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ISBN : 9791097434229
Éditeur : Lynks Editions (10/01/2019)

Note moyenne : 4.23/5 (sur 24 notes)
Résumé :
Romain fuit chaque nuit sa demeure bourgeoise et confortable, pour rejoindre la Cour des Miracles où vivent les anormaux – fous, difformes, obèses, et autres parias parqués là par les Lois de l’Église. Le soir de ses quinze ans, il découvre qu’un terrible complot vise les habitants de la Cour.
Des coupe-gorges de Mouffetard aux ruines de Notre-Dame, il devra compter sur son ami Ambroise, sur Joséphine, Lion et Akou, pour lever le voile sur la conjuration et é... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (24) Voir plus Ajouter une critique
Lucilou
  01 décembre 2018
Tout d'abord, merci aux éditions Lynks et à Babelio pour la découverte de ce roman, dans le cadre d'une masse critique consacrée à la littérature jeunesse.
"Le Garçon et la Ville qui ne souriait plus" est un roman singulier, surprenant et dont je ressors un peu mitigée, frustrée. Sur ma faim en fait.
Nous sommes à Paris en 1858, sous l'empire mais pas celui de Napoléon III, non, celui d'un certain Nicéphore le IIIème. La France du roman n'est pas celle du Second Empire que nous connaissons, bien qu' on y retrouve certains points communs: le fossé entre grande bourgeoisie et bas peuple, bals splendides, tractations maritales, mélodies jouées au piano au coeur d'un salon feutré, argot gouailleur... Au jeu des différences, outre le nom de l'empereur, le pouvoir de la religion et le fonctionnement de la société. Dans la France du roman, un jour de novembre 1808 furent votées un ensemble de décisions pour garantir la stabilité, la sérénité du territoire. de ce terrible conciliabule politique influencé par un archevêque aussi fanatique qu'inquiétant naquit "la Police de la Norme" chargée de rechercher puis d'arrêter toute personne coupable de difformité physique ou mentale, de toute maladie de même nature ou de toute conduite contraire à la morale dominante. Traqués, arrêtés, parqués, c'est ainsi que tous les "anormaux" (les obèses, les boiteux, les homosexuels, les grands brûlés, les handicapés... la liste est d'une terrifiante longueur...) se retrouvent à la Cour des Miracles, sur l'île de la Cité et dans les ruines de Notre Dame de Paris.
Romain est le fils aîné du chef de la police et d'une aristocrate déchue. Il vit dans les beaux quartiers de la capitale et pourrait se contenter d'une existence dorée faite de brioches au petit déjeuners, de dîners mondains et d'un brillant mariage de convenance. Mais il a quinze ans et rêve de liberté et d'une autre vie. Il a quinze ans et sa vie l'ennuie tout autant que le chemin que les siens ont tracé pour lui. Et puis.. il y a ce que quelque chose ne lui, ce secret qui lui fait penser que lui aussi est un "anormal", un "indésirable" et il n'en peut plus de se cacher. C'est pour cela entre autre qu'avec son meilleur ami Ambroise, il aime à faire le mur pour aller apprendre la savate à Montmartre, boire dans un cabaret louche de la rue Mouffetard et surtout se rendre à la Cour des Miracles qui l'attire comme un aimant.
Un soir Romain découvre presque par hasard qu'un gigantesque complot menace la Cour des Miracles et la vie de ses habitants. L'adolescent décide alors de tout faire pour les sauver, quitte à rompre avec les siens. Il entraîne dans son sillage Ambroise mais aussi ses nouveaux amis de la cour: Lion, Akou, Joséphine... Mais le chemin vers la lumière sera long et semé d'embûches: qui croire? Comment lutter contre une conjuration qui prend racine dans les plus hautes sphères du pouvoir? Qui sont les lames noires qui n'hésitent pas à tuer au nom de la religion? Comment mettre fin à cinquante d'intolérance et de peur?
Il y a du bon, voire du très bon, dans ce roman et du moins bon.
Le bon, c'est l'univers né de la plume de David Bry: garder les caractéristiques de notre Second Empire tout en lui conférant une dimension complètement nouvelle avec la Police de la Norme, le ghetto d'indésirables... Je sais que le terme "dystopie" sert le plus souvent (toujours?) à qualifier une oeuvre qui décrit une société future et imaginaire qui empêche ses membres d'être heureux et qui veux mettre en garde contre les dangers des idéologies dominantes, mais ce mot me semble approprié pour "Le Garçon et la Ville qui ne souriait plus", sauf que nous voilà dans une "dystopie du passé"... C'est très bien pensé, on est proche de la fascination mais c'est aussi là que le bât blesse: on voudrait en savoir plus. Cet aspect du roman aurait mérité d'être développé, approfondi. L'auteur passe souvent trop vite sur ce cadre, ce qui l'a amené, sur le pourquoi du comment... L'idée était si géniale... c'est dommage de ne pas l'exploiter à fond...
Le bon, c'est aussi la sensibilité de l'écriture qui sait très bien rendre les tourments et les questionnements de Romain, joli personnage tout en finesse et en sensibilité.
Le bon, ce sont aussi d'attachants personnages secondaires (j'ai personnellement un faible pour Roderic de Sens).
Le bon, c'est encore l'idée d'avoir mis au début de chaque chapitre des extraits de chansons, de journaux intimes de personnages, de textes de lois relatifs au monde décrit et qui tente de se déployer dans le roman.
Le bon, c'est enfin ce XIX°siècle bien dépeint qui rappelle Eugène Sue avec sa profusion de personnages atypiques et gouailleurs au parler argotique savoureux, qui rappelle aussi parfois le Gavroche de Hugo ou sa Cour des Miracles.
Au registre des points négatifs, il y a ce manque de profondeur que j'ai tant regretté, qui m'a tant frustré et dont j'ai parlé plus haut. Pourquoi? Comment en sont-ils arrivés là?
Il y a aussi cette impression générale désagréable d'un roman qui va trop vite, beaucoup trop vite: tout arrive au bon moment et rapidement aux personnages. Même quand ces derniers sont en difficultés, ils s'en sortent trop bien trop rapidement... Cette sensation est particulièrement présente pour la fin du roman menée tambour battant, si bien qu'elle manque de vraisemblance parfois et d'explications.
Il y avait matière à écrire un chef d'oeuvre mais le tout donne l'impression d'avoir été bâclé... C'est d'autant plus regrettable que les idées étaient là et bien là, excellentes... Oui mais voilà... Un roman qui aurait mérité plus d'approfondissement, de labeur peut-être...
Pas un mauvais moment en somme, mais un moment gâché par cette impression et la frustration qui en découle.

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FungiLumini
  17 janvier 2019
Je remercie les éditions Lynks pour l'envoi de ce livre ! C'était une des sorties que j'attendais le plus de ce début d'année, ayant adoré Que passe l'hiver du même auteur. Et il s'est fait attendre ce colis (c'était une super belle box avec deux posters, une clé et un livret en plus du livre ❤ ), puisque la poste l'avait égaré, puis miraculeusement retrouvé ! Je n'ai jamais été aussi contente de voir mon facteur arriver avec cette box 😀 Bien que ce livre soit assez volumineux, je l'ai dévoré !
Romain fait partie de la haute société de Paris, mais ne s'y sent pas à sa place. Tous les soirs, il s'échappe par sa fenêtre et plonge dans le fleuve pour aller observer les soirées festives de la Cour des Miracles. Cet endroit, situé sur l'île de la Cité (où se trouve Notre-Dame de Paris), regroupe tout ce que la ville abrite d' »anormaux », ces personnes rejetées pour leurs physiques différents, esprits jugés dérangés ou moeurs dépravées. Tout aurait pu continuer ainsi si Romain n'avait pas appris en écoutant aux portes du bureau de son père (chef de police) qu'un complot visait à détruire l'île, se débarrassant ainsi de ses habitants indésirables par la même occasion…
L'auteur nous décrit une société dans laquelle la différence n'a pas sa place, un monde régi par les lois de la Norme et la peur, qui dictent la bonne conduite à adopter, le physique à avoir et qui ne laissent aucune place à la liberté. Ordre et sécurité sont de rigueur. Notre protagoniste cache un secret qu'il ne peut révéler à personne – même pas à ses proches, ce qui lui pèse énormément – sous peine de se retrouver à son tour paria. Avec l'annonce du complot, il va devoir choisir entre sa famille, très stricte et conformiste mais qu'il aime et qu'il ne veut pas décevoir, et ce peuple à qui il s'identifie de plus en plus et qu'il apprend à connaître pour son plus grand plaisir. Un choix difficile entre qui il doit paraître être et qui il est véritablement.
Je trouve que l'auteur a construit de magnifiques personnages dans ce récit, des êtres à qui on s'accroche et qui nous touchent énormément, par leur vécu, mais aussi par leur courage et leur persévérance. Tous veulent sauver la Cour des Miracles et n'hésiteront pas à mettre leur vie en danger pour y parvenir et ainsi sauver les gens qu'ils aiment. Une véritable famille s'est formée sur l'île, sans lien de sang, mais unie par un attachement bien plus fort. Liés dans l'adversité et la misère, ils s'entraident pour survivre, partageant ensemble le butin du jour pour que chacun puisse manger.
Si j'ai aimé suivre Romain et partager avec lui ses aventures, c'est les personnages de Lion et Zacharie qui m'ont le plus touchée. Lion est un grand rouquin costaud avec une partie du visage déformée, qu'il cache sous ses mèches. Il est brave, courageux et défend avec ferveur ses amis. Zacharie est quant à lui un petit garçon avec des taches de vin qui sont apparues sur sa peau et un zozotement trop mignon. Abandonné par sa famille, il attend toujours désespérément sa maman, car il est sûr et certain qu'elle va venir le rechercher.
L'auteur fait parler ses personnages « anormaux » avec un parler particulier : celui de la Cour des Miracles (un lexique est disponible à la fin de l'ouvrage si besoin, mais je n'en ai presque jamais eu besoin pour ma part). Une langue à part qui donne un ton particulièrement familier et doux aux personnages qui la parlent.
Les valeurs mises en avant dans ce livre sont essentielles : refuser l'ordre établi quand il est injuste, exiger la liberté, avoir le droit d'être soi-même tout simplement. Vers la fin, plusieurs scènes m'ont mis la larme à l'oeil, tellement elles étaient touchantes, fortes en émotions. Quand enfin les injustices sont dénoncées, quand enfin les gens se lèvent pour défendre les laissés pour compte, même si c'est parfois en vain, cela fait tellement chaud au coeur.
Dernière chose, mais non des moindres, la mise en page du livre est top ! Chaque chapitre commence par un extrait de loi, de discours d'un officiel, d'une chanson populaire, qui nous plonge directement dans cette société atypique et son fonctionnement. À la fin de chaque partie se trouve l'illustration d'un objet déterminant dans le chapitre. Et cette couverture magnifique, on en parle aussi? Tout est fait pour vous attirer vers ce livre, et vous auriez bien raison de craquer, parce qu'il est vraiment super !
J'ai juste trouvé dommage que la partie de l'île plus dangereuse soit sous-utilisée. On l'évoque vaguement comme un endroit sordide regroupant les assassins, voleurs et autres truands mais on n'y met presque pas les pieds et ses habitants ne semblent pas vouloir s'impliquer dans le sauvetage de l'île, qui les concerne pourtant directement ! Autre petit élément, mais qui ne devrait pas déranger le lecteur qui a acheté le livre : j'ai reçu un petit livret avec une nouvelle de 4 pages, sorte d'épilogue à l'histoire. Je pense cependant que je n'ai eu qu'une seule des 5 parties (« à l'église Sainte-Mathilde »). Si des chroniqueurs qui ont reçu les autres parties sont intéressés par des échanges avec les parties que je n'ai pas, n'hésitez pas à me le dire en commentaire ! :p J'espère que la maison d'édition ou l'auteur rendront ces contenus accessibles à tous !
Une magnifique couverture qui cache un superbe roman plein de belles valeurs : courage, force de caractère, amitié, amour et bravoure. Des personnages super touchants à qui on s'accroche énormément. Une ode à la différence et contre les injustices qui régissent la société. À lire sans modération !
Lien : https://livraisonslitteraire..
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LightandSmell
  20 janvier 2019
Comme toujours avec les éditions Lynks, la couverture du roman attire le regard, mais le superbe travail d'édition ne s'arrête pas là puisque vous découvrirez, à la fin de chaque chapitre, une illustration… Un petit détail qui rend cette expérience de lecture, déjà fort plaisante, encore plus agréable.
Le garçon et la ville qui ne souriait plus est, en effet, un roman que j'ai dévoré complètement happée par l'histoire, et la manière dont David Bry introduit ses personnages et son intrigue. Il nous plonge dès les premières lignes, ou presque, dans un Paris du 19e siècle hostile à toute forme de différence ! Les personnes ne respectant pas les Lois de la Norme édictées par la puissante Église sont considérées comme une menace pour la société. Et à ce titre, elles sont tout simplement parquées sur une île au sein de laquelle s'est constituée, par la force des choses, la Cour des Miracles.
Alors que cette assemblée d'anormaux rebute et suscite l'hostilité d'une grande partie des Parisiens, Romain, quant à lui, est fasciné par cet espace de liberté qu'il se complaît à épier la nuit tombée, quitte à prendre de gros risques. En tant que fils du Chef de la Police, sa place n'est pas parmi ces fous, infirmes et autres laissés-pour-compte, mais dans une maison bourgeoise à se forger un reluisant avenir… Mais si Romain ne manquerait pour rien au monde ses virées nocturnes, ce n'est pas que pour fuir une vie qui ne lui sied pas, c'est avant tout pour une autre raison, une de celles qui le poussent à se sentir bien plus proche de tous ces parias que des siens, nobles et autres bourgeois.
Bien que ce soit extrêmement frustrant pour moi, je n'en dirai pas plus sur ce sujet si ce n'est que j'ai adoré la manière dont l'auteur aborde un sujet encore tabou dans certaines cultures et certains milieux. C'est fait avec beaucoup de délicatesse et de sensibilité au point d'en faire, du moins à mes yeux, un des atouts de ce livre. Mais c'est loin d'être le seul…
À travers ce Paris qui chasse et qui pourchasse tous ceux qui n'ont pas la chance d'entrer dans les carcans de la norme, l'auteur nous offre une très belle dénonciation de l'intolérance, et par ricochet, un très bel hymne à la tolérance. Comme Romain, vous ne pourrez qu'être offusqués, si ce n'est révoltés, par la manière dont un groupe de personnes s'arrogent le droit de vie et de mort sur d'autres humains jugés inférieurs pour des motifs abscons et ridicules. Cela n'est pas d'ailleurs sans rappeler, dans une certaine mesure, une certaine idéologie et ses monstrueuses conséquences…
Au fil des pages, on se prend d'affection pour Romain qui va tout tenter pour sauver les anormaux d'un horrible complot qu'il découvre par hasard. Il n'a alors pas d'autre choix que de se lancer, aux côtés de ses amis, dans une course effrénée contre la montre, quitte à devoir trahir les siens et à renoncer à une vie de nanti. le chemin pour démanteler le complot sera semé d'embûches et de dangers, mais il sera aussi ponctué de belles rencontres, d'amour et d'amitié.
Courageux et réactif, Romain se révèle la pierre angulaire du roman. de par sa force de caractère et la manière dont il essaie de rester fidèle à ses idéaux, malgré les difficultés, il réussit à fédérer des personnes très différentes de lui, même si la peur poussera certaines d'entre elles à préférer la violence à la raison. Idéaliste, sans être rêveur, et motivé par des valeurs fortes, Romain est donc un personnage dont j'ai aimé la construction et l'évolution.
Les autres personnages sont également intéressants, chacun ayant une personnalité forte, mais ils auraient peut-être mérité un peu plus de consistance. Mais je comprends le choix de l'auteur de centrer son intrigue sur Romain et ses relations avec les autres protagonistes plutôt que d'approfondir la psychologie de chacun. Cela ne m'a d'ailleurs pas empêchée de me prendre d'affection pour certains personnages comme Ambroise, le meilleur ami de Romain. On sent chez lui cette même soif de liberté et cette même gentillesse qui le pousse à prendre des risques par amitié et par conviction. Un autre personnage, en retrait pendant une partie du livre, m'a également beaucoup touchée. Il prouve que les apparences peuvent être trompeuses et que par amour, certaines personnes sont prêtes à faire de grands sacrifices…
Le livre fait 350 pages, mais je l'ai presque lu d'une traite, la fluidité de la plume de l'auteur, le rythme du récit, la présence de nombreux dialogues et l'enchevêtrement rapide des événements rendant la lecture aussi prenante qu'immersive. de la même manière, en introduisant chacun des chapitres par des extraits de documents officiels ou plus personnels, l'auteur facilite l'immersion dans ce Paris sombre et intolérant dont on découvre, petit à petit, les règles et les principes. Difficile donc de s'ennuyer avec cette aventure menée tambour battant d'autant que se dégage de l'intrigue une certaine tension : à mesure que les heures et les jours passent, on ressent une véritable angoisse à l'idée que la foudre s'abatte sur la Cour des Miracles. Ce sentiment d'urgence vous poussera à tourner les pages les unes après les autres avec l'espoir que Romain et ses amis arrivent à déjouer l'infâme complot.
En conclusion, grâce à une plume fluide et élégante, et un protagoniste qui se bat pour ses idéaux, la liberté et le droit d'être soi, l'auteur nous offre ici une très belle aventure et un joli hymne à la tolérance. Si vous recherchez une lecture rythmée qui vous fera vivre mille péripéties et mille émotions, le garçon et la ville qui ne souriait plus est fait pour vous.
Et vous, envie de découvrir le garçon et la ville qui ne souriait plus ?

Lien : https://lightandsmell.wordpr..
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Aryia
  01 mars 2019
Je suis intimement persuadée que les auteurs sont des magiciens. Comment pourrait-il en être autrement ? A travers de simples lettres, regroupées en mots, eux-mêmes liés en phrases pour former paragraphes, chapitres et ouvrages, ils parviennent non seulement à nous faire oublier le monde qui nous entoure pour nous faire vivre d'extraordinaires aventures aux côtés d'êtres de papier, mais arrivent également à nous chambouler, nous bouleverser, nous métamorphoser … sans que nous ne comprenions pourquoi ni comment. Vous lisez, tout simplement, vous vous laissez entrainer par l'histoire et lorsque vous tournez la dernière page, vous n'êtes plus tout à fait le même. Une petite part du récit est restée gravée dans votre coeur, et vous a transformé : il y a un « avant » le livre, et un « après ». Il est souvent difficile de distinguer ce qui a changé au cours de la lecture, mais c'est indéniable, ce livre vous a marqué à jamais … Ai-je besoin de préciser que La garçon et la ville qui ne souriait plus fait partie de ces « lectures magiques » ?
Chaque nuit, tandis qu'approche le couvre-feu, Romain quitte en cachette sa riche demeure et traverse la Seine à la nage pour rejoindre la Cour des Miracles, où sont parqués les anormaux rejetés par la loi de la Norme édictée des décennies plus tôt par l'Archevêque de Paris. Perché sur l'une des tourelles des ruines de Notre-Dame, il observe les danses et les rires de ces parias de l'Eglise et de l'Empire. Lors de la fête mondaine organisée par sa mère pour ses quinze ans, le jeune homme avide d'amour et de liberté découvre par hasard que les jours de la Cour sont comptés … Bien décidé à empêcher ce massacre, Romain averti les habitants de la Cour du danger qui les menace, et jure de les aider à s'en sortir. Même si cela signifie trahir les siens et risquer tout, jusqu'à sa vie …
Véritable uchronie dystopique, ce roman nous plonge au coeur d'une société dictée par les Lois de la Norme. Ces dernières, édictées au nom de la stabilité de l'Empire, interdisent aux nains, fous, homosexuels, malformés, obèses, défigurés et autres anormaux, êtres damnés et rejetés par Dieu lui-même, de se mêler à la population. L'occasion pour le lecteur de réfléchir à ce qu'est la normalité, à la peur de la différence, au pouvoir des lois et à la force des jugements d'autrui … C'est un livre qui révolte : comment une mère peut-elle abandonner son enfant malade à cause d'une loi ? comment un époux peut-il faire interner sa femme morte de chagrin uniquement pour conserver son poste ? Pour l'étudiante en théologie catholique que je suis, c'est également un livre qui fait écho aux plus sombres facettes de l'Eglise au fil de son histoire … Dogme fait foi, mais que faire lorsque les dogmes, créations d'hommes soumis aux appétits humains, s'opposent aux fondements-mêmes de la foi ? Que faire, surtout, lorsque le pouvoir temporel légifère à partir de ces dogmes ? Que faire face à une loi profondément injuste et inhumaine, humiliante et déshumanisante ? de quel droit un homme peut-il s'arroger le pouvoir de vie et de mort sur autrui, simplement parce qu'il est malade ou obèse ?
Romain, notre jeune héros, vit sous le joug combiné de cette société normalisée et de sa mère obsédée par la bienséance et les relations mondaines. Je me suis très rapidement attachée à ce jeune homme, tiraillé entre sa volonté de ne pas décevoir ses parents et son irrésistible besoin d'amour et de liberté … Car contrairement à ce que pense Akou, Romain a beau vivre dans une riche demeure et avoir « tout », il lui manque l'essentiel : la possibilité d'être pleinement lui-même, sans rien avoir à cacher à quiconque. Car derrière la course contre la montre dans laquelle est entrainé Romain pour sauver la Cour des Miracles et ses habitants du terrible complot de l'Archevêque se cache une quête bien plus profonde … Romain est à la recherche de sa propre identité, du sens à donner à son existence. Il n'existe plus uniquement dans la confrontation aux attentes maternelles ou pour la recherche de la fierté paternelle : il existe par et pour lui-même, libre de faire ses propres choix et d'affirmer ses propres opinions. J'ai beaucoup aimé son courage mais aussi sa sensibilité, sa fragilité, sa maladresse également …
Mais ce livre, c'est également un page-turner incroyablement captivant, où complots et trahisons se mêlent et s'entremêlent, où l'on ne sait plus à qui se fier et de qui se méfier. le temps presse, la tension monte, et chaque page nous rapproche un peu plus du dénouement que l'on pressent explosif et déchirant. C'est un livre qui se dévore, le coeur battant, le souffle court. On tremble pour Romain et Lion, pour Joséphine et Akou, pour le petit Zacharie et pour Ambroise. S'en sortiront-ils tous vivants ? Réussiront-ils à stopper la terrible machination qui menace la Cour des Miracles ? Page après page, chapitre après chapitre, la situation semble de plus en plus désespérée, et on se demande bien comment ils vont parvenir à venir à bout des manigances des grands de ce monde … Des phrases courtes et percutantes viennent compléter le tableau pour offrir au lecteur une histoire au rythme effréné et haletant, riche en mystère, suspense, action et émotion !
En bref, vous l'aurez compris, ce livre est tout simplement extraordinaire, et il ne fait aucun doute que je m'en souviendrais bien longtemps ! L'auteur nous offre ici une histoire atypique et puissante qui évoque avec brio la quête de liberté et d'identité, la différence et l'adolescence, qui nous fait passer par une ribambelle d'émotions et qui nous happe du début à la fin … Je vous invite donc à vous jeter sur ce livre si vous le croisez dans une librairie, à vous installer bien confortablement avec un monticule de gâteaux à vos côtés afin de pouvoir vous plonger à corps perdu dans ce récit mené à tambours battants ! N'hésitez pas, également, à l'offrir un peu partout autour de vous, car ce livre mérite vraiment d'être connu … C'est une vraie pépite littéraire, et en plus la couverture est absolument magnifique ! N'attendez plus !
Lien : https://lesmotsetaientlivres..
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xnewlo
  05 février 2019
C'est la magnifique couverture et l'histoire atypique qui a porté mon choix sur ce livre lors de la dernière opération Masse Critique. Je remercie donc les éditions Lynks et Babelio pour m'avoir permis de découvrir ce roman.
On suit l'histoire de Romain, adolescent bourgeois, qui s'efforce de suivre le chemin que ses parents se donnent tant de mal à lui tracer. Mais, au fond de lui, ce jeune homme sait qu'il est différent des autres, et n'est pas heureux dans la vie que l'on est en train de lui choisir. Pour palier à cela, Romain s'enfuit de chez lui chaque nuit pour se rendre à la "Cour des Miracles", une île en plein coeur de Paris, où sont parqués les "anormaux", dont la société et l'Église ne veulent plus. Il va y découvrir la joie, l'amitié, l'amour, la liberté. Hélas, bien vite, le jeune homme va vite se rendre compte que l'île est en péril et qu'un complot se prépare pour l'éradiquer... Romain va donc devoir lutter pour protéger la "Cour des Miracles", quitte à tout perdre...
Romain est un jeune homme sensible, intéressant et courageux. Il est humble malgré sa condition de bourgeois, et est prêt à tout pour aider son prochain. Il a grand soif de liberté et de découvertes, choses qu'il n'a pas dans sa vie morose toute tracée...
Ambroise est le meilleur ami de Romain. C'est le fils du préfet de la ville. Cela ne l'empêche pourtant pas d'accompagner son camarade dans ses escapades nocturnes ! C'est un jeune homme digne de confiance, sur qui l'on peut compter.
Enfin, il y a foule de personnages secondaires dans cet ouvrage. Parmi eux, Lion, un jeune rouquin téméraire, Akou son ami, Ninon la domestique de la famille de Romain, Adélaïde la soeur de Romain, les "Guenillards", etc..
Dans l'ensemble, "Le garçon et la ville qui ne souriait plus" est assez divertissant. L'histoire n'est pas si originale que cela, mais le fait de l'intégrer dans le 19éme siècle, plutôt qu'à une époque futuriste, donne un rendu atypique mais bien mené. J'ai plutôt apprécié les différents personnages, assez nuancés et donc parfois difficiles à cerner tout au long de l'histoire.
L'époque, ainsi que la place de l'Église dans la société étaient intéressants à suivre.
Mention spéciale aux documents et aux illustrations à chaque début de chapitres, qui sont absolument magnifiques et s'incluent parfaitement dans le récit. Ce livre est vraiment très beau sur la forme.
Sur le fond, c'est divertissant, original, mais par moment, cela manque tout de même de détails. Les dernières pages tournées, on reste sur notre faim, et on aurait tellement voulu en savoir davantage sur les "anormaux", et sur l'évolution de la société présentée. Une fin un peu vite expédiée en somme, et un cadre spatio-temporel qui méritait davantage d'approfondissement.
En conclusion, ce livre est magnifique, que ce soit la couverture, ou les illustrations à chaque début de chapitre. L'histoire est agréable et divertissante. Les personnages sont attachants.
Toutefois, l'ensemble méritait un peu plus d'approfondissement compte tenu du potentiel immense de l'histoire. Un peu dommage, mais le roman reste bon. Bonne lecture !
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Citations et extraits (13) Voir plus Ajouter une citation
ReveursEtMangeursDePapierReveursEtMangeursDePapier   26 janvier 2019
- Je comprends pas qu'tu parles de chez toi comme l'enfer, continue le garçon à la peau d'ébène. T'as tout c'que nous on rêverait d'avoir. T'as un lit, des p'tits pains, des gens qui s'occupent de toi. T'as rien à voler pour le lendemain. Tu dors au chaud quand y caille ou quand le ciel y nous pisse dessus.
Romain se tourne et plonge ses yeux dans les siens.
- Tu as raison, Akou. Mais il me manque une chose. Une seule qui gâche toutes les autres, que vous avez et que moi je n'ai pas.
- Et c'est quoi, ce fameux trésor?
- La liberté.
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KrystieWonkaKrystieWonka   24 février 2019
- Aimeriez-vous n'être entourés que de personnes complètement identiques à vous ? demande-t-il.
Romain et Ambroise secouent la tête en même temps.
- Ce serait terrifiant, acquiesce le prince. Il n'y aurait plus d'inconnu. Plus de surprise. Plus d'incertitudes. Plus rien pour nous déranger, nous changer. Nous n'aurions plus besoin de défendre nos avis : nous aurions tous les mêmes. Nous n'aurions même plus besoin d'avoir des avis, d'ailleurs ! Ce serait la fin de ce qui rend chacun de nous unique... et donc absolument indispensables aux autres.
Malgré son souffle court, il poursuit :
- Contrairement à certains penseurs de l’Église, je suis convaincu que la différence est justement le fondement de la société. Elle nous enrichit, nous ouvre, des horizons sans limites. Elle nous permet d'envisager plusieurs chemins, de les jauger et d'ensuite prendre le meilleur. Sans différence, la société stagne, n'évolue plus. C'est la mort assurée.
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FungiLuminiFungiLumini   17 janvier 2019
Nous savons tous, bien sûr, qui sont ces ennemis: ceux que Dieu, dans Son immense bonté, nous avait depuis si longtemps désignés par leurs traits ou leurs esprits si différents des nôtres, par leurs mœurs incompatibles avec la bienséance, les règles de la nature et celles de Dieu. Les anormaux.
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FungiLuminiFungiLumini   17 janvier 2019
Tu es mon ami parce qu’avec toi, il n’y a pas de limite à ce qu’on peut vivre, à ce qu’on peut essayer d’être. Je comprends aujourd’hui pourquoi. Mais ça n’enlève rien. Au contraire. Ça t’ajoute le courage. Alors, pour tout ça, tu es et tu resteras mon ami. Quoi que tu sois.
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DreamBookeuseDreamBookeuse   04 février 2019
En ce onze septembre mille huit cent huit, la nouvelle loi relative à la stabilité de l’Empire ordonne :
– Que soit créé la Police de la Norme
– Que cette Police de la Norme arrête toute personne coupable de difformité physique ou mentale, de toute maladie de même nature ainsi que de toute conduite ou mœurs contraire à la Nature.
– Que tout citoyen permettant la découverte d’un individu présentant des troubles d’anormalité soit récompensé d’un quart d’once d’or.
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