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ISBN : 2705662456
Éditeur : Hermann (01/10/1994)

Note moyenne : 5/5 (sur 2 notes)
Résumé :
Description
Au tournant du siècle, l'estampe s'épuise en raffinements, pastichant le Japon, édulcorant l'impressionnisme. Les Fauves vont lui apporter un sang nouveau, une technique à la rudesse inédite, taillant du canif dans le bois brut, sans rien de commun avec les préciosités de l'Art Nouveau. De ce fauvisme radical et primitif naîtront certains chefs-d'oeuvre...
Des chefs-d'oeuvre dont l'auteur a fait ici un très beau choix: 53 estampes réparties... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
Alzie
  11 juillet 2014
La beauté sinueuse d’un dos féminin de Matisse (1906), en couverture, est en soi la plus jolie des invitations qui puisse inciter un lecteur à parcourir ce livre d’Emmanuel Pernoud. Bien sûr il faut aimer l’estampe (appelée communément « gravure » mais le mot prête parfois à confusion par son renvoi à une technique), ou les Fauves. Ou encore mieux, les deux. Aimer le livre et la lecture est aussi une excellente raison de se plonger dans celui-ci : « Domaine du noir et blanc, liée par nature à l’illustration, c’est-à-dire à la presse et à la littérature, L’estampe a toujours donné la primeur à l’histoire, au portrait, aux scènes de mœurs, de préférence aux genres plus picturaux de la nature morte et du paysage ». L’estampe est surtout un domaine privilégié de création, par le champ d’expérimentation qu’elle offre aux plus grands artistes qui l'ont toujours exploré.
Emmanuel Pernoud, ancien responsable au département des estampes à la Bnf, spécialiste des arts graphiques, donne ici un des plus intelligibles pour le profane, un des plus amoureux aussi, parmi les textes que j’ai pu lire sur l’estampe et sur le bois gravé en particulier. Une technique très anciennement connue (XVe siècle), appelée aussi bois de fil : une matrice en bois est gravée au canif ou à la gouge, dans le sens du fil du bois, puis encrée avant la mise en presse et la production de l'estampe. Le geste est simple, fort, et surtout l'impression ne peut être faite en très grand nombre, compte tenu de la fragilité de la matrice, ce qui va à l'encontre de l'esprit des productions au début du XXe siècle. Paul Gauguin, dans les années 1880, Edvard Munch ou, plus surprenant, Alfred Jarry dans sa revue, L'Ymagier, sortant des conventions de leur temps, conduisent le renouveau du bois gravé. La démarche "primitiviste" tout à fait nouvelle et expérimentale de Gauguin dans ce domaine lui fait dire : « Pour faire neuf, il faut remonter aux sources ».
Les Fauves, dont la production picturale est aussi fulgurante que brève, mais fait date en quatre ans à peine entre 1904 et 1908, ont témoigné un intérêt aussi vif que passionné pour l’estampe. Leurs créations gravées, placées entre les innovations des Nabis, celles des Cubistes et des Expressionnistes avec qui ils furent mis en concurrence dans les commentaires, n’ont pas fait l’objet de nombreuses expositions et resteront de ce fait largement méconnues par rapport à leurs oeuvres peints. Emmanuel Pernoud répare cette injustice et analyse de la manière la plus lumineuse qui soit le paradoxe d'artistes "absolutistes de la gamme chromatique", tirant du noir et blanc sa plus haute expression. L'émotion surgit d'une iconographie toute en sobriété, de l'adéquation miraculeuse entre l'image et le propos, du sens suggéré de la beauté devenue presque palpable. Emmanuel Pernoud n'a pas son pareil pour associer la beauté d'une oeuvre et le geste de l'artiste qui l'a générée.
Quand les Fauves de Chatou, André Derain et Maurice de Vlaminck, à la suite de Pont-Aven, commencent à exercer leur talent sur le bois gravé, l’estampe qui a connu un renouveau spectaculaire tout au long du XIXe siècle est devenue répétitive, et tend trop systématiquement à satisfaire le goût majoritaire et dominant, mimant le plus souvent les effets de la peinture. De plus, les progrès techniques qui assurent sa diffusion en nombre, l’éloignent, par là même, de sa vocation première à la création originale que les artistes ont toujours défendue. Le bois qui est « la forme la plus rudimentaire, la moins mécanique des procédés d’estampe » séduit les artistes les plus personnels dans leur vision créatrice. Au couple de Chatou, et à tous ceux présents dans la fameuse salle 7 du Salon d'Automne 1905, on adjoint aussi généralement le trio havrais formé par Raoul Dufy, Georges Braque et Othon Friesz, ainsi que Kees Van Dongen. Tous s'adonnèrent à diverses techniques de l'estampe. Le bois gravé étant surtout pratiqué par André Derain, Maurice de Vlaminck et Matisse que les deux de Chatou entraînèrent.
Dans un chapitre magnifique consacré à Matisse, "La couleur du noir", l'auteur montre comment vingt-sept gravures sur bois exécutées entre 1900 et 1906, représentent une étape capitale dans l'oeuvre de l'artiste. Toute la magie de l'art de Matisse est sans doute déjà contenue et résumée dans l’économie d’un trait gravé qui semble pourtant inachevé. D'autres Fauves, selon l'acception retenue -large ou restrictive- s'essayeront à l'estampe, comme Albert Marquet, lui aussi inspiré par le bois gravé. Charles Camoin y viendra beaucoup plus tard et Henri Manguin préférera la gravure sur cuivre (eau-forte, pointe sèche). Georges Rouault qui a partagé les ateliers des Fauves, est un adepte du monotype, privilégié auparavant par Degas, et de la lithographie couleurs.
Dans l'illustration du livre le bois gravé des Fauves trouve une de ses expressions les plus originales. L'alliance avec les auteurs que les Nabis avaient réalisés par la lithographie est renouvelée par les Fauves avec le bois gravé, grâce à Max Jacob ou Guillaume Apollinaire : André Derain ("L'Enchanteur pourrissant"), mais aussi Raoul Dufy (Le Bestiaire ou cortège d'Orphée). Ce dernier, allié à la mouvance, par sa pratique de la gravure, inscrit le bois gravé dans une évolution vers une tendance décorative du fauvisme.
Au-delà de différences profondes, il y a sûrement un puissant fond commun de pensée des maîtres (Gauguin et Munch), comme le souligne l'auteur en conclusion, entre les bois gravés fauves et les bois expressionnistes allemands de la Brücke ou du Blaue Reiter, c'est celui-là qu'il faut retenir.
Pourquoi aime-t-on un livre ? est-il vraiment possible de répondre à cette question ?

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Citations et extraits (1) Ajouter une citation
AlzieAlzie   11 juillet 2014
On ne peut pas vivre dans un ménage trop bien fait, un ménage de tantes de province, alors on part dans la brousse.
Matisse à propos du fauvisme
Commenter  J’apprécie          50
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