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EAN : 9782020349642
277 pages
Éditeur : Seuil (02/09/1998)

Note moyenne : 3.66/5 (sur 35 notes)
Résumé :

Désobéissant à Samory, empereur de tout le pays mandingue, le roi de Soba, Djigui Keïta, n'a pas rasé sa ville à l'arrivée des troupes coloniales dirigées par Faidherbe - sûr que la magie des ancêtres, la protection d'Allah et la muraille édifiée à la hâte suffiraient à repousser les « Nazaréens »... Lesquels prennent donc Soba sans coup férir. Et voici que les ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
Charybde2
  18 mars 2013
L'humour corrosif de Kourouma pour ce roman de la colonisation française en Afrique...
Ce second roman d'Ahmadou Kourouma, publié en 1990 après les 22 ans de silence ayant suivi le tonnerre du "Soleil des indépendances", se penchait à son tour sur la conquête et la colonisation française de l'Afrique de l'Ouest, à travers la figure à la longévité incomparable d'un souverain imaginaire du "nord du Pays", féru d'islam et d'animisme, qui décide, après la défaite de l'Almamy Samory en 1898, de collaborer avec les Français en échange de certains avantages, et au prix d'un incessant avalage de couleuvres (les "monné", concept traditionnel complexe, que l'on pourrait traduire approximativement par "hontes").
Cette chronique de 70 ans de conquête et d'occupation françaises est redoutable... Si le ton est moins flamboyant que dans "Les soleils des indépendances", et moins en permanence jubilatoire que dans "En attendant le vote des bêtes sauvages", le long calvaire, cruel envers lui-même (mais plus encore envers les autres - à l'image de ces travaux forcés permanents, servant en partie à construire une obsessionnelle voie ferrée), de ce potentat traite avec finesse de la manière dont la souveraineté fut rognée, reniée, bafouée sans vergogne à chaque fois que possible avec la complicité active d'une grande partie des élites africaines.
"Même un grand sacrifice n'avait pas pu et ne pouvait pas transformer les nazaréens ni adoucir leurs faits. C'étaient qui étaient désignés dans le Coran sous le vocable "égarés". Ceux qui avaient délibérément choisi de posséder le monde au prix d'être voués à l'enfer le jour de la résurrection et qui pouvaient donc, ici-bas, se permettre toutes les inhumanités sans qu'aucun sacrifice puisse mieux les inspirer, les détourner, les dissuader, les moraliser."
Sous l'humour toujours apparent et les formules heureuses, un livre d'une grande dureté.
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nathalie_MarketMarcel
  20 mars 2017
La colonisation n'est pas ici une épopée exotique et grandiose. Il s'agit d'exploiter un territoire, tant en marchandises qu'en êtres humains, les hommes à la guerre et aux travaux de force, les femmes comme objets sexuels. le roman montre comment les colonisés doivent approvisionner aussi bien les écoles que les chantiers, sous peine de graves punitions – on est bien dans l'embrigadement et l'acculturation. Il montre également très bien la façon dont la colonisation a créé des stéréotypes raciaux, sur le nègre menteur et feignant, et a entraîné leur intériorisation par les populations colonisées.
Mais le roman adopte le point de vue de Djigui et des siens. Ils sont conquis, méprisés, manipulés… mais n'apparaissent pas pour autant comme d'innocentes victimes. Certains tentent de tirer parti de la présence des nouveaux maîtres (notamment l'interprète qui joue un rôle de choix), d'autres décident de se contenter d'apparences de liberté. Surtout Djigui n'est guère protecteur de son peuple, il fournit la main d'oeuvre par brassées entières, se laisse éblouir par les paillettes et n'oppose rien à la conquête. Ne parlons pas des femmes… Elles sont deux à être individualisées. de façon générale, le peuple est indifférencié, comme une masse qui est abandonnée au plus fort, quelque que soit sa couleur. Et ses dirigeants ne sont guère brillants et apparaissent comme franchement ridicules. du coup, la décolonisation n'est pas plus glorieuse et l'on sent bien que les misères du petit peuple dureront encore bien longtemps.
Et ce climat de magie ? C'est que Djigui traverse toute cette histoire, ainsi que sa jument, son griot et son interprète. Il atteint donc un âge biblique, mais surtout, semble capable de s'extraire de cet épisode pour devenir une statue, un totem, un ancêtre. de manière générale, les exorcistes et les sorcelleries ont leur efficacité. On n'est pas dans un roman historique, mais dans un roman puisant ses moyens poétiques dans le conte, que ce soit dans le langage, les imprécations, dans les répétitions de certains motifs, dans le petit nombre de personnages identifiés, avec la présence de figures aux rôles symboliques.
La langue est extrêmement riche, vivante, irrégulière et pleine d'allusions, l'écriture ne coule pas de source. C'est un roman qui n'est pas facile à lire en raison de sa violence, de la dureté de son ton et de l'absence d'espoir – on est bien placé pour savoir que tout va très mal se passer. Malgré tout, le tout oscille entre comédie et tragédie, choisissant souvent la satire féroce. Est-il utile de dire combien c'est passionnant ?
Et de temps en temps, un « je » ou un « nous » surgit par surprise. Il s'agit tantôt de Djigui lui-même, tantôt d'une voix parlant au nom du peuple, du collectif, des habitants du lieu, comme si le roi était l'incarnation et l'émanation même de ce collectif. Cette première personne donne une note sensible, comme si le récit était effectué par un témoin direct des événements.
Lien : https://chezmarketmarcel.blo..
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charlottelit
  31 janvier 2014
extrême dureté de la colonisation, épopée tragique d'un peuple livré aux usurpateurs, réquisitoire violent et drôle contre toutes les compromissions
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Enroute
  05 août 2019
Les colons français prennent possession de Soba. Le roi Djigui compose avec l'occupant.
Le tout est raconté comme un mythe, une histoire d'un autre temps, ou hors du temps, on pourrait raconter la guerre de Troie ou le choc des Titans, il y a aussi la colonisation de Kourouma. C'est coloré, vivant, confus, grandiose et dérisoire, encore, toute notion de "réalité" disparaît sous l'ampleur de la durée de l'histoire, du nombre de personnages, de la violence et de la multiplicité des événements. Il ne reste qu'une histoire à raconter, une certaine idée, à la façon dont Djigui ou son génie pourrait la dire. Cela s'est passé et cela ne s'est pas passé.
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Citations et extraits (10) Voir plus Ajouter une citation
PilingPiling   26 octobre 2008
Un jour le Centenaire demanda au Blanc comment s'entendait en français le mot "monnè".
"Outrages, défis, mépris, humiliations, colère rageuse, tous ces mots à la fois sans qu'aucun le traduise véritablement", répondit le Toubab qui ajouta : "En vérité, il n'y a pas chez nous, Européens, une parole rendant totalement le "monnè" malinké."
Parce que leur langue ne possédait pas le mot, le Centenaire en conclut que les Français ne connaissaient pas les "monnew". Et l'existence d'un peuple, nazaréen de surcroît, qui n'avait pas vécu et ne connaissait pas tous les outrages, défis et mépris dont lui et son peuple pâtissaient tant, resta pour lui, toute la vie, un émerveillement, les sources et les motifs de graves méditations.
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EnrouteEnroute   05 août 2019
les indépendances politiques, le part unique, l'homme charismatique, le père de la nations [...], la révolution ; puis les autres mythes : la lutte pour l'unité nationale pour le développement le socialisme, la paix, l'autosuffisance alimentaire et les indépendances économiques ; et aussi le combat contre la sécheresse et contre la famine, la guerre à la corruption, au tribalisme [...] à l'exploitation de l'homme par l'homme, salmigondis de slogans qui à fore d'être galvaudé nous ont rendus sceptiques, pelés, demi-sourds, demi-aveugles, aphones, bref plus nègres que nous ne l'étions avant et avec eux.
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nathalie_MarketMarcelnathalie_MarketMarcel   20 mars 2017
Il était coiffé d’un turban de soie et vêtu d’un ample boubou d’apparat. Les six belles griotes qui lui avaient été offertes par Djigui l’accompagnaient en battant des mains ; leurs voix étaient limpides et prenantes ; l’éclat de leurs dents éblouissant ; redisons qu’elles étaient belles ! À huit pas de la case, le griot par trois fois cria : le ciel se vida des fumées, le soleil brilla, les charognards se réfugièrent dans les touffes des fromagers et des baobabs ; tout se sut, même les gendarmes bavards des tamariniers (ce serait plus tard que nous saurions que, par respect pour la hauteur et l’intensité de son ténor, tout l’univers se taisait quand il louangeait).
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EnrouteEnroute   05 août 2019
_ La bravoure des nôtres a été surclassée par les feux des avions, des chars et des canons de la barbarie. Je commande que les indigènes s'abstiennent de danser pour prier et se préparer aux jours d'incertitude qui commencent.
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nathalie_MarketMarcelnathalie_MarketMarcel   20 mars 2017
La déposition de Djigui fut la fin d’une ère au Bolloda. Les jours qui suivirent furent douloureux. Djéliba, le grand griot du règne, les appela les jours des monnews, les temps des ressentiments, ou encore, avec l’accent samorien qu’on lui connaissait, les saisons d’amertume.
Les saisons d’amertume durèrent les quatre années que durera l’Afrique de l’Ouest française pétainiste.
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Videos de Ahmadou Kourouma (4) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Ahmadou Kourouma
Reconnaissable au premier coup d??il grâce à son immense baobab coloré, le salon africain vous fait découvrir la richesse de la littérature du continent noir en mêlant des auteurs encore méconnus à des écrivains réputés. Et c?est également au salon africain qu?a lieu chaque année la remise du prix Ahmadou Kourouma.
Autour du thème « Les chercheurs d?Afriques », les romanciers et essayistes invités reviennent sur les blessures du continent, mais aussi sur ses gloires, sa grandeur et ses aspirations.
Outre les hôtes vedettes de cette édition 2019, Maryse Condé, Prix Nobel « alternatif » 2018 et le rappeur Abd al Malik qui présente son livre/album le jeune Noir à l?épée (Présence africaine/Musée d?Orsay/Flammarion) inspiré de l?exposition du Musée d?Orsay « le modèle noir de Géricault à Matisse », sont annoncés Abubakar Adam Ibrahim, Eugène Ebodé, Mia Couto, Françoise Vergès, Adame Ba Konaré, Elizabeth Tchoungui, Boualem Sansal, Beyrouk, Clemente Bicocchi, Jean Bofane, Tania de Montaigne, Armand Gauz, Ndèye Fatou Kane, Henri Lopes ou Bessora.
Plus d'infos sur https://salondulivre.ch
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