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ISBN : 2330027516
Éditeur : Actes Sud (05/02/2014)

Note moyenne : 3.84/5 (sur 31 notes)
Résumé :
Au soir de sa vie, Ginny, une vieille femme blanche, conte les terribles événements qui se produisirent, avant la guerre civile, dans la ferme isolée du Kentucky où, à peine sortie de l’adolescence, elle vécut avec son mari, Linus Lancaster, individu plus enclin à la bienveillance vis-à-vis de ses porcs voraces qu’envers ses esclaves noirs exploités à merci.
Dès lors que, prenant prétexte d’une hypothétique stérilité de sa femme, Linus se met à abuser sexuell... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (12) Voir plus Ajouter une critique
trust_me
  23 mars 2014
1911. Ginny est une vieille femme blanche au service de Lucious Wilson depuis des années. Elle se rappelle qu'avant d'arriver dans l'Indiana, elle fut mariée à Linus Lancaster, un petit cousin de sa mère. Un homme qui l'emmena au fin fond du Kentucky, dans une ferme surnommée « le paradis ». Elle s'y installa au début des années 1850 alors qu'elle n'avait que 14 ans. Dans ce « paradis », Linus exploitait sans vergogne des porcs et quelques esclaves, les premiers étant bien mieux traités que les seconds. Parmi eux deux soeurs, Zinnia et Cleome, à peine plus âgées que Ginny. Deux soeurs qui formèrent sa seule compagnie et qui, le jour où le maître alla les rejoindre dans leur lit, devinrent d'abord des ennemis, puis des souffres douleur. Se mettant au diapason de son terrible époux, Ginny se transforma peu à peu en monstre de cruauté. Mais lorsque le règne du tyran s'acheva dans le sang, les esclaves endossèrent les habits du bourreau et les rôles s'inversèrent…
Il se dégage de l'écriture de Laird Hunt une impression de puissance assez exceptionnelle. Une grande maîtrise de la narration aussi. L'enchevêtrement des époques, la sincérité des différentes voix qui s'expriment, la violence, à la fois suggérée et terriblement réelle, tout cela donne un texte aussi riche qu'hypnotisant.
L'inversement des rôles, le passage des victimes en bourreaux, relève quelque part de la métaphysique. La quatrième de couverture parle de « partition sans fin de la redoutable réversibilité du mal » et je crois que c'est exactement de cela qu'il s'agit. La vengeance se fait sans aucun plaisir et sans véritable haine, elle découle simplement d'une forme d'évidence. Une obsession douloureuse à laquelle Zinnia et Cleome ne peuvent se soustraire. Une obsession que finalement Ginny trouve logique. Et le lecteur de plonger avec fascination et dégoût au coeur de l'abomination.
Un roman d'une rare intensité dont on ne ressort pas indemne. Tout ce que j'aime !

Lien : http://litterature-a-blog.bl..
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MarianneL
  08 février 2014
Vers le soir de sa vie, dans une nuit qui s'étend autour du foyer, après la tempête et des souffrances qu'on devine très profondes, une femme raconte.
Les récits de ce livre s'étirent sur un siècle, depuis 1830, dans l'Amérique mythique des premiers colons, avec l'isolement d'un couple et de leur enfant dans une nature belle et dangereuse, que l'homme cherche à façonner avec des moyens dérisoires, et où il est confronté à la douleur, à la perte, et cette ouverture sonne comme un avertissement envers ce qui va suivre.
Puis on lit (et autant que l'on lit, il semble que l'on écoute) ce qui est, peut-être, l'histoire de cette femme, Ginny, partie à quatorze ans, et de son plein gré, vers 1850, pour épouser et vivre avec Linus Lancaster et deux filles, Zinnia et Cleome, dans une propriété au bout du pont de pierre au coeur du Kentucky, une terre promise qui en réalité s'avéra être un enfer, un lieu de violence et de meurtre.
Amoureuse des livres, des chants et des histoires, Ginny, petite fille avait écrit l'histoire d'une princesse qui réussissait à devenir la reine des nuages. Transformant tout en boue, Linus, son mari, a vite brûlé ses livres, les seules histoires pour lui sont celles de la Bible, tandis qu'il garde toujours son fouet à portée de la main.
"Ombre.
C'est là que j'ai été, et que je suis, là que je poursuis mon triste chemin. Donc, si en évoquant aujourd'hui mes tous premiers jours passés dans cet endroit du Kentucky auprès de mon mari Linus Lancaster je déclare voir briller sur nous tous la lumière d'un lieu charmant et indemne de toute blessure, vous saurez, et je peux dire qu'il ne s'agit que du stratagème conçu par un esprit désireux de changer ce qui fut mais qui s'en trouve incapable."
Il y eut enfin l'errance jusqu'en Indiana où, depuis quarante ans, marquée par les stigmates de sa vie antérieure malgré son changement de nom, cette femme fait des ménages chez Lucious Wilson, un homme dont la bonté est arrivée trop tard pour l'atteindre dans cette vie-là.
"Lucious Wilson vint se tenir dans l'embrasure et resta longtemps à m'observer. Il alluma sa pipe, en tira une bouffée ou deux, et la fumée pénétra dans la pièce.
Si j'avais pu me rassembler pour me changer en fumée à cet instant même, je l'aurais fait. Unissant ma fumée à la sienne, en suspension dans les airs, je serai sortie par la fenêtre pour me coller contre les planchers que Lucious Wilson arpentait, contre les murs sur lesquels il appuyait ses mains."
On peut lire aussi le récit de Prosper, revenant en 1930 au bout du monde dans ce coin de Kentucky, sur les traces de sa mère, enterrée dans ce qui fut un morceau d'enfer dans la petite maison au bout d'un pont de pierre.
"Les Bonnes Gens" est un grand livre, terrifiant et bouleversant, sur la contagion et l'impossibilité d'échapper au mal, et dont le thème du Mal, la densité noire des personnages et les blancs du récit évoquent Roberto Bolaño.
"J'ai vu ces flammes de bougie brûler dans ses yeux. C'est comme ca qu'il trouvait son chemin dans le noir. Tu crois que dans le Nord aussi, il y en a qui voient dans le noir ? Qui arrivent vers toi dans le noir avec leurs grosses bottes ?"
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ComiteromansPoissy
  23 mai 2014

Ouverture : le puits profond, 1830

10 pages racontant la construction d'un puits par un homme. Il vit dans un endroit isolé avec sa femme et leur bébé. L'homme est le narrateur. Il a un passé militaire et a déjà fait ce type de construction. Mais là il est seul, sous-équipé ; son labeur est difficile mais il s'y astreint au quotidien. Son travail avance, lentement, mais progresse. Sa femme le soutient, l'enfant jette des petits cailloux dans le puits.
Un jour, un ours surgit des bois, s'empare d'un de leurs porcs. Lui tire au fusil. La femme hurle. Leur fille est tombée dans le puits. Elle est morte.
« Des années plus tard, je creusai un autre puits, mais refusai de boire de son eau… »
Puis l'histoire principale commence. En 1850.

Ginny, vieille, se souvient de sa vie dans « un lieu peuplé de démon ».
A l'âge de quatorze ans, le cousin de sa mère, Linus Lancaster décide de l'épouser, tout en lui promettant une vie dans une belle demeure où elle serait libre de continuer à développer son éducation, son attrait pour la lecture, de devenir peut-être maîtresse d'école.
La réalité est toute autre. La grande demeure n'est qu'une cabane, et Linus vit déjà avec deux filles noires âgées de 10 et 12 ans, Cleome et Zinnia. « Elles m'aidèrent quand il commença à me faire venir dans sa chambre. Elles m'aidèrent, mais jamais je ne les aidais ». Quant à ses livres, Linus les jette dans le poêle. Seule la bible est autorisée à être lu. Mais, dans cette fausse maison, personne ne la jamais trouvée.
La visite de ses parents qui ne peuvent que constater l'étendu des mensonges de Linus ne changera rien. Au contraire, on apprend qu'elle ne les reverra plus jamais. L'autorité de Linus devient de plus en plus oppressante.
Un jour Linus est assassiné. Et Cléome et Zinnia se retournent contre Ginny qui subit à son tour des châtiments.

Inutile d'aller plus loin dans le résumé et passons à mon avis.
Les bonnes gens fait partie de ces romans où le lecteur ne maîtrise rien. Il lit et découvre au fur et à mesure. Certaines informations viennent même contredire notre perception des personnages. C'est Laird Hunt qui maîtrise et nous rassemblons le puzzle pour en comprendre les significations principales, de façon progressive.
Et tout ne sera pas dévoilé. le lecteur restera avec des incertitudes quant à la compréhension en détails de l'histoire.
On devine que la violence la plus brutale est l'oxygène des destins de tous les personnages. La réalité sous jacente du récit est plus dur que ce que nous pouvons lire. Là est le tour de force de l'auteur. Ecrire un roman sur la violence, mais cette violence c'est nous-mêmes qui lui en donnons toute son ampleur via le comportement des personnages, de leurs histoires qu'ils nous racontent, qu'ils nous écrivent, et de tous les non-dits que nous pouvons imaginer.
Comme si l'auteur voulait nous rappeler que la réalité dépasse toujours la fiction. Inutile pour lui de nous faire perdre du temps avec l'horreur. Elle est présente et seuls comptent ses conséquences sur la vie.
Les Bonnes Gens est un roman remarquable, pas toujours évident, mais passionnant et bien écrit. On apprécie aussi sa narration à plusieurs voix et sous plusieurs formes (romanesque, épistolaire, plus quelques photographies à la fin).
Laird Hunt exprime une certaine conception du bien et du mal. Pas évidente à déchiffrer tant la construction de son roman brouille les pistes. On a même parfois l'impression que le fantastique est prêt à bondir par delà le puit.
Le puit de l'enfer, sans aucun doute.
Olivier (Le Vésinet)



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Malise
  20 mars 2016
Refermant ce livre je me demande si je l'ai vraiment lu ou si je l'ai simplement rêvé parce qu'il était posé sur ma table de nuit. Roman hallucinant et hallucinatoire il me semble pourtant l'avoir dévoré, aspirée par une histoire envoûtante et dantesque ou envoûtante parce que dantesque. Se déroulant aux Etats-Unis, il dépeint les ravages provoqués par l'esclavage sur ses protagonistes, qu'ils soient victimes ou bourreaux.
Ginny, trop tôt mariée, part vivre avec son époux sur le modeste domaine de celui-ci appelé, ironie cruelle, le "Paradis". Elle y fait la connaissance des esclaves qui y sont rattachés, deux adolescentes, Zinnia et Cleome et trois hommes qui travaillent avec le maître des lieux. Celui-ci ne met pas longtemps à "rendre visite" aux deux jeunes filles, délaissant par là-même son épouse qui va n'avoir de cesse de se venger. Mais le mal qui gangrène les maîtres aura des conséquences imprévisibles.
Ecrit comme un incessant aller-retour entre présent et passé, entre la vie misérable de Ginny devenue une vieille femme et ses souvenirs d'une jeunesse dévoyée, l'auteur donne aussi la parole à Zinnia et à son neveu et à des personnages secondaires dont la vie forme les strates qui, accumulées, composent l'histoire des Etats-Unis.
Laird Hunt, et c'est ce qui fait la force de son propos, ne juge pas, ne condamne pas, il raconte. Il se glisse dans la peau d'une femme et puis d'une autre et dans la peau du mal quelle que soit sa couleur. Aucun manichéisme dans ce qu'il écrit mais beaucoup d'humanité et de compassion pour ses personnages. Un très beau roman.
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Melopee
  02 mars 2014
Voilà un roman oppressant et ambitieux qui s'étend de 1830 à 1930, traversant ainsi la Guerre de Sécession, aux Etats-Unis. L'action principale du roman se situe dans une ferme du Kentucky où Ginny, vieille dame à présent, se raconte. Elle est partie à l'aube de ses quatorze ans pour suivre un lointain parent, Linus Lancaster qui a fait miroiter à sa famille la vie de riches propriétaires terriens. le couple part ensemble pour occuper une bâtisse qui est en fait loin d'être un palace. Mais ils ont à leur service des esclaves dont deux filles aux noms de fleurs, Cleome et Zinnia, âgées de dix et douze ans. C'est un avantage certain d'être servis alors, même si les jours ne sont pas toujours roses et que Linus s'occupe plus de ses porcs que de sa femme, celle-ci a l'avantage de la compagnie permanente de ces filles. Mais le climat vire aigre lorsque le maître des lieux abuse des filles et que Ginny en cultive une certaine rancoeur. Alors que Cleome et Zinnia sont livrées à elles-mêmes, soumises à l'entretien de la maison et rudoyées, Ginny adopte la même attitude que son mari, froide et distante.
Le ton des confidences se fait plus lointain et le couple devient ensemble capable des pires rudesses.
Mais un jour les esclaves se rebellent et Linus est assassiné. Livrée à deux filles déchaînées de violence, Ginny doit maintenant lutter pour sa survie. Et c'est incroyable comme le quotidien peut se révéler rude quand on est seule et sans espoir !

Le livre est très sombre mais j'ai quelque part été très intéressée par le retournement de situation : les esclaves qui prennent le dessus sur leurs maîtres. Cette période de tension est très bien transcrite et on sent toute la nervosité entre Blancs et Noirs. Par peur de l'autre, les puissants asservissent et les esclaves se soumettent. Mais comme rien n'est figé et que justice a voix au chapitre, Cleome et Zinnia, en couple infernal, font à leur tour subir brimades et sévices à celle qui reste, Ginny la lâche, solidaire de son mari. On comprend ainsi pourquoi, des dizaines d'années après, Ginny est rebaptisée par ses voisins Scary Sue.
Avant et après ces épisodes, on fait connaissance de personnages annexes, d'une histoire familiale plus complexe et toutes les ramifications se révèlent au grand jour, laissant place à une certaine compassion là où la pitié n'a plus de place.
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Citations et extraits (4) Ajouter une citation
AlaisAlais   08 mai 2019
Les porcs faisaient un bruit quand on leur dérobait la vie, et ce bruit est demeuré avec moi dans un coin de ma tête. Un porc est un animal sensible. Il sait ce que vous lui faites et il sait pourquoi. Un porc sait observer.
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Alice_Alice_   03 juin 2017
Il ne se passa pas grand-chose de plus lors de cette visite de ma mère et de mon père. Le matin de leur départ, pendant qu'ils se préparaient, je leur dis que j'étais navrée de les voir s'en aller, et que j'espérais que mon mari et moi pourrions leur rendre un de ces jours la délicate politesse qu'ils nous avaient faite. Mon père était près de moi quand je dis ces mots et il se tourna pour me dire que lui n'était pas navré. Que tout ce qu'il voyait dans cette superbe propriété, avec ses champs, ses demeures et ses porcs, était sombre, et qu'il y en avait encore à venir. Que je n'aurais jamais dû les quitter, qu'il n'y était pas pour rien, mais que, maintenant que c'était fait, je ne pourrais jamais plus revenir. Qu'il y avait des choses dans ce monde et dans l'autre qui commençaient sans qu'on pût jamais les arrêter.
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Alice_Alice_   03 juin 2017
Sous la pluie, nous parlâmes des jours anciens. Dans sa jeunesse, ma femme avait vécu au bord de la mer, et elle aimait à songer aux façons dont le monde autour d'elle ressemblait au monde qui continuait à vivre dans sa tête. Elle aimait aussi les différences entre ce monde et l'autre, ce qui me faisait l'aimer plus encore.
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MelopeeMelopee   02 mars 2014
Jadis, j'ai vécu en un lieu peuplé de démons. J'en étais un aussi. (p.33)
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Videos de Laird Hunt (6) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Laird Hunt
Le jeudi 3 septembre 2015, la librairie Charybde recevait pour la deuxième fois l'écrivain américain Laird Hunt, après son passage en février 2014, cette fois pour la sortie en français chez Actes Sud de son dernier roman, "Neverhome".
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