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3.86/5 (sur 9385 notes)

Nationalité : Belgique
Né(e) à : Bruxelles , le 12/10/1982
Biographie :

Adeline Dieudonné est une femme de lettres, nouvelliste et romancière.

Elle est la fille du pilote automobile Pierre Dieudonné (1947).

Sa première nouvelle, "Amarula", parue dans le recueil "Pousse-café" en 2017, remporte le Grand Prix du concours de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

La même année, elle écrit et interprète le seul en scène "Bonobo Moussaka". Elle a publié aux éditions Lamiroy un opuscule, "Seule dans le noir" (2017).

En 2018, elle publie un premier roman remarqué, "La vraie vie". Il remporte le Prix Première Plume 2018, le Prix du roman Fnac 2018, le Prix Renaudot des lycéens 2018, le prix Victor-Rossel 2018 et le Grand Prix des Lectrices Elle, catégorie Roman en juin 2019.

En 2021, elle publie "Kérozène" puis "Reste", deux ans plus tard.

Adeline Dieudonné habite à Bruxelles.

site officiel : http://www.adelinedieudonne.com/

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Entretien avec Adeline Dieudonné, à propos de son ouvrage La Vraie Vie

17/09/2018

Avant la publication de La Vraie Vie, vous aviez déjà écrit des nouvelles. Comment avez-vous abordé la création d`un format plus long ?

Avec beaucoup de candeur, sans me rendre compte que je m’attaquais à l’Everest. Quand je m’en suis rendue compte, il était trop tard, je devais continuer à avancer. Mais ça n’a pas été toujours facile, j’ai eu des moments de doutes, des moments où j’étais totalement perdue dans la matière. L’avantage d’une nouvelle c’est qu’on n’a pas trop le temps de se perdre.



On trouve cette phrase au début du livre : « Les histoires, elles servent à mettre dedans tout ce qui nous fait peur, comme ça on est sûr que ça n`arrive pas dans la vraie vie. » Votre roman aborde un sujet difficile, la violence physique et psychologique d`un père envers sa femme et ses deux enfants, et l`endurcissement progressif de l`ado narratrice qui va tout faire pour sortir de sa condition. Est-ce que La Vraie Vie est une sorte de talisman pour vous ?

Oui, peut-être. En tout cas c’est une façon de prendre de la distance avec le réel, de le rendre moins insupportable.


Trois des personnages les plus importants du récit - la narratrice, la mère et le père - ne portent pas de nom. Pourquoi ?

Ca n’était pas une volonté en tant que telle au moment d’écrire. Je ne me suis pas mis cette contrainte. C’est un constat que j’ai fait a posteriori. Déjà, l’histoire étant racontée par la voix de la narratrice, il est rare qu’un enfant nomme ses parents. Il aurait fallu que les noms passent par les dialogues et ça aurait été artificiel. Peut-être aussi que, sans en être consciente, ça a été une façon pour moi de rendre les personnages et l’histoire universels. C’est aussi la raison pour laquelle je ne situe pas le Démo géographiquement. Si on exclut quelques indices qui ne parleront qu’aux Wallons, cette histoire peut se passer à peu près n’importe où en Europe…


Vous abordez donc un sujet de société lourd, mais très souvent avec de l`humour et de la candeur. Etes-vous vous-même lectrice de romans sociaux ? Etait-ce une manière pour vous de prendre le contre-pied, à travers le personnage de l`adolescente pleine de vie, du pathos présent dans pas mal de livres qui se rattachent à ce genre ?

Ah non, je ne crois pas. J’ai écrit cette histoire comme elle venait, avec ce ton qui est le mien. J’aime les gens qui me surprennent, qui ne se placent pas exactement là où on les attend. J’aime cette liberté et j’ai voulu la transmettre à mon héroïne.


Le père est passionné de chasse animalière, et garde dans une salle réservée ses trophées, dont une hyène, qui revient de manière obsessionnelle comme une figure du Mal et de la cruauté. D`où vient l`idée de ce motif ?

Je ne sais pas trop. Comme c’est une petite fille qui parle, je devais lui faire exprimer ses émotions à travers un procédé naturel pour une enfant. Elle n’allait pas se mettre à parler de choc post-traumatique en ce qui concerne son petit frère. Il fallait que je trouve sa propre logique. La hyène est un animal effrayant et souvent mal aimé, c’est un charognard. Je trouvais aussi intéressant de voir comment vivaient deux enfants confrontés à la mort, dans cette chambre des trophées. Qu’est-ce que ça fait de côtoyer des cadavres d’animaux au quotidien ?


A la lecture de votre livre, on peut se dire parfois que certaines situations sont amorales (adultère, meurtre, cruauté envers les animaux). Est-ce pour bousculer un peu le lecteur, ou bien simplement décrire le quotidien de certaines familles au plus proche de la réalité ?

Oui, je crois que c’est une façon de décrire la réalité telle que je la vois. La cruauté envers les animaux est quotidienne et omniprésente. C’est une industrie et on nous la justifie sous des motifs de rentabilité, mais elle n’est pas moins sordide que dans mon roman. C’est juste notre monde. Comment font deux enfants pour grandir et espérer une « vraie vie » dans ce monde là ? Sur la question de l’adultère, c’était peut-être une façon de montrer que mon héroïne n’est pas une sainte et, personnellement, c’est exactement pour ça que je l’aime. Elle est complexe, elle a un rapport extrêmement puissant et libre à ses désirs et à son érotisme.


Au final, la « vraie vie » commence pour votre narratrice à la fin du roman. Peut-on s`attendre à la retrouver dans un prochain livre ?

C’est une question qu’on me pose beaucoup en ce moment. Si je le faisais, j’aurais très très peur de décevoir mes lecteurs. Je ne sais pas. J’ai eu beaucoup de mal à la quitter en terminant d’écrire La Vraie Vie. Je m’y suis attachée et pour moi, elle existe. A mon avis, si je la fais revenir dans un prochain livre, ça ne sera pas annoncé comme ça. Il y aurait un personnage féminin adulte et chacun serait libre de la reconnaître ou pas… Mais je ne sais pas du tout, là c’est trop tôt pour le dire. Il faut que j’atterrisse un peu, que je m’isole pour me remettre à écrire et que je n’essaie surtout pas de reproduire quelque chose, d’imaginer que j’ai trouvé une recette qui fonctionne. Il faudra que je me permette d’être libre, comme ma petite guerrière.



Adeline Dieudonné à propos de ses lectures



Quel est le livre qui vous a donné envie d`écrire ?

Un recueil de nouvelles de Thomas Gunzig. Je crois que c’était Assortiment pour une vie meilleure



Quel est le livre que vous auriez rêvé écrire ?

Misery de Stephen King .



Quelle est votre première grande découverte littéraire ?

Les Mémoires d’un âne de la Comtesse de Ségur. J’avais 8 ans.



Quel est le livre que vous avez relu le plus souvent ?

Le Zubial d’Alexandre Jardin (là je rougis un peu).



Quel est le livre que vous avez honte de ne pas avoir lu ?

Plein. Beaucoup trop.



Quelle est la perle méconnue que vous souhaiteriez faire découvrir à nos lecteurs ?

La collection Opuscule d’un petit éditeur belge qui s’appelle Lamiroy. Il publie une nouvelle par semaine, chaque fois d’un auteur différent et il y a de véritables pépites qui jaillissent.



Quel est le classique de la littérature dont vous trouvez la réputation surfaite ?

Mmmmh, difficile… Je n’ai jamais été déçue en classique mais il y en a énormément que je n’ai pas encore lus…



Avez-vous une citation fétiche issue de la littérature ?

C’est un peu bateau mais j’adore cette citation de Mark Twain, qui s’applique en plus très bien à mon héroïne : « Ils ne savaient pas que c’était impossible alors ils l’ont fait. » Et ça s’applique aussi à ce que je suis en train de vivre en ce moment…



Et en ce moment que lisez-vous ?

Dans la forêt de Jean Hegland chez Gallmeister .



Découvrez La Vraie Vie de Adeline Dieudonné aux éditions L’Iconoclaste :




Entretien réalisé par Nicolas Hecht.






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ADELINE DIEUDONNÉ / LA VRAIE VIE / LA P'TITE LIBRAIRIE

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J'aimais la nature et sa parfaite indifférence. Sa façon d'appliquer son plan précis de survie et de reproduction, quoi qu'il puisse se passer chez moi. Mon père démolissait ma mère et les oiseaux s'en foutaient. Je trouvais ça réconfortant. Ils continuaient de gazouiller, les arbres grinçaient, le vent chantait dans les feuilles du châtaignier. Je n'étais rien pour eux. Juste une spectatrice. Et cette pièce se jouait en permanence. Le décor changeait en fonction de la saison, mais chaque année, c'était le même été, avec sa lumière, son parfum et les mûres qui poussaient sur les ronces au bord du chemin.

Page 113, L’iconoclaste, 2018.
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Chez nous, les repas familiaux ressemblaient à une punition, un grand verre de pisse qu'on devait boire quotidiennement. Chaque soirée se déroulait selon un rituel qui confinait au sacré. Mon père regardait le journal télévisé, en expliquant chaque sujet à ma mère, partant du principe qu'elle n'était pas capable de comprendre la moindre information sans son éclairage. C'était important le journal télévisé pour mon père. Commenter l'actualité lui donnait l'impression d'avoir un rôle à y jouer. Comme si le monde attendait ses réflexions pour évoluer dans le bon sens. Quand le générique de fin retentissait, ma mère criait : « À table ! »

Page 30, L’iconoclaste, 2018.
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Les têtards, vous savez, il y a des gens qu’il ne faut pas approcher. Vous apprendrez ça. Il y a des gens qui vont vous assombrir le ciel, qui vont vous voler la joie, qui vont s’asseoir sur vos épaules pour vous empêcher de voler. Ceux-là, vous les laissez loin de vous.
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Ma mère, à son mariage, elle n'avait pas encore peur. Il semblait juste qu'on l'avait posée là, à côté de ce type, comme un vase. En grandissant, je me suis aussi demandé comment ces deux-là avaient conçu deux enfants. Mon frère et moi. Et j'ai très vite arrêté de me poser la question parce que la seule image qui me venait, c'était un assaut de fin de soirée sur la table de la cuisine, puant le whisky. Quelques secousses rapides, brutales, pas très consenties et voilà.

Pages 12-13, L’iconoclaste, 2018.
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C'était un homme immense, avec des épaules larges, une carrure d'équarrisseur. Des mains de géant. Des mains qui auraient pu décapiter un poussin comme on décapsule une bouteille de Coca. En dehors de la chasse, mon père avait deux passions dans la vie : la télé et le whisky. Et quand il n'était pas en train de chercher des animaux à tuer aux quatre coins de la planète, il branchait la télé sur des enceintes qui avaient coûté le prix d'une petite voiture, une bouteille de Glenfiddich à la main. Il faisait celui qui parlait à ma mère, mais, en réalité, on aurait pu la remplacer par un ficus, il n'aurait pas vu la différence.

Page 11, L’iconoclaste, 2018.
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Chaque année, le dernier week-end du mois d'août, il y avait une braderie dans le Démo. Une poignée de forains prenaient possession des rues et y installaient leurs stands aux effluves gras et sucrés. Barbapapa, pêche au canard, tir à la carabine, autos tamponneuses. Les gens du lotissement étalaient le surplus de leurs greniers devant leurs maisons. Ils sortaient de chez eux et se saluaient, ce qui me faisait croire que quelque chose était en train de changer, que les gens allaient se rencontrer vraiment, créer des liens qui pourraient ressembler vaguement à de l'amitié ou de l'amour. Mais sitôt les forains partis, chacun s'en retournait à sa prostration solitaire, devant sa télé, cultivant, au choix, dépression, aigreur, misanthropie, apathie ou diabète.

Pages 121-122, L’iconoclaste, 2018.
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... je l'aimais d'une tendresse de mère. ... La forme d'amour la plus pure qui puisse exister. Un amour qui n'attend rien en retour. Un amour indestructible.
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... au moment de l’orgasme. Chaque atome du corps humain se disperserait aux quatre coins de l’univers, entraînant une désintégration totale du sujet pendant une unité de temps extrêmement courte. Puis tout se remettrait à sa place. ... plus l’orgasme était puissant, plus le temps s’allongeait.
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Je ne t'ai sans doute pas assez remercié, mon amour. On oublie toujours de dire merci, on dit « je t'aime » et on croit que ça suffit. Alors merci, pour tout ce que tu sais déjà, pour m'avoir aidée à réaliser que j'étais autre chose qu'une fille sexy en short, merci d'avoir aimé mes muscles, ma force, mon agressivité, d'avoir ri à mes blagues pas drôles, respecté mon besoin de solitude, merci de m'avoir embrassée en pleine rue, merci pour le cul qu'on a réappris ensemble. Merci pour ta fragilité. Merci d'avoir accepté de te débarrasser avec moi des artifices à la con du manège amoureux, la jalousie, la possession, les preuves à brandir, merci de m'avoir vue comme une alliée, pas comme une adversaire, merci d'être devenu mon meilleur ami. Au revoir, mon amour.
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Je ne savais pas s'il existait des vies réussies, ni ce que ça pouvait signifier. Mais je savais qu'une vie sans rire, sans choix et sans amour était une vie gâchée.
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une défense d’éléphant
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