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EAN : 9782378801960
Éditeur : L' Iconoclaste (08/04/2021)
4.4/5   43 notes
Résumé :
"Toi, le poète qui passe
avec ta muse sous le bras (...)
écoute ma musique,
tandis que je me décompose."
Au bord d'un chemin, une femme gît, en décomposition.
Passant par là au bras de son aimée, un poète se délecte de cette vue infâme.
Clémentine Beauvais revisite avec audace le célèbre poème " Une charogne " de Charles Baudelaire. Elle imagine le destin de cette femme que l'histoire a bafouée, la faisant prostituée, chirur... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (19) Voir plus Ajouter une critique
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Kirzy
  06 juin 2021
Lorsque j'ai été percutée par la beauté des Fleurs du Mal au lycée, La Charogne est le poème du recueil qui m'a le plus fascinée, sidérant de violence inattendue dans les mots d'un poète qui,s'adressant à son amante, lui prédit d'être une jour, elle aussi, mangée par une vermine qui la couvrira de baisers.
Dans ce roman en vers libres, absolument éblouissant, Clémentine Beauvais, donne une voix à la charogne, incarnée sous les traits de Grâce. Elle raconte sa vie à Jeanne Duval, la muse de Baudelaire, lorsque celle-ci rencontre sa carcasse pourrissant au détour d'un sentier. L'auteure s'empare du duo Grâce – Jeanne avec une liberté formelle vivifiante. le récit de poésie narrative ne s'enferre jamais dans un genre, rebondit dans plusieurs. Un anti-sclérose littéraire, tour à tour poétique, théâtral, sociétal, graphique, porté par une écriture savoureuse, à la fois lyrique et crue, narquoise et puissante. le travail sur la langue est remarquable, emplie de sensations, d'images, jouant sur le placement des mots sur la page sans que cela ne sente la pause ou la facilité.
Le texte, découpé en lieux ( « détour d'un sentier », « montagne », « ravin », « tout un monde lointain », « rue de la femme sans tête » etc ), choisit de mettre Baudelaire en retrait pour placer sous la lumière les deux femmes, Grâce et Jeanne. Superbe choix, politique, féministe, qui accouche d'une réflexion très générale sur la condition féminine.
On est très loin des muses du XIXème siècle à l'image figée par le regard masculin des grands artistes. le destin tragique de Grâce, couturière, prostituée, chirurgienne d'instinct, avorteuse puis tueuse, embrasse son désir d'émancipation et les difficultés auxquelles se heurte sa condition sociale défavorisée. Elle évolue avec les conditions de liberté qui lui sont données, minimales. le corps féminin est au coeur de ses tensions, jusqu'à sa putréfaction impudique, au détour d'un chantier.
Pour autant, jamais Clémentine Beauvais ne tombe dans le manichéisme et présente ses personnages féminins avec toutes leurs intrications contradictoires, leur violence aussi. La sororité, elle-même, n'est pas glorifiée comme une utopie souriante mais décrite dans sa complexité, les femmes sachant se faire les bourreaux de leurs consoeurs lorsqu'il faut rentrer dans la norme.
Cette revisite audacieuse, créative et originale du poème de Baudelaire m'a immédiatement plu, dès les premières pages qui m'ont bousculée et touchée , parlant aussi bien à l'intellect qu'au coeur. Réjouissant !
Ps : ce texte est le sixième publié par la collection Iconop ( dirigée par Cécile Coulon et Alexandre Bord ), projet littéraire fort excitant des éditions L'Iconoclaste mettant à l'honneur d'une poésie contemporaine sans entrave.
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letilleul
  01 mai 2021
Clémentine Beauvais explore les chemins de traverse de la poésie avec ce nouveau titre . Décomposée revisite l'un des poèmes les plus célèbres de Baudelaire, dans une ingénieuse et jubilatoire réécriture féministe : « une charogne » s'adresse à la muse du poète Jeanne Duval, La forme du texte peut déstabiliser mais elle joue entre les genres pour mieux appréhender la fantaisie et le processus littéraire poétique. Cet ouvrage a bien des égards permet de dépasser les frontières et préjugés en mettant également en évidence Jeanne Duval dans son rôle de femme. La trame du récit se déguste comme un court roman qui rend hommage à l'histoire d'amour entre Baudelaire et sa muse à travers des dialogues savoureux et enrichis par la richesse des mots et de la langue.
Lien : http://www.liresousletilleul..
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cathulu
  10 avril 2021
Parce qu'elle "aime aller chercher les petites voix coincées dans les interstices d'autres textes, les envers secrets de grands classiques", Clémentine Beauvais dans Décomposée, roman en vers libres, prête voix à la femme morte qui inspira à Baudelaire le poème Une Charogne.
Elle imagine la vie de cette femme,  qu'elle baptise Grâce,  petite paysanne venue à Paris avec ses soeurs, pour fuir des vies par trop prévisibles , devenue d'abord prostituée, couturière des étoffes puis des peaux féminines, avorteuse et finalement tueuse en série, pour venger celles qu'elle appelle "les petites soeurs" et "les amies qui étaient comme des soeurs".
Il est en effet question de sororité entre ces femmes dont les corps, comme celui de Jeanne, la maîtresse de Baudelaire, ont trop tendance à rencontrer malencontreusement des consoles, à subir les caprices d'hommes qui les renient dès que la maladie ou les grossesses les rendent indésirables. Et le corps mort, celui qui inspire le poète des Fleurs du mal , se donne à voir dans sa transformation post mortem, une charogne  qui se décompose sous nos yeux, dévorée par les animaux , engendrant la vie et l'esprit de Grâce s'insinue  peu à peu dans celui de Jeanne qui à son tour fait entendre sa voix , damant souvent le pion à son compagnon qui ne sort pas grandi de ce texte.
Le travail sur la langue, la disposition du texte sont tout simplement épatants et on dévore d'une traite ce texte puissant, féministe et original.
Un indispensable bien sûr.

 
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Athanase45
  16 avril 2021
Si une charogne m'était contée.
« Imaginez que la charogne croisée par Baudelaire au bras de Jeanne Duval se mette à parler et à raconter son histoire – Vous avez 128 pages »
À la veille de fêter les deux-cents ans de la naissance de Baudelaire, Clémentine Beauvais vient de jeter dans la mare poétique un petit pavé en vers libres qui redonne la parole à un tas de chair en putréfaction. Si ce tas fut bien une femme, alors il faut, dans l'urgence, rendre raison ou déraison de l'abandon aux bêtes de sa dépouille mortelle, en pleine nature, sans sépulture. Beauvais puise dans la vision décomposée qu'impose le poète la force de recomposer une vie et un cénotaphe. Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. Les vers y sont pour quelque chose dans les deux sens du processus que déploie cette fanfiction baudelairienne. C'est à une violente visitation de la violente condition féminine que nous convie Beauvais, qui manie le scalpel des mots comme la prostituée Grâce – c'est le nom inventé de la charogne – manie les aciers aiguisés de ses arts successifs de chirurgienne, avorteuse puis tueuse d'hommes faillis. Elle redonne aussi la parole à Jeanne, la muse métissée du poète, suggérant dans une série d'échanges avec Charles que c'est elle qui invente l'histoire de Grâce, que c'est elle qui est la véritable autrice du poème. Jeanne relaie la voix de la charogne, d'autant plus que Charles va lui prédire le même sort. On voudrait souffler à la muse le refrain de Marquise, de Tristan Bernard, repris par Brassens : « J'ai vingt-six ans mon vieux Corneille, et je t'emmerde en attendant ». le poème de Beauvais fraye son chemin dans un tourbillon vertigineux de mises en abymes qui troublent jusqu'à l'écoulement du temps. Au-dessus de ces abîmes planent les petits anges d'une faiseuse qui n'est pas dans le déni de ses actes, impitoyablement reflétés par l'éclat de ses outils de vie et de mort mêlés. C'est d'ailleurs l'une des forces de Beauvais d'écarter tout mensonge face aux destins de Grâce et de Jeanne, de ces deux femmes, faites de toutes les femmes, qui les valent toutes et que vaut n'importe laquelle*.
* bien sûr, je paraphrase ici le final des Mots de Sartre 🙂
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Ptit_cake
  05 mai 2021
Je ne suis peut-être pas très objective mais dès que j'ai dans les mains un livre de Clémentine Beauvais, j'ai l'impression de tenir entre mes mains un petit trésor.
Ce fut le cas pour "Décomposée", nouvelle publication poétique des éditions L'Iconopop.
"Décomposée" a pour point de départ le poème de Charles Baudelaire " Une charogne" dans les fleurs du mal.
"Rappelez-vous l'objet que nous vîmes, mon âme,
Ce beau matin d'été si doux :
Au détour d'un sentier une charogne infâme
Sur un lit semé de cailloux,
Les jambes en l'air, comme une femme lubrique,
Brûlante et suant les poisons,
Ouvrait d'une façon nonchalante et cynique
Son ventre plein d'exhalaisons."
(Extrait)
Au détour du sentier, le poète Charles et sa muse Jeanne croise le corps en décomposition d'une femme. Qui est cette femme? Quelle est son histoire?
Clémentine Beauvais offre à cette charogne une vie de femme libre, une chirurgienne, une faiseuse d'anges, une tueuse en série, une femme qui met un point d'honneur à réparer le mal que les hommes font aux femmes.
Clémentine Beauvais nous conte un destin de femme d'une grande finesse tout en étant extrêmement crue. Car c'est bien les mains dans le sang que cette femme va accomplir sa destinée.
C'est beau, c'est puissant et d'une poésie folle.
Un véritable coup de coeur, un recueil à lire, à relire, à feuilleter et à garder précieusement tout au fond de notre coeur.
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Citations et extraits (11) Voir plus Ajouter une citation
rkhettaouirkhettaoui   05 mai 2021
  C’est l’homme qui n’a pas été comme les hommes  que j’ai connus avant, que les petites sœurs  ont connus, que les amies qui étaient comme des sœurs  ont connus.C’est l’homme qui a été diérent.  Mon amour avec lui c’était de ces amours d’enfance   fouineurs d’espaces ombragés,  de fontaines discrètes, des baldaquins des saules,  des greniers froids, fragrants, au milieu de l’été,  d’où l’on entend par les lucarnes   les voix adultes,  étouées de soleil et d’aairement ;    vite ! on a quelques minutes,  soi et l’autre que soi, garçon ou fille,  quelques minutes et les chocs malhabiles  qu’on s’apprend l’un à l’autre et à soi-même,  entre corps et vêtements et sol de bois,  confus, et qui allument nouvellement  tel pignon de nos peaux, telles chairs vibratiles.Jeanne des îles, les enfants des îles ont-ils aussices minutes nerveuses certains après midi !
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rkhettaouirkhettaoui   05 mai 2021
  Tu portes ces désirs dans tes ombres et dans ta souplesse.Sur ta peau, le poète dépose une résille de salive ;sur la feuille, des traits d’encre.  Il te mangerait bien, tu dois avoir un goût de mangue,  mais une muse, c’est comme les lobes,  ça ne se gobe pas tout rond.  Ça s’entretient à coups de langue.Celle de ton poète est leste. Tu te demandes parfois :  que restera-t-il de son œuvre, de moi,  quand on sera depuis longtemps partis ?  Je te promets,  par cette vision que j’ai ici, et qui va loin au-delà du sentier,  qu’il restera beaucoup. On le connaîtra bien.  Ce sera l’un des grands.Tous nos enfants l’ânonneront.Tous nos adolescents recopieront ses vers.Et toi, on te connaîtra, grâce à lui.Tes cheveux et ta peau et tes odeurshanteront d’autres lieux, d’autres époques.  Tu seras dans la bouche d’autres hommes  qui, comme lui, te rediront,   te redonneront vie.
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MuscloretteMusclorette   20 juin 2021
Tout en elle était reste. Reste de beauté nuageuse,
reste de fierté jaune dans les yeux,
reste de joie, reste de mélancolie,
tout ce qu'elle avait été un jour jusqu'à l'excès,
elle ne l'était plus que peu,
comme la cendre garde quelque temps sa tiédeur
dans ses replis les mieux tassés.
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rkhettaouirkhettaoui   05 mai 2021
Des souvenirs et secrets se blottissaient dans les fentes des murs.  Je commençais par sortir mes objets :  aiguilles, épingles, tout l’attirail qui pique et qui répare,  ciseaux, minces couteaux, rasoirs,  linges blancs, ou presque, ou du moins pas trop roses  (au matin je les frottais dans l’eau glacée,  où le sang glisse, en docile anémone) ;  alcool aux crocs solides, qui mord la gorge.  Et tout cela rangé dans une petite mallette     de cuir noir craquelé,  dans des encoches prévues à cet effet,     que j’avais faites  où ils tenaient parfaitement.     Oh, comme j’étais satisfaite  de les voir briller là, sages comme des biscuits  dans les boîtes des grands chocolatiers !
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rkhettaouirkhettaoui   05 mai 2021
Aucune femme dans ce lieu doux n’était tout à fait douce :on nous désirait mieux un peu amères.  Cette amie-là nous a mis sur le corps  bien des fragrances âpres, qui suscitaient la soif  chez les hommes qui y promenaient leurs papilles,  et aussi une étrange répugnance,  car il y avait du sel, du musc, du cuir, pas des odeurs de fille,  des odeurs d’homme ;  et les hommes se troublaient de ce voisinage,  mais aussi le goûtaient, et se troublaient,  et par acquit de conscience,  ensuite, parfois, frappaient ces corps qui étaient  une troisième chose, ni femmes aux parfums rouges et roses,  ni hommes rances, une autre sorte d’être. Verdâtre, spectral.      
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Videos de Clémentine Beauvais (45) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Clémentine Beauvais
Un court roman en vers libres, d'une grande modernité, qui transforme notre regard et nos a priori sur la déchéance féminine.
Au bord d'un chemin, une femme gît, en décomposition. Passant par là au bras de son aimée, un poète se délecte de cette vue infâme.
Clémentine Beauvais revisite avec audace le célèbre poème « Une charogne » de Charles Baudelaire. Elle imagine le destin de cette femme que l'histoire a bafouée, la faisant prostituée, chirurgienne, avorteuse, puis tueuse en série.
Un court roman à la forme inventive, impertinent et engagé.
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