc mais en niveaux de gris. Vertèbres n'aime pas le jugement binaire, il arrive à donner de l'empathie au lecteur envers un loup-garou tout en crocs et en fourrure mais aussi envers une mère à la dérive qui a été trop loin. Morgane Caussarieu n'excuse pas les monstres, elle les explique, elle les dissèque entre deux tubes de Lara Fabian. Et c'est l'humanité qui en ressort à la fin, toute nue et blessée.

Roman-pulp ou roman-doudou, Vertèbres soigne son atmosphère au risque d'en devenir parfois étouffant. Heureusement, Morgane Caussarieu a plus d'un tour dans son sac et construit une fois de plus des personnages magnifiques, troublants et monstrueusement humains pour une lecture qui se dévore au moins jusqu'à la pleine lune !
Lien : https://justaword.fr/vert%C3..
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J'ai coché ce titre sur la liste de Masse critique Mauvais genres en me disant que je m'aventurais là bien loin de mes inclinations naturelles, et que je serai sans doute surprise. J'ai été retenue et je remercie Babelio et les éditions Au diable vauvert pour cette découverte.
***
Deux narrateurs vont raconter cette histoire. Non, en fait, il y en a un de plus, mais il n'est présent qu'au premier chapitre, puis il disparaît complètement. Deux autres narrateurs alterneront jusqu'à la fin du roman. Sasha, narratrice à le première personne, nous dit qu'elle a dix ans (l'âge de l'autrice à la même époque). Lui succède Marylou, veuve, la mère de Jojo, qui dialogue avec elle-même à la deuxième personne du singulier. L'histoire se déroule d'avril à juin 1997
***
Sasha confie à son journal, Diddl, certains de ses secrets ainsi que les événements violents et bouleversants qu'elle vit avec ses deux amis : Jonathan, dit Jojo, enfant obèse et diabétique, surprotégé par sa mère, et Brahim qui « est arabe [et qui] volera le travail de quelqu'un quand il sera grand » (p. 17). Sasha, pour sa part, agit comme un garçon, se représente en garçon, se rêve et se projette dans l'avenir comme un garçon, et se félicite de porter un prénom épicène. Ils forment tous les trois une petite bande qui ne fréquente pas les autres enfants. Mais Jonathan disparaît. Il est monté dans une camionnette conduite par une femme très poilue. Un homme, peut-être, insistent les gendarmes. Non, non, une femme, avec de longues dents, de grandes oreilles et beaucoup de poils. L'enfant reparaît un petite semaine plus tard, mais il porte la trace d'une méchante morsure et il a changé. Il changera bien plus encore…
***
J'ai lu ce roman sans déplaisir, mais j'avoue ne pas être enthousiasmée par ce genre d'histoires. J'ai trouvé intéressante la transformation de Jojo en loup-garou (je ne révèle rien, il suffit de regarder la couverture pour savoir de quoi il s'agit), d'autant qu'on n'a jamais accès à ses pensées : on le voit toujours par les yeux de Sasha ou ceux de Marylou, on ne peut donc que deviner son calvaire. La souffrance de Sasha, cette petite fille qui veut être un garçon, son adaptation réticente à sa famille dysfonctionnelle, son amour sans limite pour son chien Megazord, la peur qu'elle éprouve face à son grand frère Kévin, l'amour déçu qu'elle porte à son père, tous ces aspects en font un personnage attachant, peut-être plus encore quand elle avoue ses arrangements avec la vérité. J'ai regretté que Brahim soit réduit à la portion congrue et que Marylou soit si transparente, archétype de mère possessive qui va jusqu'à la caricature. On devine très vite ce dont elle souffre. J'avoue avoir été rebutée par certaines scènes et franchement déçue par les deux dernières scènes aussi obscènes que glauques. Bref, je vais retourner dans mes sentiers battus ; ils sont assez larges pour que j'y trouve mon bonheur, jusqu'à la prochaine incursion en pays étranger…
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Habituée au fantastique grâce auquel elle s'est penchée à plusieurs reprises sur la figure du vampire (« Rouge Venom » ; « Rouge Toxic » ; « Je suis ton ombre »...), Morgane Caussarieu publie en cette fin d'année 2021 un nouveau roman qui s'inscrit parfaitement dans le genre mais propose cette fois d'explorer le mythe du loup-garou. Tout commence dans un paisible village balnéaire des Landes, à la fin des années 1990. Là, le lecteur fait la connaissance de Sacha, une enfant de dix ans très en marge du reste de la communauté (tant en raison de son milieu social défavorisé que de son attitude volontairement provocatrice) mais qui peut heureusement compter sur ses deux meilleurs amis, eux aussi peu populaires parmi les enfants du village : Brahim (car pauvre et arabe) et Jojo (car souffreteux et obèse). le petit monde de la jeune fille va toutefois voler en éclat lorsque l'un de ses deux compagnons de jeu va être enlevé par une mystérieuse femme à barbe. La détresse de Sacha n'est toutefois rien en comparaison de celle de la mère du garçon, Marylou, qui est le second protagoniste de cette histoire. Une semaine après sa disparition, Jonathan refait finalement surface, au plus grand soulagement de tout le village et de ses proches. Sauf que le garçon est méconnaissable : mutique, il a perdu une quantité de poids impressionnante en seulement quelques jours et également gagné une vertèbre supplémentaire. Désireuse de protéger son petit des rumeurs et d'éventuelles investigations du corps médical, Marylou va isoler son fils et assister, impuissante, à sa transformation en une créature bien différente du petit garçon qu'elle couve furieusement depuis sa naissance. Relativement court, le récit est bien rythmé et porté par une écriture dynamique, si bien que la lecture s'effectue en un temps record. le mode de narration choisi participe de cette envie de tourner encore et encore les pages puisque l'autrice opte pour deux méthodes différentes en fonction de ses héroïnes. Ainsi, Sacha, la petite fille de dix ans, s'exprime à la première personne et s'adresse à son journal intime, tandis que le point de vue de Marylou, la mère de Jonathan, nous est rapporté à la deuxième personne du singulier. Or, autant la première forme de narration est plutôt classique et trouve vite ses limites, autant la seconde se révèle plus originale et percutante.

La personnalité des deux héroïnes mises en scène ici participe également au plaisir de lecture et interpelle inévitablement le lecteur qui éprouve pour elles des sentiments ambigus, fait d'empathie en raison de leur flagrante vulnérabilité et de réprobation devant certains de leurs choix pour le moins discutables. Sacha est ainsi une enfant très attachante sous ses airs de petits durs et ses questionnements concernant son identité sexuelle s'avèrent touchants et occupent une place non négligeable dans le roman qui traite le sujet avec une grande sensibilité. du côté de Marylou on alterne entre la pitié, l'admiration, la déception, voir carrément le dégoût, et c'est justement parce qu'ils nous font passer par une palette aussi variée d'émotions que les chapitres la concernant sont aussi intéressants. le tutoiement adopté est, encore une fois, pour beaucoup dans le plaisir qu'on prend à découvrir son point de vue, tandis que le mode « journal intime » choisi par Sacha se révèle moins surprenant et parfois même trop peu crédible. Certains passages sont en effet typiques d'un récit écrit par une petite fille de dix ans, et leur simplicité pourra alors gêner le lecteur, tandis que d'autres témoignent d'une grande maturité qui ne colle pas avec l'âge du personnage. Les autres personnages sont quant à eux très secondaires et ne servent que de toile de fonds au récit, à commencer par les hommes qui sont ici traités de manière presque exclusivement négative, ce qui ne manque pas de susciter un sentiment d'oppression chez le lecteur, peut-être même davantage que la perspective de voir Jonathan se transformer en monstre sanguinaire. le mythe est d'ailleurs abordé de manière très classique : on a affaire à une créature sauvage et imprévisible qui ne peut se contrôler et cherche par tous les moyens à contenter ses besoins primaires, se dépouillant ainsi totalement son humanité. Quelques petits ajouts liés à l'histoire personnelle du garçon et de mère viennent se greffer sur le mythe originel, mais dans l'ensemble les amateurs de récits faisant la part belle à la lycanthropie ne seront pas vraiment dépaysés.

Un autre aspect important du roman, qui a le pouvoir de déplaire autant que de séduire les lecteurs, concerne la période à laquelle se déroule l'histoire. L'autrice a en effet choisi de situer l'action à la fin des années 1990 et multiplie tout au long du récit les références aux classiques de cette époque, ce qui ne manquera pas de susciter la nostalgie de celles et ceux qui ont vécu leur enfance à la même période. Avec ses nombreux clins d'oeil cinématographiques (Didier, Maman j'ai raté l'avion, Hook, Dragon Ball Z…), publicitaires (Croustibat, Frosties, PEZ…) ou technologiques (tamagotchi, minitel, Super Nitendo…), Morgane Caussarieu créé ici une ambiance un peu désuète très particulière qui parlera à beaucoup mais court aussi le risque de lasser à force de vouloir trop en faire. En partie à cause de cette atmosphère pleine de nostalgie, mais aussi en raison de l'intrusion du surnaturel dans la vie de jeunes enfants, le roman fait évidemment beaucoup penser à d'autres oeuvres du même type, à l'image de « Ça » de Stephen King, ou plus récemment de la série à succès « Stranger Things », avec laquelle elle partage pas mal de points commun. le côté « village perdu et renfermé sur lui-même où tout se sait mais où personne ne dit rien » m'a également fait penser à d'autres romans d'imaginaire sortis récemment et dans lesquels on retrouvait approximativement le même schéma et une partie des thématiques concernant le passage à l'âge adulte et les effets de la maltraitance sur les enfants. Parmi eux je citerais notamment « Je suis ta nuit » de Loïc le Borgne (ActuSF), qui m'avait beaucoup marqué lors de ma lecture, mais aussi « La princesse au visage de nuit » de David Bry (HSN).

Bien que classique dans sa façon d'aborder le mythe du loup-garou, le roman de Morgane Caussarieu séduit à la fois par son dynamisme et son côté un peu « cru » mais aussi par la personnalité atypique de ses héroïnes, une petite fille qui se sent garçon et une mère hyper-protectrice. le mode de narration choisi par l'autrice, qui alterne entre le « je » et le « tu », présente quelques limites mais se révèle dans l'ensemble réussi, notamment parce que la subjectivité de chacun des deux points de vue permet d'habiles retournements qui viennent changer le regard du lecteur sur certains personnages ou pans de l'intrigue.
Lien : https://lebibliocosme.fr/202..
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Attention coup de coeur ! et tout à fait inattendu, de plus…
C'est que ce livre est taggé Fantastique, un genre que je lis de temps en temps avec plaisir, mais « sans plus » ; il a attiré mon attention car l'une ou l'autre copinaute en avait parlé il y a plusieurs mois, et le voilà maintenant parmi la sélection pour le prix Livraddict dans cette même catégorie, malgré le nombre relativement faible de lecteurs jusqu'à présent (on est à moins de 50 sur LA !). Ce sera donc ma deuxième lecture dans cette catégorie, je pourrai voter (clin d'oeil), et j'espère lire au moins un autre titre de la sélection.
Mais surtout, il est aussi taggé Horreur, l'un des rares genres que j'évite autant que possible car j'ai vraiment du mal avec ça : depuis certaines lectures, que j'ai abordées sans doute trop jeune, de Stephen King notamment, je ne supporte pas les livres horrifiques et les évite autant que possible. Cependant, ce mois-ci est consacré justement à l'horreur sur l'un des challenges auxquels je participe ; par ailleurs, on m'avait prévenue qu'il ne dépasse pas le niveau de frisson d'un « Chair de poule » (vous connaissez ces petits livres de 100 à 200 pages, publiés chez Bayard pour la plupart, et destiné à un (très) jeune public qui aime se faire (un peu) peur ?). Ça, ça me va… sachant que, en réalité, c'est le maximum que je puisse lire sans faire des cauchemars pendant les 1.001 nuits suivantes !

Et ça tombe bien car, à peu de choses près, ce livre suit le schéma – ici certes bien étoffé - d'un « Chair de poule », justement : tout commence par une situation normale, qui dérape cependant l'air de rien ; on a ensuite une lente évolution vers une horreur grandissante, qui est cependant tellement progressive qu'il faut être presque à la fin du livre pour en saisir toute l'épouvante, et entre-temps on s'est rendu compte qu'on s'est bien attaché aux personnages, même les plus repoussants !; enfin, on termine avec une situation qui semble être revenue à la normale, sauf qu'une dernière page, peut-être juste une dernière phrase, apparaissent comme un cliffhanger encore plus effroyable !
Et puis j'avoue : il a été proposé en lecture commune, à laquelle je me suis greffée, espérant ainsi que la pilule de la peur passe encore plus facilement !

La grande originalité de ce livre, cependant, est son choix narratif tout à fait particulier. On a deux narrateurs en alternance parfaite : d'une part, la jeune Sasha, 10 ans, garçon manqué et qui refuse tout ce qui est trop féminin à son goût, qui décide tout à coup de tenir un journal intime car elle a reçu un carnet qui lui plaît plus qu'elle ne veut bien avouer ; d'autre part, c'est Marylou, réputée femme facile, mais surtout mère maladivement protectrice de son fils Jonathan, qui est quant à lui obèse et malade en permanence – ne devinez-vous pas d'emblée de quelle maladie souffre Marylou ?... Malaimés voire harcelés à l'école à cause de leur différence (Sasha qui ne se positionne pas assez en tant que fille et vient d'un milieu social défavorisé, on a déjà parlé de Jonathan, et le 3e larron est Brahim, rejeté à cause de son origine « arabe »), leur amitié les a rendu plus forts et les protège quelque peu.

Et c'est là qu'on découvre tout le talent de cette autrice que je ne connaissais pas du tout !
Comme je disais, Sasha tient son journal, à la 1re personne du singulier bien sûr, et s'adresse réellement à son carnet comme à une personne, en lui racontant ses aventures d'enfant à l'aube d'une adolescence dont elle ne veut pas (car elle sait qu'elle ne pourra échapper à la puberté, qui va la rendre définitivement « fille ») ; elle parle avec une voix enfantine non dénuée de maturité, tandis que sa narration est parsemée de références aux friandises, films, émissions télé et autres publicités typiques des années 1990 – cette indéniable foison peut paraître excessive, pour ma part elle m'est bien un peu passé par-dessus la tête, peut-être parce que je n'étais déjà plus une enfant dans les années 1990 et ne consommais donc plus les mêmes produits qu'un enfant de 10 ans, par ailleurs je n'ai jamais beaucoup regardé la télévision, donc bon… Ce sont d'autres « références » qui, à mon sens, ancrent tout autant l'histoire dans son contexte « historique » : on notera par exemple la façon dont on un homme seul pouvait traiter ses enfants, à travers le regard de Sasha donc, et notamment une évidente violence domestique envers son fils – violence qui était alors « normale », ou du moins, sociétalement encore acceptée, quoi qu'on en pense aujourd'hui – et qui, par ailleurs, n'était pas synonyme d'un désamour envers ledit fils, je dirais même : au contraire ! Mais ce père « faisait comme il pouvait », sans aucun jugement tel qu'il en existe aujourd'hui, d'autant plus que tout le monde avait toujours fait comme ça : on n'était pas encore dans la bien-pensance actuelle – qui a apporté bien des progrès sur ce plan, et heureusement, je ne remets pas ça en cause une seule seconde ! mais il serait malhabile de juger cette histoire par ce biais-là aujourd'hui.

L'autre narratrice est bien différente, et a provoqué un certain débat (mais qui est-ce donc ?) lors de la lecture commune : ça tourne autour de Marylou, comme je disais plus haut, ça on l'a bien compris… mais c'est écrit à la 2e personne du singulier !? Qui s'adresse donc à Marylou, si ce n'est elle-même ? Un quelconque narrateur extérieur caché ? sa propre conscience ? ou un quelconque autre personnage encore ?
Pour ma part, j'ai interprété d'emblée que cette narratrice ne pouvait être que Marylou elle-même, dans une espèce de litanie qu'elle s'adresse à elle-même, et où apparaît effectivement quelquefois sa conscience, qui est alors sciemment exprimée en italique dans le texte ! C'est que Marylou a un comportement maladivement protecteur envers son fils, qui ne va cesser de s'exacerber jusqu'à la folie !
Par ailleurs, bien entendu, Marylou participe elle aussi à cette ambiance très 1990 : il est question de quelques friandises dont elle aime gaver son fils, mais aussi de Roch Voisine (c'est vrai qu'il a eu son succès, et ma soeur l'adorait !) ou du Minitel – qui me touche nettement moins, cet appareil n'ayant jamais percé en Belgique.

Et donc, à travers cette double narration très « orientée » à chaque fois, l'autrice fait évoluer son personnage principal, en l'occurrence Jonathan en pleine transformation de plus en plus intenable, de moins en moins humaine, et parvient à faire accepter des choses tout à fait inacceptables au lecteur… car, pour ma part en tout cas, j'ai trouvé les personnages attachants : j'adore la spontanéité de Sasha, son côté frondeur même avec son journal intime, et sa vague culpabilité qui ressort par moments envers ceux qu'elle sait qu'elle a blessés d'une façon ou d'une autre ; j'ai bien aimé toute l'évolution de Jonathan aussi, jusqu'au bout on espère qu'il va « s'en sortir » malgré toutes les horreurs de plus en plus graves qu'il génère ; je n'ai pas aimé Marylou car elle donne une idée complètement faussée de ce que représente être mère et je suis très sensible à ça, néanmoins je l'ai trouvée terriblement touchante dans son désarroi et dans ses bribes de prise de conscience sur une situation extraordinaire.

Ainsi, je ne peux que confirmer que ce livre qui relève autant du Fantastique que de l'Horreur, est effectivement très bien dosé, et parvient à faire passer une évolution lycanthropique absolument monstrueuse d'une façon finalement assez « douce » qui ne devrait pas générer de cauchemars, malgré la fin en cliffhanger bien frissonnant (si ça se dit) ! La double narration, parfaitement maîtrisée en fonction de chacun des deux personnages, et tout à fait originale, ajoute ce petite quelque chose à ce livre, qui fait qu'on ne peut plus le lâcher une fois commencé : je l'ai lu au total en moins de 24 heures !
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critiques presse (1)
Syfantasy
29 novembre 2021
Ce roman fera plaisir à tous les fans de romans fantastiques et d'aventures. Qui plus est l'humour noir y est injectée et est plus salutaire. Le texte est des plus agréables ; dès la première page vous serez des mordus de lecture. Je recommande chaudement : un récit accrocheur et attachant, parfois poignant mais efficace ! Très belle découverte qui vous vampirisera je n'en doute pas !
Lire la critique sur le site : Syfantasy
Citations et extraits (7) Voir plus Ajouter une citation
C'est bien la première fois que tu fuis les médecins. D'Habitude, aller à l'hôpital te rassure, tu aimes l'ambiance des couloirs blancs, du désinfectant , les conversations emplies de termes techniques, le regard compatissant des infirmières. Tu aimes que Jonathan et toi soyez leur centre d'attention. Le pauvre petit malade et sa mère si brave. Mais là, pour la première fois, tu as peur de ce que tous là-bas pourraient penser, parce que tu ne maîtrises plus rien.
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Avec Brahim et Jojo, on est à la frontière, en équilibre, on n'appartient à aucune case, enfin si, celle dont personne d'autre ne veut : Jojo, parce que quand il s'asseoit, il prend deux sièges, Brahim, parce que comme il est arabe, il volera le travail de quelqu'un quand il sera grand, et moi, parce que je refuse d'écouter les Spice Girls et Ophélie Winter, ou de jouer au téléphone secret.
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Lorsque Jonathan n’était encore qu’un nourrisson de quelques semaines, il t’est arrivé d’avoir envie de le secouer. Jusqu’à ce que sa tête hydrocéphale craque sur son cou trop faible. Jusqu’à ce qu’enfin il se calme. Pour toujours. Qu’il te laisse souffrir en silence ton grand amour perdu. Jonathan n’arrêtait pas de pleurer, comme s’il partageait ta détresse, Marylou, comme s’il pleurait ce père qu’il ne connaîtrait jamais. Avec toi.
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Les pubs de jouets à la télé, qui d’habitude m’apaisent, n’étaient d’aucun secours, car ils en passent beaucoup ces derniers temps pour la marque Smoby qui vend des imitations de meuble de cuisine, dînettes et aspirateur à destination des petites filles. Comme si je n’avais pas déjà assez de vraies corvées.
Commenter  J’apprécie          10
Cet épisode ne t’aide pas à dormir, bien sûr. Tu guettes les bruits de la maison. Les craquements des pas de Jonathan sur le plancher. Des pas légers, agiles, que tu ne reconnais plus. Jonathan était si lourdaud avant. Si maladroit et empesé. Mains il ne se remontre pas à ta porte. Tu as si peur pour lui. Si peur. Encore plus que pour toi.
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Videos de Morgane Caussarieu (9) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Morgane Caussarieu
Morgane Caussarieu vous présente son ouvrage "Dans tes veines" aux éditions Au diable Vauvert.
Retrouvez le livre : https://www.mollat.com/livres/2707804/morgane-caussarieu-dans-tes-veines
Note de musique : © mollat Sous-titres générés automatiquement en français par YouTube.
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