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EAN : 9782252040416
450 pages
Éditeur : Klincksieck (14/02/2017)

Note moyenne : 4.38/5 (sur 4 notes)
Résumé :


L'auteur de ce Journal, sans doute « le seul à avoir été tenu en Russie durant ces années mémorables (1920-1922) », n'est ni un réactionnaire, ni un conservateur, ni un libéral, mais un révolutionnaire communiste anarchiste, un enthousiaste de la Révolution. Comme il l’écrit, Octobre 1917 a été pour lui le plus grand événement de sa vie, le moment inouï où toutes ses aspirations à l’émancipation humaine étaient soudain susceptibles de s’accomplir, d’... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
Rusen
  14 mars 2017
Merci tout d'abord à Babelio ainsi qu'aux éditions Klincksieck pour cet ouvrage reçu dans le cadre de Masse Critique.
Né au sein de l'Empire Russe en 1870, Alexandre Berkman émigre aux États-Unis alors qu'il est âgé de 17 ans et s'implique rapidement dans l'activisme politique. En 1892, à 22 ans, il tente d'assassiner le riche industriel Henry Clay Frick, responsable de dix morts et d'une soixantaine de blessés lors d'un conflit avec des ouvriers de Homestead en Pennsylvanie après avoir fait appel à des casseurs de grève, ce qui vaut à Berkman une condamnation à vingt-deux ans de prison. Il en sortira finalement en 1906 et collaborera à plusieurs magazines et journaux anarchistes comme The Blast ou Mother Earth Bulletin, avec Emma Goldman.
C'est en sa compagnie ainsi que celle de 247 autres américains qu'il sera expulsé vers la Russie en 1919, voyage qui durera jusqu'en décembre 1921, couvrant la période du communisme militaire et de la Nep qui a succédé, et durant lequel Alexandre Berkman tiendra un journal.

Bien qu'anarchiste, Alexandre Berkman est d'abord plus qu'enthousiaste à l'idée de rejoindre la Russie, il a « accepté les bolchéviks comme l'avant-garde sincère et intrépide de l'émancipation sociale de l'homme » et « aspirai[t] avec ferveur à travailler avec eux, à participer au combat contre les ennemis de la révolution et à aider le peuple à en récolter les fruits ». A bord du navire militaire Buford, il inscrit dans son journal : « Quelle joie de voir la révolution de mes propres yeux, d'y participer et d'aider ces gens formidables qui sont en train de transformer le monde ! », il qualifiera également son arrivée en terres communistes comme le jour le « plus sublime de [s]a vie. ».
Profitant de son aura de « célèbre révolutionnaire américain », Alexandre Berkman est bien vu des bolchéviks mais a rapidement l'impression qu'un «voile discret » est jeté sur sa personnalité car ses tendances anarchistes ne sont jamais mentionnées. Son optimisme des débuts vire au doute alors qu'il est témoin des tendances autoritaires du régime bolchévik, du large usage de la violence, des pogroms et des exécutions sommaires, de la répression des « contre-révolutionnaires », « spéculateurs » et autres victimes enfermées dans des conditions exécrables, « sans accusation ni jugement » « jusqu'à la fin de la guerre civile ».
Si une partie de l'entourage de Berkman défend encore le régime communiste comme une « période de transition » nécessaire pour assurer le triomphe de la Révolution, d'autres condamnent « l'État bolchevik comme étant la tyrannie la plus absolue, une dictature qui s'exerce sur le prolétariat ». « Le terrorisme et la centralisation du pouvoir aux mains exclusives du Parti communiste, accusent-ils, ont aliéné les masses, limité la croissance révolutionnaire et paralysé toute activité constructive. Ils dénoncent la Tcheka qu'ils jugent contre-révolutionnaire et qualifient la razvyorstka de vol pur et simple, responsable des multiples insurrections paysannes. ».
C'est finalement la répression sanglante de l'insurrection de Konstadt en 1921 qui viendra détruire totalement et irrévocablement la foi de Berkman dans les bolchéviks et le poussera, en publiant son témoignage, à «  rapprocher le lecteur du peuple russe et de son épouvantable martyre ». « Il était devenu clair pour moi que jamais, en aucune circonstance, je ne pourrais accepter cette dégradation de la personne humaine et de la liberté, ce chauvinisme de parti et cet absolutisme d'État qui étaient devenus l'essence de la dictature communiste. J'ai enfin compris que l'idéalisme bolchévik n'était qu'un MYTHE, une illusion dangereuse, fatale à la liberté et au progrès. »
Le journal d'Alexandre Berkman est le récit d'une désillusion, d'espoirs « déflorés et brisés par la main impitoyable de la dictature ». Tenu au jour le jour, il permet, dans un style très fluide, de se faire une idée de l'ambiance chaotique de la Russie d'alors, en pleine Terreur Rouge et voyant poindre les famines et la dékoulakisation à venir, avant même l'arrivée au pouvoir de Staline.
« Chaque jour les preuves accablantes s'accumulaient. Je voyais la lutte des classes, terminée depuis longtemps, devenir une guerre de vengeance et d'extermination. Je voyais les idéaux d'hier trahis, le sens de la révolution perverti, son essence caricaturée en réaction. Je voyais les ouvriers abattus, la totalité du pays réduit au silence par la dictature du Parti et sans brutalité organisée. Je voyais des villages entiers dévastés par l'artillerie bolchevique. Je voyais les prisons remplies – non pas de contre-révolutionnaires, mais d'ouvriers et de paysans, d'intellectuels prolétaires, de femmes et d'enfants affamés. Je voyais les éléments révolutionnaires persécutés, l'esprit d'Octobre crucifié sur le Golgotha de l'État communiste tout-puissant. »
Alexandre Berkman croise lors de son voyage quelques grandes figures historiques, comme Bertrand Russell et sa délégation anglaise, Piotr Kropotkine qui considère que les bolchéviks « ont montré comment la révolution ne doit pas être faite » ou Emma Goldman qui l'accompagne. L'ombre de Nestor Makhno plane également, en particulier lorsque Berkman visite l'Ukraine.
Toutefois, ce qui frappe particulièrement dans le journal de Berkman, ce sont les scènes de la vie de tous les jours, la souffrance des laissés pour compte et des anonymes...
« Les jours qui passent sont gris. Les braises de l'espoir se sont éteintes une à une. La terreur et le despotisme ont broyé la vie qui avait vu le jour en Octobre. On a abjuré les slogans de la révolution, étouffé ses idéaux dans le sang du peuple. le souffle du passé condamne des millions d'êtres à la mort ; l'ombre du présent plane tel un voile noir au-dessus du pays. La dictature piétine les masses populaires. La révolution est morte, son esprit hurle dans le vide. »
Une lecture plus que recommandable, au final, bien que nécessitant de connaître au moins les grandes lignes de ce qui s'est passé à l'époque en Russie, avec pour visée « une démystification informée et impitoyable de cet événement qui a constitué jusqu'en 1989 un des piliers de notre monde, de notre horizon historique ».
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paulotlet
  12 mars 2017
Le journal d'Alexandre Berkman est un document particulièrement éclairant sur les premières années de la révolution russe et la mise en place de la dictature bolchevique. Berkman, un anarchiste américain, est tout auréolé de gloire lorsqu'il arrive en Russie communiste en 1920. Il a passé 14 années en prison pour avoir tenté d'assassiner un industriel. Expulsé des Etats-Unis, il est bien décidé à se mettre au service de la révolution. Très vite, il prend conscience du caractère extrêmement autoritaire du pouvoir bolchevique, il découvre les techniques de manipulation des masses, la propagande mensongère et le mépris que le régime affiche pour tout ce qui ne lui est pas parfaitement soumis. Anarchistes, socialistes révolutionnaires, mencheviks mais aussi intellectuels ou religieux sont relégués comme citoyens de seconde zone. Voyageant dans le pays, il est confronté à la terreur, aux arrestations arbitraires, aux exécutions sommaires.
Berkman tente alors d'adopter une posture de soutien critique à la révolution qu'il a tant idéalisée. Pourtant, dès le 9 mars, à peine un mois et demi après sont débarquement, il rencontre Lénine et écrit qu'il "sacrifierait la plus grande partie de l'humanité (...) pour assurer le triomphe de la révolution" Il notera enfin, après que les persécution dont les anarchistes ont commencé à être victime: "Il est grand temps de dire la vérité sur les bolcheviks. Il faut démasquer le sépulcre blanchi, dévoiler les pieds d'argile du fétiche qui a entraîné le prolétariat international vers les feux follets fatals. Le mythe bolchevik doit être détruit. J'ai décidé de quitter la Russie".
Ce journal est intéressant par les rencontres que Berkman relatent. Il y a des chefs, des leaders comme Zinoviek, Kamenev, Lounatcharski, des anarchistes comme Emma Goldman mais aussi des sans voix, mères de familles à la recherche d'un peu de nourriture, juifs victimes de pogroms dans l'indifférence générale, pauvres types condamnés comme spéculateurs pour avoir acheté une bêche au marché noir. Rédigé bien avant la prise de pouvoir de Staline, le journal montre que le léninisme sous Lénine prend très rapidement la voie de la dictature la plus sordide. Que l'arbitraire s'installe dès les premières années du régime, que la minorité bolchevique assoira son autorité grâce à l'élimination systématique de tout ce qui est divergent. Et si on a beau le savoir, il n'est pas inutile d'y revenir en cette veille de centenaire. Parce que comme disait Bakounine: "L’égalité sans la liberté est une malsaine fiction créée par les fripons pour tromper les sots."
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DarkSun
  26 mars 2017

Le mythe bolchévik est un journal tenu par un anarchiste américain, Alexandre Berkman, durant la guerre civile russe qui opposait l'armée rouge de Lénine et Trotsky à l'armée blanche de Dénékine.
Ce livre est un véritable témoignage, Alexandre Berkman ne cherche pas à enjoliver la situation malgré son sentiment pro-révolutionnaire et l'admiration qu'il porte pour Lénine, il nous livre un portrait cru du peuple russe et décrit de manière précise et objective l'opinion des russes sur la post-révolution. Berkman nous fait voyager à travers une Russie en ruine, de Petrograd à l'Ukraine en passant par Moscou, décrivant longuement les camps de travail, les écoles, les villes, ..., s'attardant sur les lenteurs de l'administration, les agissements de la Tcheka, faisant aussi des portaits de plusieurs représentants et dignitaires bockeviks et communisme qu'il a rencontré, tel que Titcherine et Lénine. Ce livre, emprunt de politique, est une fantasique traversé de la Russie en ruine et en plein doute.
Sur la forme, le mythe bolchévik journal 1920-1922 est très facile et cool à lire, il se lit comme un roman : on suit de manière omniciente Alexandre Berkman, comme on le ferait avec un héros d'une histoire. On est loin des livres encyclopédiques qui peuvent être barbant, on se forge notre propre opinion en même temps que Berkman, nous faisons le constat de la situation avec Berkman, l'auteur ne nous impose pas sa vision du bolchévisme, vu qu'il ne pensait pas, pendant son écriture qu'un jour les éditions Klincksieck auraient la bonne idée de publier son ouvrage.
Bref, le témoignage de Berkman est la pièce qui manquait pour celui qui s'interesse à l'URSS pour connaitre la toute la vérité sur le mythe bolchévik mais est aussi une lecture passionnante pour l'amateur de roman historique ou d'histoire en général. Je le conseille donc.
Ma note : 8/10
Merci à Babelio et les éditions Klincksieck / critique de la politique.
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Citations et extraits (4) Ajouter une citation
RusenRusen   13 mars 2017
7 mars. - Un grondement lointain me parvient alors que je traverse la Nevski. Il résonne de nouveau, plus fort et plus proche, comme s'il roulait vers moi. Je réalise tout à coup que ce sont des tirs d'artillerie. Il est 18 heures, Konstadt a été attaquée !
Jours d'angoisse et de canonnades. Mon cœur est engourdi de désespoir ; quelque chose en moi est mort. Les gens dans la rue ont l'air ployés sous l'affliction, abasourdis. Personne n'ose parler. Le tonnerre des armes lourdes déchire l'air.

17 mars. - Konstadt est tombée aujourd'hui. Des milliers de marins et d'ouvriers gisent morts dans les rues. L'exécution sommaire des prisonniers et des otages continue.

18 mars. - Les vainqueurs fêtent l'anniversaire de la Commune de 1871. Trotski et Zinoviev accusent Thiers et Galliffet d'avoir massacré les rebelles de Paris...
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paulotletpaulotlet   12 mars 2017
L'impression d'ensemble que j'ai eue en partant a été celle d'un homme qui a une vision claire et un but précis. Pas forcément un grand homme, mais un esprit fort à la volonté inflexible. Un logicien sans émotion, d'une souplesse intellectuelle et d'un courage suffisant pour adapter ses méthodes aux impératifs du moment, mais qui garde toujours en vue son objectif final. "Un idéaliste pragmatique" concentré sur la réalisation de son rêve communiste par tous les moyens, et auquel il subordonne toute considération éthique et humanitaire. Un homme sincèrement convaincu que de mauvaises méthodes peuvent servir un bon objectif, et être de ce fait justifiées. Un jésuite de la révolution qui forcerait l'humanité à devenir libre conformément à l'interprétation qu'il a de Marx. En bref, un vrais révolutionnaire au sens ou l'entend Netchaïev, qui sacrifierait la plus grande partie de l'humanité -s'il le fallait- pour assurer le triomphe de la révolution sociale.
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RusenRusen   08 mars 2017
Le livre que vous tenez entre les mains est exceptionnel. A plusieurs titres. Par ses effets d'abord. Après sa lecture, vous ne serez plus ce que vous étiez auparavant. Il provoquera en vous une autre vision de l'histoire du XXe siècle et, du même coup, une autre appréhension de notre monde contemporain, de notre situation dans le présent.
Exceptionnel en ce que son auteur n'est ni un réactionnaire, ni un conservateur, ni un libéral, mais un révolutionnaire communiste anarchiste, enthousiaste de la révolution d'Octobre. D'où la question : comment, par quelles voies un enthousiaste de la révolution de 1917 a-t-il pu écrire un livre qui a pour titre : Le Mythe bolchevik et pour visée une démystification informée et impitoyable de cet événement qui a constitué jusqu'en 1989 un des piliers de notre monde, de notre horizon historique.

(Préface)
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RusenRusen   08 mars 2017
Ce voyage est l'histoire d'une désillusion sans retour possible, le récit de la prise de conscience par Berkman, au gré de ses rencontres, de ce que représente le « communisme tel que l'interprète la faction au pouvoir » (p. 278), et qui est donc le contre-communisme, le contraire à ce à quoi aspirait le prolétariat révolutionnaire, et le peuple qui s'était soulevé à l'appel des soviets.

(Préface)
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