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Évelyne Heyer (Autre)
EAN : 9782081428225
400 pages
Flammarion (26/08/2020)
3.94/5   65 notes
Résumé :
Les gènes sont une fascinante machine à remonter le temps depuis que nous savons faire "parler" non seulement l'ADN des Sapiens actuels, mais aussi celui de nos lointains ancêtres. En nous faisant partager les derniers résultats des laboratoires comme ses péripéties sur le terrain, Evelyne Heyer dévoile un récit qui semblait à jamais inaccessible : celui de l'aventure humaine. Ou comment une espèce, qui s'est séparée des chimpanzés il y a 7 millions d'années à peine... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (17) Voir plus Ajouter une critique
3,94

sur 65 notes
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BurjBabil
  20 juillet 2020
Livre reçu pour l'opération masse critique. Je commence donc par remercier babélio et les éditions Flammarion pour cet envoi. Et une seconde fois ces derniers pour publier ce remarquable ouvrage de vulgarisation scientifique.
J'avoue l'avoir attendu avec impatience car le sujet m'intéresse, comme nombre d'entre nous je suppose (en tout cas tous ceux qui possèdent deux ou trois brins d'Acide DésoxyriboNucléique).
Je ne suis pas déçu, ce livre est remarquable : il allie le meilleur de l'enquête policière à la rigueur de la science. du Conan Doyle version biologie moléculaire.
Une fois n'est pas coutume, je vais commencer par le bémol de ma lecture : les illustrations ne sont pas à la hauteur du reste : quelques schémas des filiations (généalogie), des chromosomes, de la transcription ADN ARN dans l'expression des gènes auraient permis d'éviter le recours systématique à la béquille internet. La qualité du texte et l'importance du sujet méritait ce surcroît de travail éditorial. On peut d'ailleurs imaginer une réédition actualisée plus tard qui prendrait en compte ce besoin...Voilà, c'est dit, passons à l'aventure humaine . . .
L'enquête donc : on commence avec les premiers pas des hominidés, en Afrique. L'ADN, cette macromolécule biologique qui constitue notamment nos chromosomes « parle » : elle nous ramène à nos origines africaines, nous autorise à une comparaison avec nos cousins les grands singes, si proches génétiquement et si différents finalement. Elle nous raconte notre première sortie d'Afrique, notre rencontre avec Neandertal avec lequel nous avons échangé des gènes.
Puis nous recommençons, deuxième sortie d'Afrique, deuxième vague migratoire de sapiens. de nouveau, les gènes se mélangent, se croisent, disparaissent . . . C'est le temps de la conquête de la planète entière.
Avant celle de la domination. le résultat c'est là et maintenant : nous sommes tous parents.
Les preuves de toute cette narration ? L'évolution des techniques d'analyse qui permettent d'exploiter l'ADN des populations d'aujourd'hui, des restes humains issus des sites archéologiques, de l'ADN mitochondrial puis nucléaire, des croisements avec les autres sources de connaissance : archéologie, linguistique, datation grâce aux radionucléides . . .
Evelyne Heyer est une formidable vulgarisatrice scientifique, elle rend accessible ce qui est fondamentalement difficile à appréhender. Et ceci grâce à une passion qui transparaît dans son écriture. En plus, elle adopte une démarche remarquable qui consiste à laisser en suspens tout un tas de questions : nombre de ses sous chapitres finissent par : «à vos recherches!», «à vos labos messieurs mesdames les chercheurs et chercheuses», «le mystère reste entier»...
Car c'est cela l'esprit scientifique, le fait de remettre sur le métier constamment, au gré des progrès dans les connaissances, les techniques, nos certitudes passées. Elle le fait merveilleusement bien, et j'envie les jeunes diplômés, qui, à la lecture de cet ouvrage (et d'autres de même qualité) se découvriront l'âme des chercheurs de demain, poursuivant ainsi l'aventure humaine initiée par la curiosité des sapiens sortis d'Afrique il y a 300 000 ans.
Merci encore madame Heyer pour ce voyage dans mon passé.
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Aela
  10 juillet 2020
Evelyne Heyer est spécialiste en anthropologie génétique.
Dans ce livre elle montre comment on peut utiliser les données génétiques pour retracer l'histoire des populations.
Grâce à l'ADN nous savons que notre origine à tous est africaine, que nous sommes identiques génétiquement à 99,9% et qu'il existe peu de différences génétiques liées à notre origine géographique.
L'étude de l'ADN va permettre de mettre en lumière différentes phases de migrations dans l'histoire humaine et la manière dont les différents continents se sont peuplés.
La plus vieille séquence ADN étudiée à ce jour date de 400 000 ans. Elle a été extraite des restes humains retrouvés à la Sima de los Huesos, au nord de l'Espagne.
Grâce à la précision donnée par les derniers outils en génétique (étude de l 'ADN des populations par des prélèvements de salive ou de sang ou étude des ADN dégradés dans les vestiges archéologiques) la génétique des populations devient une science de plus en plus précise.
Les chercheurs ont ainsi pu estimer à 5 à 6 millions d'années le nombre d'années écoulées depuis la divergence entre l'homme et le chimpanzé.
Nous savons maintenant que Homo Sapiens a quitté l'Afrique il y a environ 70 000 ans et qu'il a migré vers l'Eurasie. Au cours de cette grande odyssée il y a eu des rencontres avec d'autres espèces humaines disparues depuis, comme Nénadertal au Proche-Orient et l'Homme de Denisova en Asie centrale.
Les rencontres ont permis un apport génétique nouveau: ainsi il a été établi que les populations d'Eurasie présentent 2% d'ADN de Neandertal... Ce "croisement" des espèces a été limité mais a eu un effet durable et a permis par exemple une meilleure adaptation au climat.
Les dernières découvertes sont parfois surprenantes et peuvent aller à l'encontre des idées reçues: ainsi on arrive à montrer que les Européens (exemple observé avec d'anciens habitants des îles britanniques) ont gardé longtemps une peau foncée, vestige de l'origine africaine, certes, mais aussi due à l'absorbtion d'aliments riches en vitamine D, ce qui colore la peau...
De même au fur et à mesure que se développe l'élevage d'animaux, une mutation dans les gènes va apparaître et qui va permettre une meilleure digestion du lactose.
La peau claire, adaptation au froid et qui permet une meilleure fixation de la vitamine d'va être due également à une mutation de gènes, tout comme les yeux bleus, le gène donnant cette caractéristique apparaissant il y a environ 40 000 ans.
L'auteure va prendre plusieurs exemples de peuplements et retracer l'évolution génétique qui va de pair souvent avec une évolution culturelle parfois due à différentes vagues migratoires.
L'exemple de l'Amérique est à mon sens l'exemple le plus frappant dans ce livre: ainsi on peut observer d'un point de vue génétique l'effet des "taux de métissage" très contrastés en fonction des lieux.
Ainsi dans les parties d'Amérique colonisées par les Espagnols, les colonisateurs, essentiellement des hommes ont eu des descendants avec des femmes autochtones. Ce qui se retrouve au niveau génétique: dans de nombreuses populations amérindiennes le chromosome Y est d'origine européenne alors que l'ADN mitochondrial (légué par la mère) est amérindien.
Les phénomènes de migrations sont analysés d'une manière intéressante et il apparaît que ces migrations ont contribué à la diversité génétique de nombreuses populations, diversité importante pour la survie des espèces.
Le livre est un très bon ouvrage de vilgarisation, c'est à la fois un livre d'Histoire et de science qui nous permet de revisiter les grandes phases de l'histoire de l'humanité.
Les exemples sont nombreux et très bien expliqués.
Un dernier chiffre pour mesurer la puissance de l'outil génétique actuel: on estime maintenant que le premier ancêtre commun généalogique commun à toute l'humanité daterait de seulement 3 000 ans.
Finalement c'est assez peu...

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Arimbo
  03 décembre 2020

Un petit préambule avant de commenter ce livre passionnant.
Pour rappeler combien dans ce domaine de la science qu'est l'anthropologie, comme dans tant d'autres, les progrès sont extraordinaires et exponentiels ces dernières années. Et ceci (comme toujours depuis que Homo sapiens existe) grâce aà de nouveaux "outils", ici ceux de la génétique, le séquençage de l'ADN à haut débit et les outils informatiques associés, qui permettent en peu de temps d'avoir l'intégralité de l'agencement des 3 milliards de paires de bases du génome humain. Un autre exemple d'un domaine scientifique d'actualité, c'est l'utilisation du génie génétique pour la fabrication d'un vaccin contre la Covid 19 en un temps record, moins de 9 mois, ce qui était inimaginable il y a quelques années.
Mais dans le même temps, pour constater avec tristesse que l'on assiste à une croissance tout aussi exponentielle de la défiance envers la science, des discours complotistes, des fake-news, des croyances irrationnelles. Comme si se maintenait et s'amplifiait, parallèlement au développement de la rationalité scientifique, ce besoin ancestral, "préhistorique" d'appréhender le monde par la croyance et non par les faits.
Le livre d'Evelyne Heyer, professeure d'anthropologie génétique au Musée de l'Homme à Paris, nous raconte, au travers de l'analyse des gènes des humains actuels et de ceux de nos divers ancêtres, les origines de notre humanité, mais aussi certains éléments surprenants des moeurs et cultures des humains d'aujourd'hui et d'hier.
C'est absolument passionnant, plein d'informations étonnantes.
La première partie nous explique l'histoire d'Homo sapiens, la séparation des Hominidés des Chimpanzés, il y a 5 à 6 millions d'années, puis l'émergence d'Homo sapiens en Afrique, il y a 400000 ans au Maroc, soit 100000 ans avant la datation faite en Afrique de l'Est et du Sud. La chercheuse nous explique aussi que l'analyse de l'ADN mitochondrial, transmis seulement par les mères, confirme l'origine africaine de "l'Eve mitochondriale", Puis, son premier départ d'Afrique vers l'Europe et l'Asie il y a 70000 ans, au rythme de 3 km par génération.
Dans son périple vers l'ouest, Sapiens rencontrera à l'Ouest du Moyen Orient Neandertal, dont les ancêtres étaient partis d'Afrique il y a 700000 ans. L'analyse du génome de Neandertal, au passage une prouesse technique, montrera qu'il est vraiment très proche de nous, beaucoup plus que son apparence le laisse croire, à 99,87% alors qu'entre deux sapiens l'identité est de 99,9%!. Et puis, qu'il y eut des relations intimes entre Sapiens et Neandertal, plutôt de Madame Sapiens avec Monsieur Neandertal, ce qui laissera dans le génome de tous les Européens 2% de génome néandertalien, avec comme effet une peau plus claire, une meilleure résistance aux pathogènes et des modifications métaboliques.
Mais ce n'est pas tout. Dans son voyage vers l'Est, d'autres Sapiens se mélangeront avec Denisova, un descendant d'autres hominidés partis d'Afrique, avec pour conséquence environ 6% d'ADN dénisovien dans le génome des humains de l'Asie du Sud-Est, du Tibet, et aussi indonésiens et australiens. Cette intégration de génome favorisera par exemple l'adaptation à l'altitude des tibétains.
Dans les dizaines de milliers d'années qui suivent, Evelyne Heyer nous montre les incroyables migrations voire les allées et retours que feront les humains, vers l'Australie il y a 50000 ans, vers l'Asie, l'Europe de l'Ouest (au passage l'étude de l'ADN montre que nous étions noirs jusqu'à il y a 9000 ans!), l'Amérique il y a 15000 ans, comment les Pygmées se séparent génétiquement des autres africains il y a 60000 ans, etc...
Et puis, dans une deuxième partie, c'est la révolution néolithique, il y a 10000 ans. Certains Sapiens deviennent agriculteurs au lieu d'être chasseurs -cueilleurs; l'analyse génétique montre qu'une expansion démographique, sans doute liée à la fin de l'âge glaciaire, précède l'invention de l'agriculture, et qu'en Europe ce sont des populations venues de l'Est (l'Anatolie actuelle) qui migrent en apportant l'agriculture, les migrations étant plus complexes en Asie.
Chose étonnante, le changement d'alimentation, les céréales remplaçant l'alimentation riche en vitamine d'des poissons et gibiers des chasseurs-cueilleurs, des mutations induisant une peau claire apparaissent, permettant à la peau de produire plus de vitamine D.
D'autres mutations apparues il y 6500 ans vont permettre à certains Sapiens, essentiellement des éleveurs, mais pas tous, en Europe, en Afrique sub-saharienne, mais peu en Asie, de pouvoir à l'âge adulte dégrader le lactose du lait, qui constituera de ce fait un élément important de l'alimentation.
Et puis,encore des migrations venue de l'Est vers l'Ouest de l'Europe, il y a 3000 ans, à l'âge du Bronze, dont on retrouvera la trace génétique chez tous les Européens , sauf les Sardes qui sont donc restés "néolithiques"!
Dans une troisième partie, Mme Heyer nous montre à l'aide de nombreux exemples, comment l'analyse génétique des populations peut nous en dire énormément sur les moeurs et les cultures, les migrations et les brassages, ou pas, des populations, comment les différences linguistiques ne se superposent pas toujours aux différences génétiques. Comment par exemple, les femmes bougent toujours plus que les hommes, comment le développement de sociétés hiérarchisés conduit à ce que les génomes des "puissants" se retrouvent plus que les autres, comment cela se manifeste le plus souvent de façon patrilinéaire (ah, la domination masculine!) mais pas toujours, chez les chasseurs-cueilleurs, ce sont les femmes, comment la différence de religion peut parfois expliquer les différences génétiques, mais ce n'est pas toujours le cas, cela dépend du niveau d'endogamie, très variable selon les régions, etc...C'est absolument passionnant.
Enfin, dans une dernière partie, la chercheuse démonte le concept de races, construit en réalité pour asseoir une domination, mais sans fondement génétique. Elle nous apprend, notamment, chose absolument stupéfiante, c'est que les ancêtres de toute l'humanité actuelle vivaient tous il y a seulement 3000 à 5000 ans, donc que nous sommes tous cousins! Elle nous montre aussi l'intérêt pour la diversité génétique du brassage les populations humains, et enfin, nous rappelle que de tout temps, il y a eu des migrations importantes des humains, et au passage démonte le mythe des migrations exclusivement des pays du "Sud" vers les pays du "Nord"
Tout cela nous est raconté de façon très vivante, avec enthousiasme et humour, la passion de la chercheuse est communicative. Elle nous fait partager parfois son expérience de terrain, qui n'est pas toujours triste; ainsi quand dans une région habitée de Sibérie, les chercheurs arrivent dans une zone où s'est malencontreusement écrasé un vaisseau Soyouz et qu'ils sont pris pour des espions, ils décident de partir précipitamment de Russie avec leurs échantillons d'ADN!
Le discours est très pédagogique et le style très imagé. Un seul regret important, mais sans doute l'auteure n'y est pour rien, c'est l'absence quasi totale d'illustrations, de figures et tableaux qui aideraient beaucoup à la compréhension du texte. C'est malheureusement devenu fréquent dans les ouvrages de vulgarisations scientifiques, sans doute par mesure d'économie, mais c'est vraiment dommage. Car, comme le dit un proverbe chinois, un dessin vaut mieux que mille discours.
Une autre qualité de l'ouvrage, c'est que la chercheuse nous fait partager l'esprit de la démarche scientifique, avec sa nécessité d'esprit critique, avec aussi ce que la science nous apprend, mais les questions auxquelles elle ne peut répondre dans l'état actuel des connaissances, voire auxquelles elle ne pourra pas répondre. C'est réjouissant de lire cela, ce degré d'incertitude du scientifique, exemple de l'esprit de raison qui doute, dans un monde où beaucoup veulent des certitudes sur tout.
En conclusion, une masse exceptionnelle d'informations sur notre histoire de Sapiens.
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Bazart
  10 septembre 2020
La grande biologiste Evelyne Heyer livre une histoire de l'homme sous le prisme des découvertes de la génétique et nous montre comment la révolution génétique, a rendu possible, ces trente dernières années, le décryptage l'ADN avec toujours plus de pertinence.
Quand on remonte dans le passé, tous les ancetres peuvent permettre de tracer l'histoire de l'humanité grâce à l'ADN. Cette approche de l'ADN montre qu'on a tous des ancetres migrants et qu'on a peu de diversité génétique. Nous sommes une espèce qui a toujours migré et qui est faite de rencontres.
La rigueur scientifique et un souci permanent de vulgarisation,au sujet de questionnements passionnants : comment l'intégralité de la population humaine peuvent ils descendre de quelques populations préhistoriques vivant en Afrique? Quels sont les liens entre la diversité des culture et la diversité génétique?
Une chose est certaine : l'ADN de notre origine à tous est africaine, nous sommes identiques génétiquement à 99,9% et il existe finalement très peu de divergences génétiques liées à notre origine géographique.
Tout autant récit historique, cours de biologie et enquête pointue, L'Odyssée des gènes, est un ouvrage vraiment passionnant !
Lien : http://www.baz-art.org/archi..
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Apikrus
  01 octobre 2021
« 150 coïts » !
Non, ce n'est pas le titre d'un film coquin, mais le nombre total d'accouplements féconds qu'il y aurait eu entre des femelles ‘homo sapiens' et des mâles ‘homo néandertalis' (cf. page 63).
Ces dames ont-elles été particulièrement sensibles à la virilité dégagée par de robustes hommes de Néandertal ? Ou bien ce croisement-là aurait-il été plus fertile que celui entre des femmes de Néandertal et des mâles ‘sapiens' ?
Les traces ADN ne permettent pas de le savoir.
Elles n'indiquent pas non plus comment se sont passés ces accouplements. Dommage, je vous sentais avides d'en savoir plus ! Attention, la réalité n'est pas nécessairement poétique : je ne serais pas surpris que le viol ait déjà régi quelques relations à l'époque…
Il est en tout cas avéré que ces espèces du genre ‘homo' se croisèrent puisque nous conservons des traces d' ‘homo néandertalis' dans notre génome (2%). Il est établi aussi qu' ‘homo sapiens' et ‘homo denisovensis' se croisèrent, ce dernier ayant donné aux actuels Tibétains un allèle d'un gène facilitant leur adaptation à la vie en altitude.
L'auteure, enseignante et chercheuse en anthropologie génétique, revisite la genèse de l'humanité en croisant les données issues de l'analyse génétique et des informations émanant d'autres disciplines (archéologie, botanique, linguistique…). Quand les conclusions de différentes disciplines divergent, il faut s'interroger sur les méthodologies de travail, et approfondir les recherches. Évelyne Heyer relativise la portée des résultats des analyses d'ADN : en effet, l'ADN se dégrade au fil du temps, et des biais peuvent affecter les calculs fondés sur des horloges de mutation (l'hypothèse de mutations à taux constant n'étant pas nécessairement toujours exacte).
Les travaux sont exposés clairement, et expliquent en partie comment les humains ont envahi notre planète. Ils l'ont fait très rapidement au regard des temps géologiques, même si la dispersion d' ‘homo' à partir du berceau africain en Europe et en Asie s'est effectuée aux rythmes de quelques kilomètres par an. Ainsi, la population humaine est passée de moins de 10 millions il y a 10 000 ans, à 650 millions en 1700, puis 7 800 millions en 2020 ; et ce n'est pas fini… Selon le site "Compteur de la population mondiale en temps réel 2021", 228 000 humains supplémentaires occupent la planète chaque jour ! Pourtant certains prônent encore des politiques natalistes (dans des pays développés dont le bilan écologique est déjà catastrophique).
La présentation est chronologique, et j'ai très nettement préféré la première moitié de l'ouvrage consacrée aux époques les plus anciennes, même si ce sont celles pour lesquelles les incertitudes restent les plus grandes, et malgré les applications médicales des travaux les plus récents.
Les liens entre nature et culture sont souvent interrogés, de manière pertinente.
Cette lecture confirme que les phénomènes migratoires ne sont pas récents, et que nous leur devons d'être ce que nous sommes tous : de la même espèce, mais pas toujours de la meilleure facture !
Je recommande vivement cet ouvrage.
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critiques presse (1)
NonFiction   16 septembre 2020
C’est à une aventure palpitante, celle de l’ADN, que nous convie, dans une langue claire et accessible à tous, Evelyne Heyer, professeure en anthropologie génétique au Muséum national d’histoire naturelle. L’ouvrage [...] se propose d’évaluer l’effet de la culture sur notre évolution génétique.
Lire la critique sur le site : NonFiction
Citations et extraits (27) Voir plus Ajouter une citation
AelaAela   10 juillet 2020
Il est une île où au contraire les Vikings se sont établis avec succès: l'Islande. La population islandaise actuelle descend d'un petit groupe d'individus arrivés d'Europe il y a un peu plus d'un millénaire: entre 8 000 et 16 000 personnes venues de Scandinavie, d'Irlande et d'Ecosse. Le pays est ensuite isolé pendant des siècles.
Qu'a donné la comparaison de ces fondateurs avec les populations modernes? Premier fait, ces colonisateurs étaient à 56% des Vikings provenant de Scandinavie. Les 44% restants étaient des Gaéliques issus des îles Britanniques (Ecosse et Irlande). Si on analyse le pool génique des Islandais contemporains, la part génétique viking est de plus de 70%. Ainsi au fil de l'histoire de cette population, les Vikings ont laissé davantage de descendance que les Gaéliques.
Qu'est-ce qui explique ce meilleur succès reproducteur? Une explication documentée par les historiens serait que certains Gaéliques soient arrivés comme esclaves. Dotés d'un statut inférieur, ils se seraient moins bien reproduits que les descendants des Vikings.
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BurjBabilBurjBabil   20 juillet 2020
Comme toute catégorisation en groupes, les races sont un ensemble flou avec des délimitation arbitraire et variables. Grâce à l'ADN, nous savons sans conteste que notre origine à tous est africaine, que nous sommes identiques génétiquement à 99,9 % et qu'il existe peu de différences génétiques liées à notre origine géographique. Deux individus d'un bout à l'autre de la planète sont seulement un peu plus différents entre eux que deux individus dont les ancêtres viennent de la même région. C’est à la fois peu et pourtant suffisant pour retracer l'origine géographique des ancêtres d'un individu.
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Kio971Kio971   14 janvier 2022
Il faut voir notre ADN comme un long collier constitué de perles de 4 couleurs, les 4 nucléotides A, C, T, G. Nous avons tous reçu deux colliers, un de notre père, l'autre de notre mère. Chaque collier est unique, en ce sens qu'il possède de petites singularités propres à chaque individu : une perle par-ci par-là est différente, un A à la place d'un T.

Pour former la génération suivante, nous produisons des gamètes, les ovules pour les femmes, les spermatozoïdes pour les hommes. Dans chaque gamète ne se trouve qu'un seul collier, et c'est à la reproduction que les deux colliers, l'un venant du gamète mâle et l'autre du gamète femelle, s'uniront pour former un nouvel individu.

Lors de la formation des gamètes, les premières perles viennent du collier reçu de la mère, les suivantes du collier du père, puis encore un bout qui vient de la mère, etc. Comme si, après avoir bien aligné les deux colliers, on les coupait en bouts et on rabibochait les morceaux dans l'ordre, en piochant au hasard chez le père et chez la mère.
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PostTenebrasLirePostTenebrasLire   18 février 2021
Dans le génome humain, le gène pour la digestion du lait est l’un de ceux qui montrent le signal de sélection récente le plus fort. Autrement dit, bien que la nature de cet avantage reste encore à être précisée, les individus qui portaient cette mutation ont été sans ambiguïté fortement avantagés, du point de vue biologique, par une meilleure survie et/ou une meilleure reproduction. D’autres gènes liés à l’alimentation exhibent des effets sélectifs qui datent de cette période. Bref, il est erroné de croire que nous serions adaptés à un régime alimentaire paléolithique, n’en déplaise à certains régimes modernes…
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pierre31pierre31   09 décembre 2020
Ainsi, il y a 1,8 millions d'années, à Dmanissi en Géorgie, que nous évoquerons bientôt, on trouve la plus ancienne trace d'altruisme au sein d'hommes préhistoriques. La mâchoire édentée d'un individu âgé montre en effet qu'il ne pouvait plus s'alimenter mais qu'il a survécu, visiblement pris en charge par son clan.
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