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ISBN : 2360840185
Éditeur : Inculte éditions (04/09/2019)

Note moyenne : 4/5 (sur 1 notes)
Résumé :
On n'habite jamais une ville, seulement l'idée que l'on s'en fait. C'est l'imaginaire et la mythologie, le territoire mental de chacun, qui se surimposent à la ville réelle. Dans ce premier livre, Philippe Marczewski dérive dans le pays qui est le sien depuis son enfance. Ce pourrait être Sheffield, Amiens, Essen ou Gênes. Ce pourrait être n'importe quelle ville. C'est Liège, ses banlieues et sa campagne limitrophe. Passant d'une antique chênaie arrachée à des terri... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
Horizon_du_plomb
  06 septembre 2019
« J'aimerais n'y voir qu'un chauvinisme portatif encombrant, peut-être un tropisme nostalgique qui s'exprime aussitôt passées les frontières, mais ce serait trop simple. »
Un Liégeois qui écrit sur Liège et est lu par un Liégeois, c'est un cercle intime qui se boucle comme un périphérique. Évidemment, on a moins de surprises, on confronte les images du roman à celles que nos souvenirs recèlent. Néanmoins, la langue reste un pas d'oie non apprivoisé à travers la ville. Quand elle s'emballe, on dirait un forçat enragé qui hale contre le fleuve du temps, ce charrieur de première. De quoi rendre la classe à une ville non pas déclassée mais un peu cabossée.
« Ce qui apparaissait au sol une grande ville est ramassé, contracté pour qui l'aperçoit du ciel ; mais en revanche, ce qui ne nous semblait pas avoir des proportions considérables, comme les faubourgs de cette ville, va s'étendre au loin, et les rues de ces faubourgs, bordées de falaises que sont les maisons, nous donneront l'impression d'étirer jusque dans la campagne de longs tentaculaires pétrifiés » (citant Maurice Déribéré dans « Le monde à vol d'oiseau » )

Dés le premier chapitre, on se met à planer sur les bons lopins, ceux qui s'accordent en C. Comme dirait Greg Bear, il ne restera qu'une cité à la fin des temps et ce sera elle. Féminin parce qu'une ville c'est sensuel, c'est vivant, c'est la mère nourricière.
« Il faut se rendre à l'évidence, la tombe de René Thomas considéré par ses pairs comme le plus grand des guitaristes de son époque après Django Reinhardt, est l'une de celles-là, deux centiares de cailloux sans relief, sans rien pour l'identifier qu'un numéro dans un registre, une adresse introuvable dans la terre de Robermont. »
Pourquoi une image de concert jazz sur la couverture ? Il faut lire le livre en entier pour prendre la mesure de sa pertinence et pas seulement le dernier chapitre et celui consacré à Baker et Pelzer. L'auteur respecte les moments de silence ou d'autres fois fonce comme on embroche le taureau, l'écriture a cet effet d'accordéon que seule la vraie conscience peut donner, l'écoute des formes sans le regard qui clive. En cela, le livre est jazzy. C'est aussi un livre qui a sa bande-son (comme Low Down lu récemment). On comprend les remerciements à Jean-Paul-Schroeder et à la Maison du Jazz. À noter par contre qu'on prend plus d'humanité en complétant par sa lecture la citation du quatrième de couverture qui semble tout droit sortie du pôle spatial de Liège pour rejoindre les étoiles du marketing.
« Elles ne sont pas destinées à l'avenir, mais au temps seul de nos vies, car ils n'auront que faire, les suivants, de nous voir ivres et joyeux, mais nous, nous, elles nous bercent de l'agréable illusion de notre éternité. »
Le livre se compose de chapitres abordant chacun un chapelet de localisations et d'impressions différentes où se mélangent les temps. Ici, on délaisse un peu Simenon pour parler de Cools, Goldo et d'Antaki. Face à ces schémas vivants, fluctuants, loin de toutes techniques si ce n'est celle des références, le livre devient forcément livre réseau qui s'insinue, rééquilibre et émerge. Sans fanfaronnade, l'écriture roule entre pertinence et poésie et sa forme finale s'appelle art.
« La contestation sociale hardcore avait ses vertus, mais le savoir-faire s'est perdu, nous sommes trop polis. »
Des petites choses font la richesse de ce livre comme cette dame qui fronce les sourcils tandis qu'on prend juste le temps de contempler, de se remémorer. Oui, tout est dans le regard. Parfois, au contraire, on s'enlise dans le descriptif mais celui-ci alourdit les paupières comme une hypnose méthodique. L'auteur sait être incisif quand il le faut, pour mieux percer les murs, loin de tout humour à la Casper.
L'auteur prend sans complexe des citations d'ouvrages qui enrobent son récit comme ce père De Groot dépassé par la sauvagerie des hommes. de toute façon, impossible de parler de Liège sans parler de ses écrivains, eux aussi attachés à leur terre. D'ailleurs ce qui frappe mais en même temps sonne juste, c'est comme la nature est présente dans ce récit de ville. On franchira souvent les lignes dans ce livre, sans doute parce qu'elles n'ont pas de fondement.
L'urbaniste prendra des coups face à l'histoire. Il est clair que mélancolie et nostalgie seront des ambiances fréquentes mais les situations qui y amènent sont bien menées loin d'un sentimentalisme d'époques dorées ou noires. Plus que ses charmes, chaque époque a sa vie, ce dont parle aussi l'auteur heureusement.
« Désormais pour voir une mine transformée en musée, il faut aller à Blégny-Trembleur bien en dehors de Liège, mais dans le corps de la ville où pourtant il y en avait tant, toute la honte a été bue. »
Ma seule critique concerne le chapitre sur Chet/Pelzer qui est en même temps mon préféré (avec ceux des cochons et des bons buveurs en second). Il montre comme l'auteur aurait pu faire un livre en soi de leurs itinéraires, de leur amitié ou d'un autre point de vue s'il en avait eu l'ambition. Si je creuse aussi l'avenir d'une question, je me demande si la réception de ce livre sortira de son fond de pensée, de son petit rond de vers géographiques
Finalement, les hauts et les bas de ce livre forme une ondine de Meuse, une pulsation au coeur de la ville. Une ode qui n'a pas à rougir de son sang. Je comptais finir cette critique hier mais quelques jup' et deux bons verres de calva entre amis (ok, plus un verre de mezcal from the roots at last) ont fait que cette critique a dû attendre une journée. Ciel (de drache nationale) ! Tout cela se résumerait-il à du flux et des éclusages ?
L'auteur semble presque s'excuser pour le subjectivisme d'un regard mais on touche au flux de conscience universel. J'ai longtemps hésité entre le 3,5 et le 4 étoiles, je mets 4 comme la quadrature du cercle. Il n'y pas de localité, il n'y a pas de continu, ce sont des leurres cosmologiques.
« La Meuse ruisselait déjà au Paléozoïque, (…) Il faut imaginer les crues de la Meuse. »
« Tout ce qu'ils avaient de véritable, nous l'avons déjà pris et le reste, nous l'avons oublié. » (Parlant des lieux de l'enfance).
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Citations et extraits (2) Ajouter une citation
Horizon_du_plombHorizon_du_plomb   06 septembre 2019
L’histoire de cette ville a fait d’elle un monstre égocentrique capable d’exercer son empire sur un peuple qui lui reste, où qu’il soit, inféodé. Elle s’est constituée en poche d’indépendance face à l’Empire germanique, à la France, aux Pays-Bas, espagnols et face aux Bourguignons, et toujours fut piétinée, bombardée, incendiée et mise à sac, passant d’une domination à une autre et toujours, malgré tout, s’est assurée son lot de puissance territoriale en étendant sa loi sur une vaste principauté. Et cette longue histoire de guerres, de trahisons, de massacres et de luttes pour la liberté a fait d’elle une île au milieu des empires. On venait y faire imprimer ce qui ailleurs était censuré. On venait s’y former auprès des maîtres dont les enseignements étaient, ailleurs, interdits. On l’appela Nouvelle Athènes et elle le crut, et le croit encore, mille ans plus tard. 
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Horizon_du_plombHorizon_du_plomb   06 septembre 2019
Il pose son convoi de fortune au coin de la rue, bricole sans attendre les boutons de l’ampli et lance à toute berzingue un couinement de synthé plaqué sur un boum-tchac binaire, embouche le sax et immole « What a wonderful world », on se voit soudain dans la salle d’attente d’un service de soins palliatifs, le taux de sucre dans l’air devient mortel, si j’avais ce qu’il me faut, je me ferais, sans délai, un shoot d’insuline (…)
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Video de Philippe Marczewski (1) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Philippe Marczewski
Lecture d'un extrait du livre de Philippe Marczewski, "Blues pour trois tombes et un fantômes", éditions Inculte, 2019
Lecture par Grégoire Courtois dans les rayons de la librairie Obliques.
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