AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures
ISBN : 9791090062481
Éditeur : Editions iXe (23/05/2019)

Note moyenne : 4/5 (sur 2 notes)
Résumé :
Un soir d'été, Isabelle Alentour regarde Syrie, le cri étouffé , un documentaire tourne par Manon Loiseau avec des rescapées des viols de masse perpétrés sur des prisonnières, opposantes au régime ou femmes, filles, soeurs de résistants. Un carnet sur les genoux, un stylo à la main, Isabelle note leurs paroles - ce qu'elle peut en noter. Elle y reviendra, elle complétera ces bribes et composera, par traits successifs, ce texte rare, sorte de poème de rage et d'effro... >Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox
Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
de
  29 juin 2019
Une petite chose pointe son nez. de la taille d'un crime contre l'humanité
La nuit silencieuse, presque continue des guerres et des viols de femmes, déchirée par des mots, des phrases, des projections. La force de l'expression littéraire contre le silence. « Des mots pour le dire, le corps des femmes dans le lointain, cela n'existe pas, prétendent-ils. Alors quel besoin d'avoir des oreilles, hein, pour écouter leur récit, celui du corps des femmes devenu lointain et pour lequel il n'existe pas de mots ».
Les chiens. le soi-disant corps sacré des femmes et leur négation en tant qu'être humaine. L'absence de mots et la violence des vocables des autres, « une bite terrible dans ce qui était leur corps pour lequel il n'existe pas de mots dans la langue officielle ». Des femmes violées et parfois tuées après. Ici aujourd'hui en Syrie, hier au Rwanda et ailleurs. le dégueulis des champs de guerre, les bites hors de toutes limites, les chiens violents, le viol comme arme d'Etat, les coups le jour et les viols la nuit, « Sous une lune suffisamment lointaine et diffuse / pour concerner tout le monde / ou personne. »…
Les cellules, la chambre des enquêtes, les pieds mous, « Ce n'est pas du domaine du dicible. / Tout ce sang pour le sol / n'a pas de mots », la perte de la mémoire, la perte de son humanité, la mémoire en morceaux, « Elle a retrouvé la mémoire de toutes les autres femmes, sur le sol, saccagée, sur le sol, en morceaux », des écorces et du sel, « Je me demande comment ils font en rentrant chez eux » et les femmes de l'ombre…
« Sur la râpe de la langue racle tout ce que la mort embarque : les copulations en chaîne dans le bourdonnement des mouches, vos ailes déchirées, les balles de paille sous vos paupières », la honte grondant sous les syllabes, « Viol est un mot. / Femme est un mot », l'inscription sur son front d'une faute qui n'est pas la sienne, « elle n'a juste rien fait », les portes de sa propre maison fermée lorsque les geôles se sont ouvertes, « Même les chiens ne peuvent aller plus loin que leur cadavre »…
Comme dans un rêve, le ventre trop gros, nue et chassée, la nuit et le désert, la torture prolongée à vie, la langue coupée et le silence, ce qui se putréfie d'être tu, « Donner un nom à ce qui échappe : le trop intime, le monstrueux », l'alphabet à remettre en ordre, les mots à désarticuler, « J'apprivoise le mot force, son féminin, sa singularité / Et vomis la barbarie que toute guerre déchaîne »
Des mots qui vous empoignent et laissent ouvertes les fractures. Un texte à faire connaître, « Ainsi ne tombe pas la nuit ».
Le texte est inspiré par le documentaire réalisé par Manon Loizeau en collaboration avec Annick Cojean, pour l'écriture, et Souad Wheidi, pour la traduction en français : Syrie, le cri étouffé.
Le film a été diffusé sur France 2 le 7 décembre 2017.
Il est disponible en ligne : https://www.youtube.com/watch?v=djqLnSaAR6w

Lien : https://entreleslignesentrel..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          20
ElvireL
  23 juin 2019
Viol est un mot.
Femme est un mot.
Viol d'une femme est une combinaison meurtrière de mots.
Commenter  J’apprécie          00
Citations et extraits (6) Voir plus Ajouter une citation
coco4649coco4649   01 juin 2019
V – Comme dans un rêve


JAMAIS D’ABORD, NI CONTRE…
Extrait 1

Jamais d’abord, ni contre, la densité d’un corps et le geste qui efface.
Qui tient au poids du silence.
Tout ce dont la langue fut coupée.
Tout ce qui se putréfie d’être tu.

Écrire.
Peu.

Donner un nom à ce qui échappe : le trop intime, le monstrueux.

Écrire avec la retenue des forêts.
Sans souffrance inutile pour les arbres manquants.

En dessous des épaules démarrent les brumes.
Coagule le sang.
Rien ne s’ouvre qui permette l’avant.
À mon poignet un autre mutisme.
Ça ne finit pas, non, ça ne finit pas.

(Ne pouvoir écrire, seconde mort)
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          10
coco4649coco4649   01 juin 2019
V – Comme dans un rêve


JAMAIS D’ABORD, NI CONTRE…
Extrait 3

Ne prononcez pas ces mots.
La seconde mort.

Celle qui se troue d’un blanc après que tout est fini.
L’oubli des victimes.

Non, ne vous fatiguez pas à prononcer ces mots.

Les égouts de l’histoire s’en chargeront.
Commenter  J’apprécie          10
dede   29 juin 2019
Des mots pour le dire, le corps des femmes dans le lointain, cela n’existe pas, prétendent-ils. Alors quel besoin d’avoir des oreilles, hein, pour écouter leur récit, celui du corps des femmes devenu lointain et pour lequel il n’existe pas de mots
Commenter  J’apprécie          10
coco4649coco4649   01 juin 2019
V – Comme dans un rêve


JAMAIS D’ABORD, NI CONTRE…
Extrait 2

Douleur
dédouble
chaque
minute
casse en deux chaque
sourire
ou bourgeon enivré de printemps

Nul arbre où grimper
(cabane où s’abriter)
nulle pluie où tomber
ni moineau vers le sud pour s’envoler

Dehors
le soleil (cet insouciant)
continue de tourner
Commenter  J’apprécie          00
dede   29 juin 2019
Sur la râpe de la langue racle tout ce que la mort embarque : les copulations en chaîne dans le bourdonnement des mouches, vos ailes déchirées, les balles de paille sous vos paupières
Commenter  J’apprécie          00
autres livres classés : syrieVoir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox





Quiz Voir plus

Testez vos connaissances en poésie ! (niveau difficile)

Dans quelle ville Verlaine tira-t-il sur Rimbaud, le blessant légèrement au poignet ?

Paris
Marseille
Bruxelles
Londres

10 questions
753 lecteurs ont répondu
Thèmes : poésie , poèmes , poètesCréer un quiz sur ce livre