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EAN : 9782221111581
432 pages
Robert Laffont (26/01/2012)
4.29/5   12 notes
Résumé :
Entre le 20 août et le 22 septembre 1944, près de quarante cadavres sont repêchés dans la Seine, à Paris et ses alentours. Tous les corps portent au cou, attaché par une cordelette de soie, le même pavé de grès, pas assez lourd, semble-t-il, pour les lester correctement. Qui sont ces hommes et ces femmes ? Qui sont les tueurs ? Dans la tourmente de la Libération de Paris, toutes les hypothèses peuvent être formulées.
Jean-Marc Berlière et Franck Liaigre ont m... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (6) Voir plus Ajouter une critique
C'est un livre que j'ai reçu par Babélio lors d'une masse critique et je remercie chaleureusement cet organisme passionné comme moi de lecture.
C'est un roman historique qui a mis plusieurs années à voir le jour tant les auteurs Jean-Marc Berlière (professeur émérite d'histoire contemporaine) et Franck Liaigre (historien) ont voulu être précis. Ils ont fait le tour des archives, les ont comparées afin d'être les plus fidèles possible à cet épisode effrayant d'après-guerre. Je ne suis pas férue d'histoire et j'ai choisi ce livre car la quatrième de couverture m'avait attirée. Je ne regrette pas cette sélection car les auteurs ont écrit ce livre comme un roman et ont su capter et conserver mon attention tout au long des pages.

Quatrième de couverture : «À l'Institut dentaire du square de l'avenue de Choisy [...] on allait, durant un mois ou deux, jouer les émules de la Gestapo... ceux qui se réclamaient du bon droit... des meilleurs principes» (Alphonse Boudard, Les Combattants du petit bonheur).
En septembre 1944, on repêche dans la Seine une trentaine de corps : l'ensemble des victimes, tuées d'une balle dans la tête, portent, attaché au cou par le même cordon soyeux, un pavé de grès. Qui sont-elles ? Qui sont leurs tueurs ? Quels sont leurs mobiles ?
Cette affaire particulièrement macabre n'a jamais été pleinement élucidée. Jean-Marc Berlière et Franck Liaigre ont repris l'enquête et dépouillé des centaines de cartons d'archives pour retrouver les identités des victimes... et celles des bourreaux. Tous les chemins les ont conduits à l'Institut dentaire, sinistre centre clandestin de séquestration et d'exécution, où plus de deux cents personnes furent incarcérées et beaucoup d'entres elles torturées et assassinées entre le 20 août et le 15 septembre1944.
Un livre d'histoire implacable qui se lit comme un roman noir.

Dès le départ, on nous place dans le contexte : une carte sur laquelle sont placés les lieux de découvertes de cadavres et les endroits où les victimes ont été repêchées. Il y en a eu beaucoup, trop quand on sait que c'est une histoire vraie. Et quelle histoire terrible ! Comment cela a-t-il pu se produire et perdurer pendant de nombreuses semaines sous les yeux de tous ? Pourquoi personne n'a-t-il réagi ? Que faisait la police ? Et bien c'est simple, elle était débordée par les crimes et les vols en tout genre qui se sont multipliés après la libération de Paris.
Les premières pages du roman sont réservées aux victimes comme pour leur rendre hommage. On nous raconte leur vie brièvement puis leur arrestation et les raisons parfois absurdes (un simple témoignage suffisait), parfois plus légitimes qui ont permis cela. Ensuite on les place dans leur enfer à l'Institut dentaire où ils ont subi ou vu des atrocités. On se croirait dans un bon thriller mais sans cesse la réalité nous ramène à la surface et cela nous dégoûte.
Pour finir on nous raconte la vie des bourreaux et des responsables de ces monstruosités, leurs témoignages (bien sûr ils n'ont rien fait ou si peu mais toujours sous des ordres de plus hauts qu'eux) puis leurs procès. On croit rêver surtout quand on nous rappelle que l'Institut dentaire n'était pas le seul lieu de tortures et que les autres centres de détention ont parfois fait pire.

Je vous recommande ce roman, ne serait-ce que pour honorer la mémoire des victimes mais aussi des survivants dont les témoignages précieux ne peuvent être oubliés.

Quelques extraits :
Page 24 : La Seine a reçu un nombre important de cadavres de la fin du mois d'août à décembre 1944. Beaucoup ont disparu pour toujours. D'autres, noirs, gonflés, sont rendus méconnaissables par un état de putréfaction avancée et un séjour prolongé dans l'eau. Notés « inconnus » sur les registres de l'IML, ils ne seront jamais identifiés.

Page 34 : […] se préparent les nécessaires règlements de compte contre les vendus, les traîtres et les collabos. Contre les profiteurs du marché noir aussi, les commerçants du quartier, des concierges, des flics… Des noms sont jetés, des accusations à peine formulées prennent corps et consistance, se précisent, enflent, circulent, les rumeurs courent, les appétits s'aiguisent. Les temps sont venus de se débarrasser, au nom du patriotisme, de tout ceux qu'on déteste, on trouvera toujours un prétexte et puis… il y a forcément quelques juteux profits à tirer du renversement des rôles.

Page 44 : L'Héveder l'a compris, et la suite des évènements contribuera à le lui rappeler, il est inutile d'argumenter, de tenter de justifier une phrase, de remettre un mot, une attitude dans leur contexte devant des juges partiaux, des auteurs de faux témoignages, une foule cruelle et avide de sang.

Page 156 : En entrant dans la salle de projection de l'Institut dentaire, passé le premier choc devant le spectacle de ces prisonniers aux regards angoissés et vides, silencieux, immobiles, tendus comme pétrifiés sur leur siège, Château l'a immédiatement remarquée. On ne peut guère l'éviter. Elle s'étale sur le grand tableau noir, sous l'écran, au fond de l'estrade, derrière le bureau où trônent une partie des gardiens. En lettres d'écolier appliqué, énormes, dominateurs, agressifs, ces vers, que les internés savent par coeur et qui hantent, interminablement, leurs jours et leurs nuits au point que ceux qui ont pu griffonner quelques notes que l'ont retrouvera sur leurs cadavres les ont recopiés :
« Oh ! Vous qui êtes ici
Méditez bien les paroles que voici :
Vous êtes ici devant la justice des ouvriers
Qui depuis longtemps sont vos prisonniers
Dans cette salle plane le respect de nos morts
Que vous avez assassinés toujours à tort
Faites un compte-rendu de votre conscience (sic)
Vous comprendrez que nous avons de la patience
Car pour la plupart de ceux qui sont ici
La mort seule, les délivrera de leurs soucis. »
Des vers maladroits qui prennent de terribles résonances dans le contexte d'exécutions, de violence et de sévices que vivent les prisonniers terrorisés.
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Entre le 20 août et le 22 septembre 1944, 38 corps sont repêchés dans la Seine. Les corps sont lestés d'un pavé de grès autour du cou, insuffisant à maintenir les cadavres gonflés par l'eau en profondeur. Ces corps destinés à ne jamais être retrouvés sont encore vêtus, et ont mêmes dans leurs poches et leurs doublures des documents importants.

Cette énigme pourrait être celle d'un roman noir…il n'en n'est pourtant rien. Il s'agit de la nouvelle enquête de Jean-Marc Berlière, professeur émérite d'histoire contemporaine à l'université de Bourgogne, et Franck Liaigre, historien, tout deux membres du CESDIP (ministère de la justice/ CNRS).

Les deux hommes ont repris cette enquête, qui dans la confusion de la Libération n'avait pu être mené à bout.

Ils sont ainsi parvenus à remonter jusqu'à un lieu dont le nom aurait aussi convenu à un polar ; l'Institut dentaire du 13ème arrondissement, un centre clandestin de séquestration et d'exécution tenu par les FTP (Francs tireurs et partisans), organisation armée de la résistance communiste, entre le 20 août et le 15 septembre 1944.

À cette époque les meurtres ne sont pas élucidés. Tout ce qui touche à la résistance communiste et globalement tabou, et les auteurs parlent d'une véritable omerta. Ils dénoncent dans ce livre la politique de terreur de la résistance communiste d'après-guerre, où un ordre révolutionnaire semblait pouvoir remplacer la justice démocratique.

Néanmoins, il apparaît incohérent, dans la perspective d'une justice populaire, d'avoir exécuté ces gens dans l'ombre. Qui étaient ces 38 corps, repêchés dans la Seine ? Les deux chercheurs se sont appliqués à retrouver leurs identités et ont ainsi mis à jour des histoires incroyables.

A la fin de l'été 1944, il n'y a presque plus de collaborateurs ou d'agents importants du régime de Vichy à Paris, la plus part a fuit bien avant. Les FFS (Force Française de Septembre), résistants de la dernière heure, traquent les derniers collabos de la capitale. Ce que les auteurs découvrent, c'est beaucoup de règlements de comptes, de jalousie, et au delà, l'ivresse du pouvoir de jeunes hommes peu préparés aux responsabilités qu'on leur concède.

En effet, les deux auteurs avaient déjà travaillé sur l'épuration de la police après la libération. À ce moment ce corps d'état avait très mauvaise presse, et c'est plus de 2000 policiers qui sont « épurés » dans un processus très violent de méfiance et de dénonciation. C'est dans les 70 commissaires qui sont arrêtés, parfois par leurs propres hommes, et des gardiens de la paix remplacent les postes vacants. Dans cette période de confusion dans les autorités et les responsabilités, il se dit dans les rues qu'il faut répondre à la terreur par la terreur.

On compte plus de 1000 morts dans les combats de Paris, et les morgues sont dépassées. C'est là qu'intervient l'étonnement des deux chercheurs : pourquoi cacher des corps à une époque où l'on fusille ouvertement les coupables ?

Parmi les victimes, peu de vrais responsables, même si certains coupables sont repêchés, et on s'étonne alors que leur arrestation soit restée secrète dans ce cas. On retrouve des membre du FFI (Forces Françaises de l' Intérieur), des socialistes alors en rivalité avec les communistes, des femmes impliquées dans des histoires de moeurs, des profiteurs du marché noir, où de simples personnes impliquées dans des règlements de compte de quartiers….

Cette enquête est un véritable travail pour rétablir la vérité. Portrait d'une époque trouble et violente, JM Berlière et F Liaigre dépeignent la résistance avec le visage humain que finalement seul le recul pouvait lui donner. Car le travail d'historien, expliquent les auteurs, est aussi de rendre la vérité et la mémoire puisque pour ces tueurs, aucunes conséquences judiciaires.

Ce livre se lit comme une enquête policière, presque soixante huit ans après les faits. Sérieux et très bien documenté (en attestent les importantes pages d'annexe), ce travail nous entraîne sans mal dans le Paris de la libération. Il nous raconte aussi et surtout la mauvaise conscience française d'après la collaboration, où chacun est soupçonné, où tuer au nom de la résistance devient un passe droit, les enquêtes impossibles, et où pour les familles des victimes s'intéresser aux raisons de l'exécution de l'un des leurs est une honte.

Les auteurs redonnent finalement une dignité à ces exécutés de la Seine, qui, ni collabos, ni criminels, étaient souvent au mauvais moment au mauvais endroit. En témoigne cette histoire incroyable d'un couple assassiné (elle fusillé dans le dos, lui écrasé sous les roues d'un char sur la place publique) soupçonné d'avoir tiré à la mitrailleuse sur les armées de libération, sans ne serait-ce qu'une arme pour attester cette accusation pourtant bien lourde.

Profiteurs de la résistance et de son succès, les assassins de l'Institut dentaire et leurs histoires nous rappellent que chaque médaille a souvent son revers.

Un livre à lire !

Emma Breton

Lien : http://madamedub.com/WordPre..
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De la libération de la France en 1944, on a des images de liesse, de bals, de demoiselles embrassant les GI et autres soldats alliés et autres joyeusetés du même genre. Mais tout ne s'est pas passé comme ça. Très vite il a été question d'éliminer l'ennemi de l'intérieur, celui ou celle qui a collaboré durant l'occupation.
Éliminer et non juger. D'autant plus que les autorités n'existaient plus vraiment, celles qui ont travaillé avec les allemands sont discréditées, celle venant de la Résistance pas encore en place, avec un fonctionnement anarchique, sans oublier les résistants de la dernière heure, nombreux et très revanchards.
Les auteurs dans ce livre se sont focalisés plus particulièrement sur la cellule FTP (Francs-tireurs partisans) d'obédience communiste qui agira de la fin août à la fin septembre à l'Institut dentaire de Paris. de nombreuses arrestations sur des bases très légères (lettres de dénonciation, on-dit, réputation d'anticommunisme, etc.), tortures, viols, jugements sommaires, disparitions et exécutions à la pelle. Des cadavres qui seront repêchés dans la Seine les jours suivants. Et de constater que nombre d'accusations avaient d'autres raisons que d'éliminer l'ennemi : vengeances personnelles, règlements de compte, jalousies, appât du gain. Et que dire du profil des responsables de la cellule : on est bien loin des résistants exemplaires : des passés troubles, un passage dans la Résistance réécrit a posteriori.
De plus il faudra de longues années pour que la police puisse éclairer ces agissements délictueux. Ces années qui permettront aux responsables d'éviter des sanctions trop sévères, lois d'amnistie et influence des associations de la Résistance et du Parti communiste aidant.
Cette cellule de l'Institut dentaire fut sans doute une des plus criminelles, mais de nombreux agissements du même genre eurent lieu sur tout le territoire français, les exactions les plus connues étant celles des femmes tondues (lire « La France virile » de Fabrice Virgili sur ce thème).
Ce livre est un portrait peu flatteur d'un pays qui après avoir collaboré majoritairement avec l'ennemi crut par ces purges se refaire une virginité mais fut surtout la preuve d'une certaine lâcheté. Pour autant, « Ainsi finissent les salauds » est un livre indispensable pour comprendre la société de l'époque avec les conséquences pour les années qui suivirent.
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Merci à Babelio et aux éditions Robert Laffont pour ce partenariat.

Ainsi finissent les salauds est un livre merveilleusement bien écrit, qui rend vivant un pan obscur de l'Histoire.
Qui, aujourd'hui, parmi la population française, pourrait imaginer que les héros de la Libération se sont changés en bourreaux passée leur heure de gloire ? A part les lecteurs de ce livre et les personnes concernées...
Les auteurs sont des historiens, ils ont étudié à fond cette affaire et ça se ressent à la lecture de chaque ligne. Photos et documents d'époque sont là pour illustrer le texte, et nous aident à mieux visualiser. Construit à la fois comme un livre historique et un polar, Ainsi finissent les salauds est tout bonnement parfait, à part peut-être que l'abondance de détails et de références (bibliographie impressionnante ! Et rares sont les auteurs qui remercient le « petit personnel », les archivistes… Bravo à eux.) rend la lecture « en une fois » un peu indigeste.

A lire comme un feuilleton, sans perdre de vue l'écoeurante réalité.
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Un livre choc dans le sens où il aborde un thème plutôt tabou de la seconde guerre mondiale, à savoir les exactions de la libération de la France commises par les FFI et FTP. L'ouvrage reprend les faits qui se sont déroulés à l'institut dentaire fin août début septembre 1944.
Il s'agit d'un vrai travail d'histoire qui se lit comme un roman à suspens, facilement et avec un intérêt croissant. Concentré sur le suivi personnel de quelques cas particuliers, il met en exergue, sans compromission, les exactions hors contrôles de petits groupes armés se réclamant de l'orthodoxie patriotique.
Le travail d'historien des auteurs leur permet de formuler des avis étayés et de s'affranchir de la chappe de plomb recouvrant ces faits. L'épuration fut une période sombre de l'histoire française trop longtemps passée sous silence, et cet ouvrage de vulgarisation historique permet un éclairage crû et moderne sur celle-ci.
Un ouvrage à recommander pour les lecteurs particulierement intéressés par cette époque au delà de toute influence partisane.
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critiques presse (2)
Liberation
10 décembre 2012
Dans Ainsi finissent les salauds, les historiens Jean-Marc Berlière et Franck Liaigre racontent une page peu glorieuse de l’épuration au fil d’une enquête minutieuse et très documentée sur les arrestations arbitraires, règlements de comptes et exécutions clandestines commises en ces temps d’épuration contre de soi-disant collabos.
Lire la critique sur le site : Liberation
LeSpectacleduMonde
16 avril 2012
Que s’est-il passé, à Paris, en août et septembre 1944 ? Une épuration sanglante et sauvage (comme dans le reste de la France), dont l’affaire relatée dans cet ouvrage […] est emblématique.
Lire la critique sur le site : LeSpectacleduMonde
Citations et extraits (5) Ajouter une citation
Page 24 : La Seine a reçu un nombre important de cadavres de la fin du mois d’août à décembre 1944. Beaucoup ont disparu pour toujours. D’autres, noirs, gonflés, sont rendus méconnaissables par un état de putréfaction avancée et un séjour prolongé dans l’eau. Notés « inconnus » sur les registres de l’IML, ils ne seront jamais identifiés.

Page 34 : […] se préparent les nécessaires règlements de compte contre les vendus, les traîtres et les collabos. Contre les profiteurs du marché noir aussi, les commerçants du quartier, des concierges, des flics… Des noms sont jetés, des accusations à peine formulées prennent corps et consistance, se précisent, enflent, circulent, les rumeurs courent, les appétits s’aiguisent. Les temps sont venus de se débarrasser, au nom du patriotisme, de tout ceux qu’on déteste, on trouvera toujours un prétexte et puis… il y a forcément quelques juteux profits à tirer du renversement des rôles.

Page 44 : L’Héveder l’a compris, et la suite des évènements contribuera à le lui rappeler, il est inutile d’argumenter, de tenter de justifier une phrase, de remettre un mot, une attitude dans leur contexte devant des juges partiaux, des auteurs de faux témoignages, une foule cruelle et avide de sang.

Page 156 : En entrant dans la salle de projection de l’Institut dentaire, passé le premier choc devant le spectacle de ces prisonniers aux regards angoissés et vides, silencieux, immobiles, tendus comme pétrifiés sur leur siège, Château l’a immédiatement remarquée. On ne peut guère l’éviter. Elle s’étale sur le grand tableau noir, sous l’écran, au fond de l’estrade, derrière le bureau où trônent une partie des gardiens. En lettres d’écolier appliqué, énormes, dominateurs, agressifs, ces vers, que les internés savent par cœur et qui hantent, interminablement, leurs jours et leurs nuits au point que ceux qui ont pu griffonner quelques notes que l’ont retrouvera sur leurs cadavres les ont recopiés :
« Oh ! Vous qui êtes ici
Méditez bien les paroles que voici :
Vous êtes ici devant la justice des ouvriers
Qui depuis longtemps sont vos prisonniers
Dans cette salle plane le respect de nos morts
Que vous avez assassinés toujours à tort
Faites un compte-rendu de votre conscience (sic)
Vous comprendrez que nous avons de la patience
Car pour la plupart de ceux qui sont ici
La mort seule, les délivrera de leurs soucis. »
Des vers maladroits qui prennent de terribles résonances dans le contexte d’exécutions, de violence et de sévices que vivent les prisonniers terrorisés.
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Parmi eux, des "coupables" condamnés par la vindicte publique, rapidement exécutés après un jugement sommaire prononcé au coin d'une table de café, voire sans parodie ni simulacre de justice, ont été jetés dans le fleuve sans méthode ni précaution. Du travail mal fait, exécuté dans la précipitation et l'émotion devant un public exalté. D'autres révèlent au contraire un clair souci d'effacer les traces de règlements de comptes et d'assassinats qui ne pouvaient plus prétendre correspondre à une logique de guerre et encore moins à une justice populaire ou révolutionnaire à laquelle le rétablissement de la légalité républicaine, le 29 août, par le gouvernement provisoire avait enlevé toute justification et toute apparence de légalité.
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Ces "FFS" (Forces françaises de septembre), ces FFI "à la coque" (frais du jour) comme on les appellera, se sont engagés massivement pendant la semaine d'insurrection dans les centres FTP du boulevard de la Gare ou de la place d'Italie. Un brassard, une arme, des galons, leur donnent un vertige d'héroïsme, leur confèrent un pouvoir grisant, la possibilité d'arrêter, de frapper, de voler, de tuer. Autant de revanches sur la période de l'Occupation qu'incarnent ces "traîtres et collabos" symboles de la défaite, de la compromission, de la lâcheté qu'on amène à l'Institut, dénoncés par la rumeur publique ou le voisinage et dont le nombre dépasse la centaine, puis cent cinquante.
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On trouve de tout dans les rangs des FFI et des FTP qui s'accroissent chaque jour. Les pouvoirs - notamment de police - que tout un chacun prétend exercer depuis le 19 août excitent les convoitises et entraînent des rivalités aiguës. C'est qu'il y a des "collabos" à ramasser et des profits à tirer : tous les jours, les pétitions, les lettres dénonçant tel ou tel, s'accumulent dans les centres FFI.
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Les femmes et leurs faveurs constituent un enjeu qui excite bien des rivalités. Autant que les mérites respectifs des combattants, les galons qu'ils se sont attribués généreusement, les exploits guerriers, chaque jour plus impressionnants, dont ils se vantent complaisamment et qui doivent la plupart du temps surtout à leur imagination.
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