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ISBN : 2207143937
Éditeur : Denoël (17/01/2019)

Note moyenne : 4.25/5 (sur 79 notes)
Résumé :
Au plus froid de l’hiver, Vassia adore par-dessus tout écouter, avec ses frères et sa sœur, les contes de Dounia, la vieille servante. Et plus particulièrement celui de Gel, ou Morozko, le démon aux yeux bleus, le roi de l’hiver. Mais, pour Vassia, ces histoires sont bien plus que cela. En effet, elle est la seule de la fratrie à voir les esprits protecteurs de la maison, à entendre l’appel insistant des sombres forces nichées au plus profond de la forêt. Ce qui n’e... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (34) Voir plus Ajouter une critique
Oliv
  01 mars 2019
Avant de lire "L'Ours et le Rossignol", j'étais partagé entre des sentiments contradictoires. D'une part, une certaine impatience à l'idée de découvrir un roman se déroulant dans un contexte russe médiéval (sachant que, si l'on s'en tient aux romans disponibles en langue française, les auteurs s'y étant aventurés doivent pouvoir se compter sur les doigts d'une main). D'autre part, mon instinct de lecteur aguerri avait fait se déclencher plusieurs alarmes : un premier roman d'une jeune auteure américaine, une héroïne adolescente au caractère rebelle, le premier tome d'une trilogie... Quelques critiques rassurantes de blogueurs en qui j'ai toute confiance ont eu raison de mes hésitations. En fin de compte, j'ai bien fait de me lancer dans l'aventure, et malgré mes réticences envers le format trilogie, je lirai certainement les prochains tomes lorsqu'ils seront parus.
D'une certaine manière, l'héroïne de "L'Ours et le Rossignol" est un personnage archétypal de conte russe : son prénom évoque à la fois la Princesse-Grenouille (Vassia est d'ailleurs comparée à une grenouille par ses frères et soeurs) et Vassilissa-la-très-belle qui, comme notre héroïne, est élevée par un père veuf et, lorsque celui-ci se remarie, se retrouve brimée par sa belle-mère. Katherine Arden a eu la bonne idée de donner à cette belle-mère un rôle un peu plus complexe que celui de simple méchante : comme Vassia, Anna a le don de voir les créatures surnaturelles qui demeurent invisibles au commun des mortels... sauf que, fervente chrétienne, elle rejette ces visions qu'elle assimile à des manifestations démoniaques, la faisant passer pour folle. Cette différence entre les deux femmes illustre l'ambivalence des esprits du paganisme russe qui, selon les circonstances, peuvent amener la paix et l'équilibre ou le chaos et la destruction. La roussalka et le liéchi, le vodianoï et le domovoï, Baba Yaga et Morozko... Tous apparaissent dans ces pages, en personne ou mentionnés au détour d'une histoire narrée devant le poêle. Ces figures traditionnelles des contes et du folklore russes sont tellement attendues qu'on se sentirait floué si elles étaient absentes ! En revanche, j'ai été plus surpris d'y rencontrer des personnages historiques : les grands-princes Ivan Ier et Ivan II de Moscou, saint Serge de Radonège, le futur Dimitri Donskoï... Autant d'éléments indiquant que nous sommes au milieu du 14ème siècle. À cette époque, la Russie était encore sous le joug mongol (les princes versaient un tribut au khan de la Horde d'Or) mais elle allait bientôt entamer le processus qui la mènerait à l'indépendance. Ce choix de placer l'intrigue dans un tel contexte m'a beaucoup plu, mais quitte à faire appel à de grands noms de l'histoire russe, j'aurais préféré que ceux-ci soient davantage exploités. Peut-être le seront-ils dans les tomes suivants ? J'imagine déjà une réécriture de la bataille de Koulikovo avec des créatures mythiques luttant aux côtés des Russes pour bouter les Tatars hors du pays !
Le roman a beau être vendu comme de la fantasy adulte, compte tenu de la jeunesse du personnage principal j'avais quelques appréhensions... Lesquelles n'avaient pas lieu d'être. La naïveté, la mièvrerie n'ont pas leur place dans cette Russie septentrionale, couverte de forêts impénétrables, où l'hiver semble ne jamais prendre fin et où les conditions de vie sont particulièrement rudes. Certes Vassia est rétive aux conventions, indépendante, en décalage avec les hommes et les autres femmes de son entourage, mais elle n'est pas l'une de ces trop nombreuses héroïnes de romans historiques affublées d'une mentalité d'Occidentale actuelle. En tant que petite-fille d'une femme-cygne et arrière-petite-fille du roi des mers, elle est liée au monde surnaturel, aux esprits de la forêt... On évite ainsi un anachronique discours féministe : si Vassia refuse de se voir imposer un mari, ce n'est pas tant parce que de telles pratiques sont injustes, mais parce qu'elle perdrait ainsi sa liberté d'aller et venir seule dans la nature, et qu'elle serait séparée de ces esprits qu'elle comprend mieux que quiconque. J'avoue néanmoins avoir frémi d'horreur en voyant Konstantin, le jeune et beau prêtre récemment arrivé au village, développer une attirance contrariée pour Vassia... Fort heureusement, la romance nous sera épargnée. Ouf !
Il n'y a pas grand-chose à dire sur le style d'écriture de Katherine Arden : ça manque peut-être un peu de personnalité, mais c'est tout à fait satisfaisant, d'autant plus qu'il s'agit d'un premier roman. D'ailleurs les quelques maladresses sur lesquelles j'ai buté m'ont paru relever de la traduction. Connaissant bien le sujet de la Russie médiévale, j'étais à l'affût d'éventuelles erreurs, approximations ou anachronismes, qui sont finalement rares[*]. On ne peut pas dire que j'ai dévoré ce roman, je l'ai lu assez lentement, petits bouts par petits bouts, mais j'étais à chaque fois impatient de reprendre ma lecture pour replonger dans l'ambiance si particulière de Lesnaïa Zemlia, ce petit village russe perdu dans la forêt. En fait, "L'Ours et le Rossignol" vaut plus pour son atmosphère que pour son intrigue. Pendant la majeure partie du récit (grosso modo, les deux premières parties sur les trois qu'il comporte), on suit l'évolution des différents personnages, Vassia en premier lieu, sans trop savoir où l'auteure compte nous amener. Tout s'éclaircit dans les derniers chapitres, qui laissent davantage de place à l'action, la menace latente est enfin identifiée et on frôle à cette occasion l'un des pires clichés de la fantasy : le réveil d'une force maléfique pluriséculaire... une affaire qui a le bon goût d'être promptement réglée. Comme il s'agit d'une trilogie, j'espère qu'on continuera sur cette lancée et qu'on ne tombera pas dans la facilité de la quête héroïque pour sauver le monde, menée par une jeune fille dotée de pouvoirs extraordinaires... Katherine Arden a su éviter cet écueil dans ce premier tome, je lui fais donc confiance pour la suite !
[*]
Marina est la fille d'Ivan Kalita, et Anna est la fille d'un des fils d'Ivan Kalita, pourtant il est dit que les deux femmes ont le même grand-père. La Horde mongole a accumulé des richesses au cours de trois siècles de pillages, alors qu'elle n'a pénétré en Russie qu'un siècle plus tôt. Il y a des moines à Kiev depuis cinq siècles, alors qu'en réalité le christianisme n'y a remplacé le paganisme que depuis trois siècles et demi. L'un des personnages est comparé à un ours de Sibérie, sauf que la Sibérie n'existe pas encore : les Russes n'exploreront et ne conquerront les régions au-delà de l'Oural que deux siècles plus tard.
Enfin, le travail d'Aurélien Police est toujours de qualité et cette couverture est esthétiquement très réussie, mais ça m'embête d'y reconnaître la cathédrale Saint-Basile alors que celle-ci sera bâtie au 16ème siècle et qu'elle ne prendra son aspect actuel que bien plus tard... C'est un peu comme si on illustrait un roman sur la guerre de Cent Ans avec la silhouette du château de Chambord. Mais comme c'est russe, ça va, personne n'y verra rien !
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thimiroi
  03 janvier 2020
Un roman qui réenchante le monde et enchante ses lecteurs.
Premier tome d'une trilogie, L'Ours et le Rossignol est un roman de fantasy original, car il est inspiré de contes russes et se déroule dans une région septentrionale de la Russie médiévale, une contrée sauvage dont les habitants subissent des hivers particulièrement cruels.
Vassia, l'héroïne du roman, est une jeune fille capable de voir et de parler avec les esprits qui vivent à côté des humains, esprits inoffensifs ou même protecteurs pourvu que l'on croie en eux et qu'on leur fasse quelques offrandes...
Mais la venue d'une belle-mère et d'un prêtre rigides, pour qui tous ces esprits sont des créatures infernales, détourne les villageois de leurs anciennes croyances ; les esprits protecteurs s'affaiblissent et deviennent incapables de s'opposer à l'irruption de créatures maléfiques…
L'Ours et le Rossignol ressuscite avec bonheur le folklore mythologique russe et dénonce l'intolérance religieuse de ceux qui ont fondé l'instauration du christianisme non sur l'amour du prochain et la charité, mais sur la peur d'un châtiment éternel.
C'est aussi un beau récit d'apprentissage mettant en scène une héroïne particulièrement attachante, proche de la nature, indépendante, sensible et prête à donner sa vie pour les siens.
Ajoutons enfin qu'après une première partie un peu statique, le roman connaît une belle progression dramatique.
Après un début aussi réussi, on lira donc très volontiers le second tome de la trilogie déjà paru, La Fille dans la tour.
Challenge multi-auteures SFFF 2020
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boudicca
  13 septembre 2019
Pour le premier tome de sa trilogie, Katherine Arden a choisi de s'inspirer de la culture russe dont elle nous fait découvrir une partie de l'histoire et du folklore. Un choix audacieux, surtout pour un premier roman, mais qui s'avère payant puisque « L'ours et le rossignol » nous livre une très belle histoire qui ne séduit pas seulement par le dépaysement qu'il procure mais aussi par de nombreux autres aspects. le roman met en scène la fille d'un petit seigneur russe vivant dans un territoire reculé où le confort est assez sommaire. Cet environnement, que d'aucun jugerait trop hostile, fait le bonheur de la petite Vassia qui, en dépit des restrictions habituellement imposées à son genre, passe son temps à vagabonder dans la forêt sous le regard bienveillant de son père et de ses frères aînés, amusés par l'espièglerie et la témérité de la benjamine. L'arrivée d'une nouvelle femme dans le foyer et du prêtre charismatique qui voyage dans son sillage va toutefois venir perturber le quotidien de la maisonnée et remettre en question la liberté dont jouissait jusqu'à présent la jeune fille. Car celle-ci et sa belle-mère partagent visiblement le même secret, celui de pouvoir voir les créatures légendaires habituellement invisibles aux yeux des mortels dont ils peuplent (avec plus ou moins de discrétion) les maisons, les lacs ou les forêts. Seulement si la petite Vassia semble faire peu de cas de son don et ne voit aucun mal à communiquer avec les créatures qui croisent sa route, sa belle-mère, fervente chrétienne, y voit le signe du diable et est bien décidée à les faire disparaître en imposant une piété irréprochable à tous les membres de la communauté. Autrefois considéré avec bienveillance, le comportement de la jeune fille se met alors à susciter l'agacement, puis la défiance de ses congénères, alors même qu'elle devient parallèlement l'enjeu d'un conflit opposant de puissantes et anciennes divinités.
Le roman met en scène une Russie médiévale fantasmée qui ne manque pas de susciter la curiosité du lecteur. Si l'essentiel de l'intrigue se déroule sur les terres reculées du père de l'héroïne, l'auteur nous livre également quelques aperçus de la cour de Moscou et de ses intrigues. On y découvre une société très hiérarchisée, reposant sur le modèle féodale et dans laquelle la religion chrétienne occupe une place de plus en plus importante. On assiste alors à l'émergence de personnalités charismatiques qui adoptent la posture de missionnaires luttant pour faire disparaître les anciennes pratiques et imposer le dieu chrétien en lieu et place des divinités autrefois vénérées. C'est un véritable choc des cultures que nous dépeint Katherine Arden, et le roman fait à ce sujet beaucoup penser à l'ouvrage d'Andrus Kivirahk, « L'homme qui savait la langue des serpents », qui dépeignait lui aussi la montée du christianisme dans une Estonie empreinte de magie. Dans les deux cas, le choix de l'Europe de l'Est comme décor permet aux auteurs de mettre en scène un bestiaire qui change de l'ordinaire. le roman met ainsi en lumière des créatures moins impressionnantes que les traditionnels dragons, licornes et compagnie, puisqu'ils appartiennent davantage au « Petit peuple », ces divinités à priori insignifiantes censées peupler les maisons, les écuries ou les forêts et auxquelles les gens du commun adressent leurs offrandes. Domovoï, roussalka, vazila (esprit des chevaux), banick (esprit des bains), roi de l'hiver et son frère, liéchi… : voilà un petit panel des créatures rencontrées au fil des pages, et ce pour le grand plaisir du lecteur à qui est ainsi fourni l'occasion de se familiariser avec le folklore russe et ses particularités. Cet aspect fait d'ailleurs beaucoup penser à une autre oeuvre parue récemment en France, la série « La cour d'Onyx » dans laquelle l'autrice Marie Brennan met elle aussi en scène un bestiaire du même type, inspiré cette fois du folklore anglais.
Si le dépaysement procuré par le cadre russe contribue indéniablement au charme du roman, il ne s'agit pas de sa seule qualité, loin de là. Quoique relativement simple, l'intrigue est ainsi très bien pensée et surtout bien construite, se dotant peu à peu des allures de conte (la magnifique couverture signée Aurélien Police illustre d'ailleurs parfaitement cet aspect). Ainsi, en dépit d'un rythme relativement lent et de nombreux passages mettant en scène le quotidien tout à fait ordinaire de la famille de Vassia, le roman ne souffre d'aucune longueur ni d'aucun moment de flottement qui feraient retomber l'intérêt du lecteur. On découvre au contraire avec beaucoup de curiosité la vie de cette petite communauté, avec ses joies et ses drames, ses habitudes et ses bouleversements. le surnaturel occupe dans un premier temps une place très limitée dans l'intrigue, avant de prendre davantage d'importance au fur et à mesure du récit, jusqu'à atteindre son paroxysme lors d'un final impressionnant. L'un des plus grands atouts du roman réside cela dit dans la qualité de ses personnages, à commencer par l'héroïne elle-même. Difficile en effet de ne pas se prendre d'affection pour cette petite fille curieuse et aventureuse confrontée aux carcans imposés par la religion et la société patriarcale dans laquelle elle a grandi. Les autres personnages ne sont pas en reste et, si tous sont loin d'être attachants, chacun d'entre eux bénéficient néanmoins d'une personnalité soignée et nuancée. C'est le cas notamment du prêtre nouvellement arrivé dans la communauté, un personnage qui n'a rien de l'archétype du fanatique décérébré et cruel trop souvent mis en scène et qui ne manque pas de susciter la curiosité du lecteur, à défaut de sa sympathie. Les autres membres de l'entourage de Vassia sont un peu moins présents mais tous sont suffisamment bien caractérisés pour qu'on s'y attache sans mal.
Katherine Arden frappe fort avec ce premier roman qui nous fait voyager à travers le folklore russe aux côtés d'une petite héroïne touchante de sincérité et d'innocence. Un joli conte à découvrir ! A noter que, si le roman se suffit parfaitement à lui-même, celui-ci s'inscrit dans une série de plusieurs tomes dont le second, « La fille dans la tour », est paru en août dernier (la chronique arrive d'ici peu).
Lien : https://lebibliocosme.fr/201..
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JustAWord
  22 janvier 2019
Malgré la richesse de son folklore, la culture russe a bien du mal à trouver son chemin sur les étals des librairies françaises. Si l'on omet le succès d'un certain Dmitry Glukhovsky avec sa série Metro (largement popularisée grâce aux excellents jeux-vidéo qui en ont été tirés), l'amateur d'écrivains russes dans l'imaginaire n'a guère d'oeuvres récentes à se mettre sous la dent ces derniers temps. En attendant que certains éditeurs écoutent enfin les conseils en la matière de Patrice Lajoye (traducteur émérite s'il en est) et avant la parution en fin d'année de Vita Nostra de Marina Dyachenko chez L'Atalante, Pascal Godbillon et la collection Lunes D'encre ont décidé de couper la poire en deux en traduisant L'Ours et le Rossignol de l'américaine Katherine Arden.
L'écrivaine texane, qui a notamment étudiée en France et en Russie avant de retourner aux États-unis, décide ici d'explorer les contes et légendes de la Russie médiévale (ou Rus') pour livrer une fantasy dépaysante et glacée à travers les yeux d'une jeune héroïne farouche : Vassia.
La magie Rus'
Difficile de restituer le charme exquis de L'Ours et le Rossignol sans évoquer son cadre. Katherine Arden nous entraîne dans la Russie médiévale et nous balade entre un village du nord, Lesnaïa Zemlia, et la grande Moscou de l'époque. Nous sommes au XIVème siècle et la Russie ne porte pas encore son nom actuel mais celui de Rus', où s'affrontait des princes rivaux (ou knèzes) bien avant l'avènement du premier grand-prince Ivan le Terrible deux cents ans plus tard. Dans L'Ours et le Rossignol, le grand-prince de Moscovie, Ivan Ivanovitch, règne de façon précaire sur Moscou. Pour asseoir son pouvoir, il décide d'unir son fils Vladimir Andreïevitch à l'aînée de la famille Vladimirovitch dont le patriarche, Piotr, boyard de Lesnaïa Zemlia, vient d'arriver en ville en quête d'une nouvelle épouse après le décès de la demi-soeur d'Ivan, la belle et sauvage Marina. Pour faire d'une pierre deux coups, Ivan demande également à Piotr d'épouser sa fille Anna Ivanovna réputée folle et qui passe sa vie à l'Église. Ce que Piotr et Ivan ignorent, c'est qu'Anna voit des démons autour d'elles qui semblent l'épier constamment. Celle-ci s'aperçoit rapidement une fois dans le Nord que Vassia, la plus jeune des filles de Piotr, semble elle aussi voir ces mêmes démons. Vassia n'est cependant pas une fille comme les autres et renferme un pouvoir singulier qui en font un enjeu majeur entre deux puissantes entités surnaturelles : Morozko, démon du gel et seigneur de la Mort, et son frère maudit, L'Ours borgne Medved.
Malgré l'apparente complexité de cette hiérarchie (encore vous a-t-on évité d'expliquer les rapports entretenus entre grand-princes et Tatars ou la nature du Tsar de l'époque), L'Ours et le Rossignol s'avère un roman remarquablement passionnant et accessible. La faute à la forme adoptée, celle d'une chronique familiale et d'un conte populaire. En effet, l'histoire s'ouvre en réalité sur l'une des aventures légendaires du peuple Rus' racontée par Dounia, la vieille nourrice-mère de Vassia. Dès lors, le charme opère.
Katherine Arden multiplie les créatures fantastiques avec une habilité rare : la roussalka aux cheveux perpétuellement trempées, le domovoï protégeant le foyer, le vazila qui garde cheveux et étables, le vodianoï tapi dans les rivières… Toute ces légendes prennent vie et s'inclut à merveille dans la trama narrative de L'Ours et le Rossignol. de façon plus terre à terre, c'est aussi l'environnement immédiat de Piotr et Vassia qui charme le lecteur. La forêt russe et son hiver terrible, la chaleur au coin du poêle, les coutumes de l'époque et les croyances populaires… Tout cela donne un cachet unique à cette aventure pourtant un peu banale de prime abord.
Une histoire de femmes et de sorcières
L'Ours et le Rossignol, lorsqu'on s'y intéresse de façon superficiel, ne dévie pas beaucoup d'un récit traditionnel. La jeune héroïne mis au ban de son village car un peu bizarre va finir par s'imposer comme sauveuse des siens tout en révélant un pouvoir capable de renverser le grand méchant de l'histoire. Tout cela aurait pu, en effet, être bien ennuyeux sans les multiples sous-textes politiques, féministes et théologiques du roman. Car dès que l'on s'approche de plus près, le roman de Katherine Arden renferme des trésors d'intelligence, à commencer par sa vision féministe du contre traditionnel qui s'offre une résonance toute particulière avec notre époque actuelle. Voici l'histoire d'une gamine qui n'abandonne aucun de ses rêves et aucune de ses croyances devant les hommes de sa famille et tous les autres qui voudraient la voir devenir une marchandise autour d'elle. Car ne nous y trompons pas, à l'époque, la femme n'est guère davantage qu'un objet ou une monnaie d'échange, un moyen de consolider son pouvoir ou de faire des enfants. Et si elle a la mauvaise idée d'être un peu hors de la norme, direction le couvent et le silence !
Sauf que Vassia refuse tout net cette convention-là. Enfant farouche et rebelle, amoureuse des contes et rêveuse en diable, la petite devient vite une jeune fille qui n'a guère besoin d'hommes pour s'affirmer. Mieux, elle impose sa volonté aux autres et va même jusqu'à forcer la main de Morozko lui-même. Dans L'Ours et le Rossignol, le statut se tord et se modifie, que le monde le veuille ou non, et la femme en ressort comme une héroïne qui n'a rien à envier aux guerriers et autres princes factices. Une belle façon de détourner quelque chose de fondamentalement traditionnel (le conte) pour en faire une allégorie féministe puissante et bourrée d'intelligence.
La collision des mondes
Et puis, au-delà de son versant féministe, L'Ours et le Rossignol parle de deux mondes qui s'affrontent.
D'un côté celui des contes et légendes Rus', de la tradition païenne avec ses créatures qu'il faut honorer et respecter. de l'autre celui du christianisme qui s'impose petit à petit avec ses icônes froides et sa peur insidieuse de l'après.
Katherine Arden oppose avec malice un univers où l'on honore et où l'on parle aux entités qui nous protège (la relation de Vassia avec les créatures) à celui d'un univers froid et sévère où l'on prit en silence et où l'on tremble devant le châtiment divin (Konstantin et son emprise terrifiante sur le peuple). Ici, le christianisme vient détruire un monde et faire vaciller un équilibre naturel, symbole d'une foi aveugle qui finit par devenir un véritable système d'oppression des esprits. Ce changement de paradigme renferme d'ailleurs une lourde part de mélancolie car le lecteur sait le monde fascinant de Vassia condamné aux affres des églises silencieuses et aux prêtres culpabilisateurs. le roman de Katherine Arden offre une fascinante passation de pouvoir qui, pourtant, s'avère bien plus difficile qu'il ne pourrait le sembler de prime abord. Les vieilles habitudes ont la peau dure et les légendes ne s'éteignent pas sans combattre à l'image de Vassia, cette héroïne indomptable qui savait la langue des chevaux.
Superbe plongée dans un folklore slave délicieux, L'Ours et le Rossignol n'est pas qu'un excellent premier roman, c'est également et surtout une magnifique réflexion sur le rapport à la foi et un hymne à la liberté. Embarquez sans tarder pour ce périple glacé qui vous mènera au coeur de la forêt Rus', dans un hiver dont vous vous souviendrez longtemps.
Lien : https://justaword.fr/lours-e..
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celindanae
  26 février 2019
L'Ours et le Rossignol est le premier roman de Katherine Arden ainsi que le premier tome d'une trilogie The Winternight Trilogy. Néanmoins, ce tome se suffit à lui-même et peut être lu sans trépigner pour attendre la suite. le second tome s'intitulant The Girl in the Tower est paru début janvier 2018 aux USA, tandis que le troisième The Winter of the Witch, vient de sortir au début de l'année. le roman se déroule en Russie et est inspiré par le folklore slave.
Ce roman a plusieurs atouts pour séduire, le premier d'entre eux étant son cadre qu'on ne rencontre pas souvent en imaginaire: celui de la Russie au XIV ème siècle. Une Russie glaciale et marquée par les contes donne un cadre et une ambiance particulière à ce roman. On perçoit très bien la dureté du climat, le froid omniprésent et les difficultés de la vie dans les régions isolées du Nord de la Russie, appelée la Rus' à l'époque du récit. le récit se déroule surtout dans un village du nord, Lesnaïa Zemlia mais nous fait aussi découvrir Moscou, la ville où vit le grand-prince, Ivan Ivanovitch. Piotr est le boyard de Lesnaïa Zemlia, il est veuf avec 5 enfants et désire se remarier des années après le décès de sa femme, Marina, qui était la demi-soeur d'Ivan Ivanovitch. Piotr va ainsi épouser la fille ainée d'Ivan, Anna Ivanovna qui désirait aller au couvent. le mariage commence sous de mauvais auspices, et cela s'amplifie après la rencontre avec Vassia, la plus jeune des filles de Piotr. En effet, Vassia n'est pas une jeune fille comme les autres, elle voit des choses que les autres ne voient pas, et semble avoir une relation privilégiée avec la nature.
Vassia est au centre du roman, on la suit depuis son enfance. Même si elle est jeune, c'est un personnage très intéressant et le roman n'a pas du tout de connotation young adult. le roman se situant au moyen-âge, les femmes se mariaient très jeune et l'âge n'avait pas vraiment les mêmes valeurs que maintenant. Vassia est une héroïne attachante, forte, libre, attachée aux croyances anciennes et à sa famille. Elle est différente des autres sur plusieurs points: son comportement, son apparence, sa capacité à voir les créatures invisibles. Elle fascine et fait peur à la fois. Ce n'est pas le seul personnage captivant du roman. Son père Piotr offre une figure paternelle noble et proche des siens. Aliocha, le frère le plus proche de Vassia, est courageux et protecteur pour sa jeune soeur. le personnage du prêtre Konstantin est intéressant pour montrer l'impact que peut avoir la religion sur les foules.
Un des aspects fondamentaux du roman est le lien avec le folklore slave. Les légendes russes permettent au récit de parler de nombreuses créatures fantastiques comme la roussalka qui doit avoir les cheveux sans cesse trempés pour vivre, ou encore le domovoï protégeant le foyer si on lui donne des offrandes. Toutes ces créatures prennent vie dans le décor majestueux de la forêt hivernale qui peut abriter des entités bien plus dangereuses comme le démon du gel et son frère maudit, Medved, le fameux ours du titre.
Toutes ses légendes sont très bien intégrées au récit et apportent un élément que j'ai trouvé vraiment passionnant dans le roman: la confrontation entre deux mondes, celui des croyances populaires et celui du christianisme. Chaque monde est représenté par un personnage: Vassia pour le respect des coutumes face au prêtre Konstantin déstabilisé par un monde inconnu. Dans les traditions païennes, il fallait honorer et respecter des créatures liées à la nature, être en harmonie avec elles et avec la nature qui environnait. Ces êtres n'étaient ni mauvais, ni forcément bons, mais apportaient protection contre offrandes. le christianisme a changé radicalement la vision de ces créatures en en faisant des démons malfaisants, et en imposant un monde fondé sur la peur, le châtiment. L'harmonie avec la nature et les coutumes est ainsi détruit pour mieux imposer de nouvelles croyances. La confrontation entre les deux mondes au travers de ses personnages est pour moi le point le plus intéressant du roman et il donne lieu à des scènes poignantes.
L'Ours et le Rossignol est donc un roman possédant de nombreuses qualités: des personnages travaillés, une atmosphère ensorcelante et des thématiques passionnantes. le folklore russe apporte un plus indéniable au récit, faisant découvrir des créatures fascinantes et amenant une terreur dans certains passages. La confrontation entre le monde des croyances populaires et celui de la religion est au centre de ce roman envoûtant et passionnant.
Lien : https://aupaysdescavetrolls...
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critiques presse (1)
Elbakin.net   18 janvier 2019
Le lecteur se retrouve vraiment plongé au cœur de ce petit village médiéval et nul doute que vous sentirez le froid vous saisir les extrémités en ouvrant votre exemplaire ou bien en allumant votre liseuse ! The Bear and the Nightingale représente sans aucun doute l’une des bonnes surprises de ce premier semestre 2017 pourtant comme toujours riches en sorties, des deux côté de l’Atlantique d’ailleurs
Lire la critique sur le site : Elbakin.net
Citations et extraits (8) Voir plus Ajouter une citation
JustAWordJustAWord   22 janvier 2019
Toute ma vie, on m’a dit “Viens” et “Va”. On me dit comment je dois vivre et on me dit comment je dois mourir. Je dois être la servante d’un homme et sa jument pour ses plaisirs, ou me cacher derrière des murs et abandonner ma chair à un dieu froid et silencieux. Je préférerais encore me jeter dans la gueule des enfers, si c’était de ma propre volonté. Je préfère mourir demain dans la forêt plutôt que vivre cent ans de la vie qui m’a été choisie.
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MahaultMotsMahaultMots   14 mars 2019
– (…) Il y a tout un monde prêt à recevoir un homme de Dieu et vous avez déjà bu l’eau de Tsargrad et vu le soleil sur la mer. Moi …

Il sentit la panique monter de nouveau en elle, alors il s’avança et lui prit le bras.

– Du calme. Ne sois pas bête ; tu te fais peur toute seule.

Elle rit encore. – Vous avez raison. Je suis idiote. Je suis née pour être en cage , après tout : maisonnée ou couvent, qu’y a-t-il d’autre ?
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YuyineYuyine   28 janvier 2019
Les paysages resplendissants de février avaient fait place à la morne grisaille de mars, et tous dans la maisonnée de Piotr Vladimirovitch avaient la goutte au nez et la maigreur de qui s’est sustenté six semaines de pain noir et de chou fermenté. Mais personne ne pensait aux engelures ou aux reniflements ni n’avait la nostalgie des bouillies et des viandes rôties, parce que Dounia allait raconter une histoire.
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ElamiaElamia   22 février 2019
Histoires ou pas, pourquoi devrions-nous chasser les esprits de la maison sur les seules paroles d'un vieux prêtre de Moscou ?
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MahaultMotsMahaultMots   14 mars 2019
Toute ma vie, on m’a dit “Viens” et “Va”. On me dit comment je dois vivre et on me dit comment je dois mourir. Je dois être la servante d’un homme et sa jument pour ses plaisirs, ou me cacher derrière des murs et abandonner ma chair à un dieu froid et silencieux. Je préférerais encore me jeter dans la gueule des enfers, si c’était de ma propre volonté. Je préfère mourir demain dans la forêt plutôt que vivre cent ans de la vie qui m’a été choisie.
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