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EAN : 9782351781425
304 pages
Éditeur : Gallmeister (03/01/2017)
  Existe en édition audio

Note moyenne : 4.18/5 (sur 1992 notes)
Résumé :
Rien n’est plus comme avant : le monde tel qu’on le connaît semble avoir vacillé, plus d’éléctricité ni d’essence, les trains et les avions ne circulent plus. Des rumeurs courent, les gens fuient. Nell et Eva, dix-sept et dix-huit ans, vivent depuis toujours dans leur maison familiale, au cœur de la forêt. Quand la civilisation s’effondre et que leurs parents disparaissent, elles demeurent seules, bien décidées à survivre. Il leur reste, toujours vivantes, leurs pas... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (544) Voir plus Ajouter une critique
Souri7
  10 février 2017
Enfin ! Enfin un roman réaliste et saisissant sur la fin de notre civilisation de consommation où l'essence, l'électricité viennent à manquer… Enfin un roman ne nous proposant pas une fin du monde suite à une invasion extra-terrestre, une infection, une attaque de mutants, une météorite (ou que sais-je encore) le tout dans une époque lointaine et futuriste où le personnage central aurait pour mission de sauver le monde. Bref, une fin du monde souvent décrite comme un aléa venant de l'extérieur où l'homme serait une victime et non un acteur. Non, rien de tout cela. Un roman simple, reprenant le vécu de Nell à travers son journal. Cela parle immédiatement au lecteur qui peut de suite s'identifier à cette jeune fille et sa soeur qui au départ restent dans l'expectative en espérant un retour à la « normale » puis qui prennent leur destin en main lorsqu'elles comprennent que ce qu'elles ont connu est du passé et qu'une nouvelle ère plus proche de la nature, moins dépendante de tout ce qui est matériel s'ouvre devant elles.

Un roman magnifique qui au départ peu dérouter par sa simplicité. Effectivement, les raisons du changement sont évoquées brièvement, aucune information n'est donnée au lecteur qui se retrouve plongé dans une sorte de huis clos au milieu d'une forêt avec deux jeunes filles loin de tout, attendant et vivotant. le lecteur a envie d'en savoir plus sur les raisons, les conséquences d'un point de vue terrestre mais les seules informations sont celles que donne Nell. Très rapidement, le lecteur comprend justement que dans une situation identique, le commun des mortels serait dans la même situation ; à savoir peu informé, dépendant des rumeurs, des on-dit qui courent et se préoccupant surtout de survivre en attendant des jours meilleurs.

Un roman réaliste puisque l'auteur ne se permet pas d'édulcorer la situation et le récit ne tombe à aucun moment dans le pathos. Les deux jeunes filles se retrouvent livrées à elle-même sans mère, puis sans père. La société qu'elles ont connue se désagrège à vue d'oeil, l'homme devient égocentrique, cherchant à survivre au détriment des autres, et ce par le vol, le viol. Voir les espérances futiles (entrée à Harvard, devenir danseuse) de Nell et Eva petit à petit disparaître au profit d'une prise de conscience de la réalité et de problèmes essentiels (faim, soin, danger) et les voir réagir en faisant appel à leur instinct primal (inné) et non à leurs acquis scolaires est passionnant. Leur découverte que la forêt n'est pas seulement un lieu mais une source de richesse et pourvoyeuse de besoin est magnifiquement décrite dans ce livre.

Un roman écrit il y a plus de vingt ans et qui pourtant reste d'actualité, abordant des problématiques réalistes comme la fin des énergies fossiles, une société basée et dépendante de l'électricité, des machines, des ordinateurs où l'homme n'a qu'une place de consommateur. La perte de cet acquis permet à l'homme de se retrouver avec lui-même mais également de redécouvrir la nature qui l'entoure. Cela redonne sa véritable place à l'homme qui a tendance à se croire supérieur, invulnérable et autonome. Comme l'auteur le dit si bien dans son récit au travers d'un échange entre les deux soeurs, notre civilisation « électricité » n'existe que depuis à peine deux cents ans alors que l'homme, lui était là bien avant et sans en avoir besoin.

Comme le démontre l'histoire, des civilisations se sont créées et ont été détruites… pour permettre à l'homme à chaque fois de rebondir. Ce livre n'est pas seulement un roman « apocalyptique » mais un beau message d'espoir concernant l'homme et un retour à l'humilité de celui-ci. Un livre qui ne laissera pas indifférent dans tous les cas. 👍
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nameless
  15 octobre 2017
Sur les causes du désastre, Jean Hegland fournit peu d'informations même si elle évoque brièvement des décennies d'avertissements et de prédictions négligés, des guerres livrées au nom de la liberté de certains Etats, des crises économiques avec déficits records, la raréfaction du pétrole, le trou dans la couche d'ozone, des catastrophes écologiques comme des inondations destructrices du Mississippi ou des incendies de forêts incontrôlables, un chômage de masse et une misère galopante, des services sociaux et des administrations asphyxiés. Toute ressemblance avec un monde existant n'est donc pas purement fortuite. Quoi qu'il en soit, lorsque le roman démarre, le monde tel qu'il était n'existe plus, la société de consommation a disparu faute d'électricité et d'essence, la civilisation est en voie d'extinction.

Nell et Eva sont recluses dans la propriété qu'avait achetée leur père près de Redwood, entourée de 32 hectares de forêt secondaire à l'isolement garanti au nord de l'Etat de Californie. La première projetait d'entrer à Harvard, la seconde de devenir danseuse. Les nouvelles du monde extérieur leur parviennent assourdies et floutées, sous forme de rumeurs colportées par quelques rares passants. Il y aurait des émeutes, des épidémies, des pillages qui déciment la population. On croit qu'à l'Est la situation est meilleure, provoquant une Ruée vers l'Est de téméraires survivants. Mais les filles restent à Redwood.

Les soeurs organisent lentement et avec d'innombrables difficultés leur survie, passent au crible chaque objet de la maison dont elles pourraient tirer un quelconque profit, remerciant au passage leur père qui « ne jetait jamais rien ». Elles développent une imagination jusque là insoupçonnée pour prolonger les maigres stocks de nourriture ou des produits indispensables à l'hygiène, faire pousser quelques graines, se chauffer, se soigner, se défendre contre les animaux sauvages ou les prédateurs humains, et s'aimer au-delà de leurs différences et dissensions. Peu à peu et au gré de leurs expériences douloureuses, la forêt initialement hostile devient leur seule espérance, leur garde-manger et leur pharmacie. Avec comme unique support l'Encyclopédie qu'elle apprend par coeur et les livres de ses parents, Nell arrache un à un leurs secrets, ceux que connaissaient les indiens, aux plantes, fruits, arbres, animaux, qu'elle identifie pour explorer puis exploiter leurs bienfaits ou toxicité.

Récit initiatique, post-apocalyptique ? Personnellement, j'ai ressenti Dans la forêt comme une fable écologique dont le message clair, puissant, universel mais aussi sensible et humain, suggère au lecteur une remise en question désormais urgente et vitale : si notre monde s'écroule, faut-il perdre du temps à vouloir le rapetasser, à le maintenir sous respirateur artificiel au lieu de chercher à en construire un autre, plus respectueux, plus propre, moins vulnérable et arrogant, dans lequel force ne signifierait pas violence. Ecrit en 1996 et traduit en français en 2017, Dans la forêt frappe par sa puissance visionnaire. Les crues dévastatrices du Mississippi ont bien eu lieu, et à l'heure où je vous délivre ce modeste avis, la forêt de Redwood a peut-être disparu, puisque chaque jour, la Californie s'envole un peu plus en fumée. Alors oui, plus qu'hier et moins que demain, un autre monde est nécessaire et possible !
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marina53
  09 mai 2017
C'est un bien curieux Noël que s'apprêtent à fêter Nell et Eva puisque aujourd'hui le monde a changé. Il n'y a plus d'électricité, plus de téléphone, plus une goutte d'essence. Aucun avion dans le ciel. Les écoles, les bibliothèques et les banques sont fermées. Et c'est à quelques dizaines de kilomètres de Redwood, à l'orée de la forêt, que les deux soeurs, orphelines depuis peu, tenteront de marquer le coup. Nell recevra un cahier, retrouvé par hasard derrière une commode. Pour Eva, ce sera sa paire de chaussons de danse que sa soeur lui aura réparée. Un Noël bien loin de ce qu'elles ont connu. Une vie bien loin de ce qu'elles se sont imaginées, la danse pour l'aînée, Harvard pour la benjamine. Aujourd'hui, il faut apprendre à survivre dans ce monde, se battre, s'adapter...
Dans ce récit post-apocalyptique, le monde n'est plus ce qu'il était. Ni eau, ni électricité, ni essence, réduisant toute activité commerciale et économique presque à néant. Les gens fuient vers un ailleurs, tentent de comprendre ce qui s'est passé. Épidémie ? Guerre? Attaque chimique ? Personne ne le sait. C'est dans ce contexte de désolation que tentent de survivre Eva et Nell, deux soeurs âgées respectivement de 18 et 17 ans. Apprenant à se servir du moindre objet, cultivant chaque parcelle de leur potager, minimisant les repas, économisant sur ce qu'il leur reste d'essentiel tel que la farine ou le sucre, inventant une nouvelle vie, elles survivent tant bien que mal dans cette maison, désormais seules, leurs parents étant décédés. Nell, la narratrice, rapporte jour après jour, son quotidien qu'elle note dans le cahier offert par sa soeur. le lecteur partage avec elle ses doutes, ses angoisses, ses espoirs. Deux soeurs pour lesquelles on éprouve compassion et attachement. Jean Hegland dépeint à merveille d'une part la relation entre les deux soeurs, quasi fusionnelles, et d'autre part, cette nature environnante, foisonnante et parfois hostile, cette forêt imposante, personnage à part entière de ce roman. Elle décrit avec moult détails le quotidien d'Eva et Nell, leur vie dans cette clairière. Ce huis-clos, paru il y a 20 ans aux États-Unis, fait preuve d'une originalité et d'une richesse incomparables, d'une narration vivante et vivifiante. Un temps suspendu troublant, sensuel et puissant...
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Kittiwake
  22 février 2017
Sous des airs de science fiction, c'est plutôt une robinsonade que nous propose avec beaucoup de talent Jean Hegland. Certes, il n'y a pas la mer, mais l'environnement hostile et l'isolement total du reste des humains (s'il en reste) recrée les conditions d'une vie insulaire.
On sait que des événements graves se sont produits peu à peu, (épidémies ?, catastrophe économique, on en sait trop rien et ce n'est pas le sujet) , ruinant l'organisation, qui après coup apparaît bien précaire, de nos institutions. Fin de la distribution d'électricité, fin des communications, des sources d'énergies fossiles, fin de toute activité commerciale, Nell, Eva et leurs parents sont contraints de vivre en autarcie à l'orée d'une forêt. Quatre, trois puis deux, c'est bientôt seules qu'Eva et Nell vont gérer leur existence, pour assurer leur survie.
Frugalité, utilisation des moindres objets qu'avait amassés leur père (au cas où….), jardinage, les deux jeunes filles ne renoncent cependant pas à leurs rêves, la danse ou Harvard. Malgré les contrainte de plus en plus exigeantes, l'une étudie et l'autre s'exerce à la barre.
Le moindre objet récupéré devient une ressource, et c'est grâce à un carnet vierge que Nell utilise pour noter ses états d'âme et ses projets , autant que ses souvenirs que nous sommes conviés à partager son intimité.
C'est avec beaucoup de pudeur que l'auteur analyse la relation fusionnelle et sensuelle qui se construit entre les deux soeurs. le désir a ses exigences et s'accommode avec la réalité.
La qualité de la narration est excellente, le ton est juste, et permet une communion sans réserve avec les propos de la jeune narratrice.
Un petit bémol pour la fin (que je tais, bien sûr). Certes il n'est pas simple de se sortir de se genre de récit mais ici on sombre un peu trop dans la métaphore
Enfin, ce roman aux allures post-apocalyptique ne doit pas rebuter les anti-science-fiction. Les circonstances qui sont à l'origine de ce huis-clos tragique ne constituent qu'un prétexte, pour un magnifique récit, qui ne tombe pas dans le piège d'un message moralisateur, tout en pointant bien du doigt la précarité des artifices qui nous permettent aujourd'hui de profiter d'un environnement confortable sans effort.
Lien : http://kittylamouette.blogsp..
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michemuche
  22 mai 2017
Nell et Eva s'apprêtent à célébrer noël, mais cette année la fête de la nativité a un gout amer. le premier noël sans les parents et surtout sans électricité.
Elles vivent dan la forêt depuis toujours. le désir de Nell était d'entrer à Harvard mais c'était avant le grand chamboulement.
Eva c'est la danse sa raison de vivre comme jadis sa mère, mais danser sans musique c'est comme peindre sans couleurs.
Une autre vie s'offre à elles, pas facile, cruelle, au rythme des saisons elles apprennent à survivre avec le petit espoir du retour de la fée électricité.
" Dans la forêt" de Jean Hegland est un petit bijou, ce roman écrit en 1996 n'a pas pris une ride.
" Dans la forêt" nous rappelle que l'espèce humaine est en équilibre instable, que la nature est plus forte, que nous ne pouvons lutter face à elle.
Nous, qui sommes habitués au confort , qui polluons, détruisons les ressources, la vie animale, ce roman a de quoi nous faire réfléchir. Nous entrons dans cette forêt inquiétante, l'odeur des mousses et champignons est omniprésente, les feuilles qui craquent sous les pas, le murmure d'un ruisseau qui trace son chemin, les séquoias, arbres majestueux et immortels....
Tout cela Nell et Eva vont le découvrir. Et pour finir je voulais parler de la tension psychologique palpable entre deux soeurs que tout sépare.
Un magnifique roman qui nous remet à notre place.
bonne lecture et n'oubliez pas d'éteindre la lumière en sortant.
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critiques presse (7)
Bedeo   27 août 2019
Fable survivaliste, Dans la forêt questionne à travers le regard de deux jeunes femmes notre capacité d’adaptation dans un monde où tout s’est effondré. Le récit, très bien servi par la beauté des dessins de Lomig, forme un miroir pertinent de nos angoisses existentielles.
Lire la critique sur le site : Bedeo
Actualitte   06 juillet 2017
L’écriture poétique et le sujet traité de façon tout à fait originale – le roman est paru en 1996 aux États-Unis – en font un très beau texte, puissant et hypnotique.
Lire la critique sur le site : Actualitte
Liberation   12 juin 2017
«Une magnifique fable écologique», dit l’un, tandis qu’un autre célèbre «le souffle poétique» ou le «récit initiatique». Il s’agit d’une dystopie distinguée.
Lire la critique sur le site : Liberation
LaPresse   23 mars 2017
Un roman superbement écrit qui alterne intensité et lenteur, mais aussi une oeuvre bouleversante et terriblement oppressante.
Lire la critique sur le site : LaPresse
Actualitte   14 mars 2017
Il immerge le lecteur dans une ambiance presque irréelle et terriblement attirante, absorbe totalement son attention, libère une ardente émotion. Epanouit et rend heureux.
Lire la critique sur le site : Actualitte
LeJournaldeQuebec   27 février 2017
Un roman-choc qu’on recommande à l’impératif. Parce qu’en plus d’être un coup de cœur, il nous incite vraiment à ­regarder l’avenir d’un ­autre œil.
Lire la critique sur le site : LeJournaldeQuebec
Telerama   08 février 2017
Il faut se laisser happer par ce livre-refuge aussi dévorant que régénérant, qui montre qu'on peut toujours se fabriquer un nid douillet avec des broussailles.
Lire la critique sur le site : Telerama
Citations et extraits (616) Voir plus Ajouter une citation
MegGomarMegGomar   02 juin 2020
Pendant ce temps, je lisais - ou plutôt je relisais - tous les romans qui se trouvaient dans la maison. J'étais depuis longtemps venue à bout de la dernière pile des livres de la bibliothèque, mes cassettes de langues se taisaient, l'ordinateur était une boîte recouverte de poussière, les piles de ma calculatrice étaient mortes, aussi retournais-je aux romans pour me nourrir de pensées et d'émotions et de sensations, pour me donner une vie autre que celle en suspens qui était la mienne.
Siddharta. M is for murder. Bilbo le hobbit. Le carnet d'or. Tess d'Urberville. Catch 22. Chroniques martiennes. Adam Bede. Quand je lisais un roman, j'étais plongée, immergée dans l'histoire qu'il racontait, et tout le reste n'était qu'une interruption. Je pouvais lire pendant plusieurs heures d'affilée, et chaque fois que quoi que ce me dérangeait - une question, un repas, la tombée de la nuit - je me hérissais, agacée.
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MegGomarMegGomar   02 juin 2020
Quand nous étions petites, Eva et moi jouions aux jumelles que nous pensions que nous aurions dû être, puisque pendant trois jours, tous les ans, nous avions le même âge. Nous nous habillions de la même façon, adoptions des prénoms qui rimaient, étions les deux moitiés égales d'une même chose.
Quand nous étions petites, Eva et moi formions comme une étoile binaire, chacune tournant autour d'un centre de gravité commun, chacune reflétant la lumière de l'autre. Nous nous réveillions le matin après avoir fait si souvent les mêmes rêves que nous avons fini par nous y attendre. Plus tard, nous avons eu nos règles en même temps, jusqu'à ce que le cycle d'Eva devienne irrégulier à cause de la danse.
Bien sûr, nous nous chamaillions. Presque tous les jours nous avions des différents que notre père appelait "la guerre des Que-Pas" à cause de la façon dont nous réduisons chaque dispute à son conflit essentiel : Même que, disait l'une d'entre nous en réponse à ce qui avait été la cause de notre querelle, et l'autre répliquait, Même pas. Même que. Même pas. Même que. Même pas. Que! Pas! À ce moment-là, nous avions le fou rire, et notre plaisir devant cette ridicule litanie qui traduisait notre discorde rétablissait notre harmonie.
Mais à présent nous n'arrivons même pas à être d'accord sur cd qui sauvera nos vies.
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MegGomarMegGomar   02 juin 2020
Chaque fois que nous avons ouvert un placard ou un tiroir, je me suis arc-boutée, prête à reculer et à me sauver alors que les souvenirs attaquaient, crotales au bruit de crécelle et aux crochets s'enfonçant dans ma chair. Mais curieusement, même quand ils mordaient, ces souvenirs n'étaient pas venimeux. Cet après-midi, ce qui m'a rendue triste, c'est le peu de choses qu'il reste quand une personne est partie. Quelques photos, un foulard en soie, un carnet de chèques - et où sont-ils, les gens qui possédaient autrefois ces objets? Dans quelle pince à cheveux ou chemise de travail notre mère et notre père résident-ils?
Je n'ai cessé de penser que nous allions tomber sur quelque chose qui nous les révélerait. Je me suis armée de courage pour le cas où nous découvririons un paquet de lettres ou un livre de pornographie ou une coupure de journal qui nous apporterait un nouvel éclairage sur nos parents. Mais il n'y a eu aucune surprise. Tout ce que nous avons trouvé paraît presque anonyme tant cela nous est familier. Là, les soutiens-gorge de notre mère, usés et faits à la forme de ses seins disparus. Là, les chaussettes de notre père avec leurs talons ostensiblement râpés.
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MegGomarMegGomar   02 juin 2020
L'autre jour, tandis que j'étudiais les chauve-souris, je suis passée à la lettre E afin d'en apprendre plus sur l'Emballonura, une chauve-souris insectivore, et là, l'article précédent a attiré mon attention : "ENGELURE, lésion qui survient quand la perte de chaleur entraîne la formation de cristaux de glace dans les tissus vivants. Les tissus ainsi endommagés sont privés de sang, deviennent durs et insensibles. Afin de préserver les complications, telles que les infections ou la nécrose des tissus, il est important de réchauffer les zones affectées aussi vite et délicatement que possible ; cependant, lors du dégel, la douleur peut être intense."
C'est cela que je ressentais, quand nous nous sommes mises à passer de pièce en pièce, à examiner les objets de notre enfance, les biens de nos parents que nous avions perdus. Petit à petit, les tissus s'assouplissaient, se rechauffaient, petit à petit le sang revenait, mais parfois le douleur de ce dégel était si intense que j'avais envie de rester à l'état de glace. Pourtant, une sorte de vie écrasait à nouveau mon moi gelé - cellule après cellule, toutes hurlant.
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MegGomarMegGomar   02 juin 2020
De temps en temps je me surprenais à rêvasser à Eli, mais le sentiment d'urgence s'était en grande partie dissipé de ces fantasmes. Son souvenir était comme un vieil ours en peluche tout usé, quelque chose dont je demandais autrefois mais qui avait fini par passer. Il m'arrivait encore de m'y cramponner par habitude, mais j'étais arrivée à la conclusion qu'Eva avait raison, Eli n'était pas fait pour moi, et j'avais même commencé à imaginer son remplaçant - le garçon que je rencontrerai à Harvard.
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La Fête du Livre de Bron propose chaque année une journée de réflexion sur des enjeux majeurs de la littérature contemporaine. le vendredi 8 mars 2019, nous proposions un focus sur les liens entre littérature, nature sauvage, grands espaces, sciences humaines et environnement. Lors de cette 33ème édition, nous avions la chance d'accueillir Oliver Gallmeister, éditeur spécialisé dans la littérature des grands espaces, pour un grand entretien exceptionnel, animé par Thierry Guichard, à revivre ici en intégralité.
De Henry David Thoreau à Jim Harrison ou Rick Bass, la littérature américaine est depuis un siècle et demi étroitement liée à la nature sauvage et aux grands espaces. Regard sur cette tradition du « nature writing » en compagnie d'Oliver Gallmeister, fondateur des éditions du même nom, l'un des passeurs d'une littérature américaine contemporaine ancrée dans son environnement avec un catalogue comptant notamment des auteurs comme Pete Fromm, Jean Hegland ou David Vann.
En partenariat avec l'Université Lyon 2, la Médiathèque Départementale du Rhône et Médiat Rhône-Alpes.
©Garage Productions.
Un grand merci à Stéphane Cayrol, Julien Prudent et David Mamousse.
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