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Jérôme Solal (Éditeur scientifique)
ISBN : 2842058372
Éditeur : 1001 Nuits (19/05/2004)

Note moyenne : 3.89/5 (sur 62 notes)
Résumé :
Après Stirner, Proudhon et Bakounine, Pierre Kropotkine poursuit le grand rêve libertaire : ce prince russe devenu géographe de renom se fait le généalogiste d'une morale anarchiste qui dénonce les fausses morales imposées depuis des lustres par " le prêtre, le juge, le gouvernant ". Avec La Morale anarchiste (1889), livre virulent et raisonné, il montre que seul l'instinct d'entraide est le dépositaire des valeurs humaines à construire.
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Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
Bouvy
  30 avril 2015
Ce livre est l'une des principales oeuvres de Kropotkine, l'un des penseurs les plus brillants de son temps. D'une plume superbe, ce livre ne cherche pas à nous expliquer le mode d'emploi de l'anarchie, ce qui serait contraire à son principe. Ici, Kropotkine tente de nous démontrer que la solidarité est naturelle, tant chez l'espèce humaine que chez les autres espèces animales, même inférieures car c'est de cette solidarité que dépend la survie d'une espèce, quelque qu'elle soit !
Kropotkine y développe l'idée que la notion du bien et du mal ne se résume qu'à la notion de plaisir, que c'est perdre son temps de tenter de séparer l'altruisme de l'égoïsme car chaque acte solidaire fait vers l'autre est commis pour son plaisir autant que pour le bien de celui qui en a besoin. C'est naturellement que nous établissons la différence entre le bien et le mal, en observant que le bien est fait pour l'intérêt de l'espèce et que le mal va à l'encontre de celui-ci. Point besoin de juge, de prêtre ou de gouvernant pour savoir ce qui est bon ou mauvais. Les lois, les dirigeants et les religions faussent la notion d'équité, de morale naturelle et la perception du bien et du mal. L'homme, dans ses gènes les plus anciens inconsciemment ou sciemment est en mesure seul d'être sociable et de pouvoir créer une société autogérée sans le recours de la loi et des religions. C'est le principe même de l'anarchie : "Traite les autres comme tu aimerais à être traité par eux dans des circonstances analogues." Il ajoute : "Le bonheur de chacun est intimement lié au bonheur de tous ceux qui l'entourent."
Evidemment, c'est un idéal de société, une belle utopie. Sa réalisation ne dépend que de l'unisson de notre espèce. Tant que des individualismes existeront, il nous sera impossible de vivre de cette façon. Mais, à lire ce livre, nous pouvons toujours rêver d'atteindre un jour l'inaccessible étoile, il suffirait que chacun d'entre nous y mette du sien.
Encore une fois, on peut aimer ou rejeter les idées libertaires de ce genre de plaidoyer pour la liberté et la solidarité, il faut reconnaitre que les écrits de Kropotkine sont de profondes réflexions qui vise à l'équité, au bonheur de tous et que ses textes sont merveilleusement écrits.
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Arthemyce
  07 janvier 2019
Dans ce cours essai, Kropotkine explore le thème de la morale en partant des fondements idéologiques de son époque, à savoir : la morale religieuse, philosophique (Kant) ou la Loi.
Critiquant radicalement les lacunes fondamentales des modèles contemporains en vogue, Kropotkine revient sur l'idéologie « égoïste » de penseurs comme Bentham et fustige l'abus de confiance des « gouvernants, juge et curés » à l'égard du peuple, maintenu dans l'ignorance.
Son objectif pour autant n'est pas de tout raser. Fin observateur, Kropotkine constate en effet la tendance de chaque être vivant (quel qu'il soit) à rechercher dans ses actes le plaisir, ou tout du moins à s'éviter une peine ; c'est cette notion de « l'égoïsme » que Kropotkine retient et qui, contrairement à Bentham et ses disciples (notamment utilitaristes), n'omet pas la dimension sociale du raisonnement et ne focalise pas sur le calcul simple et froid de l'utilité (au sens de satisfaction).
Beaucoup d'analogies servent à illustrer les propos de l'auteur, dont certains reprocheraient une simplicité argumentaire, voire des sophismes. Cependant, et pour l'époque, Kropotkine fait partie des rares scientifiques naturalistes à élargir sa vision du monde humain aux phénomènes observés chez les autres êtres vivants ; en 1889, date de parution de l'opuscule, ce n'est encore le début : nous sommes 13 ans avant la parution de son titre phare « L'Entraide, un facteur de l'Evolution » qui sera la pièce maitresse à ce sujet, avant que Pablo SERVIGNE et ses acolytes ne rafraichissent cette vision fin 2017 aux lumières d'un siècle d'évolutions scientifiques.
En moins de 80 pages, Kropotkine déploie un argumentaire solide autour d'une morale qui, si elle se base sur « l'égoïsme » naturel du genre humain lui intimant d'agir en faveur de sa plus grande satisfaction, n'oublie pas que ladite satisfaction ne peut être obtenue que dans la cohésion sociale ; cohésion sociale dont la morale est implicitement liée au bien commun. Il en profite pour extrapoler la logique libertaire de l'Anarchisme et appuyer l'aspect de réciprocité en toute chose de cette philosophie.
On peut discuter les comparaisons, le peu de références, mais n'oublions pas qu'il s'agit d'un petit ouvrage voué à être propagé et lu par le plus grand nombre.
A mon sens pas une des meilleures introductions à l'Anarchisme, mais une lecture utile qui appelle à la critique et la réflexion, notamment de par son aspect succinct.
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Luniver
  12 décembre 2011
Un essai assez court, mais convainquant.
Kropotkine nous décrit sa version de la morale, de la différence entre le bien et le mal : l'explication est très terre-à-terre, et prend en compte deux considérations : d'une part, l'empathie, qui devrait nous éviter de commettre des actes qui nous déplairaient ("fais aux autres ce que tu voudrais qu'ils te fassent si tu te trouvais dans la même situation"). Et d'autre part, notre statut d'"animal social" : l'homme était peu adapté pour vivre en solitaire, la solidarité est indispensable pour la survie de l'espèce. Ce trait de caractère s'est ancré en nous au fil des siècles. Tous les autres sytèmes qui prétendent détenir la vraie morale (la religion, la Loi, l'Etat) ne font finalement que tordre et déformer les notions de bien et de mal qui sont pourtant déjà présentes en nous.
Au final, les questions à se poser sont assez simples : "Est-ce utile à la société ? Alors c'est bon. - Est-ce nuisible ? Alors c'est mauvais."
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Snarkk
  03 juillet 2015
Cet opuscule écrit par Kropotkine est bref par les idées, mais grand par le contenu apporté. Un remarquable effort de synthèse sur la relation entre morale et anarchie politique. Cela peut paraitre obscur, voire abscons, mais c'est bien ce lien entre morale et action politique qui suscite de sérieuses (ou apparentes) contradictions, de celles qui sont propres à "paralyser" l'être.

D'où l'idée de l'auteur de déconstruire ces contradictions, louable et efficace entreprise. Ce livre contient de la matière pour les convaincu-es qui cherchent de nouveaux arguments pour des joutes oratoires comme pour les néophytes qui s'intéressent à l'idée d'anarchie ou qui souffrent de ces contradictions dans leur chemin vers l'anarchie politique.

On reprochera toutefois à Kropotkine d'avoir vécu il y a plus d'un siècle, ce qui se ressent parfois à la lecture de l'ouvrage. De plus, l'auteur utilise un peu trop de comparaisons pour sa démonstration, et parfois même des sophismes. C'est regrettable, mais n'enlève rien à la qualité de ce petit essai.
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Colonel
  05 novembre 2010
Ce livre est très court. Il contient néanmoins toutes les bases de la morale anarchiste sur laquelle vous avez un a priori inculqué si vous riez en coin à la lecture de cette critique.
A lire absolument pour retrouver le bon sens ancestral.
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Citations et extraits (38) Voir plus Ajouter une citation
BouvyBouvy   19 avril 2015
L’esprit de l’enfant est faible, il est si facile de le soumettre par la terreur ; c’est ce qu’ils font. Ils le rendent craintif, et alors ils lui parlent des tourments de l’enfer ; ils font miroiter devant lui les souffrances de l’âme damnée, la vengeance d’un dieu implacable. Un moment après, ils lui parleront des horreurs de la Révolution, ils exploiteront un excès des révolutionnaires pour faire de l’enfant « un ami de l’ordre ». Le religieux l’habituera à l’idée de loi pour le faire mieux obéir à ce qu’il appellera la loi divine, et l’avocat lui parlera de loi divine pour le faire mieux obéir à la loi du code. Et la pensée de la génération suivante prendra ce pli religieux, ce pli autoritaire et servile en même temps autorité et servilisme marchent toujours la main dans la main cette habitude de soumission que nous ne connaissons que trop chez nos contemporains.
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BouvyBouvy   22 avril 2015
Rechercher le plaisir, éviter la peine, c’est le fait général (d’autres diraient la loi ) du monde organique. C’est l’essence même de la vie.

Sans cette recherche de l’agréable, la vie même serait impossible. L’organisme se désagrégerait, la vie cesserait.

Ainsi, quelle que soit l’action de l’homme, quelle que soit sa ligne de conduite, il le fait toujours pour obéir à un besoin de sa nature . L’acte le plus répugnant, comme l’acte indifférent ou le plus attrayant, sont tous également dictés par un besoin de l’individu. En agissant d’une manière ou d’une autre, l’individu agit ainsi parce qu’il y trouve un plaisir, parce qu’il évite de cette manière ou croit éviter une peine.

Voilà un fait parfaitement établi ; voilà l’essence de ce que l’on a appelé la théorie de l’égoïsme.
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BouvyBouvy   24 avril 2015
La fourmi, l’oiseau, la marmotte et le Tchouktche sauvage n’ont lu ni Kant ni les saints Pères, ni même Moïse. Et cependant, tous ont la même idée du bien et du mal. Et si vous réfléchissez un moment sur ce qu’il y a au fond de cette idée, vous verrez sur- le- champ que ce qui est réputé bon chez les fourmis, les marmottes et les moralistes chrétiens ou athées, c’est ce qui est utile pour la préservation de la race et ce qui est réputé mauvais , c’est ce qui lui est nuisible . Non pas pour l’individu, comme disaient Bentham et Mill, mais bel et bien pour la race entière.
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bibliovegevorebibliovegevore   04 octobre 2014
"Tout ce qu'il y avait de bon, de grand, de généreux, d'indépendant chez l'homme, s'émousse peu à peu, se rouille comme un couteau resté sans usage. Le mensonge devient vertu; la platitude, un devoir. S'enrichir, jouir du moment, épuiser son intelligence, son ardeur, son énergie, n'importe comment, devient le mot d'ordre des classes aisées, aussi bien que de la multitude des pauvres gens dont l'idéal est de paraître bourgeois. Alors la dépravation des gouvernants - du juge, du clergé et des classes plus ou moins aisées - devient si révoltante que l'autre oscillation du pendule commence.
La jeunesse s'affranchit peu à peu, elle jette les préjugés par dessus bord, la critique revient. La pensée se réveille, chez quelques-uns d'abord; mais insensiblement le réveil gagne le grand nombre. La poussée se fait, la révolution surgit".
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BouvyBouvy   28 avril 2015
Nous ne demandons qu’une chose, c’est à éliminer tout ce qui, dans la société actuelle, empêche le libre développement de ces deux sentiments, tout ce qui fausse notre jugement : l’État, l’Église, l’Exploitation ; le juge, le prêtre, le gouvernant, l’exploiteur.
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