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Aline Azoulay (Traducteur)
EAN : 9782264047403
384 pages
Éditeur : 10-18 (04/09/2008)

Note moyenne : 3.88/5 (sur 633 notes)
Résumé :
Chez les Kazanci, Turcs d'Istanbul, les femmes sont pimentées, hypocondriaques, aiment l'amour et parlent avec les djinn, tandis que les hommes s'envolent trop tôt - pour l'au-delà ou pour l'Amérique, comme l'oncle Mustafa.

Chez les Tchakhmakhchian, Arméniens émigrés aux Etats-Unis dans les années 20, quel que soit le sexe auquel on appartient, on est très attaché à son identité et à ses traditions.
Le divorce de Barsam et Rose, puis le remar... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (115) Voir plus Ajouter une critique
Under_the_Moon
  01 juillet 2013
C'est simple : j'ai adoré ce roman !
Très beau et touchant, avec beaucoup d'humour - j'ai tout particulièrement aimé les jeux de contrastes et de miroirs entre les personnages; car Elif Shafak a mis en scène des personnages aux opinions (politiques, religieuses,...) très différentes.
Tout d'abord j'ai été embarquée par les portraits de femmes que fait l'auteur. Tant qu'elle nous fait le portrait de ses personnages, plus différentes et atypiques ( mais à la fois familières) les unes que les autres, le rythme du récit est assez nonchalant. Cela m'a donné l'impression d'assister à des moments de vie, un peu comme dans les nouvelles.
Puis les deux adolescentes du roman se rencontrent : Asya et Armanoush. L'une est Turque, l'autre Américaine avec des origines arméniennes. En dépit des apparences, les deux filles se ressemblent bien plus qu'elles ne l'imaginent. Avec cette rencontre, chacune mène sa quête des origines. Les deux ne s'accordent pas toujours sur la place que le passé doit avoir dans l'histoire d'un individu et dans l'histoire d'une nation.
Et là le roman devient juste génial ! Elif Shafak dresse un beau tableau de son pays, une belle mosaïque de gens, de couleurs et de goûts !
En bref, un roman sensoriel et original qui donne des envies d'ailleurs et bien d'autres choses encore - que je vous laisse découvrir !
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bilodoh
  23 février 2014
Un roman de femmes qui permet de découvrir la Turquie à travers le destin de la « bâtarde », fille d'Istanbul, et la belle-fille de son oncle, fille d'un Arménien et d'une Américaine.

Les personnages principaux : deux jeunes filles à l'âge de la quête de soi, qui partagent des interrogations communes aux jeunes, qui cherchent à se définir par rapport aux générations précédentes, à trouver à la fois leur individualité et leur place dans leur groupe social. Mais pour une Turque née de père inconnu et une Américaine d'origine arménienne, l'identité c'est aussi la question de la tradition et de la nationalité et ce n'est pas une mince tâche que de se trouver soi-même dans des tribus matriarcales aimantes et protectrices, protectrices aussi de lourds secrets de famille.

Ce n'est pas véritablement un roman historique, mais un roman où le poids de l'Histoire est très présent. le génocide arménien de 1915-16 est évoqué, avec ses conséquences sur la diaspora, mais aussi sur les Turcs dont le pays nie les événements, un pays où la prise de parole peut encore conduire en prison.

Comme la ville qui l'abrite, cette famille stambouliote sans homme est colorée et pleine de contrastes. On respecte les traditions autour de la nourriture, on mange d'ailleurs beaucoup dans ce roman! La religion musulmane est présente, mais on consulte le passé ou l'avenir avec l'intervention de la magie des djinns. On y trouve aussi des femmes qui portent le voile et leur soeur, indépendante, qui travaille court vêtue.

Un bout d'histoire, des intrigues, des émotions féminines dans un pays machiste, dans une ville magnifique qu'on quitte à regret. J'y retournerai volontiers!
P. A. : Merci à la Babeliote Under_The_Moon qui m'a suggéré cette lecture.
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Krout
  13 septembre 2016
Il s'en passe des choses en Turquie ! Encore ce week-end j'ai vu des images à la T.V. : leur président à la tribune. Mais je n'ai vu que ces grandes bannières descendant du plafond jusqu'au sol. Ces grands drapeaux turques : Rouges Sang. Je ne vois plus qu'eux, que peut valoir un discours devant un mur aux drapeaux rouges flottants ? Et soudain, impérieusement, le passé, d'autres bannières, un autre moustachu, vient se superposer. Pardon, cela n'a rien à voir et pourtant : toujours du sang ! Qu'importe quel génocide, quel massacre, quel viol : oh tout ce sang. Oh l'Histoire, les grandes marches, les déracinements. Honni ! le bannissement !
Alors je lis. Après Neige d'Orhan Pamuk, La Bâtarde d' Istanbul, tant qu'ils sont encore disponibles. Vite. Car je pressens les bûchers, question de temps... Mais là j'écris le futur à la plume du passé, avec plein de mâle ressentiment. C'est pourquoi j'ai tant besoin d'Elif Shafak, de sa clairvoyance, de la tendresse de son regard, de son intelligence du coeur, pour tenter, tenter au moins, d'accepter l'espoir d'une réconciliation. Une écriture envoûtante dont les volutes pourraient donner une petite chance à la paix. A saisir, et se ressaisir d'urgence. Ecoutez ceci : "Il fut et ne fut pas un temps dans un pays pas si lointain où des êtres humains aux manières détestables traversaient une époque difficile." p.276 s'en suit et le précède un lumineux roman.
J'ai jadis croisé un Arménien : je comprends le Hai Dat*. Mais bâtir et faire dépendre son identité d'un tiers c'est aussi entraver sa liberté. Moi je n'ai évidemment aucune légitimité pour le dire, Elif Shafak si. Une famille d'Arméniens émigrée à San Francisco, une famille turque à Istanbul comme deux mains qui s'agitent. Se rejoindront-elles ? Quête d'identité des communautés, des familles et au sein même des familles grâce à la culture et la gastronomie, pour se ressourcer, pour se restaurer. San Francisco, Istanbul manger pour combler la faille ? le mal est profond, le danger est grand, mais quand même partager un repas. Partager le goût ! La gastronomie est un plaisir et une ouverture à l'autre, elle est mémoire des générations passées, elle est omniprésente dans le récit. Saveurs, senteurs, son et toucher Elif Shafak gratifie tous nos sens dans cette magnifique traversée.
Véritable hymne à la tolérance, une invitation au coeur des deux cocons familiaux, une magnifique amitié naissante entre Armanoush et Asya, il y a tout dans ce roman y compris, je le suppose, une bonne part autobiographique dans ce solaire portrait d'une figure féministe Zeliha, merveilleuse de dignité. Mais je tremble pour tous ces écrivains turques qui me semblent aussi fragiles que les verres à thé décrits dans le bouquin. p.319 "C'est juste que je n'avais pas misé lourd sur leur durée de vie. Je trouvais qu'ils se brisaient trop vite. Mais apparemment même les verres à thé peuvent durer pour raconter leur histoire." Puisse cela être vrai et le monde d'Elif Shafak se matérialiser.
En attendant le Bosphore fait le gros dos sous le poids des chalands qui le lui labourent dans une impression de quiétude toute passagère, pour combien de temps ? Alors que le bonheur aussi nous tend les mains et que quelque soit notre identité, nous sommes avant tout humain. Ah que ce roman est juste et fait du bien !
*Lutte pour la reconnaissance du génocide
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Dosamuse
  18 mai 2013
Cela faisait un moment qu'un livre ne m'avait pas autant emportée (et valu quelques cernes et réveils difficiles car impossible de s'en détacher).
Ce livre est d'une grande finesse :
- l'histoire est subtile malgré la lourdeur des événements (déportation des arméniens, liberté d'expression en Turquie, poids de la religion sur la vie des femmes)
- les personnages sont ambiguës alors qu'il aurait été tellement facile de tomber dans les clichés musulmans, chrétiens, turques...
- la cuisine...mon dieu ! Si les marques essaient encore de perfectionner le marketing olfactif, lisez ce livre et vous verrez comme au fil des pages on sent la cannelle, le sésame, les grenades...
- l'écriture d'Elif Shafak est un enchantement
A cause de ce livre, j'ai envie de me replonger dans l'histoire de l'Empire Ottoman, d'aller en Turquie, d'apprendre le turc et de devenir goûteuse de tous les plats turcs et arméniens !!!
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blandine5674
  19 octobre 2020
Rarement avis m'aura été aussi difficile ! Je suis entrée dans ce roman, conseillé par ma collègue, en salivant. Chaque chapitre est une denrée décrivant des plats turcs où je me suis délectée des couleurs et des odeurs. Puis j'ai une indigestion. Deux jeunes filles vont cohabiter, pour quelques jours, dans cette maison où ne vivent que des femmes parce que les hommes meurent. Malédiction ? L'une est turque, l'autre arménienne-américaine. Ressurgit du passé les conflits entre ces deux peuples. Une prose à deux temps. Certains passages bien écrits, d'autres limite niais qui remplissent des pages. Et on devine très vite qui est le père de Asya. Je me suis demandée si ce bouquin n'était pas sponsorisé par des marques publicitaires, surtout de voitures où à un enterrement, elles sont décrites avec leurs couleurs et même le nombre de cylindres. On peut lire dans un article de Courrier International : « La romancière turque Elif Shafak a surpris ses compatriotes en s'affichant dans une publicité pour une carte de crédit. L'art et l'argent ne font pas bon ménage, estime le quotidien Taraf. » J'essaye, en général, de compartimenter l'oeuvre et l'auteur mais, là, je ne peux pas au vu de ce qu'on raconte de son passé à une certaine époque à Istanbul et qu'elle aurait fuit en Angleterre après le 15 juillet 2016...
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Citations et extraits (108) Voir plus Ajouter une citation
TheSouTheSou   20 octobre 2020
Il fut, et ne fut pas, un temps, dans un pays pas si lointain, où le tamis était dans la paille, l’âne était le crieur du village et le chameau était le barbier… où j’étais plus vieux que mon père et balançais son berceau lorsqu’il pleurait… où le monde était à l’envers et le temps était un cycle qui tournait et tournait de sorte que le futur était plus vieux que le passé et le passé aussi jeune que les champs fraîchement ensemencés… Il fut, et ne fut pas, un temps. Les créatures abondaient comme le grain et trop parler était un péché, car on pouvait dire ce que l’on devait oublier et se souvenir de ce que l'on devait taire.
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blandine5674blandine5674   19 octobre 2020
À quoi bon lutter pour la liberté d’expression, se disait-il, quand la liberté d’humour n’existait pas ?
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TheSouTheSou   20 octobre 2020
Elle était impressionnée par cette faculté d’accomplir autant pour si peu, et de rentrer chez soi les mains vides, mais satisfait de sa journée. Elle soupçonnait que, dans ce monde, la sérénité était mère de la chance et la chance mère de la félicité.
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veronique55veronique55   28 juillet 2010
« Tu sais le mot Fin n’apparaît jamais quand tu termines un livre. Ce n’est pas comme au cinéma. Quand je referme un roman, je n’ai pas l’impression d’avoir terminé quoi que ce soit, si bien que j’ai besoin d’en ouvrir un autre, la taquina Armanoush, inconsciente de sa beauté exaltée par la lumière du soleil couchant…………….
Comme de trop nombreuses familles de la diaspora arménienne, rescapées mais traumatisées à jamais, la sienne était à la fois fière et inquiète de son attirance pour la littérature. Il n’était jamais bon de s’écarter du chemin des gens ordinaires. Sans compter que, si les livres étaient potentiellement nocifs en général, les romans étaient les plus dangereux de tous. Car la fiction pouvait facilement vous attirer dans des univers simplistes, chevaleresques, aussi propices aux surprises qu’une nuit sans lune dans le désert. Vous pouviez être transporté au point de perdre tout contact avec la réalité. Cette vérité rigoureuse et sans relief dont aucune minorité ne devrait trop s’éloigner, au cas où le vent viendrait à tourner. Le naïf se mettait en danger en s’imaginant que rien de mal ne pouvait arriver, car le mal survenait toujours. La magie envoûtante de l’imagination était périlleuse pour celui qui se devait de vivre dans le monde réaliste, et pour les êtres condamnés au silence, les mots pouvaient se transformer en poison. Un enfant de survivants avait bien sûr le droit de lire et de méditer, mais il devait le faire sans brui, avec une certaine appréhension, et toujours choisir l’introspection plutôt qu’une manifestation passionnée de ses goûts littéraires. »
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Under_the_MoonUnder_the_Moon   30 juin 2013
Ces foutus richards ! Ils accumulent de l'argent toute leur vie, pour quoi faire? C'est stupide ! Est-ce que les linceuls ont des poches ? Car nous finirons tous dans le même linceul de coton. Pas de vêtements chics, pas de bijoux. Ils pensent pouvoir emporter leurs smoking ou leurs belles robes de soirée dans leur tombe ? Qui dirige les cieux, selon eux ? Personne ? Dans ce cas, pourquoi le ciel ne nous tombe-t-il pas sur la tête ? Je ne vois aucune colonne pour le retenir, moi. Et vous?
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Videos de Elif Shafak (12) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Elif Shafak
Elif Shafak - 10 minutes et 38 secondes dans ce monde étrange
Et si notre esprit fonctionnait encore quelques instants après notre mort biologique ?
10 minutes et 38 secondes exactement. C'est ce qui arrive à Leila, jeune prostituée brutalement assassinée dans une rue d'Istanbul. En attendant que l'on retrouve son corps, jeté par ses meurtriers dans une poubelle, ces quelques précieuses minutes sont pour elle l'occasion de se remémorer tous les événements qui l'ont conduite d'Anatolie jusqu'aux quartiers les plus mal famés de la ville. C'est ainsi qu'Elif Shafak – auteure saluée par la critique et traduite en cinquante langues – retrace le parcours de cette jeune fille de bonne famille dont le destin a basculé et qu'elle nous raconte, à travers elle, l'histoire de tant d'autres femmes dans la Turquie d'aujourd'hui.

À lire – Elif Shafak, 10 minutes et 38 secondes dans ce monde étrange, trad. de l'anglais par Dominique Goy-Blanquet, Flammarion, 2020.
Le mercredi 15 janvier 2020 - 19H00
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