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ISBN : 2207143937
Éditeur : Denoël (17/01/2019)

Note moyenne : 4.2/5 (sur 22 notes)
Résumé :
Au plus froid de l’hiver, Vassia adore par-dessus tout écouter, avec ses frères et sa sœur, les contes de Dounia, la vieille servante. Et plus particulièrement celui de Gel, ou Morozko, le démon aux yeux bleus, le roi de l’hiver. Mais, pour Vassia, ces histoires sont bien plus que cela. En effet, elle est la seule de la fratrie à voir les esprits protecteurs de la maison, à entendre l’appel insistant des sombres forces nichées au plus profond de la forêt. Ce qui n’e... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (12) Voir plus Ajouter une critique
Oliv
  01 mars 2019
Avant de lire "L'Ours et le Rossignol", j'étais partagé entre des sentiments contradictoires. D'une part, une certaine impatience à l'idée de découvrir un roman se déroulant dans un contexte russe médiéval (sachant que, si l'on s'en tient aux romans disponibles en langue française, les auteurs s'y étant aventurés doivent pouvoir se compter sur les doigts d'une main). D'autre part, mon instinct de lecteur aguerri avait fait se déclencher plusieurs alarmes : un premier roman d'une jeune auteure américaine, une héroïne adolescente au caractère rebelle, le premier tome d'une trilogie... Quelques critiques rassurantes de blogueurs en qui j'ai toute confiance ont eu raison de mes hésitations. En fin de compte, j'ai bien fait de me lancer dans l'aventure, et malgré mes réticences envers le format trilogie, je lirai certainement les prochains tomes lorsqu'ils seront parus.
D'une certaine manière, l'héroïne de "L'Ours et le Rossignol" est un personnage archétypal de conte russe : son prénom évoque à la fois la Princesse-Grenouille (Vassia est d'ailleurs comparée à une grenouille par ses frères et soeurs) et Vassilissa-la-très-belle qui, comme notre héroïne, est élevée par un père veuf et, lorsque celui-ci se remarie, se retrouve brimée par sa belle-mère. Katherine Arden a eu la bonne idée de donner à cette belle-mère un rôle un peu plus complexe que celui de simple méchante : comme Vassia, Anna a le don de voir les créatures surnaturelles qui demeurent invisibles au commun des mortels... sauf que, fervente chrétienne, elle rejette ces visions qu'elle assimile à des manifestations démoniaques, la faisant passer pour folle. Cette différence entre les deux femmes illustre l'ambivalence des esprits du paganisme russe qui, selon les circonstances, peuvent amener la paix et l'équilibre ou le chaos et la destruction. La roussalka et le liéchi, le vodianoï et le domovoï, Baba Yaga et Morozko... Tous apparaissent dans ces pages, en personne ou mentionnés au détour d'une histoire narrée devant le poêle. Ces figures traditionnelles des contes et du folklore russes sont tellement attendues qu'on se sentirait floué si elles étaient absentes ! En revanche, j'ai été plus surpris d'y rencontrer des personnages historiques : les grands-princes Ivan Ier et Ivan II de Moscou, saint Serge de Radonège, le futur Dimitri Donskoï... Autant d'éléments indiquant que nous sommes au milieu du 14ème siècle. À cette époque, la Russie était encore sous le joug mongol (les princes versaient un tribut au khan de la Horde d'Or) mais elle allait bientôt entamer le processus qui la mènerait à l'indépendance. Ce choix de placer l'intrigue dans un tel contexte m'a beaucoup plu, mais quitte à faire appel à de grands noms de l'histoire russe, j'aurais préféré que ceux-ci soient davantage exploités. Peut-être le seront-ils dans les tomes suivants ? J'imagine déjà une réécriture de la bataille de Koulikovo avec des créatures mythiques luttant aux côtés des Russes pour bouter les Tatars hors du pays !
Le roman a beau être vendu comme de la fantasy adulte, compte tenu de la jeunesse du personnage principal j'avais quelques appréhensions... Lesquelles n'avaient pas lieu d'être. La naïveté, la mièvrerie n'ont pas leur place dans cette Russie septentrionale, couverte de forêts impénétrables, où l'hiver semble ne jamais prendre fin et où les conditions de vie sont particulièrement rudes. Certes Vassia est rétive aux conventions, indépendante, en décalage avec les hommes et les autres femmes de son entourage, mais elle n'est pas l'une de ces trop nombreuses héroïnes de romans historiques affublées d'une mentalité d'Occidentale actuelle. En tant que petite-fille d'une femme-cygne et arrière-petite-fille du roi des mers, elle est liée au monde surnaturel, aux esprits de la forêt... On évite ainsi un anachronique discours féministe : si Vassia refuse de se voir imposer un mari, ce n'est pas tant parce que de telles pratiques sont injustes, mais parce qu'elle perdrait ainsi sa liberté d'aller et venir seule dans la nature, et qu'elle serait séparée de ces esprits qu'elle comprend mieux que quiconque. J'avoue néanmoins avoir frémi d'horreur en voyant Konstantin, le jeune et beau prêtre récemment arrivé au village, développer une attirance contrariée pour Vassia... Fort heureusement, la romance nous sera épargnée. Ouf !
Il n'y a pas grand-chose à dire sur le style d'écriture de Katherine Arden : ça manque peut-être un peu de personnalité, mais c'est tout à fait satisfaisant, d'autant plus qu'il s'agit d'un premier roman. D'ailleurs les quelques maladresses sur lesquelles j'ai buté m'ont paru relever de la traduction. Connaissant bien le sujet de la Russie médiévale, j'étais à l'affût d'éventuelles erreurs, approximations ou anachronismes, qui sont finalement rares[*]. On ne peut pas dire que j'ai dévoré ce roman, je l'ai lu assez lentement, petits bouts par petits bouts, mais j'étais à chaque fois impatient de reprendre ma lecture pour replonger dans l'ambiance si particulière de Lesnaïa Zemlia, ce petit village russe perdu dans la forêt. En fait, "L'Ours et le Rossignol" vaut plus pour son atmosphère que pour son intrigue. Pendant la majeure partie du récit (grosso modo, les deux premières parties sur les trois qu'il comporte), on suit l'évolution des différents personnages, Vassia en premier lieu, sans trop savoir où l'auteure compte nous amener. Tout s'éclaircit dans les derniers chapitres, qui laissent davantage de place à l'action, la menace latente est enfin identifiée et on frôle à cette occasion l'un des pires clichés de la fantasy : le réveil d'une force maléfique pluriséculaire... une affaire qui a le bon goût d'être promptement réglée. Comme il s'agit d'une trilogie, j'espère qu'on continuera sur cette lancée et qu'on ne tombera pas dans la facilité de la quête héroïque pour sauver le monde, menée par une jeune fille dotée de pouvoirs extraordinaires... Katherine Arden a su éviter cet écueil dans ce premier tome, je lui fais donc confiance pour la suite !
[*]
Marina est la fille d'Ivan Kalita, et Anna est la fille d'un des fils d'Ivan Kalita, pourtant il est dit que les deux femmes ont le même grand-père. La Horde mongole a accumulé des richesses au cours de trois siècles de pillages, alors qu'elle n'a pénétré en Russie qu'un siècle plus tôt. Il y a des moines à Kiev depuis cinq siècles, alors qu'en réalité le christianisme n'y a remplacé le paganisme que depuis trois siècles et demi. L'un des personnages est comparé à un ours de Sibérie, sauf que la Sibérie n'existe pas encore : les Russes n'exploreront et ne conquerront les régions au-delà de l'Oural que deux siècles plus tard.
Enfin, le travail d'Aurélien Police est toujours de qualité et cette couverture est esthétiquement très réussie, mais ça m'embête d'y reconnaître la cathédrale Saint-Basile alors que celle-ci sera bâtie au 16ème siècle et qu'elle ne prendra son aspect actuel que bien plus tard... C'est un peu comme si on illustrait un roman sur la guerre de Cent Ans avec la silhouette du château de Chambord. Mais comme c'est russe, ça va, personne n'y verra rien !
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JustAWord
  22 janvier 2019
Malgré la richesse de son folklore, la culture russe a bien du mal à trouver son chemin sur les étals des librairies françaises. Si l'on omet le succès d'un certain Dmitry Glukhovsky avec sa série Metro (largement popularisée grâce aux excellents jeux-vidéo qui en ont été tirés), l'amateur d'écrivains russes dans l'imaginaire n'a guère d'oeuvres récentes à se mettre sous la dent ces derniers temps. En attendant que certains éditeurs écoutent enfin les conseils en la matière de Patrice Lajoye (traducteur émérite s'il en est) et avant la parution en fin d'année de Vita Nostra de Marina Dyachenko chez L'Atalante, Pascal Godbillon et la collection Lunes D'encre ont décidé de couper la poire en deux en traduisant L'Ours et le Rossignol de l'américaine Katherine Arden.
L'écrivaine texane, qui a notamment étudiée en France et en Russie avant de retourner aux États-unis, décide ici d'explorer les contes et légendes de la Russie médiévale (ou Rus') pour livrer une fantasy dépaysante et glacée à travers les yeux d'une jeune héroïne farouche : Vassia.
La magie Rus'
Difficile de restituer le charme exquis de L'Ours et le Rossignol sans évoquer son cadre. Katherine Arden nous entraîne dans la Russie médiévale et nous balade entre un village du nord, Lesnaïa Zemlia, et la grande Moscou de l'époque. Nous sommes au XIVème siècle et la Russie ne porte pas encore son nom actuel mais celui de Rus', où s'affrontait des princes rivaux (ou knèzes) bien avant l'avènement du premier grand-prince Ivan le Terrible deux cents ans plus tard. Dans L'Ours et le Rossignol, le grand-prince de Moscovie, Ivan Ivanovitch, règne de façon précaire sur Moscou. Pour asseoir son pouvoir, il décide d'unir son fils Vladimir Andreïevitch à l'aînée de la famille Vladimirovitch dont le patriarche, Piotr, boyard de Lesnaïa Zemlia, vient d'arriver en ville en quête d'une nouvelle épouse après le décès de la demi-soeur d'Ivan, la belle et sauvage Marina. Pour faire d'une pierre deux coups, Ivan demande également à Piotr d'épouser sa fille Anna Ivanovna réputée folle et qui passe sa vie à l'Église. Ce que Piotr et Ivan ignorent, c'est qu'Anna voit des démons autour d'elles qui semblent l'épier constamment. Celle-ci s'aperçoit rapidement une fois dans le Nord que Vassia, la plus jeune des filles de Piotr, semble elle aussi voir ces mêmes démons. Vassia n'est cependant pas une fille comme les autres et renferme un pouvoir singulier qui en font un enjeu majeur entre deux puissantes entités surnaturelles : Morozko, démon du gel et seigneur de la Mort, et son frère maudit, L'Ours borgne Medved.
Malgré l'apparente complexité de cette hiérarchie (encore vous a-t-on évité d'expliquer les rapports entretenus entre grand-princes et Tatars ou la nature du Tsar de l'époque), L'Ours et le Rossignol s'avère un roman remarquablement passionnant et accessible. La faute à la forme adoptée, celle d'une chronique familiale et d'un conte populaire. En effet, l'histoire s'ouvre en réalité sur l'une des aventures légendaires du peuple Rus' racontée par Dounia, la vieille nourrice-mère de Vassia. Dès lors, le charme opère.
Katherine Arden multiplie les créatures fantastiques avec une habilité rare : la roussalka aux cheveux perpétuellement trempées, le domovoï protégeant le foyer, le vazila qui garde cheveux et étables, le vodianoï tapi dans les rivières… Toute ces légendes prennent vie et s'inclut à merveille dans la trama narrative de L'Ours et le Rossignol. de façon plus terre à terre, c'est aussi l'environnement immédiat de Piotr et Vassia qui charme le lecteur. La forêt russe et son hiver terrible, la chaleur au coin du poêle, les coutumes de l'époque et les croyances populaires… Tout cela donne un cachet unique à cette aventure pourtant un peu banale de prime abord.
Une histoire de femmes et de sorcières
L'Ours et le Rossignol, lorsqu'on s'y intéresse de façon superficiel, ne dévie pas beaucoup d'un récit traditionnel. La jeune héroïne mis au ban de son village car un peu bizarre va finir par s'imposer comme sauveuse des siens tout en révélant un pouvoir capable de renverser le grand méchant de l'histoire. Tout cela aurait pu, en effet, être bien ennuyeux sans les multiples sous-textes politiques, féministes et théologiques du roman. Car dès que l'on s'approche de plus près, le roman de Katherine Arden renferme des trésors d'intelligence, à commencer par sa vision féministe du contre traditionnel qui s'offre une résonance toute particulière avec notre époque actuelle. Voici l'histoire d'une gamine qui n'abandonne aucun de ses rêves et aucune de ses croyances devant les hommes de sa famille et tous les autres qui voudraient la voir devenir une marchandise autour d'elle. Car ne nous y trompons pas, à l'époque, la femme n'est guère davantage qu'un objet ou une monnaie d'échange, un moyen de consolider son pouvoir ou de faire des enfants. Et si elle a la mauvaise idée d'être un peu hors de la norme, direction le couvent et le silence !
Sauf que Vassia refuse tout net cette convention-là. Enfant farouche et rebelle, amoureuse des contes et rêveuse en diable, la petite devient vite une jeune fille qui n'a guère besoin d'hommes pour s'affirmer. Mieux, elle impose sa volonté aux autres et va même jusqu'à forcer la main de Morozko lui-même. Dans L'Ours et le Rossignol, le statut se tord et se modifie, que le monde le veuille ou non, et la femme en ressort comme une héroïne qui n'a rien à envier aux guerriers et autres princes factices. Une belle façon de détourner quelque chose de fondamentalement traditionnel (le conte) pour en faire une allégorie féministe puissante et bourrée d'intelligence.
La collision des mondes
Et puis, au-delà de son versant féministe, L'Ours et le Rossignol parle de deux mondes qui s'affrontent.
D'un côté celui des contes et légendes Rus', de la tradition païenne avec ses créatures qu'il faut honorer et respecter. de l'autre celui du christianisme qui s'impose petit à petit avec ses icônes froides et sa peur insidieuse de l'après.
Katherine Arden oppose avec malice un univers où l'on honore et où l'on parle aux entités qui nous protège (la relation de Vassia avec les créatures) à celui d'un univers froid et sévère où l'on prit en silence et où l'on tremble devant le châtiment divin (Konstantin et son emprise terrifiante sur le peuple). Ici, le christianisme vient détruire un monde et faire vaciller un équilibre naturel, symbole d'une foi aveugle qui finit par devenir un véritable système d'oppression des esprits. Ce changement de paradigme renferme d'ailleurs une lourde part de mélancolie car le lecteur sait le monde fascinant de Vassia condamné aux affres des églises silencieuses et aux prêtres culpabilisateurs. le roman de Katherine Arden offre une fascinante passation de pouvoir qui, pourtant, s'avère bien plus difficile qu'il ne pourrait le sembler de prime abord. Les vieilles habitudes ont la peau dure et les légendes ne s'éteignent pas sans combattre à l'image de Vassia, cette héroïne indomptable qui savait la langue des chevaux.
Superbe plongée dans un folklore slave délicieux, L'Ours et le Rossignol n'est pas qu'un excellent premier roman, c'est également et surtout une magnifique réflexion sur le rapport à la foi et un hymne à la liberté. Embarquez sans tarder pour ce périple glacé qui vous mènera au coeur de la forêt Rus', dans un hiver dont vous vous souviendrez longtemps.
Lien : https://justaword.fr/lours-e..
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celindanae
  26 février 2019
L'Ours et le Rossignol est le premier roman de Katherine Arden ainsi que le premier tome d'une trilogie The Winternight Trilogy. Néanmoins, ce tome se suffit à lui-même et peut être lu sans trépigner pour attendre la suite. le second tome s'intitulant The Girl in the Tower est paru début janvier 2018 aux USA, tandis que le troisième The Winter of the Witch, vient de sortir au début de l'année. le roman se déroule en Russie et est inspiré par le folklore slave.
Ce roman a plusieurs atouts pour séduire, le premier d'entre eux étant son cadre qu'on ne rencontre pas souvent en imaginaire: celui de la Russie au XIV ème siècle. Une Russie glaciale et marquée par les contes donne un cadre et une ambiance particulière à ce roman. On perçoit très bien la dureté du climat, le froid omniprésent et les difficultés de la vie dans les régions isolées du Nord de la Russie, appelée la Rus' à l'époque du récit. le récit se déroule surtout dans un village du nord, Lesnaïa Zemlia mais nous fait aussi découvrir Moscou, la ville où vit le grand-prince, Ivan Ivanovitch. Piotr est le boyard de Lesnaïa Zemlia, il est veuf avec 5 enfants et désire se remarier des années après le décès de sa femme, Marina, qui était la demi-soeur d'Ivan Ivanovitch. Piotr va ainsi épouser la fille ainée d'Ivan, Anna Ivanovna qui désirait aller au couvent. le mariage commence sous de mauvais auspices, et cela s'amplifie après la rencontre avec Vassia, la plus jeune des filles de Piotr. En effet, Vassia n'est pas une jeune fille comme les autres, elle voit des choses que les autres ne voient pas, et semble avoir une relation privilégiée avec la nature.
Vassia est au centre du roman, on la suit depuis son enfance. Même si elle est jeune, c'est un personnage très intéressant et le roman n'a pas du tout de connotation young adult. le roman se situant au moyen-âge, les femmes se mariaient très jeune et l'âge n'avait pas vraiment les mêmes valeurs que maintenant. Vassia est une héroïne attachante, forte, libre, attachée aux croyances anciennes et à sa famille. Elle est différente des autres sur plusieurs points: son comportement, son apparence, sa capacité à voir les créatures invisibles. Elle fascine et fait peur à la fois. Ce n'est pas le seul personnage captivant du roman. Son père Piotr offre une figure paternelle noble et proche des siens. Aliocha, le frère le plus proche de Vassia, est courageux et protecteur pour sa jeune soeur. le personnage du prêtre Konstantin est intéressant pour montrer l'impact que peut avoir la religion sur les foules.
Un des aspects fondamentaux du roman est le lien avec le folklore slave. Les légendes russes permettent au récit de parler de nombreuses créatures fantastiques comme la roussalka qui doit avoir les cheveux sans cesse trempés pour vivre, ou encore le domovoï protégeant le foyer si on lui donne des offrandes. Toutes ces créatures prennent vie dans le décor majestueux de la forêt hivernale qui peut abriter des entités bien plus dangereuses comme le démon du gel et son frère maudit, Medved, le fameux ours du titre.
Toutes ses légendes sont très bien intégrées au récit et apportent un élément que j'ai trouvé vraiment passionnant dans le roman: la confrontation entre deux mondes, celui des croyances populaires et celui du christianisme. Chaque monde est représenté par un personnage: Vassia pour le respect des coutumes face au prêtre Konstantin déstabilisé par un monde inconnu. Dans les traditions païennes, il fallait honorer et respecter des créatures liées à la nature, être en harmonie avec elles et avec la nature qui environnait. Ces êtres n'étaient ni mauvais, ni forcément bons, mais apportaient protection contre offrandes. le christianisme a changé radicalement la vision de ces créatures en en faisant des démons malfaisants, et en imposant un monde fondé sur la peur, le châtiment. L'harmonie avec la nature et les coutumes est ainsi détruit pour mieux imposer de nouvelles croyances. La confrontation entre les deux mondes au travers de ses personnages est pour moi le point le plus intéressant du roman et il donne lieu à des scènes poignantes.
L'Ours et le Rossignol est donc un roman possédant de nombreuses qualités: des personnages travaillés, une atmosphère ensorcelante et des thématiques passionnantes. le folklore russe apporte un plus indéniable au récit, faisant découvrir des créatures fascinantes et amenant une terreur dans certains passages. La confrontation entre le monde des croyances populaires et celui de la religion est au centre de ce roman envoûtant et passionnant.
Lien : https://aupaysdescavetrolls...
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Elamia
  11 mars 2019
Katherine Arden nous livre un premier roman inspiré, poétique et onirique.
Ayant elle-même vécut en Russie, elle est influencée par les légendes du pays et bâtit à ce titre, un univers sombre, et glacial, où les esprits des lieux tiennent une place prépondérante.
Depuis quelques années, le folklore slave revient sur le devant de la scène grâce notamment à la franchise The Witcher (jeux-vidéo et livres confondus). Il est plaisant de le voir exploiter ici, dans une forme poétique aux limites parfois, de l'horrifique. Liéchi, Roussalka, Domovoï, Oupyr, Bannik, Vazila, Vodianoï se succèdent entre ces pages pour nous faire rêver, sourire et le plus souvent, frissonner.
Cette histoire nous happe dans une Russie sans âge (difficile d'estimer, mais au vu des évènements fictifs, on se situe certainement entre le XIIIème et le XVème siècle). La christianisation des peuples slaves a commencé, mais les croyances ancestrales persistent dans les lointaines contrées où nul n'ose s'aventurer. C'est le cas à Lesnaïa Zemlia village de Piotr.
La fille de Piotr, Vassia, est venue au monde dans d'étranges circonstances et ses dons lui permettent non seulement de voir les esprits des lieux, mais également de communiquer avec eux. Grâce à ses dons, elle oeuvre en secret pour maintenir l'harmonie au village. Elle n'hésite pas à partager sa maigre pitance pour en faire des offrandes ou des libations en faveur des esprits magiques.
Jusqu'au jour où par le malheur du sort, la religion orthodoxe fait brutalement irruption dans la communauté. Tout se gâte pour Vassia, qui est dangereusement considérée comme une sorcière maléfique. Les esprits du folklore sont menacées. Investie d'une mission, Vassia entreprend un voyage vers des mondes insoupçonnés...
Par son atmosphère féériquement glaciale, ce roman rappelle La sève et le Givre de Léa Silhol. Mais, c'est avant tout dans la tradition des contes qu'il puise ses codes et ses influences. Un conte n'est pas que paillettes et joie, c'est aussi bien souvent le théâtre de drames, un témoignage où les rudesses de la vie réelle, prennent des tournures fantastiques. Et ce récit qui prend des airs de chasse aux sorcières en est un bel exemple.
J'ai adoré.
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LightandSmell
  20 février 2019
Ce roman nous plonge, dès les premières pages, dans la Russie, celle des contes qui vit au rythme de ses mythes, de ses légendes et de son folklore. Il en résulte un dépaysement total et glacial qui, un peu à l'image de Morozko le Roi de l'Hiver, se veut, tour à tour, cajoleur et menaçant. Katherine Arden nous invite donc à découvrir tout un folklore passionnant peuplé de créatures magiques qui peuvent se montrer aussi bienveillantes que sournoises et dangereuses. La plupart d'entre elles m'étant inconnues, j'ai pris un immense plaisir à les découvrir. Certaines, à l'instar de la Roussalka, une créature des eaux, m'ont d'ailleurs fascinée quand d'autres comme le Domovoï, protecteur des foyers, m'ont attendrie un peu comme a su le faire Dobby dans Harry Potter.
Mais ce que j'ai certainement le plus apprécié, c'est la relation particulière que noue Vassia, notre jeune héroïne, avec ces êtres de contes et de légendes qu'elle est capable de voir. Consciente de leur importance pour la sûreté de son village, elle veillera ainsi à entretenir de bonnes relations avec ceux-ci, malgré une belle-mère austère et dure qui ne tolère pas vraiment cette incursion dans le fantastique. Il faut dire que capable également de voir au-delà du visible, cette femme considère plus cette capacité comme l'expression du diable que comme une bénédiction.
L'Ours et le Rossignol nous offre un très bel univers magique qui derrière sa beauté n'en cache pas moins danger, peur et envie. Et des dangers, Vassia va devoir en affronter qu'ils soient d'ordre naturel ou surnaturel. Il y a d'abord le problème de cet asservissement qui la guette comme il guette chaque femme : dans cette Russie moyenâgeuse, les devoirs des femmes sont nombreux, les libertés quasi absentes. Il est ainsi demandé à Vassia, une fois en âge de se marier et de procréer, de choisir entre prendre époux ou entrer dans les ordres quand bien même elle aspirerait à tout autre chose. Un sort révoltant qu'elle refusera coûte que coûte, la jeune femme étant, dès ses premières années, éprise de liberté.
À travers cette héroïne aussi fougueuse que les chevaux qu'elle aime tant, difficile de ne pas voir une ode à la liberté et à l'émancipation des femmes. Contre l'avis de son père, contre l'influence grandissante d'un prêtre et de la foi chrétienne, contre les conventions et contre toutes ces personnes qui veulent décider pour elle de sa vie, Vassia va s'élever et se donner les moyens de faire entendre sa voix. Vous aurez donc compris que j'ai adoré cette enfant que l'on voit grandir et prendre en main son destin malgré les obstacles qui ne manqueront pas de se dresser sur son chemin.
Ce refus constant et inflexible de se plier aux normes est courageux si l'on considère cette société patriarcale qui transforme une femme indépendante en sorcière. Mais il force carrément le respect quand l'on sait à quels dangers surnaturels s'expose Vassia pour protéger les siens et son village des démons et d'une force obscure qui se rapproche et gagne en force. Je n'en dirai pas plus sur ce point si ce n'est que le principal antagonisme du récit est aussi insaisissable que glaçant. La jeune femme affrontera moult épreuves avec toujours beaucoup de courage et, reconnaissons-le, parfois une certaine impétuosité qui frôle l'inconscience ! L'autrice a donc su créer un personnage entier qui se fond parfaitement dans ce récit baigné d'ombres et de mystères. À contexte exceptionnel, femme exceptionnelle !
Vassia est un personnage qui fascine et qui attire par sa force de caractère, et qui touche par son côté profondément humain. Elle est forte et intrépide, mais elle a également besoin du soutien et de l'amour de ses proches. J'ai ainsi beaucoup aimé sa relation complexe avec son père. Juste, mais dur, autant avec ses enfants que les membres de son village, celui-ci va tout faire pour protéger sa fille allant jusqu'à essayer de l'enfermer dans une prison, dorée certes, mais une prison quand même. Ce qui est intéressant avec ce personnage, c'est que l'on constate que s'il tend comme les autres à vouloir enfermer sa fille dans un rôle qui ne lui convient pas, il le fait plus par volonté d'assurer sa sécurité que par conviction sur sa supposée infériorité. Il oscille donc entre fierté devant ce que Vassia sait faire, et volonté de la remettre sur « le droit chemin ». Bien sûr, certains de ses propos sexistes ( il reste un homme formaté par son contexte culturel et historique) et sa manière de ne pas voir à quel point sa nouvelle femme déteste sa fille m'ont hérissé le poil, mais c'est un personnage tout en nuances qui évite le cliché du père abusif. Quant à Aliocha, un des frères de Vassia, j'ai adoré le soutien inconditionnel qu'il lui porte. Sans la juger, mais toujours en l'épaulant de son mieux, ce sera un véritable allié pour cette dernière. La complicité frère/soeur m'a donc beaucoup touchée et apporte une certaine douceur à un récit qui, sans baigner dans le sang, comporte néanmoins sa part de noirceur.
Dans ce roman, il est question de quête de soi et d'identité, de famille, de mythes et légendes, mais aussi de religion, et de la manière dont la progression d'une religion monothéiste comme le christianisme a pu modifier profondément la société. le village de Vassia vivait fastueusement et joyeusement en mêlant croyances chrétiennes et rites anciens sans que cela ne pose le moindre problème. La croyance relativement récente en un dieu unique n'empêchait donc pas, par exemple, de laisser des offrandes aux esprits de la maison pour s'assurer de leur bienveillance et de leur protection. Mais la situation va progressivement changer à l'arrivée d'un prêtre animé par une soif de pouvoir immense et une foi tournant à l'extrémisme. Persuadé de devoir sauver ses ouailles de la perdition, et plus particulièrement Vassia pour laquelle il développera une relation de haine/attirance, il finira par instaurer le règne de la peur, de la colère, de la suspicion et de la violence. Grâce à ce personnage complexe qui semble bien souvent en proie à ses propres démons et à cette fierté qui obscurcit son jugement, l'autrice nous offre non pas une critique de la religion en tant que telle, mais une dénonciation subtile et éclairée de cette foi extrême qui divise et terrifie au lieu d'apaiser et réunir…
Le livre se lit très facilement, la plume de l'autrice naviguant entre rudesse de l'hiver, beauté du froid et lyrisme d'un poème. le style est donc très agréable à lire tout en demeurant très accessible. Je pense néanmoins que les lecteurs en recherche d'une histoire menée tambour battant avec des batailles épiques pourraient être déçus. Nous sommes clairement plus ici dans un conte dont le charme réside autant dans les différents événements que dans le plaisir pris à se plonger corps et âme dans cet univers de glace et de mystère dont la beauté n'a d'égale que sa dangerosité.
En conclusion, L'Ours et le Rossignol est un magnifique conte teinté de magie qui nous plonge avec délectation dans le folklore russe et ses démons plus ou moins sympathiques. Sous fond de magie, de quête de soi et de liberté, Katherine Arden nous propose une jolie épopée, celle d'une enfant exceptionnelle qui grandit et évolue, se bat pour les siens et ses idéaux, mais aussi pour ce qu'on a toujours refusé aux femmes, la liberté et le droit de choisir sa vie !
Lien : https://lightandsmell.wordpr..
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critiques presse (1)
Elbakin.net   18 janvier 2019
Le lecteur se retrouve vraiment plongé au cœur de ce petit village médiéval et nul doute que vous sentirez le froid vous saisir les extrémités en ouvrant votre exemplaire ou bien en allumant votre liseuse ! The Bear and the Nightingale représente sans aucun doute l’une des bonnes surprises de ce premier semestre 2017 pourtant comme toujours riches en sorties, des deux côté de l’Atlantique d’ailleurs
Lire la critique sur le site : Elbakin.net
Citations et extraits (8) Voir plus Ajouter une citation
MahaultMotsMahaultMots   14 mars 2019
– (…) Il y a tout un monde prêt à recevoir un homme de Dieu et vous avez déjà bu l’eau de Tsargrad et vu le soleil sur la mer. Moi …

Il sentit la panique monter de nouveau en elle, alors il s’avança et lui prit le bras.

– Du calme. Ne sois pas bête ; tu te fais peur toute seule.

Elle rit encore. – Vous avez raison. Je suis idiote. Je suis née pour être en cage , après tout : maisonnée ou couvent, qu’y a-t-il d’autre ?
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MahaultMotsMahaultMots   14 mars 2019
Toute ma vie, on m’a dit “Viens” et “Va”. On me dit comment je dois vivre et on me dit comment je dois mourir. Je dois être la servante d’un homme et sa jument pour ses plaisirs, ou me cacher derrière des murs et abandonner ma chair à un dieu froid et silencieux. Je préférerais encore me jeter dans la gueule des enfers, si c’était de ma propre volonté. Je préfère mourir demain dans la forêt plutôt que vivre cent ans de la vie qui m’a été choisie.
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JustAWordJustAWord   22 janvier 2019
Toute ma vie, on m’a dit “Viens” et “Va”. On me dit comment je dois vivre et on me dit comment je dois mourir. Je dois être la servante d’un homme et sa jument pour ses plaisirs, ou me cacher derrière des murs et abandonner ma chair à un dieu froid et silencieux. Je préférerais encore me jeter dans la gueule des enfers, si c’était de ma propre volonté. Je préfère mourir demain dans la forêt plutôt que vivre cent ans de la vie qui m’a été choisie.
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YuyineYuyine   28 janvier 2019
Les paysages resplendissants de février avaient fait place à la morne grisaille de mars, et tous dans la maisonnée de Piotr Vladimirovitch avaient la goutte au nez et la maigreur de qui s’est sustenté six semaines de pain noir et de chou fermenté. Mais personne ne pensait aux engelures ou aux reniflements ni n’avait la nostalgie des bouillies et des viandes rôties, parce que Dounia allait raconter une histoire.
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ElamiaElamia   22 février 2019
Histoires ou pas, pourquoi devrions-nous chasser les esprits de la maison sur les seules paroles d'un vieux prêtre de Moscou ?
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