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Stéphane Arguillère (Traducteur)
EAN : 9782204111874
497 pages
Le Cerf (01/10/2016)
4.75/5   2 notes
Résumé :
L’hiver 1366-1367, un visionnaire, Rigdzin Gödem, exhume une abondante collection de textes présumés cachés depuis le VIIIe siècle, époque de la première diffusion du bouddhisme au Tibet. Le plus profond d’entre eux, le dGongs pa zang thal, » La transparution immédiate de l’esprit « , est un vaste ensemble d’instructions du Dzogchen, la » Grande Complétude « . Mais il faudra attendre le début du siècle dernier pour que Tülku Tsullo, ou Tsültrim Zangpo, l’ordonne e... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
Olep
  29 janvier 2020
— “Ceci n'est pas un livre”, mais un « manuel de pratique spirituelle » (ou : praxis)
En premier lieu je vais rendre un hommage “appuyé” à Chimé Rigdzin pour la clairvoyance qu'il a eu d'offrir la possibilité(1) à certaines personnes de nos contrées d'Occident et de nos jours (exclues par ailleurs par des moyens indignes[2]) de pénétrer au plus prés de ce dont il est question dans cet ouvrage, une méthodologie précise de pratique spirituelle dans la voie du vajrayana ancien.
En second lieu une grande reconnaissance pour le travail de traduction ciselé de Stéphane Arguillère qui a fait oeuvre d'orfèvre en la matière tant l'on sent le souci extrême de rendre au plus près et au plus juste l'héritage de Rigdzin Gödem et Tsultrim Zangpo (ou Tulku Tsullo) au lecteur averti.
Une grande gratitude donc à ces personnes !
Cet ouvrage donc, est constitué de deux parties principales :
— l'une traitant de la préparation à la mise en oeuvre de la “praxis” et des conditions diverses qui sont requises, ainsi qu'un développement des « Quatre pensées » plus connues sous le vocable des « Quatre nobles vérités »[3] dans le bouddhisme, enseignement fondateur issu du premier sermon (Dhammacakkappavattana sutta), appelé "la mise en mouvement de la roue du dharma", qu'a donné Bouddha Gautama à Sârnâth après son “éveil”.
— l'autre traite de l'aspect proprement méthodologique et de sa mise en oeuvre et de ses applications et implications.
En outre, Stéphane Arguillère nous livre dans son « Introduction » des réflexions d'une parfaite lucidité quant à la situation aujourd'hui de ces “transmissions” et leurs difficultés présentes, à ne pas sous estimer !
Il est évident que tout cela apparaîtra assez abscons pour toute personne n'ayant pas eu un rapport authentique avec un “Vajracharya” ("porteur de vajra") authentique et héritier régulier d'une Lignée identifiable et reconnue.
Par contre, pour celles et ceux qui ont eut l'opportunité de telles rencontres, ce “manuel” est un vrai “trésor” d'où le terme tibétain « Terma », mot tibétain désignant un « Trésor spirituel ».
Ainsi nombre d'idées erronées distillées de diverses manières et endroits, en Occident du moins, sont ici « pourfendues ! », selon le Tantra qui pulvérise les discours :
— « Or, comme me l'a dit une fois “C. R. Lama”, assez peu de temps avant sa mort : « de nos jours, les instructions du maître au disciple demeurent secrètes, mais il n'y aurait aucun sens à vouloir garder les textes secrets. »
p. 26
ou encore :
Ce qui est frappant, pour nous, a contrario, c'est l'accent qui est porté sur la nécessité absolue d'enseigner quiconque présenterait les caractéristiques voulues*. Même si elle n'est pas absolument originale, cette ferme recommandation — où l'on voit, du reste, que le manuel est autant ou plus fait pour les maîtres qu'il ne l'est pour les disciples — n'en est pas moins instructive : elle est parfaitement contradictoire avec la tendance qu'ont certains dépositaires d'enseignements de ce type à les regarder comme leur bien propre, éventuellement monnayable, mais surtout le plus souvent réservé, dans l'école rNying ma telle qu'elle va aujourd'hui, à un cercle assez étroit de privilégiés statutaires, entre lesquels existent le plus souvent des liens de famille. Il est heureux que Chhimed Rigdzin ait eu une tout autre tournure d'esprit :
p. 43
et encore … :
« Puisqu'il est difficile, pour un maître, de rencontrer un tel récipiendaire adéquat de ces enseignements, quand il le rencontrera, avec foi et respect* envers le profond Dharma et le disciple à qui il va être enseigné, qu'avec joie il lui confère la transmission scripturaire avec les profondes instructions. »
-----
* Si cette idée d'une « foi et respect » du maître à l'égard de son disciple n'est pas un hapax (sPrul sku Tshul lo ne serait pas du genre à inventer une chose aussi étonnante, qu'il a donc bien dû trouver quelque part), du moins est-elle rarissime dans la littérature religieuse tibétaine : je ne l'ai jamais vue ailleurs.
p. 443
Nous nous rendons bien compte que nous sommes là en présence de quelque chose de tout à fait exceptionnel dans son contenu ! Et il ne me semble pas devoir aller plus avant dans cette présentation qui s'adresse à “un public averti” tout de même.
http://www.arguillere.org/2017/06/suite-de-mes-souvenirs-relatifs-a-chhimed-rigdzin-rinpoche-n-4-quelques-reflexions-sur-la-folle-sagesse.html
— — —
(1) Nous avons pour notre part “oeuvré” en son temps (certes sans aucune commune mesure avec ce qui est proposé ici, et en toute modestie, malgré des difficultés invraisemblables !) dans le même ordre d'idée et état d'esprit de partage ouvert :
http://camisard.hautetfort.com/archive/2015/10/18/30eme-anniversaire-des-transmissions-orales-du-%C2%A0rosaire-d-or-du-tcha-dja-tc.html
(Un travail similaire sera présenté sur ce site d'ici l'été 2020 - le 30ème anniversaire des Transmissions orales - 1990 « le coeur de la voie bouddhiste » en présence et sous l'autorité de Khyabjé Dilgo Khyentsé)
[2]
http://camisard.hautetfort.com/archive/2007/12/21/tchadja-tchenpo-dhagpo-k-l.html
[3] les "quatre pensées qui détournent l'esprit du saṃsāra" (une traduction plus juste serait: "les quatre conversions") n'ont qu'un rapport indirect avec les "quatre nobles vérités". Les "quatre nobles vérités" sont le cadre général de toute la voie bouddhique (au moins dans sa version “Petit Véhicule”) tandis que les "quatre conversions" ne sont qu'un dispositif (de méditation analytique) visant à produire le renoncement au saṃsāra.
(note corrective de Stéphane Arguillère pour dissiper une confusion ; en date du 10 VIII 2019 à une amie proche, sur Facebook)
Merci "Levradeur"
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Ledraveur
  07 juillet 2019
— “Ceci n'est pas un livre”, mais un « manuel de pratique spirituelle » (ou : praxis)
En premier lieu je vais rendre un hommage “appuyé” à Chimé Rigdzin pour la clairvoyance qu'il a eu d'offrir la possibilité(1) à certaines personnes de nos contrées d'Occident et de nos jours (exclues par ailleurs par des moyens indignes[2]) de pénétrer au plus prés de ce dont il est question dans cet ouvrage, une méthodologie précise de pratique spirituelle dans la voie du vajrayana ancien.
En second lieu une grande reconnaissance pour le travail de traduction ciselé de Stéphane Arguillère qui a fait oeuvre d'orfèvre en la matière tant l'on sent le souci extrême de rendre au plus près et au plus juste l'héritage de Rigdzin Gödem et Tsultrim Zangpo (ou Tulku Tsullo) au lecteur averti.
Une grande gratitude donc à ces personnes !
Cet ouvrage donc, est constitué de deux parties principales :
— l'une traitant de la préparation à la mise en oeuvre de la “praxis” et des conditions diverses qui sont requises, ainsi qu'un développement des « Quatre pensées » plus connues sous le vocable des « Quatre nobles vérités »[3] dans le bouddhisme, enseignement fondateur issu du premier sermon (Dhammacakkappavattana sutta), appelé "la mise en mouvement de la roue du dharma", qu'a donné Bouddha Gautama à Sârnâth après son “éveil”.
— l'autre traite de l'aspect proprement méthodologique et de sa mise en oeuvre et de ses applications et implications.
En outre, Stéphane Arguillère nous livre dans son « Introduction » des réflexions d'une parfaite lucidité quant à la situation aujourd'hui de ces “transmissions” et leurs difficultés présentes, à ne pas sous estimer !
Il est évident que tout cela apparaîtra assez abscons pour toute personne n'ayant pas eu un rapport authentique avec un “Vajracharya” ("porteur de vajra") authentique et héritier régulier d'une Lignée identifiable et reconnue.
Par contre, pour celles et ceux qui ont eut l'opportunité de telles rencontres, ce “manuel” est un vrai “trésor” d'où le terme tibétain « Terma », mot tibétain désignant un « Trésor spirituel ».
Ainsi nombre d'idées erronées distillées de diverses manières et endroits, en Occident du moins, sont ici « pourfendues ! », selon le Tantra qui pulvérise les discours  :
— « Or, comme me l'a dit une fois “C. R. Lama”, assez peu de temps avant sa mort : « De nos jours, les instructions du maître au disciple demeurent secrètes, mais il n'y aurait aucun sens à vouloir garder les textes secrets. »
p. 26
ou encore :
Ce qui est frappant, pour nous, a contrario, c'est l'accent qui est porté sur la nécessité absolue d'enseigner quiconque présenterait les caractéristiques voulues*. Même si elle n'est pas absolument originale, cette ferme recommandation — où l'on voit, du reste, que le manuel est autant ou plus fait pour les maîtres qu'il ne l'est pour les disciples — n'en est pas moins instructive : elle est parfaitement contradictoire avec la tendance qu'ont certains dépositaires d'enseignements de ce type à les regarder comme leur bien propre, éventuellement monnayable, mais surtout le plus souvent réservé, dans l'école rNying ma telle qu'elle va aujourd'hui, à un cercle assez étroit de privilégiés statutaires, entre lesquels existent le plus souvent des liens de famille. Il est heureux que Chhimed Rigdzin ait eu une tout autre tournure d'esprit :
p. 43
et encore … :
« Puisqu'il est difficile, pour un maître, de rencontrer un tel récipiendaire adéquat de ces enseignements, quand il le rencontrera, avec foi et respect* envers le profond Dharma et le disciple à qui il va être enseigné, qu'avec joie il lui confère la transmission scripturaire avec les profondes instructions. »
-----
* Si cette idée d'une « foi et respect » du maître à l'égard de son disciple n'est pas un hapax (sPrul sku Tshul lo ne serait pas du genre à inventer une chose aussi étonnante, qu'il a donc bien dû trouver quelque part), du moins est-elle rarissime dans la littérature religieuse tibétaine : je ne l'ai jamais vue ailleurs.
p. 443
Nous nous rendons bien compte que nous sommes là en présence de quelque chose de tout à fait exceptionnel dans son contenu ! Et il ne me semble pas devoir aller plus avant dans cette présentation qui s'adresse à “un public averti” tout de même.
http://www.arguillere.org/2017/06/suite-de-mes-souvenirs-relatifs-a-chhimed-rigdzin-rinpoche-n-4-quelques-reflexions-sur-la-folle-sagesse.html
— — —
(1) Nous avons pour notre part “œuvré” en son temps (certes sans aucune commune mesure avec ce qui est proposé ici, et en toute modestie, malgré des difficultés invraisemblables !) dans le même ordre d'idée et état d'esprit de partage ouvert :
http://camisard.hautetfort.com/archive/2015/10/18/30eme-anniversaire-des-transmissions-orales-du-%C2%A0rosaire-d-or-du-tcha-dja-tc.html
(Un travail similaire sera présenté sur ce site d'ici l'été 2020 - Le 30ème anniversaire des Transmissions orales - 1990 « Le cœur de la voie bouddhiste » en présence et sous l’autorité de Khyabjé Dilgo Khyentsé)
[2]
http://camisard.hautetfort.com/archive/2007/12/21/tchadja-tchenpo-dhagpo-k-l.html
[3] les "quatre pensées qui détournent l'esprit du saṃsāra" (une traduction plus juste serait: "les quatre conversions") n'ont qu'un rapport indirect avec les "quatre nobles vérités". Les "quatre nobles vérités" sont le cadre général de toute la voie bouddhique (au moins dans sa version “Petit Véhicule”) tandis que les "quatre conversions" ne sont qu'un dispositif (de méditation analytique) visant à produire le renoncement au saṃsāra.
(note corrective de Stéphane Arguillère pour dissiper une confusion ; en date du 10 VIII 2019 à une amie proche, sur Facebook)
Lien : http://camisard.hautetfort.c..
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LivresBouddhistesZuiHo
  14 juin 2019
Un énorme trésor du bouddhisme tibétain, branche Dzogchen !
Un pavé de 800 grammes et de 500 pages passées, arriveriez-vous à y venir à bout ? Bon appétit !
D'une érudition folle, dont la chair même est d'une intégrité et d'une honnêteté intransigeantes (envers le texte, envers le lecteur, envers le traducteur lui-même, question d'honneur), doublée d'une peau faite d'une manie pointilleuse et perfectionniste tendant à l'aridité : voilà ce qui vous attend à la lecture de ce monument bouddhique que représente cette traduction de Stéphane Arguillère d'un manuel de Dozgchen inconnu en France, sauf certainement des spécialistes de cette tradition du bouddhisme tibétain.
C'est pas du gâteau certes mais c'est du travail de joaillier : il est donc nécessaire d'avoir un bagage intellectuel minimal en Dzogchen et de lire des études universitaires : il s'y même en effet ici, éruditions bouddhiques tibétaine et française.
Néanmoins ce Manuel de Dzogchen est une mise en ordre, une composition de Tsültrim Zangpo alias Tülku Tsullo, de collections de textes réalisées par le tërton Rigdzin Gödem – que le maître de Stéphane Arguillère, Chhimed Rigdzin Rinpoché, lui a demandé de traduire du tibétain en français. Et quel travail ! Il est donc « prenable » : cette forteresse n'est pas invincible.
Je n'y connais rien au tibétain, mais l'oeuvre parle d'elle-même : si ce n'est le Prologue bizarrement (pour moi) alambiqué, les 99% du Manuel (qui occupe une très grand partie de l'ouvrage, car Stéphane Arguillère n'offre une Présentation des plus concises afin de s'effacer devant sa traduction, devant ce Manuel fabuleux) se déguste aisément (pourvu que l'on soit coutumier des traductions de ce genre du tibétain vers le français). Il ne faut donc pas se laisser impressionner par ce Lion tibétain ! Seul le Prologue est décourageant, la « suite » est succulente ! Et La Présentation faite en amont déblaye bien le terrain.
« La Transparution immédiate de l'esprit » est un vaste ensemble d'instruction du Dzogchen, la « Grande Complétude », qui couvre l'ensemble de l'itinéraire spirituel du pratiquant du Dzogchen. C'est donc un vrai trésor, car cet incroyable « Manuel de Transparution Immédiate » est proposé au grand public, alors même que ce genre de Manuel est ordinairement destiné aux seuls initiés, et pas les petits !
Les profits de cette lecture qui nécessite une grande concentration et d'autres études parallèles, sont évidemment grands, comme le sont ceux tirés de la lecture du plus célèbre des manuels Dzogchen, celui de Patrül Rinpoché – le chemin de la grande perfection. Toutefois, il vous faudra, comme toujours avec le bouddhisme tibétain, mettre en pratique cette étude du Dzogchen, sous la conduite d'un lama ou d'un Rinpoché.
Voilà un livre qui a pris vingt ans d'efforts à Stéphane Arguillère, et qui vous en demandera autant afin de le saisir dans toute sa profondeur et sa sagesse, mises en pratiques !
Excellente lecture !
Zui Ho.
Lien : https://livresbouddhistes.co..
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Citations et extraits (62) Voir plus Ajouter une citation
LedraveurLedraveur   07 juillet 2019
(1) « Indifférence des facultés aiguës ou obtuses », soit ; mais dans la présentation des qualités du disciple (p. 43 et suivantes), l'on a insisté sur son intelligence (shes rab che ba). Par ailleurs, toute la littérature du rDzogs chen est imprégnée d'un pathos plus élitiste que démocratique : c'est une voie qui est censée être réservée à une sorte d'aristocratie spirituelle. Une réflexion honnête sur le dispositif d'ensemble de cette voie amène à la conclusion qu'il est fait pour des individus qui, sans être des philosophes, voire, sans être très instruits, sont tout de même supérieurement intelligents, au moins pour ce qui regarde le discernement subtil des expériences intérieures. Ce qui est central, cependant c'est que, dans le présent contexte, c'est l'Intelligence (rig pa), la nature ultime de l'esprit, qui est à bien des égards non seulement la réalité à comprendre, mais encore le moyen de la comprendre, l'organe de la pratique. Or, ce rig pa est « la chose du monde la mieux partagée », une forme supérieure d'intelligence qui se trouve présente, quoique non reconnue, même chez les sots. On peut bien imaginer un individu en effet médiocrement « intelligent » (du côté des caractéristiques de son esprit [sems]), mais dont la vie intérieure serait comme éclairée par l'Intelligence (rig pa) elle-même : on aurait alors en quelque sorte l'intuition métaphysique directe, sans les élaborations de l'entendement qui, dans les autres véhicules, en sont la préparation normale. Peut-être pourrait-on essayer de comprendre le côté initiatique élitiste du discours du rDzogs chen comme s'appliquant à un certain type d'individus, ayant une sorte d'aisance spontanée d'une part pour le glissement de perspective qui permet censément de se placer « au point de vue de rig pa », quoi qu'il advienne dans sems, et, d'autre part, une sorte de lucidité introspective qui requiert, en effet, d'autres qualités intellectuelles que celles qu'exigent des études de philosophie.
(2) On voit que le texte insiste d'un côté sur le zèle à toute épreuve du pratiquant, et de l'autre sur l'absence d'efforts, d'application laborieuse, dans la pratique. Naturellement, « l'oisiveté » vantée par le rDzogs chen tient principalement au point précédemment soulevé : que l'organe de la pratique est l'Absolu lui-même en tant qu'il est clair en soi à sa propre lumière, et non l'esprit (sems) qui relève de la durée et de la causalité. Cependant, on ne peut nier que le dispositif spirituel détaillé dans ce manuel implique des efforts ascétiques très intenses et très prolongés. L'éloge du bienheureux abandon, du « non-agir » en un sens quasi-taoïste, ne peut donc se com-prendre que du point de vue de rig pa, qui enveloppe en quelque sorte en le dépassant le point de vue de sems. On pourrait peut-être risquer un parallèle avec les conceptions catholiques de la combinaison des œuvres et de la grâce, au sens où l'homme en état de grâce accomplit certes des actes extraordinaires, héroïques, mais qui ne sont rendus possibles — et méritoires — que précisément parce qu'il est porté par la grâce, à telle enseigne que l'on pourrait presque dire que ses œuvres sont d'autant plus méritoires qu'elles sont moins difficiles, parce qu'il n'est presque plus l'agent de sa propre action (comme le dit saint Paul : « Ce n'est plus moi qui vis, c'est le Christ qui vit en moi » — Galates, 2.20).
p. 180/81
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LedraveurLedraveur   07 juillet 2019
2. Une chose qui serait « établie comme réelle », pour Nâgârjuna, ne pourrait guère être produite, ni cesser d'être, puisqu'elle devrait exister par soi, et, partant, être éternelle. Mais ce n'est pas le seul point de l'argument de sPrul sku Tshul lo : il nous dit en effet non seulement que de tels phénomènes ne pourraient ni être produits, ni disparaître, mais encore qu'à supposer même que les uns disparaissent et que les autres apparaissent, ils ne pourraient pas être les uns causes, et les autres effets. Les bouddhistes admettent certes, en général, qu'un phénomène peut être produit à partir d'un ou plusieurs autres phénomènes antérieurs. Mais c'est le propre de l'école de Nâgârjuna de montrer qu'une telle production est également impossible, du moins dans l'absolu (la plupart des commentateurs s'accordant à reconnaître qu'il faut bien la poser en réalité de surface). C'est ce que veut dire la clause « s'ils étaient établis comme réels ». Paradoxalement, seuls des phénomènes irréels peuvent s'enchaîner dans le temps comme causes et effets.
3. L'objet : par exemple, la forme visible ; la faculté : celle de Tous deux jouent le rôle de « supports » pour la conscience visuelle de cet objet, dans la présentation bouddhique standard de la perception. — En laissant de côté la « faculté », soit un objet extérieur à la conscience, d'une part, et sa perception par la conscience, d'autre part. Ou bien cette représentation est causée par l'action de cet objet sur ma sensibilité — mais alors, étant l'effet de cette action, elle n'est pas simultanée, mais postérieure à ce qu'elle représente, auquel cas elle est fausse, l'état de la réalité qu'elle représente étant déjà aboli (un peu comme quand on croit voir dans le ciel une étoile qui a cessé d'exister depuis des siècles ou des millénaires). Ou bien la perception est simultanée à l'état de choses qu'elle représente ; mais dans ce cas, elle ne peut être fondée sur cet état de choses, puisque tout effet doit être postérieur à sa cause. Alors, cet état psychique que nous appelions représentation ou perception, étant sans connexion avec l'objet auquel il ressemble, ne peut être dit le représenter. Mais ici, sPrul sku Tshul lo insiste plus sur l'impossibilité ontologique du rapport sujet/objet, que sur la fausseté éventuelle de la représentation.
4. Autrement dit, un phénomène qui paraît se maintenir dans la durée n'est en fait qu'une suite de perceptions similaires se succédant avec une très grande rapidité qui donne l'illusion de la continuité. C'est ainsi que rien n'existe (même en réalité de surface) qui ne soit instantané. sPrul sku Tshul lo répond ici sans doute à son argument précédent : il veut dire qu'au moment où l'image mentale de l'objet a, déjà aboli, se forme en mon esprit, elle représente en fait non cet objet a, mais son successeur extrêmement semblable, a', qui s'est substitué à lui dans l'instant suivant.
p. 223/24
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LedraveurLedraveur   07 juillet 2019
LES ENGAGEMENTS ET LE TRIPLE SCEAU
Elles nous feraient mourir prématurément et tomber sous l'emprise de la peur.
A cause du dédain dont il fera l'objet, le véhicule essentiel sombrerait.
Et selon le Manuel fondamental de la Transparution de l'Idée
Si quelqu'un corrompt le mantra secret ou enfreint les commandements, la noire Gardienne des enseignements* tranchera son « artère vitale ».
Les deux sceaux relatifs à l'obligation d'enseigner
Quant au sceau de l'obligation d'impartir cet enseignement aux êtres qualifiés et pour ce qui est du sceau qui commande de le confier, [pour qu'il le] diffuse, à un individu prédisposé par son karma exalté, il s'agit d'êtres magnanimes, consternés et effrayés par la pensée égoïste de ceux qui ne s'appliquent qu'à leur propre bien, ayant pour la Religion et leur maître une foi ardente et sincère, capables de pratiquer selon ce qui leur est enjoint, concentrés sur la tâche de faire le bien des migrants futurs, et qui ne relâcheront pas leurs efforts.
Puisqu'il est difficile, pour un maître, de rencontrer un tel récipiendaire adéquat de ces enseignements, quand il le rencontrera, avec foi et respect** envers le profond Dharma et le disciple à qui il va être enseigné, qu'avec joie il lui confère la transmission scripturaire avec les profondes instructions.
Afin d'examiner [l'individu pressenti pour être un tel] récipiendaire, le maître lui imposera de s'appliquer à des travaux pénibles, lui adressera des injures blessantes, vérifiera sa générosité en disant vouloir telle ou telle chose précieuse, etc. Si [le disciple s'avère être] irascible, ou paresseux, ou timoré***, ou avare, qu'on ne lui enseigne pas le profond Dharma, puisqu'il y aurait le gros inconvénient que, du fait [de ces défauts], il risquerait d'abandonner un jour la Religion et le maître.
S'il n'est point tel, mais pieux et généreux, il est clair que ce sera le signe qu'il a un lien de karma antérieur ; dans ce cas, alors même que les richesses, etc., sont inutiles au maître, il les recevra pour que le …disciple parfasse les accumulations. Cela est requis pour que [le lien de maître à disciple] soit fermement établi sans danger de déclin.
-----
* Ekajâti.
** Si cette idée d'une « foi et respect » du maître à l'égard de son disciple n'est pas un hapax (sPrul sku Tshul lo ne serait pas du genre à inventer une chose aussi étonnante, qu'il a donc bien dû trouver quelque part), du moins est-elle rarissime dans la littérature religieuse tibétaine : je ne l'ai jamais vue ailleurs.
*** Sems zhum pa, quelqu'un qui se décourage, défaitiste.
p. 443
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LedraveurLedraveur   07 juillet 2019
LES POINTS CLEFS DES TROIS TEMPS
Grâce à la réminiscence des lieux de naissance, ceux dont les facultés sont inférieures seront soulagés dans les champs du Corps de manifestation. Grâce à la réminiscence de la méditation, on restera dans la contemplation naturelle cinq jours et cinq nuits durant*. Grâce à la réminiscence du maître et du Dharma, on aura la maîtrise de l'essence des profondes instructions.
Alors on jouira de l'Idée du Corps de Réalité, en haut ; en bas, l'on émanera cent myriades de Corps de manifestation en cent myriades de mondes,et l'on jouira d'une contrée pure. On goûtera [l’œuvre du] mûrissement de l'entourage**. Au moyen des divers actes propres à convertir tous les êtres à convertir, on fera tourner la roue de la Religion en accord avec les dispositions, les facultés et les aspirations de ces êtres ; on aura accédé sans effort au niveau d'un Bouddha accomplissant la tâche de guider les migrants. Cela provient du simple fait d'avoir reconnu toutes ces manifestations spontanément établies comme notre propre auto-manifestation.
Or, quel temps faut-il pour accomplir l'Éveil ? Il en va selon la formule : « En un seul instant, parfait Bouddha » : il est certain que l'on s'Éveille instantanément sitôt que l'on a reconnu les points clefs de ces préceptes. C'est pourquoi, si l'on en comprend sans erreur le sens, on s 'Éveille sans qu'il soit besoin de purifier ni les actes, ni leurs effets mûris. Selon le Tantra de l'Idée des Vainqueurs en trois mots :
Pour qui reconnaît sa propre lumière, son Intelligence se résorbe dans les cinq luminosités ; point n'est besoin de purifier les actes ni les imprégnations, car, faute d'occultation par les résultats des actes, il n'y a ni vice ni vertu.
------------
* Voir Khrid yig sangs rgyas mnyam sbyor (p. 287) : les cinq jours correspondent aux cinq clans des Éveillés : le premier jour, on contemple Vairocana ; le second, Aksobhyà ; le troisième, Ratnasambhava ; le quatrième, Amitaha ; et le cinquième, Amoghasiddhi, « remplissant chacun l'espace avec leurs mandala en bouquets... ». Ce qui rend difficile la lecture de cette section, c'est que les éléments n'y sont pas présentés dans un ordre purement chronologique. On aimerait que ces descriptions et instructions soient rattachées à une armature plus linéaire et plus explicite.
** Comprendre : les disciples prédestinés par leur karma qui nous viendront alors.
p. 407
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LedraveurLedraveur   07 juillet 2019
L'autre raison principale de mon intérêt pour ce texte, c'est la chance que j'ai eue de l'étudier avec un disciple personnel de l'auteur : Chhimed Rigdzin Lama, précisément, que j'ai connu dans les douze dernières années de sa vie. Ce personnage paradoxal, à l'humour déconcertant (souvent très noir, mais d'autant plus savoureux), n'en était pas moins un savant à l'érudition aussi solide qu'étendue, et aussi — ce qui est essentiel dans le monde auquel ce texte appartient — un maître doté de toute l'autorité traditionnelle voulue à la fois pour qu'une entreprise de traduction décidée par lui ne puisse pas être légitimement perçue par ses confrères comme une profanation scandaleuse, et pour que la présente publication, qu'il a permise, ne le soit pas davantage.
Cette remarque, qui pourrait passer pour exagérément pieuse, n'exprime à vrai dire qu'un principe de déontologie, que j'emprunte bien volontiers aux ethnologues : qu'il ne conviendrait pas de divulguer, même dans des travaux universitaires, des éléments dont la connaissance nous viendrait d'informateurs, qui ne les auraient livrées que sous le sceau du secret. Or, comme me l'a dit une fois « C. R. Lama », assez peu de temps avant sa mort : « De nos jours, les instructions du maître au disciple demeurent secrètes, mais il n'y aurait aucun sens à vouloir garder les textes secrets*. »
— — —
* Il faut souligner au passage que c'était la première fois qu'un maître tibétain ayant l'autorité voulue permettait la publication intégrale, en traduction dans une langue occidentale, sans restrictions quant à la diffusion, d'un texte comportant tout le détail des instructions dites de la « claire lumière » ('od gsal), c'est-à-dire des pratiques visionnaires présentées ci-dessous p. 291 et suivantes. Sans exagération « ésotériste », voire mélodramatique, de fait, ce que contiennent les deux derniers tiers de ce manuel était environné au Tibet d'un tel secret que le titre même des rubriques n'était guère énoncé en public. Il n'est, du reste, que de regarder les premières et les dernières pages pour voir de quelles calamités se trouve menacé le profanateur de l'arcane. Naturellement, depuis l'époque où Chhimed Rigdzin Rinpoché m'a dit cela, les instructions ont été largement divulguées en langues occidentales, même si c'est avec moins de détails qu'ici, ou bien dans des publications réservées.
p. 26
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Thèmes : christianisme , religion , bibleCréer un quiz sur ce livre