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ISBN : 2918541974
Éditeur : Homme Sans Nom (12/05/2017)

Note moyenne : 4.47/5 (sur 18 notes)
Résumé :
Stig vient d'avoir vingt ans, l'âge de porter une épée et de se rendre enfin sur le Wegg, l'étrange montagne où réside son souverain, le roi de la Clairière. Mais son premier solstice d'hiver ne se déroule pas comme il l'avait imaginé. À peine le jeune seigneur est-il arrivé que la mort répond aux augures néfastes et que les fils enchevêtrés du destin tissent un avenir que personne, ni homme ni dieu, semble pouvoir prédire. Menacé sans qu'il en comprenne la raison, ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (12) Voir plus Ajouter une critique
Kurukka
  29 mai 2018
Gros spoilers à venir.
Sans surprise, cette nouvelle "pépite" de l'imaginaire français me laisse perplexe. Je sais dorénavant que le prix des Imaginales n'est en rien un indicateur de qualité, mais n'est-ce pas simplement là la preuve que la SFFF française n'a rien à offrir à son genre depuis de nombreuses années et que les romans récompensés ne le sont que parce que nous n'avons rien de mieux à nous mettre sous la dent ? J'ai rencontré l'auteur lors de la sortie en avant-première de ce livre. Je lui avais demandé quelle était la place de ses personnages féminins et s'en était suivie une discussion sur le sexisme dans la littérature. Monsieur Bry m'avait paru bien naïf, et mal informé. Il m'avait admis que son histoire était une histoire d'hommes mais que les femmes y avaient aussi leur place.
Je lui ai senti une certaine gêne, comme souvent les hommes sont gênés lorsqu'on leur parle des violences et des erreurs de leur sexe. Je peux comprendre que le sujet du féminisme leur soit difficile, que les critiques vis-à-vis leur vision des femmes soient dures à entendre, surtout quand ils considèrent leur relation aux femmes somme toute décente par rapport aux prostitueurs et autres violeurs et qu'ils ne voient donc pas le mal où nous autres hystériques le voyons... Mais voilà : ils ne cessent de nous prouver que nous avons raison.
L'intrigue de Que passe l'hiver suit une certaine idée symbolique que j'appelle la sainte trinité du patriarcat : les dieux, les rois et les hommes. le roman prétend examiner les liens qui unissent les hommes (comprendre : l'espèce humaine) au divin et au destin avec, comme point de convergence, le roi, qui représente à la fois les dieux et les êtres humains (comprenons hommes).
Si vous avez suivi vos cours d'histoire, vous vous rappellerez que l'Eglise elle-même a placé cette responsabilité entre les mains de tous les monarques de l'ancien régime. de reine, les femmes n'avaient le titre que par alliance et symbolisme. L'obsession des héritiers mâles, porteurs de la précieuse semence qui permettait de faire perdure la lignée royale, rappelle que les femmes n'étaient jamais qu'un second choix dans la course royale. le roi représente Dieu, qui ne peut jamais être autre que masculin, et l'espèce humaine, qui ne peut être désignée que par un seul sexe, celui des hommes. Toujours selon l'Eglise, la femme, elle, ne vient qu'après l'homme.
Il est hautement pénible de devoir se farcir toutes ces références à la puissance du phallus comme pilier de la civilisation, même dans un roman de fantasy à décor médiéval. En fait, c'est même démontrer une grande paresse de l'imagination que de sans cesse revenir à un modèle de société qui se caractérise par sa grande violence religieuse envers les femmes et les hérétiques de tous bords. Qui a inventé le rôle de la méchante sorcière ? Qui désigne toute femme comme une séductrice aux mille pouvoirs envoyée par le Diable ? M'est avis que les auteurs doivent cesser de romantiser une période qui restera sans aucune doute la plus pauvre de toute l'histoire de l'humanité, que ce soit en matière de progrès technique ou éthique. La période du Moyen-Âge n'a pour elle que le mythos développé par sa littérature (ce qui est pas mal, ma foi) et c'est vraiment tout le bien qu'elle inspire.
Le propos est simple : les têtes des quatre clans complotent pour tuer leur roi, une espèce d'hybride cerf-homme avec des bois sur la tête. La raison étant que le roi est donc le lien entre le Dieu Urian et les hommes, l'un tissant les fils du destin des autres. L'idée est donc de se libérer de l'emprise de Dieu et de décider de leur avenir. le message que tente de porter le livre est que seul l'être humain est maître de son destin. En effet, la tragédie qui se déroule tout le long du livre n'est due qu'aux choix de ses personnages et Dieu n'a aucune véritable emprise sur leurs vies. Or, l'exécution de l'histoire dessert entièrement le propos et n'apporte aucune profondeur au thème quel qu'il soit. Pour commencer...
Il y a, en tout, sept femmes : Umbre Dewe, Elaine Dewe (mère d'Umbre), Anasie la prophétesse, Theudeusinde Lugen, Gaid Lugen, Vorgell la guerrière, et Sigrune Oren. Il y a aussi une certaine Mektild mais elle si peu importante que je n'ai rien à dire sur elle (elle ne doit avoir qu'une seule scène). Sur ces sept femmes, quatre d'entre elles meurent, deux sont les antagonistes de l'histoire, et la dernière ne sert à rien. Résumons :
• Umbre Dewe : héritière du clan des Dewe, elle est assassinée un peu avant la moitié du roman, tandis qu'elle cherche le meurtrier de son père.
• Dame Elaine Dewe : maîtresse du clan des Dewe, elle devient folle après l'assassinat de son mari et de sa fille et se jette d'une falaise.
• Gaid : fille inconnue de Theudeusinde Lugen, torturée par sa mère, se jette aussi d'une falaise vers la fin, après que son corps mutilé soit révélé aux yeux du héros.
• Anasie : de son vrai nom Geneva, mère du héros (sans que personne ne le sache), tuée une première fois avant sa renaissance en tant que prophétesse du clan, à nouveau tuée durant les premiers chapitres du livre après avoir déblatéré quelques mauvais augures.
• Theudeusinde Lugen : l'antagoniste principale, veut du pouvoir, séductrice, elle aime les décolletés plongeants et tue son père avec qui elle couche, par ailleurs.
• Sigrune Oren : vieille femme de mèche avec Theudeusinde, parce qu'elle veut du pouvoir.
• Vorgell : guerrière (ou lampadaire, je ne sais pas trop).
Les informations données dans ce petit tableau sont à peu près tout ce qui caractérisent ces femmes. Après l'assassinat de son père, Umbre Dewe s'associe à Stig pour découvrir ce qui se trame sur le Wegg. L'auteur nous fait croire que ce personnage fera partie intégrante du voyage, mais elle meurt avoir d'avoir proprement existé aux yeux du lecteur. le seul geste qu'on lui retiendra sera d'avoir confirmé l'empoisonnement de son père en jetant à un de ses chiens un rat qui avait goûté le plat toxique du défunt. Elle est décrite comme "pas spécialement jolie". On sait qu'elle veut se venger, mais elle n'a pas de passé, pas de personnalité. Son amitié à Stig n'en est pas une, puisqu'il ne la connaît pas et qu'ils s'allient plutôt par dépit qu'autre chose. Et c'est tout pour Umbre.
Dame Elaine, sa mère, est maîtresse du clan des Dewe et de mèche avec Theudeusinde et co, du moins, hors-livre. Son mari est tué parce qu'elle prévoyait, visiblement, de tout révéler. On n'en sait pas plus. Sa fille est tuée afin de la pousser à la folie et au suicide (c'était quand même largement parier sur par grand-chose mais comme les femmes sont prédisposées à la folie, j'imagine que ça suffit comme explication, non ?). Elle n'a pas de passé, pas de personnalité. Voilà pour Dame Elaine...
Gaid Lugen est la fille de Theudeusinde Lugen. Elle est décrite comme d'une grande beauté et Stig aussi bien que Johan, l'enfant du clan Oren (petit-fils de Dame Sigrune) qui rejoint leur petite enquête, tombent amoureux d'elle. Vous pensez que c'est cliché ? Tenez-vous bien... Gaid ne fait pas vraiment partie du clan jusqu'à ce qu'elle s'arrange pour s'y infiltrer afin de tuer sa charmante maman qui, on le découvre vers la fin, a décidé d'offrir la chair de sa fille à des esprits pour gagner de plus amples pouvoirs magiques (zzz). Dans une étrange et brève bataille magique entre mère et fille, Theudeusinde déshabille sa fille pour révéler son corps à moitié cramé et manquant de plusieurs parcelles de chairs laissant apparaître les os. La scène est assez graphique. Je ne suis pas certaine du potentiel de survie de quiconque a les fémurs à l'air (infections, tout ça ?), mais enfin, pourquoi pas. Après avoir été exposée et secouée nue dans les airs par l'horrible et méchante sorcière devant ses deux soupirants, Gaid décide que l'humiliation est insupportable et se jette dans le vide. Bye. Que retiendrons-nous de Gaid ? Qu'a-t-elle fait pour l'histoire ? Eh bien, pas grand-chose, à part être victime de l'amour de Johan : au courant de sa mort, après avoir vu tous les avenirs possibles de l'histoire, il décide de risquer la vie de la fille qu'il aime pour l'inciter à tomber amoureux de lui. C'est assez tordu comme explication : le clan de Johan a le pouvoir d'interroger le futur en ayant la possibilité d'entrevoir ce qui revient souvent comme "les fils", comprenons ceux du destin (j'y reviendrai). Selon Johan, il existait un fil en sa faveur, où Gaid le choisirait comme prétendant s'il prouvait sa valeur de guerrier, et patati. Son plan brillant était donc de lui porter secours. L'idée derrière cette ficelle grossière est que le choix des hommes (et là, je suis bien d'accord avec le choix du nom) est le seul qui décide de leur destin. La leçon à retenir est que la tragédie aurait pu être évitée si Johan avait fait un choix différent. C'est drôle : il semble ici plutôt que les femmes soient décidément destinées à souffrir de l'amour que les hommes leur portent. On n'est pas loin de la notion de "crime passionnel" à ce rythme-là. Les hommes aiment tellement les femmes qu'ils les tuent, n'est-ce pas ?
Anasie est la prophétesse du clan Feyren. C'est la seule dont le personnage est un tant soit peu développé via quelques flashbacks succincts concernant sa relation avec Stig. Après tout, c'est sa mère, l'auteur ne pouvait pas entièrement faire l'impasse. Mais son utilité à l'intrigue est somme toute assez relative. Elle répand ici et là la rumeur d'une tragédie à venir, déblatérant de grands et néfastes augures à faire trembler les morts. On apprend qu'à l'époque où elle n'était que simple femme, du nom de Geneva, elle a été empoisonnée par Theudeusinde et sa copine Sigrune pour nourrir l'animosité de son mari envers le dieu Urian, qui donc, dit-on, tisse tous les fils du destin. Ceci pour amener le maître du clan Feyren (le mari de Geneva, vous suivez ?) à comploter avec elles pour tuer le roi de leurs clans, qu'elles rendent responsables de la mort de sa pauvre épouse... Elle est tuée une deuxième fois après avoir partagé ses sombres visions de ruine.
Theudeusinde Lugen est une femme qui a peut-être la cinquantaine, qui aime le pouvoir et met les hommes dans son lit et... même son père, apparemment ? le texte les décrit comme des "amants" mais elle le tue trop vite pour qu'on comprenne quoi, comment, pourquoi. Qu'est-ce que c'est donc censé vouloir dire ? Qu'elle est décidément tordue ? C'est tout de même assez grossier, comme procédé... On ne sait donc pas qui est vraiment Theudeusinde, à part qu'elle est vraiment méchante, avide de pouvoir, et qu'elle se sert de ses charmes, BIEN QU'elle ne soit pas vraiment belle, insiste l'auteur. Même quand on est moches, on peut vendre son corps, après tout...
Dame Sigrune est une vieille femme qui veut aussi s'émanciper du dieu Urian et complote avec sa copine Theudeusinde pour se débarrasser du roi. Je n'ai vraiment rien d'autre à dire sur elle...
Vorgell est une guerrière qui ne fait rien d'autre que de limer son épée et, dans la seule scène qui lui donne plus de deux lignes de dialogue, à repousser les avances d'un homme qui propose de lui faire boire du vin pour la désinhiber. Je suis un peu amère à son sujet : l'auteur m'avait vendue ce personnage pour me convaincre de l'équilibre des sexes dans son histoire. Regardez, une femme guerrière ! Une femme qui se bat ! C'est bien, non ? Il est pas cassé là, ton cliché ? Sauf que... non. Vorgell ne se bat pas et ne prend absolument pas part à l'histoire. Elle est d'une telle inutilité que chaque mention du personnage me rappelait assez brutalement son existence. Elle ne sert que de faire-valoir à l'auteur. David Bry ne sait tellement pas quoi faire avec elle qu'il en fait la seule chose que les auteurs excellent à faire avec leurs personnages féminins : en faire l'objet de désir d'un homme. Il ne peut pas non plus s'empêcher de commenter sur son potentiel de sex-appeal, comme il le fait avec tous les personnages féminins, sans exception. Même quand elle est occupée à aiguiser son arme, David Bry ne peut s'empêcher de parler de "ses formes généreuses" (il est grand temps de bannir ce terme, de même que "ronde" et "pulpeuse", ces choses ne veulent plus rien dire). C'est franchement embarrassant, quand même.
Si je devais m'attarder sur les autres personnages, le constat serait le même, minus le sexisme : ils sont tous extrêmement creux et l'action se déroule principalement dans l'ombre. Les personnages principaux n'interviennent que très peu dans l'intrigue, qu'ils subissent au lieu de faire avancer. Pendant la première moitié du livre, il ne se passe rien, mais absolument rien. Les personnages parlent beaucoup entre eux pour ne donner aucune nouvelle information. Les maigres informations sont répétées, encore et encore, sur plus de 150 pages, de ce style :
"Qu'est-ce qui se passe ?"
"Je ne sais pas, mais je sais que le seigneur Dewe ne s'est pas étouffé, j'ai vu son expression, et j'ai aussi failli mourir par deux fois et le chien d'Umbre est mort après avoir mangé ce rat, sans oublier les augures d'Anasie."
"C'est curieux, oh, oui, c'est très curieux, tu penses que ça pourrait être qui ?"
"Tout ce que je sais, c'est que j'ai failli mourir par deux fois, qu'Umbre a donné ce rat à un de ses chiens et qu'il en est mort, il y a aussi les augures d'Anasie et je te dis que j'ai vu l'expression du seigneur Dewe, il n'avait pas l'air de s'étouffer, on l'a empoisonné, c'est sûr !"
"Mais enfin, ça n'a pas de sens, qui pourrait bien vouloir la mort de tous ces gens ?"
"Je n'en ai aucune idée, mais Umbre a donné ce rat à ses chiens..."
Vous avez compris. Les informations se découvrent par hasard, que ce soit grâce à des conversations qui tombent bien convenablement dans leur oreille (j'ai entendu machin dire) ou par des explications magiques vaseuses. C'est dommage, car ça retire au roman son propos sur le destin : les personnages n'ont aucune emprise sur les événements, ils n'y participent pas, ils en sont simplement victimes. L'importance de Stig, soulignée par les augures d'Anasie, est grossièrement exagérée. On veut l'éliminer, on le perçoit comme une menace, mais même lorsqu'il réchappe à la mort qui lui était assurée, il ne change pas la direction de la trame. le roi est tué, les méchants ont gagné. L'auteur désirait une tragédie shakespearienne. C'est sûr que, avec tous ces morts et ce pathos, on s'en approche. Mais en ôtant tout pouvoir d'action à ses personnages (à part Johan, l'amoureux des femmes), en ne leur donnant pas d'histoire ni de personnalité au-delà de quelques lignes, David Bry passe à côté de son propre propos : que nos vies dépendant de nos choix et de la façon dont tous ces choix impactent la vie des autres.
Trop occupé qu'ils sont à parloter et à philosopher sur le sens du destin, les personnages ne viennent jamais vraiment à la vie, leurs relations sont superficielles et ne reposent sur rien de durable. Une véritable tragédie s'ancre dans les raisons qui motivent les choix des personnages, et le moteur de ces choix ne s'exprime ici que par de vagues idées de l'amour et de la haine. En ce sens, l'histoire ressemble à un conte, comme le désirait l'auteur : elle est tout aussi creuse. On pourrait croire que le thème est trop ambitieux pour un one-shot mais l'échec est à attribuer à la qualité plutôt qu'à la quantité. Il y a trop de personnages, trop de lenteurs, trop de descriptions, pas assez de caractérisation et trop de facilités. Beaucoup de choses sont clairement là pour faire joli et rien d'autre, comme ce fameux "Un fil se brise. Un autre se renforce." qui apparaît presque dans chaque chapitre, comme s'il existait un sens terriblement profond caché là-dessous. Pourtant, la manoeuvre fonctionne : toutes les chroniques la mentionnent, comme le mantra d'une secte...
Par ailleurs, le roman est énormément encensé pour sa poésie. Mais l'émotion n'y est pas. La plupart du temps, l'auteur noie ses lecteurs sous des vagues de descriptions du paysage. Et que le soleil pointe ici, et que la neige tombe, et que les flocons...
"Les nuages, gris, ont repris possession du ciel : caché le soleil. D'innombrables flocons en descendent lentement, noient le plateau surélevé, la plaine, la Clairière tout entière dans une mer de brume et de silence où aucun autre mouvement, aucun autre son que la neige qui tombe ne semble vouloir ou pouvoir exister. de la fumée s'échappe des cheminées qui se dressent sur les toits des bâtisses du Wegg. Les panaches sombres s'élèvent en d'épaisses volutes, disparaissent sous l'effet de l'air glacé qui agite les bannières rectangulaires, carrées ou triangulaires brodées d'une main d'or, d'un oeil ouvert, d'une lune grise ou d'un ours à la gueule béante. Un peu plus loin, la salle des clans au foyer éteint s'est endormie. Elle seule semble s'être soumise à l'hiver, son toit de pierre recouvert d'un manteau plus épais à chaque instant."
Les personnages se lancent souvent dans des exercices du même style :
"Tout ce à quoi je n'aurais peut-être jamais prêté attention si je n'avais pas été atteint de cette infirmité. J'ai découvert les légendes de la Clairière, la magie qui souffle sur les rivières, sur les forêts, dans le vent du matin ou le cri d'un hibou."
Certes, c'est joli, mais ce n'est que ça. Il n'y a pas d'atmosphère, David Bry ne prend pas de risques, il ne s'essaie pas à des images inédites, se cantonnant à des descriptions génériques détachées de l'émotionnel. Elles sont soignées sur la forme, mais c'est le minimum syndical qu'on attend d'un auteur, tout de même. Les nuages cachent le soleil ? Les toits sont recouverts d'un manteau de neige ? La belle affaire. Tous les écrivains savent écrire ces choses. C'est en osant de nouvelles choses qu'un artiste se démarque. David Bry s'entête à décrire les saisons, les vêtements et les victuailles des banquets comme si cela apportait de la richesse à son écriture. Mais Gaid a souvent le sourire doux, le visage doux, l'expression douce, la voix douce. Elle "rougit" et "s'émerveille", elle a une "beauté fragile". Quand les personnages sont mal lunés, ils ont les traits "durs". Allons bon ! Quand Bry s'essaie à quelque chose de plus personnel, ce n'est pas tellement réussi :
"C'est un endroit empli de couleurs que nous ne connaissons pas ici : les tristes et les pâles, celles d'une profondeur insoupçonnée au premier regard comme au second, les chaleureuses et les tourbillonnantes, les tourmentées, les calmes, les insensées."
La maladresse stylistique enlève souvent énormément à l'intention poétique, tant dans la narration que dans les dialogues qui font souvent carton-pâte, non seulement parce qu'ils sont sentencieux mais aussi parce que l'auteur a tellement besoin de donner des informations qu'elles sortent de la bouche de ses personnages de manière totalement impromptue.
Je m'arrête là. Que passe l'hiver ne fait que dans le paraître. Contrairement à ce qu'en disent les blogueurs, son propos sur le destin (des hommes) est vu et revu, ses personnages sont des clichés romanesques et l'écriture, si elle est décente, n'a rien à offrir à l'art. le genre de la fantasy n'y gagne pas non plus : la magie est floue, incompréhensible. Et, comme toujours lorsqu'on a affaire à du pseudo-médiéval, les personnages féminins sont catastrophiques. Quand, lors de notre rencontre, je lui ai fait part de mes doutes sur le progrès de la représentation des femmes dans la littérature, Monsieur Bry s'est montré sceptique. J'ai tout de suite compris ce qui m'attendait.
J'ai quand même été déçue.
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FungiLumini
  01 mai 2018
J'avais dit que je n'achèterais des livres que des auteurs présents à la Foire du Livre de Bruxelles. C'était sans compter sur mon envie de découvrir ce livre depuis sa sortie, sur sa magnifique couverture qui m'attirait comme un aimant, et sur les mots de l'éditeur qui ont fini de me convaincre. Et j'ai bien fait de craquer. ;)
Stig est un jeune garçon au pied bot, fils du chef du clan des Feyren. Il va assister pour la première fois à la fête du solstice, durant laquelle les clans renouvellent leur serment de loyauté à l'Ordrain, fils du dieu Urian. C'est aussi l'occasion de festoyer autour de banquets, musique et contes. Cette année cependant, les choses ne se passent pas comme prévu : les morts s'enchaînent et les fils du destin s'emmêlent et rendent leur lecture floue. le Wegg n'est plus un endroit sûr, mais qui complote dans l'ombre?
En commençant ce livre, j'ai eu un peu peur : l'ouvrage débute par 3 pages de listes de clans et de leurs membres. Je me suis dit que je ne m'en sortirais jamais avec tous ces personnages ! Mais heureusement, chacun est introduit à son tour, et on s'y retrouve assez facilement au final. Il existe 4 clans et chacun possède un don magique : les Feyren se changent en animaux, les Oren lisent les différents fils du destin dans leurs rêves, les Dewe se rendent invisibles en marchant entre le monde réel et le Voile et les Lugen contrôlent les esprits. J'ai trouvé cet univers des clans et de leurs pouvoirs fascinant à découvrir !
Nous nous retrouvons dans un monde fermé : toute l'intrigue se déroule sur le Wegg et dans ses environs. L'ambiance, au départ joyeuse, devient vite sombre et angoissante : les morts sont de plus en plus nombreux, qui sera le prochain à mourir? Un complot se trame et la tension monte de plus en plus, jusqu'à éclater lors des révélations finales. J'ai beaucoup aimé la réflexion sur le destin proposée par l'auteur. Au final, sommes-nous réellement maîtres de nos actions ou notre destin est-il déjà tracé? Chaque acte posé par un personnage renforce ou brise un fil du destin et tisse un certain chemin, avec toujours davantage de possibilités.
L'univers proposé par l'auteur m'a aussi rappelé le moyen-âge, avec ses grands banquets, ses festivités entre le roi et ses vassaux pour prêter serment, les contes oraux déclamés par un barde, les fresques murales dans la salle commune. Un monde ancré dans les traditions et les vieilles croyances. le fait que la réalité soit connectée au monde des esprits, créatures magiques envoûtantes, mais terriblement dangereuses, m'a également beaucoup plu.
J'ai vraiment apprécié le personnage de Stig, jeune homme qui ne croit pas en lui et qui ne voit pas ses forces à cause de son handicap. Comme il ne doit pas devenir chef de clan (son frère, avec qui il a une magnifique relation, est l'héritier), il s'est nourri de contes et de légendes de la Clairière et possède un don d'orateur hors pair. Il va créer des liens forts avec des jeunes d'autres clans, qui vont leur permettre de déceler les indices qui les mèneront à la vérité, chacun mettant son pouvoir de clan au service du groupe d'amis. Cependant, Stig accorde bien trop facilement sa confiance, et cela lui jouera également des tours.
Si la narration principale suit le point de vue de Stig, des interludes nous permettent de voir à travers les yeux de personnages d'autres clans, et nous donnent des indices importants sur les machinations en cours et leurs origines. D'autres protagonistes m'ont captivée, notamment les prophétesses, femmes tatouées qui sont revenues du pays des morts, soi-disant sans âme, et qui lisent les signes du Dieu Urian dans les phénomènes naturels. Et bien sûr, j'ai adoré le personnage du roi cerf Cudwich, figure fantomatique qui est présent sans l'être vraiment, qui hante les paysages enneigés du Wegg. On ne sait pas où le trouver, mais il est là quand il faut pour dispenser sa sagesse et ses conseils. Un être mystérieux à l'aura mystique.
Le style d'écriture de l'auteur est très beau, à la fois poétique, sans en faire trop, et fluide. Chaque chapitre du livre commence par une strophe d'une légende contée, la légende de la dernière fête du solstice racontée par Stig Feyren. La seule chose qui fait que ce livre n'est pas un coup de coeur pour moi est que j'y ai trouvé certaines longueurs. Les éléments de l'enquête qu'on connaissait déjà sont souvent répétés. En fait, j'avais un peu l'impression d'entendre une de ces chansons qui répètent à chaque nouveau couplet les éléments du précédent en y ajoutant un nouveau. Cela donnait une certaine musicalité au texte, mais m'a quand même paru trop répétitif à mon goût.
Un monde fascinant de traditions et de légendes, de magie et de mystère, qui nous emmène dans les montagnes enneigées du Wegg prêter serment au fils du Dieu Urian. le complot qui se trame sera-t-il déjoué par notre héros ? Quels fils du destin ont été tissés pour lui et par lui?
Lien : https://livraisonslitteraire..
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aventurine
  04 mai 2018
Une lecture bouleversante !
Une fois les premières pages tournées, je n'ai pas su me détacher du livre. Au début, par son histoire et son ambiance unique, par la justesse des sentiments décrits et par la réalité dépeinte, et puis peu à peu à travers le destin qui s'assombrit, se dévoile et ne laisse place qu'à une infime part d'espoir. Les tragédies se succèdent, prennent le coeur et m'ont tiré les larmes. Et à travers cette ombre, cette fatalité, cette impossibilité, il reste cet espoir auquel on s'accroche. C'est bouleversant de voir qu'une histoire racontant une telle tragédie parle aussi d'amour, de beauté, de magie et de l'importance de la vie, de l'importance de nos croyances.

Il y aurait tant à dire sur les personnages qui ont parcouru ce roman, sur l'ambiance nordique qui nous immerge, comme un pas de plus en hiver, et sur les questions sur la vie, sur les raisons d'exister et de poursuivre son chemin malgré la souffrance. Ce roman vient autant chercher en profondeur dans ce qu'il y a de plus douloureux en ce monde, tout en montrant la lumière et son importance.
Ce roman mérite bien plus de visibilité qu'il n'en a déjà, tout comme les lecteurs – en quête d'une lecture profonde portée sur la vérité aussi dure soit-elle – devraient être plus nombreux. Ne passez pas à côté !
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BlackWolf
  20 mai 2018
En Résumé : Que Passe l'Hiver s'est révélé au final un très bon moment de lecture nous offrant ainsi un récit de Fantasy, mélange de Tragédie, qui ne manque pas d'intérêt et m'a rapidement captivé. le gros point fort de ce roman vient, selon moi, de son univers, non pas dans sa représentation, qui parait plutôt classique, mais dans l'ambiance à la fois envoûtante et poétique que construit l'auteur tout du long. Il se dégage ainsi une magie de ce monde, quelque-chose de beau, qui offre un sentiment de proximité qui accentue les tensions. L'ensemble est aussi porté par des descriptions et des lieux superbes, à la fois froid, enneigé, et qui pourtant révèlent à la fois beauté et violence. le monde construit autour, très mythologie nordique, même s'il m'a paru classique, ne manque pas de se révéler solide et efficace, avec quelques idées intéressantes. Concernant les personnages, j'ai très vite accroché à Stig, un héros « différent » mais qui s'avère rapidement touchant dans la façon dot il gère justement sa différence, mais aussi dans celle dont il va devoir avancer face aux obstacles rencontrés. Les protagonistes qui gravitent autour du héros, même s'ils sont parfois un peu éclipsés, ne manquent pas pour autant d'attrait. Après je regretterai tout de même une certaine linéarité et parfois une certaine prévisibilité dans le récit, qui ne gâche en rien la lecture, mais limite l'impact de certaines scènes. Au final une très bonne lecture, que je suis content d'avoir découvert, bien porté par une plume entraînante, poétique et soignée. Je lirai sans soucis d'autres écrits de l'auteur.

Retrouvez la chronique complète sur le blog.
Lien : http://www.blog-o-livre.com/..
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sl972
  25 mars 2018
Stig vient d'avoir vingt ans, l'âge de porter une épée et d'être considéré comme adulte. Malgré son pied bot, il peut – enfin ! – se rendre sur le Wegg à l'occasion du solstice d'hiver. le Wegg est l'endroit où réside le roi de l'hiver, fils d'un dieu et d'une mortelle ; le solstice d'hiver, le moment où les quatre clans renouvellent leur serment à leur souverain.
Mais cet événement qu'il a attendu toute sa vie ne se déroule pas du tout comme Stig l'avait imaginé. Dès la première soirée, la mort s'installe sur le Wegg, mystérieuse, implacable et impossible à arrêter.
Alors que Stig essaye désespérément d'éviter la tragédie qui s'annonce, un lien étrange se tisse entre le jeune homme au pied bot et le roi de l'hiver.
David Bry nous offre un récit magnifique, plein de magie et de mélancolie. Sa plume fluide et poétique donne vie à cet univers incroyable qu'il nous fait imaginer, même sans donner beaucoup de détails. le poème qui rythme l'histoire, une strophe à chaque début de chapitre, en est la plus belle preuve : beau dans la simplicité des mots, au rythme captivant et au ton lancinant, dès le début il nous annonce la fin de cette histoire.
Je n'ai pas pu me détacher de ce livre une fois que je l'ai commencé, tant il m'a captivée et fascinée, et je pense que cela est vrai pour tous ceux qui se plongeront dans cet ouvrage. L'hiver peut passer, je n'oublierai certainement pas ce roman.
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critiques presse (1)
Elbakin.net   21 mars 2018
Le drame se déploie, à l’échelle d’une famille, d’un clan, d’un monde. La tension grimpe au fur et à mesure que les pages se tournent, et on se laisse emporter, comme un flocon de neige dans la tourmente.
Lire la critique sur le site : Elbakin.net
Citations et extraits (10) Voir plus Ajouter une citation
CotonCoton   12 avril 2017
Que passe l'hiver sur la Clairière
Aux étranges trouées sombres,
À la magie puissante et aux mystères sans fin,
Aux dieux, aux hommes si cruels.

Que passe l'hiver sur un roi
Mi-dieu mi-homme, au destin funeste ;
Sur celui qui devina la mort de ses terres,
Ne put s’y résoudre.

Que passe l’hiver, oui.
Mais qu’en restent les souvenirs.
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FungiLuminiFungiLumini   01 mai 2018
Rassure-toi. Il n’est jamais trop tard. Jamais. Ce qui ne se répare pas se recrée. Ce qui est brisé s’invente à nouveau. La vie, Stig, possède des ressources infinies. Malgré tout.
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CotonCoton   12 avril 2017
— Juste après notre départ, une meute de loups a hurlé de la tombée du jour jusqu'à l'aube. La veille de notre arrivée ici, j'ai aperçu un essaim de chauves-souris, alors que nous sommes en plein hiver. Et la lune, Stig, et la lune ...
La femme au visage couvert de tatouages avait secoué la tête, hésitante et confuse, avant de reprendre :
— Elle se cache toujours plus dans les nuages. Ses rayons y dessinent de nombreuses runes. J'y ai vu un oiseau, un ravin sans fond, ainsi que les lames de plusieurs épées.
— Et qu'est-ce que tout cela signifie, Anasie ? avait-il demandé.
Elle avait planté ses yeux fiévreux dans ceux du jeune homme, et avait répondu :
— Les augures chantent la mort. La mort, et la souffrance. Ils parlent de la fin de toute chose. Et de toi, Stig.
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marieclairecmarieclairec   06 mai 2018
Je ne crois pas à la sagesse de ceux qui ont le pouvoir... ou qui le cherchent, précise-t-il. La quête du pouvoir est incompatible avec celle du bien-être de son prochain. On peut se battre pour soi, ou pour les autres. Rarement pour les deux.
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FungiLuminiFungiLumini   01 mai 2018
Beaucoup prétendent que les esprits et les oiseaux de Crain vivent derrière le Voile. Je crois que c’est faux. Je pense que le monde des esprits est à l’intérieur de nous, que les esprits ne sont que ce qu’on veut bien imaginer qu’ils sont, et que la magie est le pouvoir de les rendre…juste réels.
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Vidéo de David Bry
Conférence Métamorphes, berserkers, demi-dieux... Et autres créatures imaginaires enregistrée aux Imaginales 2018 Avec Eric Amon, Cassandra O'Donnell, Stefan Platteau et David Bry
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