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William Olivier Desmond (Traducteur)
EAN : 9782757885994
288 pages
Éditeur : Points (13/08/2020)

Note moyenne : 3.62/5 (sur 391 notes)
Résumé :
Les amateurs d'opéra sont réunis à la Fenice de Venise où ce soir-là, Wellauer, le célébrissime chef d'orchestre allemand, dirige La Traviata.
La sonnerie annonçant la fin de l'entracte retentit, les spectateurs regagnent leur place, les musiciens s'installent, les brouhahas cessent, tout le monde attend le retour du maestro. Les minutes passent, le silence devient pesant, Wellauer n'est toujours pas là... Il gît dans sa loge, mort. Le commissaire Guido Brune... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (72) Voir plus Ajouter une critique
Roggy
  21 avril 2020
Pour son premier roman, Donna Leon montre déjà sa maîtrise et son sens du suspense, où la dimension humaine est parfaitement rendue à travers le personnage du commissaire Brunetti.
Le lecteur est aux premières loges de cette enquête grâce à l'écriture très imagée de l'auteure, qui nous entraîne dans le décor majestueux des ruelles pavées de la Sérenissime Venise, qui devient un personnage en soi.
Le commissaire Brunetti déambule dans ses rues pavées qu'il connaît par coeur et où il est chez lui.
Personnage assez atypique dans les romans policiers, sa fausse nonchalance n'a d'égal que son flair et son sens du devoir auquel il se tient comme un chef d'orchestre à sa partition.
Le récit instaure un jeu subtil entre mensonges et vérités qui trouve de multiples échos dans nos modes de vie contemporain où l'apparence prévaut souvent sur la réalité.
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Dionysos89
  12 novembre 2014
Pour découvrir Donna Leon et les aventures du commissaire Brunetti, autant débuter par la toute première enquête publiée en 1992, Mort à la Fenice !
Rencontrée à la 25e Heure du Livre du Mans 2014, cette auteur américaine vivant depuis plusieurs dizaines d'années à Venise possède un petit humour italo-américain charmant. Et cela transparaît dès le premier roman policier qu'elle publie. Mort à la Fenice suit l'enquête du commissaire Brunetti sur la mort du grand chef d'orchestre Wellauer alors en représentation au théâtre de la Fenice. On comprend très vite que cet enquêteur de la police publique est à la fois humain, rigoureux et parfois hors des cases hiérarchiques. Cela se ressent dans le déroulé de l'intrigue : des rapports professionnels tendus, des conceptions très personnelles de la famille parfaite et un passé potentiellement problématique, il est clair que ce cher génie de Wellauer avait de quoi susciter la haine.
Toutefois, l'ambiance est particulière, elle aussi. On s'amuse surtout à suivre les pérégrinations du commissaire Brunetti dans les rues et canaux vénitiens. Bien souvent, au détour d'un début de chapitre, on ressent ce que vit sûrement Donna Leon en sortant de chez elle, comme elle le glissait encore dans une conférence à la 25e Heure du Livre du Mans 2014, où elle était l'invitée d'honneur.

Nostalgie de la splendeur d'antan, beauté des monuments encore restants et atmosphère forcément méditerranéenne sont de sortie. C'est déjà pas mal pour un premier polar, le début d'une longue série.
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saigneurdeguerre
  25 septembre 2020
Ah, quel bonheur ! La Traviata ! La Traviata dirigée par l'immenses Wellauer, le célébrissime chef d'orchestre allemand, le dernier des géants ! Et la soprano, Flavia Petrelli ! Et le tout à la Fenice ! A Venise ! Quel régal, mes amis ! Quel régal ! … Bizarre, cet entracte ! Pourquoi s'éternise-t-il ? … Ah, ben, ça alors ! Ce n'est pas Wellauer qui reprend les rênes de l'orchestre ? … Mais que se passe-t-il ?
Critique :
Première enquête du commissaire Guido Brunetti, « Mort à la Fenice » nous permet de nous familiariser avec la personne de ce sympathique policier aux méthodes d'investigation douces, de sa belle épouse, de son fils et de sa fille… Et de sa très aristocratique belle-famille, très riche et ô combien influente. Mais il y a un personnage qui va devenir incontournable, et quel personnage ! Venise ! Venise vue de l'intérieur ! Venise vue par les yeux d'une Américaine qui semble être devenue aussi Vénitienne que peut l'être une dame née sur place. Donna Leon semble connaître la ville et ses habitants sur le bout des doigts. Pas mal pour Américaine !
Et l'intrigue ? Me demanderez-vous. Intéressante. Un immense chef d'orchestre allemand trouvé mort, empoisonné dans sa loge pendant l'entracte… Voilà de quoi donner des cauchemars à la police italienne. Vite ! Vite ! Il faut trouver le coupable ! le coupable ? Vraiment ? Et si c'était une coupable ? Ce n'est pas pour dire, mais la Flavia Petrelli, elle a un sacré caractère et sa relation avec Wellauer était loin d'être au beau-fixe. C'est que Wellauer était très conservateur et que les moeurs de cette Petrelli qui préfère les femmes aux hommes sont contre nature, n'est-ce pas ? Et frau Wellauer, bien plus jeune que son mari… Mais ne soyons pas sexistes ! le metteur en scène n'a guère apprécié ses entrevues avec le grand chef d'orchestre qui lui a refusé un rôle pour son ami… N'oublions pas que même si Wellauer est passé au travers de la campagne de dénazification, il était tout de même très proche des sommités du 3e Reich… Se pourrait-il qu'il s'agisse d'une vengeance dont la cause remonterait des décennies en arrière ? Ah, oui, Wellauer était aussi un « homme à femmes » … Et si c'était une de ses amantes déçues ?
Ce ne sont là que quelques pistes pour Brunetti… Mais il n'a guère le temps de s'éterniser, son supérieur, Patta, un sublime abruti, le presse de remettre son rapport…
Je n'ai pas été particulièrement enthousiasmé par la lecture de ce roman. Pas non plus de quoi le jeter aux flammes… L'intrigue me semblait intéressante, mais le traitement est longuet.
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capucine5896
  15 juin 2020
Je viens de sortir de l'hôpital. Gemma m'attendait toute souriante et portait sa plus belle robe de fête. Ses yeux lançaient des flammes.
Lorsque je respirais, toujours avec difficulté, je me disais: « Tu as eu une sacrée veine, tu es toujours vivant et la Fenice, elle, fouchtra, est partie en fumées! »
J'ai levé les yeux au ciel. J'ai remercié les dieux d'être toujours in gamba, c'est-à-dire ou à peu près dire que je suis en forme!
Je me revois devant le Grand Canal recevant l'offrande du soleil et celle de la Beauté. Gemma resplendissait, accrochée à mon bras valide, L'autre bras fut brûlé au second degré et me fait toujours souffrir. Je tais ma souffrance comme je tais les atroces visions du feu qui m'obsèdent sans cesse. Gemma me lance des oeillades.
- Lucifer, tu peux voguer aux enfers, attiser tes feux, goujat de « porteur de lumière »!
- Comment dis-tu, Claudio?
- Lucifer et toute sa clique d'apôtres humains, je divague, je divague, petite bout...
- Qu'as-tu? Je te trouve lointain, si lointain, comme battu par les feux de la mémoire! Certes, tu as tant souffert, chéri bibi!
- Je cause souvent seul, je soliloque, pardi, j'invective les dieux de cette foutue planète! Rien ne va, rien n'est juste!
- Tu n'y pourras rien changer! Ton théâtre s'envola en fumées! Est-ce ta faute?
- le feu, le feu partout et cette étrange odeur, le feu que j'aimais tant gosse, lorsque mon cher père allumait les bougies pour Noël! Ma main que je passais et repassais, au risque de me brûler sérieusement, au-dessus des bougies rouges...
- Ah, tu adorais le feu?
- Oui, mais ici, cette vision infernale, cette apocalypse, comment pouvoir oublier, diable, comment?
- Tu oublieras tout cela dans mes bras et dans les plis de la Sérénissime beauté de mon corps, petit minou chéri!
- Minou chéri a grand besoin de dormir et de dormir de longues heures, de planer gaîment, en lévitation, au-delà de la barre des nuages, dans un ciel-océan clair et d'eau...
Je m'étais arrêté à San-Marco. Mes yeux ne quittaient pas l'autre bout de la place, là où se niche le musée de la cité et où j'aimais voir les navires prendre feu sous les coups de canon de la flotte... Las, il faisait étouffant. La tristesse creusait, en dedans de moi, des fleuves de dégoût.
Dormir, j'eusse voulu simplement tenir le grand sommeil par le drap blanc des jours infinis.
Où avais-je donc la tête pour avoir, en pleine nuit, ose me précipiter sans malepeur, dans la fournaise, à l'intérieur de mon très cher opéra? Celui qui fut une partie de ma vie? Je n'avais pas pu être chanteur et j'étais devenu un honorable acteur de la comédie transalpine. Acteur, oui, car loupiot je possédais - disait-on - le feu sacré. J'avais même participé à Senso, un film dụ prince Visconti. L'âge venant, je fus nommé régisseur adjoint du théâtre de la Fenice. Je ne fus pas nommé au poste envié de régisseur parce que ma tête ne plaisait pas au directeur et que j'avais - un court moment - courtisé la jeune actrice sur laquelle il avait « des visées ». Dans le feu de l'action - et même dans le brasier de ma petite vie de théâtreux - j'avais oublié la consigne de mon géniteur: «Ne vise pas trop haut, ne brûle pas les planches sur lesquelles le colonel lustre ses sardines! » J'ai ainsi perdu la confiance du colon.
Je logeais non loin du théâtre. le feu avait pris si rapidement de l'ampleur que la fenêtre de ma chambre s'embrasait presque! Je découvris, le nez contre la vitre, l'Apocalypse!
Une aussi belle clarté, dirait le poète, mais une clarté qui aussitôt devient ignoble et ronge et brûle.
Ma Fenice s'embrasait de haut en bas. La chaleur devint suffocante. Des milliers de flammèches léchaient déjà le troisième étage et des centaines de petites explosions brisaient les arma tures et les festons de bois.
Hâtivement, je courus dans le vestibule et je pris le téléphone pour aussitôt appeler la centrale des pompiers. Quelle ne fut pas ma surprise d'entendre, au bout du fil, la risible et pénible réponse émise d'une voix de fausset par un foutriquet d'homme du feu: « Je saisis bien, je saisis bien, monsieur le régisseur, mais nous sommes déjà en piste! Il nous manque de l'eau, le rio longeant le théâtre est asséché; l'autre, à sinistre, est à moitié vide et, figurez-vous, il nous faut faire venir une auto-pompe à l'immense échelle, car les échelles de la ville sont trop petites et la Fenice est trop haute, pardi, nous ne pouvons atteindre le sommet, cher régisseur, tout crame! »
- Tout brûle, tout brûle mais l'eau du Grand Canal, où coule-t-elle donc? Elle ne crame pas, elle?
- On la pompe à hue et à dia mais la pression est trop basse, la distance trop haute, les tuyaux pas assez longs et la marée des secours arrive!
- Baste! fis-je, et je raccrochai au nez du préposé aux discours.
A moitié habillé, je me précipitai dans l'escalier et puis à toute allure vers la place à peine distante de cinq cents mètres comme si j'avais tous les feux de l'enfer aux trousses. J'atteignis mon gagne-pain en flammes.
- Vite, vite, au foyer, me dis-je, je parie un milliard de lires que Gemma, ma petite rose des sables, s'y trouve encerclée par les feux!
J'avais une fois de plus raison!
Je n'eus aucune peur. Pas une once d'hésitation, pas un fifrelin de doute, pas une sueur froide dans le dos: je fonçai! le seuil franchi, sous le regard du phénix de pierre, je traversai le foyer, mouchoir en bâillon, pour rencontrer mon amour de feu...
Une chaleur épouvantable et inconnue de moi, asphyxiante, me prit au corps. D'épouvantables craquements avec comme un vent venu d'Afrique m'accompagnaient, avec un sifflement d'enfer et de damnation! Non, ce n'était pas la bora, celle que je connais bien, c'était la « mort en ce jardin », la faux du diable et les horreurs des enfers!
Un cri retentit. Un long cri terrifiant. Je me précipitai vers une loge d'habillage au premier étage. Tout brûlait. Je me mis à ramper et faire des sauts à quatre pattes pour éviter d'être asphyxié, Gemma se tenait dans la loge, toute menue, toussant et crachant et serrant un mouchoir sur sa bouche et son joli nez.
La pièce enflammée, son cri, ses yeux hagards, pleurant, oui, toi, toi toute et que j'aime depuis si longtemps!
Et, sans hésiter, je la tirai du piège des flammes qui mordaient la loge!
- Giorgio mio, toi, c'est toi, attends, je vais chercher mon sac!
Je la tirai de toutes mes petites forces, je la pris dans mes bras lorsque j'entendis le cri plaintif, le cri de mort de la chienne Lara, la douce gardienne des lieux...
Je poussai ma belle au-dehors et je me précipitai à nouveau dans le brasier... Lara hurlait, Lara hurlait!
- Viens, viens, ici, ici je suis, viens Lara!
Un dernier jappement. Je m'évanouis, brûlé, choqué, asphyxié... Une boule de feu tomba dans le hall et un pompier eut juste le temps de me précipiter au-dehors.
Je sors aujourd'hui de l'hôpital. J'ai quelque difficulté à respirer, à me tenir debout et mon bras droit me fait parfois atrocement souffrir. C'est celui qui sauva ma beauté vénitienne!
La Fenice n'existe plus. Lucifer a battu les cartes du ciel. le maire de la ville a promis que la Fenice sera reconstruite sans l'ombre d'un délai. Promesse politique...
Lara est morte. Chaque nuit j'entends la chienne hurler ou aboyer sans arrêt...
Ma vie a pris feu. Je suis déjà mort. Brûlé en dedans.
Je viens de sortir de l'hôpital. Gemma m'attendait toute souriante et portait sa plus belle robe de fête. Ses yeux lançaient des flammes.
Lorsque je respirais, toujours avec difficulté, je me disais: « Tu as eu une sacrée veine, tu es toujours vivant et la Fenice, elle, fouchtra, est partie en fumées! »
J'ai levé les yeux au ciel. J'ai remercié les dieux d'être toujours in gamba, c'est-à-dire ou à peu près dire que je suis en forme!
Je me revois devant le Grand Canal recevant l'offrande du soleil et celle de la Beauté. Gemma resplendissait, accrochée à mon bras valide, L'autre bras fut brûlé au second degré et me fait toujours souffrir. Je tais ma souffrance comme je tais les atroces visions du feu qui m'obsèdent sans cesse. Gemma me lance des oeillades.
- Lucifer, tu peux voguer aux enfers, attiser tes feux, goujat de « porteur de lumière »!
- Comment dis-tu, Claudio?
- Lucifer et toute sa clique d'apôtres humains, je divague, je divague, petite bout...
- Qu'as-tu? Je te trouve lointain, si lointain, comme battu par les feux de la mémoire! Certes, tu as tant souffert, chéri bibi!
- Je cause souvent seul, je soliloque, pardi, j'invective les dieux de cette foutue planète! Rien ne va, rien n'est juste!
- Tu n'y pourras rien changer! Ton théâtre s'envola en fumées! Est-ce ta faute?
- le feu, le feu partout et cette étrange odeur, le feu que j'aimais tant gosse, lorsque mon cher père allumait les bougies pour Noël! Ma main que je passais et repassais, au risque de me brûler sérieusement, au-dessus des bougies rouges...
- Ah, tu adorais le feu?
- Oui, mais ici, cette vision infernale, cette apocalypse, comment pouvoir oublier, diable, comment?
- Tu oublieras tout cela dans mes bras et dans les plis de la Sérénissime beauté de mon corps, petit minou chéri!
- Minou chéri a grand besoin de dormir et de dormir de longues heures, de planer gaîment, en lévitation, au-delà de la barre des nuages, dans un ciel-océan clair et d'eau...
Je m'étais arrêté à San-Marco. Mes yeux ne quittaient pas l'autre bout de la place, là où se niche le musée de la cité et où j'aimais voir les navires prendre feu sous les coups de canon de la flotte... Las, il faisait étouffant. La tristesse creusait, en dedans de moi, des fleuves de dégoût.
Dormir, j'eusse voulu simplement tenir le grand sommeil par le drap blanc des jours infinis.
Où avais-je donc la tête pour avoir, en pleine nuit, ose me précipiter sans malepeur, dans la fournaise, à l'intérieur de mon très cher opéra? Celui qui fut une partie de ma vie? Je n'avais pas pu être chanteur et j'étais devenu un honorable acteur de la comédie transalpine. Acteur, oui, car loupiot je possédais - disait-on - le feu sacré. J'avais même participé à Senso, un film dụ prince Visconti. L'âge venant, je fus nommé régisseur adjoint du théâtre de la Fenice. Je ne fus pas nommé au poste envié de régisseur parce que ma tête ne plaisait pas au directeur et que j'avais - un court moment - courtisé la jeune actrice sur laquelle il avait « des visées ». Dans le feu de l'action - et même dans le brasier de ma petite vie de théâtreux - j'avais oublié la consigne de mon géniteur: «Ne vise pas trop haut, ne brûle pas les planches sur lesquelles le colonel lustre ses sardines! » J'ai ainsi perdu la confiance du colon.
Je logeais non loin du théâtre. le feu avait pris si rapidement de l'ampleur que la fenêtre de ma chambre s'embrasait presque! Je découvris, le nez contre la vitre, l'Apocalypse!
Une aussi belle clarté, dirait le poète, mais une clarté qui aussitôt devient ignoble et ronge et brûle.
Ma Fenice s'embrasait de haut en bas. La chaleur devint suffocante. Des milliers de flammèches léchaient déjà le troisième étage et des centaines de petites explosions brisaient les arma tures et les festons de bois.
Hâtivement, je courus dans le vestibule et je pris le téléphone pour aussitôt appeler la centrale des pompiers. Quelle ne fut pas ma surprise d'entendre, au bout du fil, la risible et pénible réponse émise d'une voix de fausset par un foutriquet d'homme du feu: « Je saisis bien, je saisis bien, monsieur le régisseur, mais nous sommes déjà en piste! Il nous manque de l'eau, le rio longeant le théâtre est asséché; l'autre, à sinistre, est à moitié vide et, figurez-vous, il nous faut faire venir une auto-pompe à l'immense échelle, car les échelles de la ville sont trop petites et la Fenice est trop haute, pardi, nous ne pouvons atteindre le sommet, cher régisseur, tout crame! »
- Tout brûle, tout brûle mais l'eau du Grand Canal, où coule-t-elle donc? Elle ne crame pas, elle?
- On la pompe à hue et à dia mais la pression est trop basse, la distance trop haute, les tuyaux pas assez longs et la marée des secours arrive!
- Baste! fis-je, et je raccrochai au nez du préposé aux discours.
A moitié habillé, je me précipitai dans l'escalier et puis à toute allure vers la place à peine distante de cinq cents mètres comme si j'avais tous les feux de l'enfer aux trousses. J'atteignis mon gagne-pain en flammes.
- Vite, vite, au foyer, me dis-je, je parie un milliard de lires que Gemma, ma petite rose des sables, s'y trouve encerclée par les feux!
J'avais une fois de plus raison!
Je n'eus aucune peur. Pas une once d'hésitation, pas un fifrelin de doute, pas une sueur froide dans le dos: je fonçai! le seuil franchi, sous le regard du phénix de pierre, je traversai le foyer, mouchoir en bâillon, pour rencontrer mon amour de feu...
Une chaleur épouvantable et inconnue de moi, asphyxiante, me prit au corps. D'épouvantables craquements avec comme un vent venu d'Afrique m'accompagnaient, avec un sifflement d'enfer et de damnation! Non, ce n'était pas la bora, celle que je connais bien, c'était la « mort en ce jardin », la faux du diable et les horreurs des enfers!
Un cri retentit. Un long cri terrifiant. Je me précipitai vers une loge d'habillage au premier étage. Tout brûlait. Je me mis à ramper et faire des sauts à quatre pattes pour éviter d'être asphyxié, Gemma se tenait dans la loge, toute menue, toussant et crachant et serrant un mouchoir sur sa bouche et son joli nez.
La pièce enflammée, son cri, ses yeux hagards, pleurant, oui, toi, toi toute et que j'aime depuis si longtemps!
Et, sans hésiter, je la tirai du piège des flammes qui mordaient la loge!
- Giorgio mio, toi, c'est toi, attends, je vais chercher mon sac!
Je la tirai de toutes mes petites forces, je la pris dans mes bras lorsque j'entendis le cri plaintif, le cri de mort de la chienne Lara, la douce gardienne des lieux...
Je poussai ma belle au-dehors et je me précipitai à nouveau dans le brasier... Lara hurlait, Lara hurlait!
- Viens, viens, ici, ici je suis, viens Lara!
Un dernier jappement. Je m'évanouis, brûlé, choqué, asphyxié... Une boule de feu tomba dans le hall et un pompier eut juste le temps de me précipiter au-dehors.
Je sors aujourd'hui de l'hôpital. J'ai quelque difficulté à respirer, à me tenir debout et mon bras droit me fait parfois atrocement souffrir. C'est celui qui sauva ma beauté vénitienne!
La Fenice n'existe plus. Lucifer a battu les cartes du ciel. le maire de la ville a promis que la Fenice sera reconstruite sans l'ombre d'un délai. Promesse politique...
Lara est morte. Chaque nuit j'entends la chienne hurler ou aboyer sans arrêt...
Ma vie a pris feu. Je suis déjà mort. Brûlé en dedans.
La Fenice n'existe plus. Lucifer a battu les cartes du ciel. le maire de la ville a promis que la Fenice sera reconstruite sans l'ombre d'un délai. Promesse politique...

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LePamplemousse
  02 mai 2017
Ce tout premier volume des enquêtes policières du commissaire Brunetti nous permet de découvrir la ville de Venise et un mode de vie bien particulier.
Le commissaire Brunetti n'est pas l'archétype du policier solitaire, dépressif et alcoolique tel qu'on en voit beaucoup actuellement, non, lui est marié et heureux en ménage, il a deux enfants, il aime manger, boire et profiter de la vie, au point de rentrer déjeuner en famille même en plein milieu d'une enquête.
Dans cet opus, il va devoir faire la lumière sur le meurtre d'un chef d'orchestre de renom, qui bien que mondialement connu, semblait être un personnage fort déplaisant.
Cette enquête va surtout être une quête, celle de la vérité sur un homme au passé mystérieux et dont personne n'a vraiment envie de parler.
J'ai beaucoup aimé parcourir les ruelles et les canaux de Venise avec Brunetti, un homme relativement intègre dans une ville où la corruption est partout.
A noter que les enquêtes de Brunetti sont généralement sans violence excessive.
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Citations et extraits (45) Voir plus Ajouter une citation
Dionysos89Dionysos89   11 octobre 2014
Jadis capitale des plaisirs de tout un continent, Venise n'était plus qu'une ville de province somnolente plongée dans un quasi-coma après neuf ou dix heures du soir. Pendant les mois d'été, elle pouvait s'imaginer revenue au temps de sa splendeur galante, tant que les touristes payaient et que le beau temps se prolongerait ; mais en hiver, elle n'était plus qu'une vieille mémère fatiguée, seulement désireuse de se couler de bonne heure sous sa couette et de laisser ses rues désertées aux chats et au passé.
Ces heures étaient cependant celles où Venise était la plus séduisante, pour Brunetti, les heures où lui, pur Vénitien, sentait le plus vivement la présence de son ancienne gloire. L'obscurité de la nuit dissimulait la mousse qui envahissait les marches du palais, le long du Grand Canal, faisait disparaître les fissures des églises et les plaques d'enduit manquantes aux façades des bâtiments publics. Comme beaucoup de femmes d'un certain âge, la ville avait besoin de cet éclairage trompeur pour donner l'illusion de sa beauté évanouie. Une embarcation chargée de barils de lessive ou de choux devenait, la nuit, une silhouette inquiétante en route vers quelque destination mystérieuse. Les brouillards, si fréquents en ces jours d'hiver, métamorphosaient objets et gens, y compris les adolescents à cheveux longs partageant une cigarette à un coin de rue, en fantômes mystérieux du passé.
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Dionysos89Dionysos89   06 novembre 2014
- On dirait que vous cherchez à l’excuser, observa la vice-questeur. Est-elle jolie ? »
Brunetti comprit que Patta devait avoir compris la différence d’âge qui existait entre Wellauer et sa veuve.
« Oui, à condition d’aimer les grandes blondes.
- Vous ne les aimez pas ?
- Ma femme ne m’y autorise pas, monsieur. »

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Eve-YesheEve-Yeshe   02 mars 2017
Jadis capitale des plaisirs de tout un continent, Venise n’était plus qu’une ville de province somnolente plongée dans un quasi-coma après neuf ou dix heures du soir. Pendant les mois d’été, elle pouvait s’imaginer revenue au temps de sa splendeur galante, tant que les touristes payaient et que le beau temps se prolongeait ; mais, en hiver, elle n’était plus qu’une vieille mémère fatiguée, seulement désireuse de se couler de bonne heure sous sa couette et de laisser ses rues désertées aux chats et au passé.
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Dionysos89Dionysos89   20 novembre 2014
Chez mes copines, quand leur mère ne travaille pas, comme maman, c’est leur père qui décide de tout, où ils vont en vacances, tout. Et certains ont même des maîtresses. » Cette dernière remarque fut émise d’un ton moins sûr, presque comme une question. « Et s’ils le font, ce sont parce que ce sont eux qui gagnent l’argent, et c’est pourquoi ce sont eux qui doivent dire aux autres ce qu’il faut faire. » Paola, elle-même, songea-t-il, n’aurait pu résumer aussi succinctement le système capitaliste. En réalité, c’était sa femme qu’il entendait par la voix de Chiara.

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araucariaaraucaria   12 janvier 2021
La troisième sonnerie annonçant la reprise imminente de la représentation retentit discrètement dans les foyers et les bars de La Fenice. Les gens éteignirent leur cigarette, vidèrent leur verre, interrompirent leur conversation et commencèrent à refluer vers la salle, brillamment éclairée pendant l'entracte; le bourdonnement des voix se fit plus fort au fur et à mesure que les spectateurs reprenaient leur place - un diamant lançait un éclair ici, une étole de vison s'ajustait sur une épaule nue là, une main chassait une poussière invisible d'un revers de satin ailleurs. Les balcons du haut se remplirent les premiers; puis ce fut le tour de l'orchestre et enfin des trois rangées de loges.
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