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ISBN : 2070324133
Éditeur : Gallimard (14/05/1987)

Note moyenne : 4.12/5 (sur 219 notes)
Résumé :
Dans ce petit opuscule, rédigé en 1952, Claude Lévi-Strauss, qui n'est pas encore un anthropologue renommé, nous livre sa conception du fait culturel. Sans polémiquer, le texte renverse bon nombre d'idées reçues : l'illusion ethnocentrique selon laquelle l'humanité s'arrête aux portes de sa propre culture est partagée par tous les peuples ; l'idée de sociétés primitives suppose la croyance na... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (19) Voir plus Ajouter une critique
Nastasia-B
  28 janvier 2013
Race Et Histoire est né d'une commande de l'UNESCO pour éditer une brochure. le style en est donc fort éloigné du style " ordinaire " de Claude Lévi-Strauss, beaucoup plus accessible à un large public, beaucoup plus général.
Ce petit livre est une sorte de mémento, de piqûre de rappel, sur ce que l'on entend par " race " quand il s'agit de l'humain et, in fine, a pour but de lutter contre le racisme planant un peu partout dans le monde.
En quelques pages et sans la moindre nécessité de forcer son talent ou de polémiquer, l'auteur démontre les incongruités de certains modes de penser et de considérer l'humain en tant que mosaïque de groupes ethniques parfaitement caractérisés et différenciés les uns par rapport aux autres, ou bien encore de considérer des groupes ethniques ou des " races " comme " pures " par opposition aux " altérées ", aux " métissées ", aux " amoindries ", aux " abâtardies ". (Je vous conseille à ce propos, si cette question vous intéresse, un autre vibrant plaidoyer anti raciste, La Malmesure de L'Homme de Stephen Jay Gould).
Les ponts historiques ou géographiques, les ressemblances ou les dissemblances que l'on tient pour structurelles d'une population par rapport à une autre ne sont bien souvent que des artéfacts, des productions hasardeuses de l'histoire, parfois fort récentes.
Il démonte une à une les béquilles de l'édifice de notre ethnocentrisme ordinaire (qui, lui, est probablement structurel chez l'humain) qui crée moult de nos préjugés absurdes ou erronés sur tel ou tel groupe ethnique.
Il aborde aussi la notion de " classification " des cultures ou des civilisations ; les unes étant qualifiées de " modernes ", les autres de " primitives " ou " archaïques ", d'autres encore de " traditionnelles ".
Les civilisations sont ce qu'elles sont, un accomplissement en soi, tout comme les individus sont ce qu'ils sont, ni mieux ni moins bien, ni plus ni moins, ni beau ni laid, ni grand ni petit par rapport à une norme qu'on serait bien en peine de fixer dans le marbre.
Un livre plus que jamais indispensable en ces temps où certains agitent les chiffons rouges de nos peurs ancestrales de l'autre.
Je n'ai mis que quatre étoiles car, bien que parfait en l'état, ce livre n'est pas, à mon sens, du niveau de densité et de richesse d'édification d'un Anthropologie Structurale par exemple. Dans mon cas, ce livre enfonçait un peu des portes ouvertes, mais je reste convaincue de son utilité pour un large public, et d'ailleurs, tout ceci n'est que mon avis, c'est-à-dire, pas grand chose.
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ATOS
  01 septembre 2013
Qu'est ce qui peut identifier un homme par rapport à un groupe sinon sa culture ?
On appartient à une culture pas à une race. Voici le propos de cet essai. «  un essai d'interprétation de la diversité des cultures ».
La seule race à laquelle il nous est possible de revendiquer quelque appartenance est celle de l'humain.
Et là il faut bien avouer que le mot espèce serait plus juste.
Ce qui nous est différent est trop souvent qualifié d'étranger, comme le furent autrefois les terres inconnues.
Aujourd'hui les terres nous sont connues. le monde échange : flux et reflux d'humains.
Il existe plus de cultures que de races. Leur multitude n'est provoquée que par des rapports directs et indirects entre sociétés. Plus y a contact, plus il y a naturellement besoin de différenciation entre les groupes.
Nous sommes d'une espèce naturellement multi-culturelle.
Ce qui ne veut pas dire que nous ne sommes pas fait pour vivre ensemble, bien au contraire, cela veut dire tout simplement que nos identités respectives se nourrissent au contact des autres et peuvent établir une cohésion. le melting-pot brésilien est certainement la plus belle illustration de ce fait.
Point de culture voisine, point de progrès pour ma tribu, point d'apport, point de possibilité d'évolution pour mon village.
Nous sommes une multitude, et c'est là que réside notre richesse, nos atouts, nos possibilités, et cet ensemble donne corps à notre organisme commun : l'humanité.

Qu'est ce qui différencie un texan d'un berrichon ? Qu'est ce qui différencie un afro-américain new- yorkais d'un habitant de Conakry ? Rien d'autre que leur culture.
Alors laissons ce concept de race, il appartient à une langue morte.
Et regardons les hommes sur leurs terres, en leur culture.
Par quel étrange phénomène sommes nous portés à croire que certains cultures seraient dites moins développées que la notre ?
Arriérés, sauvages, barbares avez vous dits ?
En arrière de quoi, de qui ?
«  le barbare, c'est d'abord l'homme qui croit à la barbarie ».
L'ethnocentrisme est le cousin germain du racisme.
Le temps ne connaît pas d'hémisphère. Il n'est pas une seconde à Paris et un siècle en Papouasie.
Tous les hommes vivent dans le même siècle. Nous sommes tous des enfants du 21e siècle. ( mise à part peut être ceux qui s'obstinent à employer des cadavres de mots..). Alors le Moyen Age a existé. Oui. Mais il n' a pas trouvé refuge en quelque contrée.
Alors pour comprendre cette unité temporelle rappelons nous que nous avons tous le même âge. « En vérité, il n'existe pas de peuples enfants : tous sont adultes, même ceux qui n'ont pas tenu le journal de leur enfance et de leur adolescence ».
Donc une fois réglé cette fausse question de droit d'aînesse, les hommes, quelque soit leur culture, se doivent entre eux , comme il est d'usage, mutuellement le respect.
Ce mauvais usage de l'ethno-chronologie provient du fait que nous nous savons pas lire le ligne de développement des cultures que nous considérons comme « stationnaires».
Le temps nous est commun, mais nos mouvements sont différents. Et ces mouvements, différents des nôtres nous n'arrivons pas à les comprendre, nous n'avons pas cette capacité parce que nous ne connaissons que nos propres valeurs, un seul langage, une seul unité de mesure. Cela provoque des « écarts différentiels »
- Je ne te comprends pas, tu es différent, ce que tu fais n'a pas de sens pour moi, ce que je fais m'apporte, ce que tu fais ne m'apporte rien, tu ne m'intéresses pas, je suis dans le « tout matériel » et toi dans le « tout spirituel » etc, etc....et inversement.
En fait notre échelle de valeur ne répond qu'à l'organisation de nos besoins.
Ainsi la vieille Europe a t elle considéré que la culture américaine était plus avancée que la sienne, tout simplement parce qu'elle considérait ce que cette jeune fédération pouvait lui apportait et par conséquent lui rapportait. Elle correspondait et répondait à ses besoins.
La fascination culturelle n'est en fait qu'un comportement opportuniste.
Ces cultures signifiantes sont dites pour nous cumulatives.
C'est sur cette échelle de valeur que nous hiérarchisons les cultures que nous côtoyons.
Et nous ne sommes pas les seuls. Soyons un peu moins ethnocentrés et nous nous rendrons compte que notre culture que vous considérons comme évoluée déconcerte des peuples entiers.
Voilà « Le singe blanc » de D.H Lawrence observé.
Il conviendrait d'utiliser le pluriel dès que nous parlons de progrès.
Le progrès au singulier ressemble étrangement à une divinité. le progrès est un nom particulièrement commun, ce serait une erreur d'en faire un nom propre.
Toutefois , un problème se pose, nos cultures s'enrichissent au contact des unes des autres.
Le maintien de nos différences engage notre survie.
Alors qu'arrivera t il avec le développement mondial ? Avec l'instauration d'un modèle de culture unique ? Personne ne le sait. Puisque de mémoire d'homme cela ne s'est jamais produit...
Par contre un phénomène presque identique a déjà eu lieu. : La révolution néolithique, il y a 10 000 ans.
«  l'humanité a su accumuler une multiplicité d'inventions orientées dans le même sens »  ; alors parions que cela puisse « marcher » encore 10 000 ans...
A la fin toutes les sociétés humaines ont pu profiter de cette révolution et à ce jour personne ne se souvient plus quel peuple a pu donner le premier coup de pédale.
10 000 ans après, personne ni rien n'est là pour en témoigner. Et quand bien même, à présent, puisque le bien est fait...
Donc non seulement il est stupide de vouloir classer qualitativement des cultures, mais il est suicidaire pour une culture de s'isoler.
«  L'exclusive fatalité, l'unique tare qui puissent affliger un groupe humain et l'empêcher de réaliser pleinement sa nature, c'est d'être seul. ».
Le syncrétisme culturel n'engendre pas la fusion des cultures en une seule mais fait naître de nouvelles cultures.
Et «  la civilisation mondiale ne saurait être autre chose que la coalition, à l'échelle mondiale, de cultures préservant chacune son originalité ».
On peut observer les conséquences de toute « globalisaton » . Il en fut ainsi pour la révolution industrielle qui institua un modèle unique : le capitalisme.
Automatiquement comme une réaction organique, ce corps de la société se redivisa : la lutte des classes apparue. Réaction d'auto défense naturelle. Régulation automatique d'un organisme sain.
Les cellules se régénèrent. Se multiplient, se regroupent parfois. le groupe des cellules forme le corps de la société. Voilà l'organisme « Humanité » tel qu'il doit être considéré.
« une humanité confondue dans un genre de vie unique est inconcevable, parce que se serait une humanité ossifiée »..
L'ethnologie est une science faut il le rappeler ? Et humaine. Donc pour comprendre un organisme il faut bien se pencher sur ce que le compose.
En comprenant comment fonctionne un organisme humain on comprend comme on se doit de comprendre l'humanité.
Différentes cellules : il y a ,
particularisme des cellules : il y a,
nécessité de la pérennité de chaque groupe de cellules : il y a.
Échanges et inter-actions entre les cellules : il y a besoin
Dépendance entre toutes les cellules : il y a nécessairement.
Les lois de la division cellulaire ( mitose- méiose) s'appliquerait parfaitement.
Après tout l'humanité n'est qu' un immense organisme vivant.
Ce qui donne corps force et possibilité à un organisme vivant, c'est justement l'ensemble de ses cellules.
On a jamais vu un orteil seul aller très loin, sauf peut être dans la gueule d'un chien.
Donc si l'humanité veut marcher loin il faut qu'elle prenne soin de ses cultures à égale mesure.
Astrid Shriqui Garain
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Luniver
  11 août 2013
Petit ouvrage d'une centaine de pages dans lesquelles Lévi-Strauss démonte les idées empreintes d'un racisme plus ou moins avoué : les différences ont plutôt lieu entre cultures qu'entre « races », terme qui n'a jamais réussi à être défini correctement malgré les différentes tentatives.
La comparaison de ces différentes cultures est également compliquée, puisqu'elle implique de trouver un critère absolu qui permette une hiérarchisation. Or, la tentation est grande de prendre comme critère le facteur le plus développé dans sa propre culture... Cette hiérarchisation est d'autant plus compliquée que les cultures ne constituent pas des blocs hermétiques, mais collaborent les uns avec les autres, par le commerce, par l'échange de savoir, de technologies, …
Ce livre arrive un peu tard dans mes lectures, puisque j'ai déjà lu quelques essais qui tentent d'expliquer d'où proviennent ces différences d'orientation et ces inégalités entre cultures. Bonne introduction tout de même, mais peut-être un peu dense pour celui qui aborde cette question pour la première fois.
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Hugo
  21 mai 2013
Je crois avoir été trop prétentieux sur ce coup là, les critiques étaient unanimes sur un fait important : Cet essai est réservé à un large public.
Large public n'étant pas défini précisément et dont je ne fais visiblement pas partie, quelle désillusion.
J'ai compris une petite partie : le raisonnement dans son ensemble, mais alors les réflexions philosophiques, mathématiques et scientifiques dans le détail m'ont complètement échappé, surtout la dernière partie avec "Jean Pouillon" sur l'oeuvre de « Levi- Strauss » : à ce moment précis j'ai même commencé à avoir des complexes.
Donc me voilà en partie satisfait puisque tout n'est pas négatif mais forcément un peu frustré, un peu vexé même, mes limites intellectuelles étant ce qu'elles sont, je vais devoir sélectionner mes lectures plus sérieusement en gardant à l'esprit que je suis bien meilleur menuisier que philosophe, mais quand même très curieux.
A plus les copains
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Apikrus
  04 mai 2017
En 1952, l'Unesco a publié une série d'articles consacrés au racisme, dont « Race et histoire » fait partie.
Claude Lévi-Strauss écarte l'idée de supériorité intellectuelle d'une race humaine sur d'autres, cette absence de hiérarchisation ne pouvant scientifiquement "déjà"* pas se justifier.
Il montre aussi l'impossibilité de hiérarchiser les civilisations ou les cultures, excluant ainsi la réintroduction d'une forme de racisme indirect via la comparaison entre les groupes humains concernés. En effet, les critères mêmes d'un classement des cultures entre elles sont biaisés par l'ethnocentrisme qui caractérise nécessairement chaque individu ou chaque société (l'une des thématiques importantes du structuralisme en ethnologie tel que fondé par Lévi-Strauss).
L'auteur nous amène ici à nous interroger sur le sens de l'histoire des civilisations. Il apporte des éléments d'explication intéressants sur ce qui a permis à certaines sociétés de 'progresser' en technologie et en économie. Ainsi, la diversité culturelle et la capacité d'assimilation des différences sont des atouts.
En ce début du mois de mai 2017, un tel discours mérite d'être rappelé, contre les simplifications abusives avancées par une candidate à l'élection présidentielle qui prétend représenter le peuple en regardant le passé dans ce qu'il a de pire (mais pas pour elle, visiblement).
Malgré l'intérêt que j'y ai trouvé, la lecture de ce court essai (80 pages) a exigé de ma part un degré soutenu d'attention que je n'aurais probablement pas eu le courage de mobiliser pour un livre plus long.
Il est donc peu probable que je m'attaque un jour à « Tristes tropiques », autre ouvrage célèbre de cet auteur, que j'avais en partie découvert au lycée à travers des extraits (« Je hais les voyages et les explorateurs. Et voici que je m'apprête à raconter mes expéditions… »)...
* le mot "enfin" serait plus approprié, mais depuis 1952 les apports de la génétique ont confirmé l'unité du genre humain et le caractère secondaire des différences constatées, notamment dans les couleurs de peau
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Citations et extraits (44) Voir plus Ajouter une citation
SarahcarabinSarahcarabin   28 avril 2012
Les tentatives faites pour connaître la richesse et l'originalité des cultures humaines, et pour les réduire à l'état de répliques inégalement arriérées de la civilisation occidentale, se heurtent à une autre difficulté, qui est beaucoup plus profonde : en gros (et exception faite de l'Amérique, sur laquelle nous allons revenir), toutes les sociétés humaines ont derrière elles un passé qui est approximativement du même ordre de grandeur. Pour traiter certaines sociétés comme des "étapes" du développement de certaines autres, il faudrait admettre qu'alors que, pour ces dernières, il se passait quelque chose, pour celles-là il ne se passait rien - ou fort peu de choses. Et en effet, on parle volontiers des "peuples sans histoire" (pour dire parfois que ce sont les plus heureux). Cette formule elliptique signifie seulement que leur histoire est et restera inconnue, mais non qu'elle n'existe pas. Pendant des dizaines et même des centaines de millénaires, là-bas aussi, il y a eu des hommes qui ont aimé, haï, souffert, inventé, combattu. En vérité, il n'existe pas de peuples enfants ; tous sont adultes, même ceux qui n'ont pas tenu le journal de leur enfance et de leur adolescence. (p. 24-25)
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SarahcarabinSarahcarabin   28 avril 2012
Si nous avons accordé à l'Amérique le privilège de l'histoire cumulative, n'est-ce pas, en effet, seulement parce que nous lui reconnaissons la paternité d'un certain nombre de contributions que nous lui avons empruntées ou qui ressemblent aux nôtres ? Mais quelle serait notre position, en présence d'une civilisation qui se serait attachée à développer des valeurs propres, dont aucune ne serait susceptible d'intéresser la civilisation de l'observateur ? Celui-ci ne serait-il pas porté à qualifier cette civilisation de stationnaire ? En d'autres termes la distinction entre les deux formes d'histoire dépend-elle de la nature intrinsèque des cultures auxquelles on l'applique, ou ne résulte-t-elle pas de la perspective ethnocentrique dans laquelle nous nous plaçons toujours pour évaluer une culture différente ? Nous considérerions ainsi comme cumulative toute culture qui se développerait dans un sens analogue au nôtre, c'est-à-dire dont le développement serait doté pour nous de signification. Tandis que les autres cultures nous apparaîtraient comme stationnaires, non pas nécessairement parce qu'elles le sont, mais parce que leur ligne de développement ne signifie rien pour nous, n'est pas mesurable dans les termes du système de références que nous utilisons. (p.32-33)
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SarahcarabinSarahcarabin   28 avril 2012
Comment des sociétés contemporaines, restées ignorantes de l'électricité et de la machine à vapeur, n'évoqueraient-elles pas la phase correspondante du développement de la civilisation occidentale ? Comment ne pas comparer les tribus indigènes, sans écriture et sans métallurgie, mais traçant des figures sur les parois rocheuses et fabriquant des outils de pierre, avec les formes archaïques de cette même civilisation, dont les vestiges trouvés dans les grottes de France et d'Espagne attestent la similarité ? C'est là surtout que le faux évolutionnisme s'est donné libre cours. Et pourtant ce jeu séduisant, auquel nous nous abandonnons presque irrésistiblement chaque fois que nous en avons l'occasion (le voyageur occidental ne se complaît-il pas à retrouver le "moyen âge" en Orient, le "siècle de Louis XIV" dans le Pékin d'avant la Première Guerre mondiale, l'"âge de la pierre" parmi les indigènes d'Australie ou de la Nouvelle-Guinée ?), est extraordinairement pernicieux. Des civilisations disparues, nous ne connaissons que certains aspects, et ceux-ci sont d'autant moins nombreux que la civilisation considérée est plus ancienne, puisque les aspects connus sont ceux-là seuls qui ont pu survivre aux destructions du temps. Le procédé consiste donc à prendre la partie pour le tout, à conclure, du fait que certains aspects de deux civilisations (l'une actuelle, l'autre disparue) offrent des ressemblances, à l'analogie de tous les aspects. Or non seulement cette façon de raisonner est logiquement insoutenable, mais dans bon nombre de cas elle est démentie par les faits. (p.22)
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colimassoncolimasson   11 juillet 2011
On lit dans des traités d’ethnologie –et non des moindres- que l’homme doit la connaissance du feu au hasard de la foudre ou d’un incendie de brousse ; que la trouvaille d’un gibier accidentellement rôti dans ces conditions lui a révélé la cuisson des aliments ; que l’invention de la poterie résulte de l’oubli d’une boulette d’argile au voisinage d’un foyer. On dirait que l’homme a d’abord vécu dans une sorte d’âge d’or technologique, où les inventions se cueillaient avec la même facilité que les fruits et les fleurs. A l’homme moderne seraient réservées les fatigues du labeur et les illuminations du génie. (Postface de Jean Pouillon)
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SarahcarabinSarahcarabin   28 avril 2012
Le développement des connaissances préhistoriques et archéologiques tend à étaler dans l'espace des formes de civilisation que nous étions portés à imaginer comme échelonnées dans le temps. Cela signifie deux choses : d'abord que le "progrès" (si ce terme convient encore pour désigner une réalité très différente de celle à laquelle on l'avait d'abord appliqué) n'est ni nécessaire, ni continue ; il procède par sauts, par bonds, ou, comme diraient les biologistes, par mutations. Ces sauts et ces bonds ne consistent pas à aller toujours plus loin dans la même direction ; ils s'accompagnent de changements d'orientation, un peu à la manière du cavalier des échecs qui a toujours à sa disposition plusieurs progressions mais jamais dans le même sens. L'humanité en progrès ne ressemble guère à un personnage gravissant un escalier, ajoutant par chacun de ses mouvements une marche nouvelle à toutes celles dont la conquête lui est acquise ; elle évoque plutôt le joueur dont la chance est répartie sur plusieurs dés et qui, chaque fois qu'il les jette, les voit s'éparpiller sur le tapis, amenant autant de comptes différents. Ce que l'on gagne sur un, on est toujours exposé à le perdre sur l'autre, et c'est seulement de temps à autre que l'histoire est cumulative, c'est-à-dire que les comptes s'additionnent pour former une combinaison favorable. (p.29-30)
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