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3.78/5 (sur 1006 notes)

Nationalité : France
Né(e) : 1967
Biographie :

Véronique de Bure est une auteure et éditrice française.

Bourbonnaise, originaire de Vichy (Allier), elle s'installe à Paris où elle travaille pour les éditions Stock.

En 2009, elle publie son premier roman "Une confession". En mars 2011, elle dresse dans "Un retraité" (qui sera ré-édité en 2019 par les éditions Flammarion sous le titre "Chirac intime"), le portrait intime de Jacques Chirac, 5e président de la Cinquième République Française, avant de s'intéresser à l'enseignement privé avec "J'ai mis mon fils chez les cathos", édité aux éditions Belfond en 2014.

"Un clafoutis aux tomates cerises", son deuxième roman, parait chez Flammarion en février 2017.

En 2019, elle accepte un poste de Directrice littéraire aux éditions Flammarion.

En mai 2021, elle publie "Un amour retrouvé" aux éditions Flammarion, un roman autobiographique sur l'histoire de sa mère.

Mariée, elle est mère de deux enfants.

Bibliographie :
– UN AMOUR RETROUVE
– UN CLAFOUTIS AUX TOMATES CERISES
– UNE CONFESSION
– CHIRAC INTIME

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Bibliographie de Véronique de Bure   (9)Voir plus


Entretien avec Véronique de Bure à propos de son roman Un clafoutis aux tomates cerises  


Pouvez-vous nous présenter Jeanne, l`héroïne de votre roman ? Est-elle inspirée d`une personne réelle ?

Jeanne a 90 ans, elle est veuve, comme les femmes le sont presque toutes à cet âge, les hommes résistent moins bien au passage du temps, et vit seule dans sa grande maison à la campagne. Au départ, quand ce roman n’était encore qu’une idée, Jeanne était un personnage de fiction. Puis j’ai commencé à écrire et peu à peu ma mère a commencé à habiter mon personnage. Comme Jeanne, ma mère m’a eue tard, elle est donc très âgée ainsi que ses amies : toutes ont entre 80 et 100 ans !


Jeanne est nonagénaire. Qu`est-ce qui vous intéressait dans cette période de la vie ?

Le fait que l’on en parle très peu, comme si ces personnes n’étaient plus dans la vie, étaient déjà passées de l’autre côté, dans un ailleurs que nous ne connaissons pas ou ne voulons pas connaître, par peur peut-être d’affronter l’image de notre propre vieillesse inéluctable. Alors que ce que Jeanne nous enseigne, c’est qu’il n’y a aucune raison d’avoir peur, au contraire. Et c’est cela qui m’intéressait, et que je me suis efforcée de faire ressortir.
 

A-t-il été facile de trouver sa voix ? Comment se glisser dans la peau d`une personne aussi âgée, partager son quotidien ?

J’avais mes modèles, mes inspiratrices. J’avais la chance de disposer de tout un matériau d’anecdotes ! Ma mère m’a toujours fait beaucoup partager les grandes et petites choses de sa vie, ses idées, ses réflexions, elle me raconte ses journées, ses amis. Son enfance et sa jeunesse aussi, ses parents, ses cousines, la pension, la guerre, son mariage et sa vie sous le toit de sa belle-mère… Depuis que je suis très jeune nous parlons beaucoup toutes les deux, nous confiant l’une à l’autre. C’est donc assez naturellement que sa voix s’est mêlée à la mienne, puis qu’elle est devenue la mienne, le temps d’un livre.


Pourquoi avoir choisi la forme du journal et de la première personne pour raconter ce récit ?

J’avais envie de me mettre dans la peau de l`une de ces femmes, dans sa tête et dans son corps aussi. Peut-être pour apprendre à ressentir comme elles, apaiser mes peurs, celles de la vieillesse et de la mort. Vivre comme elles, penser comme elles, profiter de la vie, de l’instant présent et des choses simples, comme ma mère et ses amies, malgré la fin si proche (ou peut-être à cause d’elle ?), savent si bien le faire. Et pour cela, quoi de mieux qu’un journal, qui dit le quotidien, et qu’une écriture intime, qui permet l’émotion et la réflexion, où le cœur côtoie l’esprit ? Le journal est une forme qui permet d’allier l’anecdote et la pensée, la légèreté et une certaine profondeur.

Dans votre roman, Jeanne découvre avec une certaine circonspection mêlée d`un léger étonnement les nouvelles technologies, telles que le GPS. Ces dernières ne sont-elles pas supposées nous faciliter la vie et notamment celles de personnes comme Jeanne ? 

Peut-être, mais elles font aussi en sorte que ces personnes se sentent chaque jour un peu plus dépassées, décalées, exclues d’un monde auquel elles ne comprennent déjà plus grand-chose. Et puis, à cet âge on se sent davantage rassuré par les choses que l’on connaît, que l’on peut faire sans réfléchir. Depuis de si longues années le cerveau a pris ses habitudes, il fonctionne non pas au ralenti mais à l’ancienne, ce qui n’est pas la même chose. Et puis, arrive un moment où l’on n’a plus envie de se donner du mal à essayer de comprendre des choses dont on n’est pas sûr qu’elles vont nous faciliter la vie. Un GPS, cela peut sembler si compliqué avec tous ces réglages à effectuer, tous ces boutons… La nouveauté fatigue, affole même, parce qu’on ne la maîtrise pas. Plus on avance en âge et plus on se met à rechercher le familier comme un cocon rassurant. Tourner avec le doigt ou une clé les aiguilles d’une pendule est un geste familier, appuyer sur des boutons ou sur un écran pour mettre une horloge à l’heure n’est pas naturel ; les heures, ça tourne. Nous vivons à l’ère du clic et du tactile, on touche, on appuie et on commande à distance ; Jeanne et ses amies ont grandi avec les manivelles - du presse-purée, du moulin à café, de la voiture – et les clés traditionnelles ; dans leur temps à elles, on tire et on tourne.

Jeanne, qui sait son heure arriver bientôt, s`émerveille encore de petites joies quotidiennes. Est-ce quelque chose dont nous ne profitons pas assez ?

Oui, ça j’en suis absolument certaine. Si l’écriture de ce livre m’a enseigné une chose, c’est bien celle-ci. Nous ne cessons de courir après des bonheurs artificiels et éphémères alors que le vrai bonheur est là, sous notre nez, fait de petites joies que, pris dans notre fuite en avant, nous ne savons pas savourer. Nous les goûtons, puis nous passons à autre chose, nous nous lassons vite et voulons toujours plus. Passé 80 ans, nous avons cessé de courir, nous vivons davantage dans le présent et nous apprenons à faire durer les petits bonheurs, à les savourer. Ils font le sucre de la fin de vie.


Veronique de Bure et ses lectures

Quel est le livre qui vous a donné envie d`écrire ? 

Fantômette !

Quel est l`auteur qui vous a donné envie d`arrêter d`écrire (par ses qualités exceptionnelles...)? 

C’est drôle, je me suis fait très exactement cette réflexion quand j’ai lu les premières lignes de Mammifères de Pierre Mérot, un livre que je n’ai découvert qu’en 2012. Mes phrases me sont alors apparues d’une fadeur désespérante tant l’écriture que je découvrais était brillante et, pardon, le mot n’existe pas mais je n’en trouve pas d’autre, « emportante ».

Quelle est votre première grande découverte littéraire ?

Grande ? A la recherche du temps perdu, tome 1 : Du Côté de chez Swan... de Marcel Proust. Je l’ai dévorée en quelques mois.
 

Quel est le livre que vous avez relu le plus souvent ?

Il y en a deux : L`étranger d`Albert Camus et Inconnu à cette adresse de Kressmann Taylor .

Quel est le livre que vous avez honte de ne pas avoir lu ?

Ulysse de James Joyce. Je n’y arrive pas !

Quelle est la perle méconnue que vous souhaiteriez faire découvrir à nos lecteurs ?

Je ne sais pas si ce roman est vraiment méconnu mais je citerai tout de même Mrs Palfrey Hôtel Claremont d’Elizabeth Taylor, encore une histoire de vieille dame d’ailleurs ! Sinon, resté méconnu je crois, le très beau livre de l’architecte Paul Andreu , La maison, paru il y a une dizaine d’années chez Stock.

Quel est le classique de la littérature dont vous trouvez la réputation surfaite ?

J’ai beau chercher, je n’en vois pas… Surtout, cela me paraîtrait bien présomptueux de déclarer une chose pareille !
 

Avez-vous une citation fétiche issue de la littérature ?

Fétiche, je ne sais pas… Mes livres sont pleins de phrases soulignées au crayon de papier, j’en recopie certaines dans des carnets de moleskine, je les relis souvent mais je ne les retiens pas. Il y a celle de Jean Cocteau, « La jeunesse vient avec l’âge », une des rares que j’ai retenues et que j’aime beaucoup ; de très nombreuses d’Oscar Wilde dont « L’expérience est le nom que chacun donne à ses erreurs », « Il est parfaitement monstrueux de s’apercevoir que des gens disent dans notre dos des choses qui sont absolument et entièrement vraies », « Nous sommes tous dans le caniveau, mais certains d’entre nous regardent les étoiles ». Et il y a celle-ci, de Voltaire, que je cite de mémoire : « Je préfère les convulsions de l’inquiétude à la léthargie de l’ennui. »

Et en ce moment que lisez-vous ?

L`Éternité de Xavier Dupont de Ligonnès, de Samuel Doux.



Entretien réalisé par Pierre Krause Découvrez Un clafoutis aux tomates cerises de Véronique de Bure aux éditions Flammarion :


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Citations et extraits (185) Voir plus Ajouter une citation
"On ne s'ennuie qu'avec les autres, jamais avec soi-même."
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Je crois qu'avec l'âge je deviens de plus en plus égoïste. Je ne prends plus le temps de m'arrêter sur les peines de ceux qui ne sont pas moi. Peut-être parce que, du temps, il m'en reste si peu. Je me rends compte que beaucoup de choses me deviennent indifférentes. On dirait qu'à mesure que la vie se rétrécit le coeur se dessèche. Comme le reste, les sentiments s'usent. La colère se tempère, l'affection s'assoupit, la compassion s'étiole. Le bruit du monde ne nous parvient plus que de très loin, vague écho d'une vie qui ne nous concerne plus. Les chagrins des autres se diluent dans les brumes de plus en plus épaisses de nos existences fragiles, ils nous atteignent moins. Les gens meurent, souffrent, pleurent, et nous, on ne pense qu'à se sauver. On ne veut pas se voir dans le miroir de la vieillesse que nous renvoient les autres, ceux qui n'ont pas notre chance. Alors on détourne le regard et on poursuit notre petite existence en s'efforçant d'oublier que, nous aussi, on arrive à la toute fin.
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C'est étrange comme plus le temps passe et moins la mort me touche. Même celle des êtres les plus chers. Je crois qu'à force de voir les gens partir on s'habitue. On pleure des souvenirs, une solitude qui se dépose sur nos cœurs en couches de plus en plus épaisses, nous enveloppe et nous éloigne du monde. On est un peu entre deux eaux, entre la rive des vivants et celle des morts. Peut-être que celui qui part ne nous semble plus partir aussi loin. Il ne disparaît plus complètement, on le devine là-bas, au loin, mais plus si loin. Bientôt notre tour viendra d'aller le rejoindre. Peut-être est-ce pour cela que l'on est moins triste. Nous aussi avons commencé le voyage, l'autre a juste pris un peu d'avance.
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À nos âges, nous sommes comme de vieux arbres. Le beau temps nous ranime doucement, nous reverdissons un peu, même si un peu moins chaque année. Et le douceur des jours nous donne une illusion d'éternité.
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"Le jour où Fernand et Marcelle partiront, c'est tout un pan de ma vie qui s'arrêtera. La vie ne s'arrête pas d'un coup avec la mort, elle commence à nous quitter bien avant, par morceaux."
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Elle regardait la télévision avec sa fille, un vieux film comique en noir et blanc. Elle a ri, puis elle a dit à sa fille « Je suis un peu fatiguée », elle a fermé les yeux et elle est morte. Comme ça, sans se rendre compte de rien. Je suis un peu jalouse. Je ne suis pas comme mon ami Louis, celui qui habite à Paris et que je ne vois plus jamais. Lui, il veut absolument se regarder mourir. Il a toujours été très curieux. C'est normal, avant d'être vieux, il était un grand scientifique. Aujourd'hui encore, tout ce qui est mystère le passionne. Alors le grand mystère, il veut le vivre en pleine conscience. Moi j'aimerais autant que ma conscience s'en aille la première. Ne me rendre compte de rien, rire ou dormir, et m'en aller.
(p. 32-33)
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Je me rends compte que beaucoup de choses me deviennent indifférentes. On dirait qu'à mesure que la vie se rétrécit, le coeur se déssèche. Comme le reste les sentiments s'usent. Le bruit du monde ne nous parvient plus que de très loin, vague écho d'une vie qui ne nous concerne plus.
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"J'ai un jardinier artiste, il sème les fruits et les légumes comme un marchand de couleurs et mon potager est une palette de peintre."
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Je ne deviens pas casse-pieds, je vieillis.
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Même à l'approche de la fin, il est doux de plaire. Il n'y a pas d'âge pour rougir.
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