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EAN : 9782918823124
256 pages
Éditeur : Turquoise Editions (10/02/2016)
4/5   1 notes
Résumé :
Que peut bien penser un Arménien révolutionnaire, à l’aube du XXe siècle, en découvrant la Suisse ?

L’auteur, issu du milieu rural arménien, confie, dans une vingtaine de lettres, ses impressions et réflexions au fil de ses découvertes dans les villages suisses. À travers son regard oriental sur une société occidentale, il dépeint le contraste extrême entre les deux peuples. Il guide son lecteur dans un voyage entre idylle suisse et désarroi arménien,... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
kielosa
  28 septembre 2017
Je tiens tout d'abord à remercier Babelio et les Éditions Turquoise pour l'envoi de ce livre remarquable dans le cadre de la dernière opération de masse critique. Surtout l'éditeur qui a ajouté un joli marque-page et m'a gentiment dédicacé l'ouvrage.
J'ai déjà lu bon nombre de livres sur le génocide arménien, que la plupart des Turcs - à commencer par leur sympathique président éclairė - continuent obstinément à nier. Pas tous, heureusement, comme l'a prouvé l'historien turc Taner Akçam dans son excellent opus "Un acte honteux: le génocide arménien", qui a été pour moi une véritable révélation. Tout comme l'ouvrage de base "The History of the Armenian Genocide" par Vahakn N. Dadrian. L'ouvrage qui m'a ouvert pourtant les yeux et fort impressionné est celui de l'auteur autrichien Franz Werfel (1890-1945) "Les 40 jours du Musa Dagh". Par après ont suivi : de Daniel Arsand "Un certain mois d'avril à Adana" et d'Antonia Arslan "Il était une fois l'Arménie" et plus littéraire : d'Arménouhie Kévonian "Les noces noires de Gulitzar" et d'Elif Shafak "La Bâtarde d'Istanbul". Il y a également du grand Jean Jaurès "Il faut sauver les Arméniens", que je n'ai pas (encore) lu.
Et malgré toutes ces lectures, il faut que j'avoue que j'ignorais que l'auteur de cette oeuvre, Avétis Aharonian, a été, en 1917, le président du Conseil Arménien National, et ipso facto, le numéro un de la première République arménienne, devenue indépendante le 28 mai 1918. Avant, le peuple arménien était divisé entre les empires russe et ottoman. C'est lui qui a signé le Traité de Batum avec l'Empire ottoman et celui de Sèvres avec les autres puissances, en 1919, comme chef de la délégation arménienne à la Conférence de la Paix de Paris, pour réorganiser "légèrement" le monde après la première boucherie mondiale.
Avétis Aharonian est né en 1866 à Iğdir, aujourd'hui en Turquie (avant en Russie), au pied du magique et mystique Mont Ararat. Encouragé par sa mère qui lui apprit à lire et écrire, il poursuivit des études d'histoire et de philosophie à l'université de Lausanne et littérature à la Sorbonne. En 1902, il rentra au bercail, devint directeur d'école et éditeur du magazine "Mouri" (marteau), ce qui lui valut un passage dans les tôles des tsars. Moyennant un charmant pots-de-vin, il fut libéré en 1909, et s'exila. Et c'est là que démarre le récit : "Le village suisse".
L'ouvrage est préfacé par Sévane Haroutunian, au moment de sa publication, doctorante en langue et littérature arméniennes de l'université de Genève. À l'heure actuelle, très probablement docteure, à en juger par la qualité de son introduction. Et ce n'est pas juste un compliment en passant, car, en l'espace d'à peine 5 pages, elle a le don de poser les questions essentielles. Comme : "Quel est le but (de l'auteur) de noircir ainsi la vie de son village natal ?" Et pourquoi idéalise-t-il la Suisse et déprécie-t-il l'Arménie ? Il ne faut pas beaucoup de fantaisie pour s'imaginer la différence colossale, à l'aube du XXième siècle, entre un paisible village suisse super bien organisé et un autre perdu quelque part aux confins du Caucase.
La carrière d'Avétis Aharonian, résumée ci-dessus, constitue évidemment la réponse. En patriote arménien, il a dû souffrir de l'écart entre les conditions de vie de son peuple dans ce coin reculé du globe par rapport à ceux des citoyens helvétiques. Mais justement sa carrière démontre ses énormes efforts pour combler cet effarant retard. On ne peut qu'admirer son parcours et regretter qu'à l'âge de 68 ans, en 1934, il fût terrassé par une crise cardiaque, qui l'a condamné à une existence de plante jusqu'à sa mort, en 1948 à Marseille.
L'ouvrage vaut la peine d'être lu parce qu'il nous dépeint un monde, que nous ne connaissons pas, par un homme de grande valeur. Comme bonus, nous avons droit à une traduction superbe par Mme Haroutunian, qui, en notes de bas de page, nous explique patiemment plein de termes, us et coutumes arméniens. En fermant ce livre, il vaut mieux ne pas penser aux souffrances de ce peuple causées par un régime turc écoeurant.
Bien que ce soit vite dit ! Il y a quelques semaines, je suis tombé sur un article de presse qui relatait les protestations véhémentes des ultra-nationalistes turcs de l'ASIMIDER (Organisation turque de lutte contre les allégations arméniennes), parce que le maire de Tuzluca avait eu l'audace d'afficher des souhaits de bienvenue dans sa ville en arménien. Deux petites remarques : ces mots de bienvenue étaient également inscrits en langues anglaise, turque et kurde, et Tuzluca se trouve à 50 km de Iğdir où Avétis Aharonian est né exactement 150 ans avant !
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Nostradamus27
  24 septembre 2017
Pour un Arménien, qui aspire à voir son pays indépendant et qui publie dans la presse arménienne éditée en Russie tzariste (précisément à Tiflis ou Tbilissi, capitale aujourd'hui de la Géorgie), vanter les mérites de la Suisse est un habile stratagème. En effet ce pays comme l'Arménie est au carrefour de plusieurs univers culturels et religieux, par ailleurs il est encore essentiellement à dominante rurale mais il est entré dans les avantages du confort moderne et des services publics.
L'auteur croît également voir dans cette société un respect, de la part des autres citoyens, des intérêts individuels de chacun. Après un séjour essentiellement à Lausanne de 1898 à 1902, où il écrit "Sur le chemin de la liberté", il est revenu en Russie où il est professeur puis directeur de l'école Nersisyan à Tbilissi. Il rédige, à son retour, ce qui va constituer "Le Village suisse". Il devra s'exiler et vivra de nouveau en Suisse de 1911 à 1917. Les Arméniens sont encore un peu plus d'un tiers des habitants de Tbilissi mais en nette régression en pourcentage depuis un siècle, car au début du XIXe siècle, ils composaient les trois-quarts de la population de la ville en question.
Sous forme de lettres il décrit l'univers helvétique rural (il ne s'agit pas de décrire un village précis mais de présenter un modèle) et le socle de ce qui fait l'unité du pays. Parmi ces grandes orientations il est significatif qu'il retienne ceci :
« Donc, le peuple suisse, multilingue et multireligieux (s'il est possible de s'exprimer ainsi), sous ses différences extérieures, a pu trouver une union, l'union d'un destin historique d'une patrie commune, d'un passé vécu, et a établi son autonomie sur cette union. (…) Cette sagesse de paysans civilisés est réellement magnifique » (page 140)
Ceci est très idyllique et durant la Première Guerre mondiale, apparaîtra entre autre la Question jurassienne (francophones en majorité catholiques peuplant le nord du canton de Berne à très grande majorité protestant et alémanique). Ceci dans un contexte plus global où nombre de Romands et Alémaniques seront animés par des sentiments pro-français ou pro-germaniques (voir à ce propos d'Alexandre Elsig "Les schrapnels du mensonge" chez Antipodes).
Avétis Aharonian pointe le rôle de la scolarisation dans la construction du sentiment national :
« Plus que tout autre, c'est l'école naturellement, la basse école populaire qui chérit une grande idée d'organisation de ce petit pays, d'une administration libre, en prend soin avec tendresse et la rend chère aux générations futures » (page 140).
Des allusions apparaissent assez souvent avec la situation arménienne et la présence des Kurdes, à la fois grands massacreurs de chrétiens et propriétaires de nombreuses terres que travaillent des paysans arméniens, revient en boucle :
« le Kurde qui pille l'hôte qui s'éloigne de son sol a ses propres lois morales qui correspondent à son sentiment de justice ; il ne comprendra pas, si tu essaies de lui expliquer la méchanceté de sa conduite » (page 83).
« le Kurde sauvage qui a toujours occupé les belles montagnes ne sait pas s'extasier sur les paysages de la nature, il ne peut saisir, comprendre le crépuscule ni l'aube ardente, ainsi que le charme virginal de la fleur. le culte des fleurs en tant que culte du beau doit être concomitant à la civilisation » (page 117).
Le désarroi de l'auteur était plein d'espérance pour l'avenir, on sait malheureusement que les massacres d'Arméniens redoublèrent durant la Première Guerre mondiale et que la minuscule (par rapport à l'espace où étaient encore présents les Arméniens en 1914) république arménienne soviétique ne fut pas le modèle du progrès (développement économique, humaniste et culturel) auquel aspirait notre auteur.
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Ignifuge
  18 octobre 2017
[Livre lu dans le cadre de la masse critique.]

"Le village suisse" est un livre que j'ai bien apprécié et je le recommande vivement à chaque personne voulant se faire une idée générale de la Suisse du début du XXe siècle. le livre est facile à lire (pour un adulte) et le style d'écriture oscille, le plus souvent, entre poésie, réalisme et idéalisme. Les impressions et les réflexions de l'auteur sur la culture suisse sont bien retranscrites et permettent au lecteur (qu'il soit Suisse ou non) de réfléchir, lui aussi, à la société dans laquelle il vit. Les notes de la traductrice sont également très utiles et apportent une meilleure compréhension de la société arménienne lorsque l'auteur mentionne son village d'origine.
Les points négatifs que je relèverais pour ce livre peuvent être regroupés en deux catégories et sont liés au contenu (donc aux propos de l'auteur) et non au style d'écriture. de plus, ces points ont également été relevés par la traductrice dans sa préface et je la rejoins donc parfaitement dans ses dires.
Le premier groupe de points négatifs est le suivant : certaines choses décrites par l'auteur, notamment celles liées aux métiers et plus précisément à l'agriculture, ont bien changés depuis un siècle. Certes, ce n'est pas un point très négatif en soi car il est lié au développement logique de la société (avancée technologique, mondialisation, etc.). Cela implique tout de même que certains propos ne ne reflètent plus l'actualité et le devoir du lecteur de garder un esprit critique durant sa lecture.
Le second groupe de points négatifs est lié à l'idéalisation trop poussée de la Suisse. Dans certains passages, l'auteur décrit ses rencontres avec des Suisses qui sont souvent heureux, gentils, serviables ou confiants. Dans d'autres passages, l'auteur idéalise le fonctionnement de la société suisse en décrivant, par exemple, le respect de la propriété d'autrui et de la nature, l'accès à la presse ou encore le fonctionnement de l'école. Bien sûr, il est compréhensible que l'auteur mette l'accent sur les bons côtés de la société suisse pour encourager son peuple à changer et atteindre un niveau de civilisation plus élevé (un meilleur niveau de vie, en d'autres termes), mais une telle idéalisation de la Suisse m'a un peu dérangé.
En conclusion, je répéterai ce que j'ai dit plus haut : ce livre permet d'avoir une bonne vision générale de la Suisse du début du XXe siècle. Que cette vision, même idéalisée, soit celle d'un étranger est également un atout. L'élément principal que je retiens après la lecture de ce livre est le suivant : l'auteur encourage sans cesse le peuple arménien à évoluer. Finalement, je dirai aussi que ce livre contient de bons éléments historiques et de bonnes pistes de réflexion. Il peut donc être facilement utilisé à des fins d'études ou d'analyses.
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Citations et extraits (1) Ajouter une citation
IgnifugeIgnifuge   18 octobre 2017
Je passe par cette route, en observant également les arbres chargés de fruits dans les champs lointains. […] Certes, il n’y a pas de gardien qui les surveille : les fruits grossissent, mûrissent, les branches surchargées pendent sur la route, se balancent sur la tête des passants ou se frottent à leurs épaules, comme pour attirer l’attention, néanmoins, personne, personne ne lève une main pour cueillir ne serait-ce qu’un seul fruit, pour casser une petite branche, parce que c’est la propriété d’un autre, le produit de la sueur d’un autre qui est un objet de profond respect.
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