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EAN : 9782710328148
272 pages
Éditeur : La Table ronde (27/10/2005)

Note moyenne : 4/5 (sur 2 notes)
Résumé :

Depuis février 2003, le Darfour, province orientale du Soudan jouxtant le Tchad est le théâtre de massacres épouvantables suivis d'une famine largement programmée par l'action des autorités gouvernementales. Génocide ou pas ? La communauté internationale s'interroge mais, en attendant, la population meurt. L'ouvrage de Gérard Prunier remonte dans le temps pour expliquer ce qu'a été le Darfour, pays in... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
YvesParis
  26 décembre 2012
La lecture du livre de Gérard Prunier s'impose à qui veut comprendre la crise du Darfour. Pour avoir arpenté la Corne depuis plus de trente ans, depuis l'Ouganda d'Idi Amin auquel il consacra sa thèse jusqu'à l'Ethiopie où il dirigea longtemps le Centre français d'Etudes éthiopiennes, en passant par la Somalie ou le Kenya dont il reste l'un des meilleurs experts, Gérard Prunier connaît bien cette région et ses fausse évidences. Grâce à lui, le Darfour n'est plus seulement une crise humanitaire lointaine, terriblement violente et inéluctable. La crise du Darfour devient, par sa plume alerte, une crise authentiquement politique.

Situé aux confins du Tchad et du Soudan, le Darfour n'a jamais intéressé personne. Ce territoire grand comme la France est formidablement enclavé. Equidistant de l'Atlantique et de la Mer rouge, le Darfour est séparé de la Méditerranée par la barrière du Sahara. Au Sud, la malaria et les mouches tsé-tsé freinent les échanges (p. 26). Pendant plusieurs siècles le sultanat du Darfour vécut à l'écart de l'Histoire. Elle le rattrapa au tournant du XXème siècle, une première fois en 1874 sous l'effet de la conquête du Soudan par les Turco-Egyptiens, une seconde en 1916 sous les traits du colon anglais. Pour autant, avant comme après l'indépendance du Soudan en 1956, le Darfour demeura un territoire périphérique. Pendant la colonisation, pas plus d'une demi-douzaine d'administrateurs britanniques en assuraient la gestion. L'indépendance n'y a rien changé et Prunier - qui n'a guère d'indulgence pour le régime de Khartoum - montre le dédain dans lequel les awlad al-beled (les Arabes de la vallée du Nil) tiennent les awlad al-gharb (les habitants de l'Ouest).

Aussi n'était-il guère surprenant que se développent, dans ces marges délaissées, des mouvements politiques voire insurrectionnels réclamant sinon du pouvoir du moins de l'attention : le DDF dans les années 60, le SFDA après le coup d'Etat de 1989, enfin les guérillas du SLM et du JEM au début des années 2000. Face à cette guérilla, le régime de Khartoum lança une contre guérilla en armant des miliciens, les janjawid qui acquirent vite une sinistre réputation. Les villages suspectés d'abriter des guérilleros étaient razziés ; à cette campagne d'extermination succéda une campagne d' "attrition" (p. 229) par la faim et les maladies au moins aussi mortellement efficace.

La crise du Darfour est-elle, comme l'a écrit Alex DeWaal, une contre insurrection qui aurait mal tourné ? Gérard Prunier soutient au contraire que "la réponse armée ... d'un groupe racialement marqué ... décidé à mettre au pas un groupe ethnique qu'il considérait comme inférieur ... ne pouvait que déraper" (p. 255). Y a-t-il pour autant génocide ? L'auteur pense que non, tout en soulignant que l'émoi suscité par le crime de 300.000 individus ne saurait varier selon que ses auteurs aient ou non des motivations génocidaires. Toujours est-il que manque probablement à ce génocide ambigu une intentionnalité, une "conférence de Wannsee africaine" (p. 257), tout comme subsiste pour l'avenir une possibilité de vivre ensemble au Darfour qui semble avoir abandonné le Rwanda des Tutsis et des Hutus

Gérard Prunier consacre un chapitre passionnant à la perception de cette crise dans l'opinion publique internationale. Il souligne combien le conflit au Sud-Soudan a constamment biaisé l'appréhension de la crise au Darfour. Pendant plus de vingt ans, la communauté internationale a oeuvré à la fin de la guerre au Sud et, alors que les négociations allaient bon train au Kenya en 2003-2004, elle a refusé de se laisser distraire dans ses efforts par une autre guerre. Cet aveuglement a une seconde cause : l'obnubilation culturaliste qui caractérise nombre d'observateurs du Soudan. Pour beaucoup, la coupure entre le Nord musulman et le Sud chrétien est l'unique grille de lecture de la géopolitique soudanaise. Cette explication n'est pas sans fondements ; mais elle ne suffit à rendre compte ni de la guerre au Sud Soudan ni des autres rivalités, notamment inter-musulmanes, qui marquent l'espace soudanais. L'aveuglement a cessé en 2004 et le Darfour est macabrement devenu à la mode. Mais, sous l'effet combiné du tsunami asiatique et de l'euphorie de l'accord de paix "global" de Naivasha signé le 9 janvier 2005 entre le SPLM et Khartoum, l'opinion internationale s'est lassée, abandonnant à l'Union africaine et à l'ONU la gestion de cet obscur conflit.
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Citations et extraits (2) Ajouter une citation
art-bsurdeart-bsurde   18 juillet 2015
[…] d'une part, il est plus facile de critiquer des organismes occidentaux qui réagissent que des gouvernements dictatoriaux dont l'ouverture aux critiques concernant les droits de l'homme n'est souvent pas une caractéristique dominante. Et deuxièmement les violateurs des droits de l'homme sont, pourrait-on dire, « dans leur rôle ». Ce sont justement eux qui sont les responsables des problèmes. Alors que la communauté internationale est justement censée incarner l'opposé. Il serait ridicule de la complimenter de n'avoir tué personne [….] La culpabilité « primaire » est claire. Mais la culpabilité « secondaire » l'est beaucoup moins. Beaucoup de richesses et de pouvoir donnent à ceux qui les détiennent certaines obligations, certaines responsabilités, qui doivent constituer une sorte de « moralité collective » si le terme de « communauté internationale » conserve le moindre sens. Ce que l'ambassadeur Danforth [Représentant spécial du président Bush] dit en substance c'est : nous, nous n'avons tué personne ; donc pourquoi nous blâmer de quoique ce soit ? Il offre une sorte d'argument tautologique selon lequel les criminels sont des criminels, nous pas, et que le simple fait d'être témoin de ces crimes ne nous crée aucune obligation. Une telle forme d'argumentation constitue une régression de la civilisation car dans la plupart des pays civilisés il existe des lois concernant la non-assistance à personne en danger. Il est d’ailleurs intéressant de constater que, très souvent, alors que nous les connaissons, nous ne nommons pas les responsables des excès que nous dénonçons. En effet les nommer rendrait très difficile le fait de continuer à traiter avec eux comme si de rien n'était. De ce point de vue, il est frappant que la liste des cinquante et un suspects de crimes de guerre qui est contenue dans le rapport des Nations Unies sur la violence au Darfour n'ait jamais été rendue publique. La politesse diplomatique est juste une manière de dire que nous ne nous soucions pas réellement de ce qui se passe et que nous n'avons pas vraiment l'intention d'intervenir. Toute franchise un peu rude impliquerait des menaces palpables pour les responsables, qui le savent d'ailleurs bien, et que la politesse de la communauté internationale rassure.
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art-bsurdeart-bsurde   19 juillet 2015
Mais le fait de cantonner l'aide apportée aux victimes au pur domaine de l'humanitaire est en soi une dérobade car nous savons parfaitement qu'elle sera incapable de modifier les causes sinon profondes (celles-là ne sont pas à la portée d'interventions rapides) du moins celle du niveau moyen qui sont politiques et sur lesquelles nous pourrions agir si nous ne souhaitions pas les occulter. L'Occident ne peut s'ériger en gendarme du monde. Mais l'affaire irakienne (après les méandres des crises yougoslaves) montre bien que lorsque les intérêts réels ou supposés des pays riches sont en jeu nous savons trouver les moyens d'agir, même si d'ailleurs c'est parfois à mauvais escient. Le Darfour est pauvre, il est lointain et il est bien difficile d'y trouver un quelconque intérêt pour l'Occident. Le laisser mourir à petit feu dans des formes poliment acceptables n'est donc pas un problème majeur pour nos structures de pouvoir.
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Videos de Gérard Prunier (3) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Gérard Prunier
Les Opérations Extérieures (OPEX) sont nombreuses: l?Afghanistan, l?Irak, la Libye, la Centrafrique, la Syrie, le Mali... Partout les forces françaises se sont enlisées. Les opérations militaires hors de nos frontières sont-elles condamnées à l?échec ? Qu?est-ce qui justifie une intervention ?
Pour en parler Emmanuel Laurentin reçoit Gérard Prunier (historien, ancien chargé de recherche au CNRS), Daphné Benoit (correspondante défense de l'APF), Grégory Daho (maître de conférences en science politique à Paris 1) et Bruno Clément-Bolee (général de corps d?armée, ancien commandant des forces françaises dans l?océan Indien).
Le Temps du débat d?Emmanuel Laurentin ? émission du 11 novembre 2019 À retrouver ici : https://www.franceculture.fr/emissions/temps-du-debat
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