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EAN : 9782262037451
680 pages
Éditeur : Perrin (03/09/2020)
4.17/5   3 notes
Résumé :
Le parcours de Marc Aurèle (121-180) est retracé, de son adoption par Antonin le Pieux à son initiation à la philosophie et au stoïcisme, en passant par son mariage avec Faustine la Jeune, ses difficultés extérieures en tant qu'empereur romain ou les rumeurs selon lesquelles il aurait été empoisonné sur ordre de son fils et successeur Commode.

« Il faut construire ta vie action par action, et si chacune, autant qu’il est possible, s’achève, t’en conte... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
Henri-l-oiseleur
  18 avril 2021
Il est difficile, paradoxalement, d'écrire la biographie d'un empereur romain sur lequel les documents abondent : Marc-Aurèle a laissé aux Romains le souvenir idéalisé d'un bon empereur, car le terrible III° siècle, qui suivit son règne, fit voir son époque comme un âge d'or perdu. Son respect scrupuleux du Sénat et de l'aristocratie qu'il représentait lui valut une excellente réputation, car les historiens latins écrivaient pour ces lecteurs nobles. Enfin, l'empereur lui-même nous a laissé un recueil de pensées et d'exercices spirituels d'une haute tenue philosophique, dont la lecture risque de faire oublier l'homme, l'empereur, le magistrat, le général Marc-Aurèle.
Benoît Rossignol, dans cette biographie monumentale, s'efforce d'éviter ces écueils et de faire parler au mieux les documents qui nous sont parvenus. Pour cela, il ne néglige rien, et en particulier ses analyses numismatiques sont des mines d'informations sur le discours romain officiel et sur l'évolution du régime. L'auteur met aussi l'archéologie à profit, tant celle des provinces danubiennes que du monde grec, ou des provinces d'Afrique, et sait faire parler les objets et les inscriptions. Enfin, il a tout lu des productions de ce second âge d'or de la littérature grecque que fut l'époque antonine, et décrypte les textes des historiens, des rhéteurs, des épistoliers, sans oublier les Pensées de Marc-Aurèle lui-même.
Il ressort de ce travail impressionnant la figure d'un jeune aristocrate né sous Hadrien dans la proximité du pouvoir, et recevant la meilleure éducation possible : la paideia grecque à son plus haut niveau, transmise par des maîtres incomparables. Quand ce jeune homme devient empereur après Antonin, l'historien nous fait voir du dedans l'activité du magistrat suprême de Rome, rendant la justice, gérant l'administration, veillant à la balance des pouvoirs et des clans. Enfin, le dernier Marc-Aurèle que l'on rencontre est le chef de guerre aux frontières, ce qui fournit à l'auteur l'occasion de décrire le haut état-major, les campagnes, les relations avec les peuples germaniques.
La dernière difficulté que l'historien doit surmonter, est l'accumulation d'idées fausses et anachroniques formée depuis Guevara, Gibbon et Renan, jusqu'au "Gladiator" de Ridley Scott. Benoît Rossignol s'emploie à dédramatiser "la chute de l'empire romain", le romantisme de la décadence et tant d'autres rêveries ou faussetés : c'est une des vertus de la discipline historique, qui dissipe les anachronismes en revenant toujours à la relativité des temps et des époques, par les documents. Notre temps en a grand besoin.
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DogtorWoof
  15 novembre 2020
Benoît Rossignol écrit une biographie extrêmement sourcée, exhaustive (plus de 500 pages sans compter la bibliographie ou les notes), modérée en cela qu'elle ne subit pas l'écueil de l'historiographie rétrospective ou de la psychologie historique qui tendent à attribuer à des personnages historiques des caractères, des intentions sans véritable preuve.
S'appuyant sur l'ensemble des textes qui nous sont parvenus, de Cassius Dion à l'Histoire Auguste aux textes byzantins, l'auteur réalise une synthèse éclairée de ce que l'on sait de l'empereur stoïcien.
Le livre s'ouvre sur le règne d'Hadrien et la jeunesse de Marc Aurèle puis celui d'Antonin, jusqu'à la postérité culturelle et politique induite par la vie du personnage.
Développant en détail les éléments privés, les intrigues politiques, les batailles et les guerres, les trahisons et réconciliations, ce récit est une mine d'information inégalée.
Il s'agit là, à mon sens, de la synthèse majeure de notre siècle sur la vie de l'empereur.
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Citations et extraits (6) Voir plus Ajouter une citation
Henri-l-oiseleurHenri-l-oiseleur   08 avril 2021
[Stoïcisme]
Cette distance avec ce qui ne dépend pas de nous - et amis, femmes et enfants entraient dans cette catégorie - ne doit pas laisser penser à un mépris du monde. Comme nous l'avons vu, ce dernier est providentiel. D'une part, les embûches qu'il nous réserve ne sont pas des maux. La raison qui gouverne le monde le fait au mieux, et ce que nous voyons comme dommageable, la maladie, la déchéance etc., ne sont que des conséquences inévitables d'un plus grand bien : "Accueille tout événement, même s'il te semble cruel, parce qu'il mène, là-bas, vers la santé du monde." (V, 8). D'autre part et en conséquence, l'univers et ses productions sont admirables. S'il se détache des choses, le disciple du Portique peut et doit jouir du spectacle du monde, apprendre à voir dans ses fruits la grâce de la perfection, accompagner ses mouvements par la pensée et jouir de ses leçons. Aussi Marc apprit-il à voir dans les fentes de la croûte du pain, qui excitait son appétit, l'oeuvre de l'intelligence du monde. Celle qui était à l'oeuvre aussi dans l'ouverture de la figue bien mûre.* Il apprit à voir la beauté des olives prêtes à pourrir, à deviner qu'une beauté semblable pouvait résider jusque dans la gueule du lion et que dans les yeux du sage il y avait une beauté "chez les vieux et les vieilles" (III,2 / VI,36). La conscience de l'impermanence était aussi une invitation à jouir du présent.

p. 133

Le pain, la figue : on pense aux poèmes de Francis Ponge.
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Henri-l-oiseleurHenri-l-oiseleur   17 avril 2021
[La colonne aurélienne ]
... on a voulu voir dans son style une rupture, l'expression de la crise de l'époque, de ses inquiétudes, jugements qui relèvent plus de la projection historiographique que du fait. Elle ne fait pas césure, mais s'inscrit pleinement dans les développements de son époque.

... La présence de la représentation des miracles a fait couler beaucoup d'encre, mais la présence divine n'est pas plus forte que sur la colonne Trajane, les scènes religieuses y sont même moins fréquentes. La représentation du divin, en revanche, a changé : les dieux n'interviennent plus en conséquence de l'observation des rites, mais par leur attachement à l'empereur et à ses partisans, ils ne figurent plus sous la forme d'allégories, mais par une présence incarnée, frappante, à l'image de celle du dieu de la pluie...

La colonne ... préparait la divinisation de Marc comme elle dialoguait avec la commémoration de celle de Faustine. Plusieurs années après sa mort, lorsque le monument fut achevé, ayant obtenu du procurateur de la colonne la possibilité de la visiter et émergeant brutalement dans la lumière du sommet, à des dizaines de mètres du sol, le visiteur qui avait gravi le long escalier hélicoïdal en entrant par l'est faisait désormais exactement face à l'endroit où la divinisation de l'impératrice était commémorée, en même temps qu'il dominait peut-être le temple de Marc et Faustine divinisés. La gloire que Marc refusait dans ses écrits l'avait rattrapé et, en bon politique qu'il était, il ne s'y était pas opposé.

pp. 466-467
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Henri-l-oiseleurHenri-l-oiseleur   13 avril 2021
La Germanie n'offre pas de grande agglomération qui aurait polarisé et stabilisé le pouvoir. Elle est pour l'essentiel un pays de villages, de voisinages. Dans l'essentiel de ce territoire, les centres de pouvoir et l'aristocratie correspondante sur lesquels Rome avait l'habitude d'appuyer sa conquête manquaient ; il n'y avait pas l'équivalent des /oppida/ celtiques que l'on observe en Gaule à la veille de son intégration à l'empire. En conséquence, les traditions et les techniques politiques que Rome avait à offrir présentaient peu d'intérêt pour les élites germaniques.
(...)
Sociétés sans Etat, profondément rurales, dispersées en de nombreux hameaux peu durables, la plupart des peuples germaniques définissaient la place de leurs membres et les normes de comportement d'une façon bien différente de celles que Rome avaient imposées dans son empire. L'individu se trouvait pris dans des solidarités lignagères et familiales, dans les exigences de la vengeance, /faida/, et dans les relations de voisinage. On a pu les décrire à l'image des "sociétés segmentaires". (...) L'enquête permet aussi d'imaginer ce que pouvaient être pour leurs tribus certains des chefs dont nous parlent nos sources. Le chef est un /herizogo/, celui qui mène l'armée (Heer ziehen) ou un /tiudans/, le tuteur des lignages, le protecteur des parents. Son choix était soumis à l'approbation de l'assemblée comme d'autres importantes décisions ... : "Un roi tribal n'était pas un souverain dans le sens où on le comprit par la suite. Les instruments de la contrainte administrative lui faisaient défaut. On est tenté de dire qu'il guidait le peuple plutôt qu'il ne régnait." On saisit ce que risquait Rome à vouloir s'appuyer sur ces rois-là et l'ampleur des malentendus qui pouvaient présider à certaines rencontres diplomatiques.

pp. 310-311
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Henri-l-oiseleurHenri-l-oiseleur   11 avril 2021
[166-167 : le triomphe de la pestilence ]
Dans les conceptions médicales antiques, le terme de "peste" ou de "pestilence" désigne une maladie épidémique aiguë qui n'est pas nécessairement notre peste, Yersinia Pestis : c'est le nombre de malades et de morts qui la dénonçait, non les symptômes. Ces derniers n'étaient pas rapportés à un pathogène, mais à la constitution particulière du malade et à son déséquilibre causé par son alimentation ou par son milieu. Chaque maladie, en un sens, était individuelle. Et si certains pouvaient observer la contagion, la comprendre et l'expliquer relevaient du défi. Une violente épidémie était donc l'indice d'une perturbation qui touchait la collectivité même, soit que son milieu tout entier ait changé, l'eau et l'air se changeant en miasmes, soit qu'il faille voir une intention derrière la maladie, celle d'un dieu courroucé, comme Apollon dans l'Iliade, ou de comploteurs clandestins, magiciens ou empoisonneurs. Déséquilibre naturel, social et religieux, l'épidémie révélait donc une grave perturbation du monde et de son harmonie, elle engageait nécessairement la communauté politique et le pouvoir. Elle les perturbait aussi en subvertissant l'ordre moral et social par la peur et la mort prématurée et omniprésente. Thucydide en fait une description frappante dans son histoire de la guerre du Péloponnèse, tout étudiant débutant en rhétorique grecque la lisait et l'imitait.
pp. 260-261.
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Henri-l-oiseleurHenri-l-oiseleur   03 avril 2021
La lecture dans l'éducation du jeune Marc.
Ces lectures intenses parachèvent l'éducation littéraire de Marc et font partie intégrante de sa formation à l'éloquence. Elles prennent place, rappelons-le, dans un univers de manuscrits, de livres rares où chaque exemplaire est unique : scribe et correcteurs ajoutent à la valeur des ouvrages. Même si Marc dispose des ressources énormes des bibliothèques impériales de Rome, le prêt et l'échange de livres restent donc essentiels (...) Il s'agissait ... de lire ces volumes, d'en extraire les passages les plus significatifs ou les plus inspirants et de les retenir afin de pouvoir les imiter et pratiquer l'art de l'allusion. L'exercice de la mémoire était inséparable de la pratique de la rhétorique. Marc cite souvent de mémoire, sans toujours être précis ou exact.
(...) Même s'il la combattit plus tard, Marc eut toujours cette soif de lire qui transparaît dans ses lettres avec Fronton : sa bibliothèque intérieure ne pouvait le quitter. Incorporé par la pratique de la mémorisation, cet horizon littéraire l'avait aussi été par l'oralisation permanente. Malgré la nature écrite des lettres, on ne doit pas oublier que la formation donnée à Marc touchait sa voix et ses gestes : Marc avait vraiment joué le discours de Fronton devant Antonin. L'orateur devait réguler son débit, contrôler sa prononciation et sa respiration, surveiller son port de tête, avoir la nuque droite, songer à l'expressivité de son regard, ne pas trop avancer ses lèvres, tenir ses épaules, lancer modérément les bras en avant mais utiliser ses mains avec efficacité, le majeur appuyé le plus souvent contre le pouce, les trois autres doigts dépliés...

pp. 107-110
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Les cérémonies auliques autour de Marc-Aurèle.
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