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EAN : 9782874950803
127 pages
Éditeur : GRIP (25/08/2010)

Note moyenne : 4.5/5 (sur 2 notes)
Résumé :
De l’ex-Yougoslavie au Soudan, du Proche-Orient au Cambodge, la question de l’intervention de la justice internationale se pose désormais à chaque conflit, suscitant immanquablement de virulentes controverses. Deux thèses s’affrontent : les uns ne voient dans cette justice qu’une arme utilisée ou délaissée par les gouvernements selon leurs intérêts du moment ; d’autres considèrent au contraire la lutte contre l’impunité comme le socle d’un État de droit et d’une soc... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
Luniver
  16 mai 2014
Depuis Nuremberg, l'idée d'une justice indépendante chargée de juger les crimes de guerre, les génocides et les crimes contre l'humanité a fait son chemin dans les esprits. La mise en place de tribunaux internationaux a toutefois bouleversé la mise en place des processus de paix, supprimant l'option « amnistie » traditionnellement accordée aux belligérants. Comment convaincre un chef de guerre de déposer les armes s'il sait que la prison (dans le meilleur des cas) l'attend au bout des négociations ? D'un autre côté, peut-on vraiment obtenir une paix sur le long terme en demandant aux victimes de faire comme si rien ne s'était passé ?
Après avoir exposé les arguments des deux camps, l'auteur étudie plusieurs cas pratiques : l'Afghanistan (où les chefs soupçonnés de crime de guerre ont pourtant été invité à former le nouveau gouvernement), l'Afrique du Sud (mise en place d'une commission Vérité), le Soudan (les poursuites annoncés contre le président Al-Bashir ont resserré ses liens avec les pays voisins), le Chili et Pinochet, …
On constate que les procureurs jouent désormais un rôle politique actif dans la résolution des conflits. Leurs décisions peuvent fragiliser les positions d'un camp, ou au contraire reporter la paix de plusieurs années.
Se pose aussi la question de la crédibilité de tels tribunaux internationaux. Ils restent en effet tributaires des États pour que les mandats d'arrêt soient appliqués, et ces derniers répondent favorablement ou font la sourde oreille en fonction de leurs propres intérêts. Ce deux poids deux mesures pourrait transformer les tribunaux en un énième instrument aux mains des grandes puissances dans l'esprit du grand public.
Cet ouvrage a été enrichissant pour le néophyte que je suis : suffisamment court pour ne pas lasser, assez détaillé cependant pour avoir une idée globale du sujet, illustré par de nombreux exemples, proposant des pistes de réflexion sans chercher à imposer une solution idéale.
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YvesParis
  03 août 2012
La justice est-elle un obstacle à la paix ? Les « gestionnaires de conflits », qui aident les belligérants à trouver le chemin de la paix, le soutiennent : « comment, demande un ambassadeur occidental anonyme cité par Pierre Hazan, puis-je à la fois prendre le thé avec Milosevic pour trouver un règlement négocié au conflit et, dans le même temps, le traiter en criminel de guerre » (p. 7) ? Les « démocratiseurs » pour qui la Justice ne se négocie pas, le contestent : il ne peut, selon eux, y avoir de paix sans justice.
Ainsi posé, le dilemme semble insurmontable : au « pas de paix sans justice » des droits-de-l'hommistes s'oppose le « pas de justice sans paix » des peacemakers. Les deux objectifs ainsi définis semblent mutuellement incompatibles. le principal intérêt du court ouvrage, très pédagogique de Pierre Hazan est de montrer qu'une conception plus extensive de ces deux notions permet de surmonter la tension qui les oppose. La justice n'est pas seulement la mise en oeuvre d'une procédure pénale. Elle inclut aussi des procédures moins contradictoires avec la recherche de la paix : établissement d'une commission vérité et réconciliation, ouverture des archives, identification des disparus … La paix ne se réduit pas à la cessation des hostilités. Elle vise à la réconciliation. Dans cette perspective, la paix et la justice peuvent cheminer de concert selon un séquençage (sequencing).
Ceci posé, Pierre Hazan a raison d'insister sur la variété des situations historiques et politiques et sur l'illusion, voire le danger, de croire à l'existence d'une « formule unique » (p. 56). La seconde partie de son livre le montre, qui examine une dizaine de situations concrètes : le timing et le sequencing de la lutte contre l'impunité varient d'un pays à l'autre. Certains pays ont choisi l'amnistie, voire l'amnésie. Pierre Hazan montre ce que cette solution, qu'a retenue, faute de mieux, l'Afghanistan d'Hamid Karzaï, a d'illusoire : ceux qui l'ont choisi, tels l'Espagne, ne sont jamais à l'abri d'un « retour de mémoire ».
Partout ailleurs la justice internationale s'est imposée comme actrice des relations internationales. Avant la paix comme au Liberia ou au Soudan, avec des résultats contrastés : autant la mise hors jeu de Charles Taylor en 2003 a facilité le retour à la paix au Liberia, autant l'inculpation de Omar Al-Bashir en 2009 n'a pour l'instant servi à rien.. Pendant un processus de paix comme en Afrique du Sud ou en ex-Yougoslavie, là encore sous des modalités très différentes : une voix non pénale (commission vérité et réconciliation) dans le premier cas, un tribunal pénal international dans le second – qui bien que créé dès 1993 n'a rendu son premier verdict que deux ans après la signature des accords de Dayton. Après la paix enfin comme au Chili ou au Liban.
Pierre Hazan a raison de conclure que la question n'est plus de savoir si la justice internationale doit intervenir, « mais quand et comment et avec quelle combinaison d'autres mesures non pénales » (p. 117). Et son ouvrage a l'immense qualité de nous familiariser avec la palette d'instruments sur laquelle cette justice peut jouer.
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Citations et extraits (4) Ajouter une citation
LuniverLuniver   15 mai 2014
En substance, les différences entre les « gestionnaires de conflit » et les «démocratiseurs » se résument ainsi : les premiers sont impliqués dans une recherche consensuelle, voulant aboutir à une cessation rapide du conflit. Ils sont par définition des pragmatiques qui ne s'encombrent pas de ce qui complique la recherche d'une solution négociée comme l'attribution d'une responsabilité à ceux qui ont commis des atrocités. Les « gestionnaires de conflit » ont donc une approche inclusive. Ils mettent l'accent sur le processus de négociations, acceptent les normes et les valeurs des belligérants, reconnaissent à ceux-ci une équivalence morale et considèrent la neutralité des acteurs extérieurs nécessaire pour aboutir à un règlement politique du conflit.

À l'inverse, les « démocratiseurs » adoptent une logique confrontationnelle, car ils considèrent que la justice n'est pas négociable même si elle conduit à exclure des chefs politiques et militaires. La justice est, selon eux, la précondition à la démocratisation, elle-même garantie d'une paix durable. Ils s'appuient sur des normes qu'ils tiennent pour universelles et estiment moralement faux que des médiateurs restent dans une position de neutralité lorsque des crimes de masse sont commis.
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LuniverLuniver   15 mai 2014
[E]n théorie, le rôle de la justice est de déterminer si des combattants ont violé les droits de la guerre. Il n'est pas de se prononcer sur la légalité de la guerre, de dire si elle est juste ou non. C'est la distinction classique entre "jus in bello", le droit dans la guerre, et le "jus at bellum", le droit de faire la guerre. Or, dans notre environnement politique et médiatique, cette distinction tend à s'effacer. Si les moyens militaires utilisés sont considérés comme criminels, c'est la justesse de la cause qui est elle-même ternie. Ainsi, en identifiant les présumés criminels de guerre, les tribunaux internationaux laissent entendre aux opinions publiques quelle cause est juste et laquelle ne l'est pas.
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LuniverLuniver   15 mai 2014
Arrêtons-nous [...] sur le changement de statut de la justice pénale : celle-ci n'est plus l'arbitre surplombant les sanglantes querelles humaines. La voici en train de décider de la nature de la paix, puisqu'elle jouit de l'exorbitant privilège de mettre hors-la-loi des chefs politiques et militaires et même des chefs d'État en exercice. Devenue partie au conflit, projetée dans l'arène des relations internationales, contrainte de s'appuyer sur la coopération des États pour obtenir la transmission de preuves ou l'arrestation d'un accusé, la justice pénale sert désormais aussi à faire la guerre.
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LuniverLuniver   14 mai 2014
« Comment puis-je, à la fois, prendre le thé avec Milosevic pour trouver un règlement négocié au conflit et, dans le même temps, le traiter en criminel de guerre ? »
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Vidéo de Pierre Hazan

Quand la Justice torpille un processus de paix imminent : le cas du Libéria
Pierre Hazan, auteur de "La Paix contre la justice", nous explique en quelques mots comment la paix et la justice peuvent entrer en conflit. le cas du Libéria pour lequel la justice torpille un processus de paix imminent en est un bon exemple. Plus d'infos sur cet ouvrage : www.andreversailleediteur.com
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