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EAN : 9782021534986
288 pages
Seuil (22/09/2023)
3.7/5   10 notes
Résumé :
Les histoires de ce livre ne sont pas des faits isolés. Repas insuffisants, équipes réduites, bébés maltraités et pression sur les salariés sont les premiers symptômes d'un système à la dérive. Le désengagement des pouvoirs publics, conjugué à la volonté de créer des places coûte que coûte, a ouvert la voie à de nouveaux acteurs privés en quête effrénée de profits. Les crèches sont aujourd'hui une industrie qui pèse 1, 5 milliard d'euros de chiffre d'affaires.
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
L'enquête de Daphné Gastaldi et Mathieu Périsse "Le prix du berceau : ce que la privatisation des crèches fait aux enfants", est une enquête journalistique assez classique qui nous montre les conséquences de la déréglementation dans l'univers de l'accueil des jeunes enfants en crèches. Les deux journalistes font le travail, et documentent, d'un exemple l'autre, les dysfonctionnements d'un système. Leur angle insiste particulièrement sur la montée de la privatisation des crèches qui représentent désormais un quart des places, alors que les crèches privées étaient quasiment inexistantes il y a 20 ans. Si les effets délétères de la privatisation et de la déréglementation sont bien soulignés, il me semble que les auteurs peinent pourtant à nous faire entrer dans “les tableurs Excel” qui sont devenus le coeur véritable de l'activité des crèches, publiques, privées comme associatives. C'est pourtant bien là que les objectifs sont consignés, que les commandes sont passées, que les résultats sont calculés. Ces tableurs qui pilotent désormais l'ensemble du système, qui assurent le reporting le plus précis, portent en eux des objectifs qui sont devenus impossibles à tenir et qui conduisent à la maltraitance des enfants comme des employées. Ces calculs ont un impact total sur toute la chaîne gestionnaire, à l'image des primes des responsables de crèches privées qui répondent justement de ces objectifs (par exemple le ratio de repas commandés qui a longtemps été chez certaines crèches privées, l'un des critères, poussant à faire souvent un peu moins de commande que nécessaire et donnant lieu parfois à des maltraitances).
Le grand problème du livre, c'est que les défaillances qu'ils exposent semblent plus spécifiques que systémiques. Gastaldi et Périsse ont beau montrer que celles-ci sont partout, les exemples de dysfonctionnement restent toujours situés, avec des parents et des personnels surtout isolés face aux difficultés. Leur prudence peine à montrer combien l'austérité fait système. Les contrôles sont structurellement défaillants mais se cristallisent sur des problèmes ponctuels. Pourtant, ils montrent très bien qu'une même logique est venue imprégner le secteur. Et cette logique n'est pas que celle d'une rentabilité marchande, mais bien celle d'une rentabilité tout court, assurée et poussée jusqu'au coeur du système public lui-même, qui préfère désormais déléguer ce service et qui l'oblige à des formes de rentabilité intenable. le coeur de cette transformation à la rentabilité semble surtout être la PSU, la prestation de service unique, le système de subvention de la Caf aux crèches, qui a imposé un contrôle du remplissage à l'heure depuis 2014. le changement du mode de calcul des modalités de subventions par la Caf semble avoir eu l'impact le plus profond sur la mise sous pression des crèches quelques soient leurs statuts. La PSU a notamment renforcé l'accueil à la volée sur l'accueil organisé, à l'image du service CrèchesLib, une espèce de Doctolib de la garde d'enfant pour tenter de trouver les “enfants magiques” permettant de remplir les trous, c'est-à-dire des enfants qui ne viendraient que de 7 à 9 heures le matin, au moment où le ratio de remplissage est souvent imparfait…
Alors que les systèmes de reporting et de calculs sont très précis, ils produisent des moyennes anesthésiantes faisant disparaître les dysfonctionnements et les difficultés quotidiennes. Sur la durée, le nombre d'équivalents temps plein (c'est ainsi qu'on parle des agents) semble respecté, quand, à plein de moments dans la journée, le personnel est insuffisant… Ce sont les modes de calculs eux-mêmes qui favorisent le sous-effectif tout en rendant plus difficile le fait de le constater, via les lissages et moyennisations…
L'optimisation du pilotage de la masse salariale en fonction du remplissage est devenu le coeur de l'activité de tous les acteurs, leur seul point de focal. Mais ces indicateurs et ratios ne sont pas que l'apanage du secteur privé, ils sont les indicateurs de tous : CAF, collectivités et inspections. Ils valorisent et poussent partout au surbooking et au remplissage. “Dans nos carnets d'interviews, les mots “facturation”, “taux d'occupation” ou “budget” reviennent plus souvent que “jeux” ou “pédagogie””. Les enfants comme les personnels ne sont pas dans les tableurs autrement que sous la forme d'heures, de places et de ratios à atteindre… Les activités elles-mêmes n'y ont aucune place. Quant au temps passé à changer une couche ou à donner un biberon, il sont eux aussi cadencés. La réponse à la précarité des personnels a consisté à ouvrir le recrutement au personnel non qualifié plutôt que d'améliorer les conditions de travail ou les rémunérations. Même les taux de remboursement du PSU ont augmenté bien moins que le Smic ou que l'inflation. La précarisation ressemble de plus en plus à une chaîne de formules dans des tableurs Excel.
Quand on lit que les crèches privées ont un taux de profit de près de 6% en moyenne (certaines jusqu'à 25%), que les patrons des groupes de crèches privées ont tous fait leur entrée dans les classements des plus grosses fortunes… Quand on voit comment la politique a abaissé les normes d'accueil (dans les micro-crèches autorisées depuis 2007, on est passé de 9 enfants maximum à 12 en 2022, dans les autres, depuis 2010, l'accueil en surnombre est autorisé jusqu'à 20% des effectifs) pour favoriser justement les investissements et la rentabilité… Quand on lit combien les entreprises de crèches dépendent de l'argent public (aide à l'investissement pour créer des crèches, financements de la CAF, clients publics qui achètent des places, crédit impôt famille pour les entreprises qui leur permettent d'avoir une remise fiscale quand ils réservent des places, sans plafonnement par places réservées…), on comprend très bien qu'un système est effectivement à l'oeuvre et que bien avant que de maltraiter les enfants et les personnels, ce sont les comptes publics qui le sont. On a l'impression à lire l'enquête que le système est structuré pour soutenir les puissants et désarmer les individus. Sans réforme du PSU, sans limiter le niveau de rentabilité attendu (au plus bas niveau, c'est-à-dire à celui des crèches elles-mêmes), sans revaloriser les salaires et les statuts… il est probable que les crèches continueront d'être abimées. On ne devrait pourtant pas pouvoir faire commerce de tout, en tout cas pas avec les mêmes règles dans tous les secteurs. C'est ce que nous rappellent Daphné Gastaldi et Mathieu Périsse.
Pourtant, aucune annonce à venir ne semble pouvoir venir peser sur le prix du calcul, c'est-à-dire la manière même dont les choses sont calculées. On le voit avec l'inflation galopante actuelle, motivée uniquement par une rentabilité inédite et sans limite : aucune mesure n'est prise pour la limiter, la contraindre, l'encadrer. Les crèches ressemblent à des tablettes de chocolat, dont le poids s'effrite à mesure que leur prix s'envole, sur la seule base de l'amélioration du taux de profit. Et ces logiques de rendement sont désormais au coeur même des outils et des modèles déployés.
Lien : https://hubertguillaud.wordp..
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Les EHPAD ont « les fossoyeurs » les crèches ont "Le prix du berceau : ce que la privatisation des crèches fait aux enfants".
Ce que révèle le livre est scandaleux, personne n'est épargné dans ce pays vieux comme bébé même combat, la rentabilité à tout prix pour les opérateurs privés quitte à rogner sur le nombre de repas pour les enfants, le personnel encadrant, les couches…
Tout ceci conduit / peut conduire à des actes de maltraitances voulus ou inconscients de la part des professionnels…

C'est bien dommage que ce livre fasse moins de bruit et de remous que celui sur les EHPAD… Les enfants ont-ils moins d'importance ?
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Daphné Gastaldi et Mathieu Périsse, journalistes d'investigation publient une enquête hautement choquante : "Le prix du berceau : ce que la privatisation des crèches fait aux enfants". Et ce que contient l'ouvrage ferait froid dans le dos à n'importe quel parent.

Pour mener à bien ce documentaire, les auteurs ont recueilli des centaines de témoignages. Anciens directeurs de crèches, politiques, grands groupes, parents, auxiliaires de puériculture, parfois à visage découvert, ont pris la parole, plus souvent pour dénoncer que pour encenser. On apprend ainsi que certaines PMI (service de protection maternelle et infantile) ne font pas bien leur contrôle (quand elles le font), en privilégiant la vérification de l'hygiène et de la sécurité, au détriment du bien-être de l'enfant. On apprend encore que des directeurs touchent des primes sur la qualité des services, qualité qui comprend par exemple "le ratio repas commandés sur enfants présents". Il y a aussi cette salariée, qui se retrouve seule à gérer neuf enfants en fin de journée, ces enfants attachés à une chaise car punis, cette petite fille oubliée dans la cabane du jardin, ou encore ce bébé qui n'a pas été changé de la journée ; les témoignages sont choquants.
Lien : https://commedansunlivre.fr/..
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Citations et extraits (10) Voir plus Ajouter une citation
Selon elle, les " douces violences" se mettent en place lorsque l'adulte, non conscient, ne prend pas en considération l'attente des enfants et impose sa décision, par des paroles, des gestes ou ne serait-ce qu'un regard. Elles sont de courte durée et invisibles loin des actes de brutalité manifestent. Des humiliations quotidiennes qui peuvent paraître anodines, comme de mettre un enfant à l'isolement, l'obliger à rester assis sur sa chaise, lui adresser des propos dévalorisants ou ne pas lui expliquer ce qu'on lui fait.
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 Les bébés ne parlent pas, ou si peu. Quel enfant ira raconter qu’il n’a été accueilli que par deux professionnelles au lieu des trois habituelles ce matin-là ? Ou qu’il s’est réfugié dans des siestes à rallonge pour échapper un peu au tumulte d’une crèche débordée ? Quel nourrisson pourrait comprendre que sa couche est restée souillé plus longtemps qu’il ne le faut ? […]
Nous sommes allés regarder derrière les jolies vitrines des « Tiloulous », des « Fées Papillons » et autres « Bulles de coton ». Des noms doux, rigolos, qui sentent bon la pédagogie innovante, l’apprentissage bilingue et les repas bio, toujours dans le respect du rythme de l’enfant. Souvent le rendu est fidèle au prospectus. Grâce à un personnel dévoué, bienveillant, soucieux d’offrir le meilleur à la « prunelle des yeux » de tout parent. Mais parfois la photo est ratée. C’est alors un univers inquiétant qui émerge entre les jouets bariolés et les crayons pastel : un monde de cadences infernales, dans lequel les salariés – des femmes, pour l’essentiel-triment. Un monde de bébés trop nombreux pour des bras déjà trop chargés. Avec son lot de petites résignations ou de grandes maltraitances.
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 Selon l’Igas, la norme actuelle -1 professionnel pour 5 enfants qui ne marchent pas et 1 pour 8 enfants qui marchent- « ne répond pas aux standards dégagés par le consensus scientifique, et ne permet pas à ce jour de garantir un accueil de qualité ». Ces conditions de travail dégradées constituent « un risque de premier plan » en entraînant « des dérives dans les pratiques professionnelles, estime l’Igas. »
« La charge est violente. Elle interroge deux décennies de réformes des gouvernements successifs, censées « alléger » les contraintes qui pèsent sur les crèches et faciliter la création de places ou le recrutement de personnel. En ouvrant grand la porte au secteur privé, les gouvernements ont donné le signal de départ d’une course folle, au terme de laquelle ni les enfants ni les salariés qui s’en occupent ne risquent de sortir gagnants. A l’heure où nous bouclons ce livre, les arbitrages sur un futur « service public de la petite enfance », qui inclura le secteur privé, sont en train d’être rendus par le gouvernement. L’occasion, peut-être, de se poser la question : les enfants sont-ils un business comme un autre ? 
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Dans une usine, quand l'ouvrier est dépassé par sa chaîne de production, il peut parfois appuyer sur le gros bouton rouge « coup de poing » et arrêter la cadence infernale quelques secondes. Pas en crèche. On n'arrête pas un enfant pour prendre cinq minutes de pause.
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Il doit aussi composer avec les modes qui viennent percuter son projet patiemment réfléchi : la langue des signes, les crèches bilingues, la méthode Montessori fondée sur l’autonomie et l’observation… « Montessori, pourquoi pas. Mais avant de le mettre sur l’affiche de la crèche, il faut savoir de quoi on parle ». Lui qui voit d’abord la pédagogie comme un moyen d’émancipation, se retrouve contraint d(argumenter face à des tendances marketing de plus en plus pressantes. « Les groupes de crèches savent très bien répondre aux angoisses des parents, à l’injonction de la réussite et à la performance », analyse Philippe. 
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Vidéo de Daphné Gastaldi
Organisé par le Fonds pour une presse libre. Animé par François Bonnet, avec Valérie Jeanne-Perrier, responsable de l'école de journalisme du CELSA, Daphné Gastaldi, journaliste au collectif We Report, Françoise Delignon, RFI, déléguée CGT et Fabrice Arfi, journaliste à Mediapart
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