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EAN : 9782330032128
464 pages
Actes Sud (02/05/2017)
3.2/5   5 notes
Résumé :

À travers les vicissitudes d'un homme en lutte pour sauver sa maison convoitée par des promoteurs, et les détours de son histoire familiale qui remonte à l'inquisition espagnole, La Maison andalouse radiographie les maux de la société algérienne contemporaine, de ses origines au processus de dépossession de la mémoire à l'oeuvre aujourd'hui.

Où Waciny Laredj signe son roman le plus ambitieux.
Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
Pecosa
  07 novembre 2019
Les maisons gardent-elles les souvenirs des vies passées entre leurs murs?
Mourad Basta, un vieil Algérien tente de conserver la demeure andalouse à laquelle il est viscéralement attaché. Car elle possède une histoire très particulière. Elle a été bâtie sur un ancien site romain par son ancêtre Sid Ahmed ben Khalil, dit Galileo el Rojo, morisque expulsé d'Espagne après l'échec de leur révolte , et qui a trouvé refuge à Alger.
Mourad se bat contre des promoteurs corrompus alliés à la municipalité qui veulent raser la vieille demeure pour y bâtir une tour sans charme.
Dans ce combat du pot de fer contre le pot de terre, l'homme peut compter sur l'aide d'une jeune femme de la même ascendance que lui, et qui a mis la main sur un manuscrit rédigé quelques siècles auparavant par Galileo.
A travers l'histoire d'une bâtisse construite au XVIème siècle en souvenir de l'Espagne, par un morisque épris d'une marrane, Waciny Laredj dénonce la corruption qui gangrène la société algérienne. Cette fresque historique ambitieuse pointe le doigt sur un système politique mais ce n'est pas cet aspect de l'oeuvre qui m'aura le plus intéressée.
Tel un palimpseste, la maison andalouse garde l'historique des traces anciennes et permet au romancier d'évoquer les évènements majeurs qui se déroulèrent entre ses murs, occupants français, algériens… , elle est une métaphore de la ville d'Alger.
Dans l'évocation des hommes des siècles passés, c'est la personnalité de Galileo l'ancêtre d'Andalousie, l'amoureux des livres qui a couché ses souvenirs, qui a retenu toute mon attention. Car à travers lui, Waciny Laredj retrace le destin des morisques, la guerre des Alpujarras, l'arrivée des expulsés à Alger et autres villes côtières. Il retrace aussi l'histoire d'une ville qui avait un mode de fonctionnement très particulier, la Régence d'Alger.
Galileo est touchant dans sa volonté farouche de reproduire une demeure dans le style andalou sur l'autre rive de la Méditerranée, pour sa femme adorée. La religion n'a aucune importance pour lui, le morisque amoureux d'une marrane et ami des chrétiens. Mais c'est lorsqu'il est appelé pour officier en tant qu'interprète auprès d'un captif espagnol aux cheveux roux qui n'est autre que Cervantès, que l'intérêt du lecteur s'accroit encore davantage. Il va tisser des liens étroits avec l'auteur du Quijiote qui va lui raconter les affres de sa condition de prisonnier, les différents combats auxquels il a participé et ses tentatives d'évasion pour regagner l'Espagne.
Face à un telle existence , des sommets enneigés des Alpujarras à la rencontre avec le manchot de Lépante, les malheurs de Mourad tombent vite dans les oubliettes.
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traversay
  29 juin 2017
Présenté comme le livre le plus ambitieux de son auteur, l'algérien Waciny Laredj, La maison andalouse est effectivement un roman foisonnant qui se promène entre plusieurs époques et de très nombreux personnages. S'il n'est pas difficile à suivre, ses fréquents retours dans le passé diluent un peu l'intérêt tant la lutte d'un vieil homme, prénommé Mourad, pour conserver une maison héritée de ses ancêtres, mérite d'être au premier plan pour ce qu'il dit d'une société algérienne en voie d'acculturation et qui n'hésite pas à raser les témoignages de son patrimoine pour emprunter les voies rapides et fallacieuses d'une modernité clinquante (en l'occurrence, l'édification d'une tour en lieu et place de la maison andalouse). Impéritie et concussion des "élites" se donnent la main pour engranger le maximum de profits en un minimum de temps. La lutte de Mourad ne peut alors être que celle de David contre Goliath (le thème du livre ne peut que rappeler celui du très beau film Aquarius, présenté à Cannes en 2016. Brésil et Algérie, même combat !). La maison andalouse est aussi un roman historique qui remonte au XVIe siècle avec la figure de
Sid Ahmed ben Khalil, dit Galileo el Rojo, qui s'est réfugié à Alger après avoir miraculeusement échappé à la mort. C'est son manuscrit, qui raconte ses années "d'exil", sans puis avec son aimée Soltana, qui crée le lien avec l'époque contemporaine. Ses écrits nous content le sort des morisques et des marranes, au temps de l'inquisition. C'est aussi l'occasion de croiser un certain Miguel de Cervantes, ancien militaire mais pas encore auteur. En remontant le temps, le récit de Waciny Laredj évoque cinq siècles de l'histoire tumultueuse de l'Algérie. La maison andalouse a survécu à tout mais que pourra t-elle faire face au capitalisme sauvage ? Poser la question, c'est déjà donner la réponse.
Lien : http://cin-phile-m-----tait-..
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bgbg
  18 février 2019
Récit historique ou chronique actuelle, ce roman cumule ces deux facettes littéraires, avec ses va-et-vient entre le XVIe siècle et nos jours, relatant des luttes de ces deux époques, différentes bien sûr, mais chacune vouée à des revers historiques et sociaux.
Mourad Basta, dit ‘ammi (mon oncle), est un vieil homme qui vit seul dans les dépendances (la « résidence du personnel ») d'une demeure plusieurs fois centenaire, et de style andalou, proche d'Alger. Mourad est un descendant de Sid Ahmed ben Khalil, alias Galileo el Rojo, un morisque (musulman christianisé après l'accès au pouvoir d'Isabelle la Catholique). Galileo a pris les armes contre les occupants chrétiens, a été battu, puis chassé de l'Espagne andalouse par les tribunaux de l'Inquisition, en 1570. Galileo et son épouse marrane Soltana ont alors fait construire la maison andalouse, sur le modèle d'une demeure de Grenade.
L'ancêtre de Mourad n'a pas seulement légué cette merveille architecturale, il a aussi rédigé un journal continué par ses descendants, constituant un manuscrit précieux rédigé dans une langue secrète, l'aljamiado (langue hispano-romane de l'époque, transcrite dans l'alphabet arabe). La quête de ce manuscrit, perdu et retrouvé en France à la BNF, est l'objet de recherches complexes. Il finit entre les mains de Mourad qui ne veut pas s'en séparer, comme une preuve de sa légitimité comme occupant de la maison andalouse. En effet, le terrain occupé par la maison et son verger est convoité par des entrepreneurs qui veulent y édifier une très haute tour avec habitations et commerces sur un modèle très occidental et très capitaliste.
Abandonné par la quasi totalité des ses héritiers, soutenu par un seul de ses petits fils, Salim, par un journaliste intègre, Youcef, menacé et ciblé par des tueurs, et par Sika, une jeune étudiante, d'ascendance morisque comme lui, Mourad entreprend sa lutte acharnée et perdue d'avance contre la fripouille ambiante et sans scrupules que sont les promoteurs immobiliers véreux soutenus par une administration corrompue et des politiques dévorés par l'ambition.
Ce livre, richement documenté, parfaitement bien construit, jamais ennuyeux, alterne des chapitres d'époques différentes, qui constituent des allers-retours entre les deux périodes du récit, et survole les siècles entre ces périodes avec des occupants de toutes sortes sous les tutelles ottomane puis française, durant laquelle d'ailleurs la maison andalouse devint la première mairie d'Alger.
Surtout ce roman est un plaidoyer plein de subtilité, de nostalgie aussi, pour une société qui intègre toutes ses dimensions historiques et culturelles, dont l'héritage andalou, l'apport des juifs, la contribution française. Cela sans lourdeur, en respectant les codes du roman. C'est aussi un plaidoyer intransigeant, encore que présenté avec habileté, contre les dérives politiques qui touchent l'Algérie, contre le laminage du faible par le fort, contre la recherche effrénée du profit qui ne profite qu'à une minorité, contre la caste bureaucratique souillée, contre le risque islamiste aussi, même si l'auteur appuie peu dessus.
On sent Waciny Laredj enthousiasmé par la rencontre des cultures qu'il promeut, également par la rencontre des générations : se reporter à ce très beau chapitre où des lycéens visitent avec une curiosité détonnante la maison andalouse à l'occasion de la Journée du Patrimoine. Quel espoir pour le futur !
Lien : https://lireecrireediter.ove..
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Citations et extraits (1) Ajouter une citation
PecosaPecosa   06 novembre 2019
Elle désirait, me dit-elle, Le Livre des amoureux et les Etoiles des absents. J'ai souri. J'éprouvais pour elle plus de sympathie que pour les clients habituels de la librairie La Rose Rouge, dans le quartier d'Albaicin. Je lui ai confié: c'est mon livre de chevet et il me procure une grande sérénité. Je lui ai remis le livre et lui ai trouvé une place dans un coin éclairé par une fenêtre, près d'une table ancienne; je lui ai souhaité bonne lecture et l'ai invitée à me donner ses impressions après la lecture d'un chapitre. Je l'ai vue de loin ouvrir le livre en laissant retomber sa chevelure. Au but de quelques instants son regard s'est illuminé. L'univers rencontré dans le livre nous a rapprochés et nous a fait aimer la vie sous le signe de ce livre.
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