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EAN : 9782359250879
240 pages
La Découverte (09/10/2014)
3/5   1 notes
Résumé :

L'histoire, volontairement occultée, qui commence dans les années 1940 et continue jusqu'aux années 1970, est celle d'un " remède miracle de la maladie du sommeil " : la lomidine. Avant qu'on ne reconnaisse enfin son inefficacité et sa dangerosité, elle sera injectée des millions de fois en Afrique. L'auteur suit pas à pas son histoire, montrant ainsi combien la médecine a été un outil du pouvoir. Une enquête historique inédite et implacable sur l'envers des... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
YvesParis
  24 mars 2015
La pentamidine a été massivement utilisée dans les années 50 en Afrique pour combattre la maladie du sommeil. Ses inventeurs estimaient qu'elle pouvait être stockée plusieurs mois par l'organisme et détruire les trypanosomes en cas d'infection. Son invention témoigne des « géographies transnationales de l'industrie pharmaceutique » (p. 49) : découverte au Royaume-Uni, testée en Sierra Leone puis au Congo belge pendant la Seconde Guerre mondiale, cette wonder drug coloniale a été commercialisée par le français Rhône Poulenc à partir de 1946 sous le nom de Lomidine.
Ses modalités d'utilisation témoignent de la « nouvelle donne de la médecine coloniale » caractérisées après 1945 par sa massification. Pour éradiquer la maladie du sommeil est mis en oeuvre un « programme vertical de santé publique » (p. 82) : des campagnes systématiques de « lomidinisation » chimioprophylactique consistant à injecter préventivement la Lomidine à toute une population.
Cette politique s'est dans un premier temps avérée efficace. La maladie du sommeil a quasiment disparu d'Afrique équatoriale. Mais la lomidinisation avait des effets secondaires déplaisants voire dramatiques. L'injection intramusculaire dans la fesse était très douloureuse provoquant des abcès voire des décès par gangrène gazeuse. En novembre 1954, à Yokadouma, dans l'est du Cameroun, une campagne de lomidinisation tue 32 patients provoquant une vive émotion dans un territoire déjà agité par la fièvre indépendantiste. Deux ans plus tôt, à Nkoltang, au Gabon, 14 personnes avaient trouvé la mort. Dans les deux cas, une souillure de la solution, toujours eu égard aux conditions de sa préparation en brousse, est incriminée. Des analyses pharmacologiques plus fines démontrent bientôt l'absence de rétention de la pentamidine dans l'organisme. Si son injection avait permis de lutter contre la maladie du sommeil, c'était par son effet thérapeutique sur les sujets infectés et non par son effet prophylactique sur les sujets sains. Dit autrement, la lomidinisation de sujets sains était à la fois dangereuse et inutile.
Le travail de Guillaume Lachenal ne se réduit pas à écrire une page anecdotique et scandaleuse de l'histoire de la médecine coloniale. Son ambition est plus vaste. Il traque, dans les politiques coloniales mises en place en Afrique après la Seconde Guerre mondiale « la part de déraison que contenaient leurs propres principes de rationalité, d'autorité et de scientificité » (p. 9). Comme Olivier le Cour Grandmaison l'a fait avec le droit colonial, Guillaume Lachenal révèle la logique à l'oeuvre dans la médecine coloniale : à rebours des principes éthiques aujourd'hui appliqués, l'efficacité d'un médicament dépendait de son utilité collective. Déconseillée aux Blancs – car ses effets secondaires étaient depuis l'origine connus – la Lomidine était un « médicament racialisé » (p. 122) dont l'injection forcée à la population noire aurait dû permettre l'éradication de la maladie du sommeil, fût-ce au prix de quelques victimes collatérales.
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