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EAN : 9782070367009
501 pages
Gallimard (18/12/1975)
4.05/5   1321 notes
Résumé :
Quatrième de couverture - « Il m'est difficile de montrer tout cela comme si j'étais un dieu », écrit Homère. Et pourtant. Voici le texte fondateur de toute la poésie épique occidentale et, plus encore, de toute littérature qui se veut poésie. Le récit transcende son sujet même : l'affrontement des Troyens et des Achéens, menés par les héros Hector et Achille, sous la tutelle des dieux. C'est qu'il exprime l'essence des passions humaines (la colère, la jalousie, l'e... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (98) Voir plus Ajouter une critique
4,05

sur 1321 notes

Nastasia-B
  14 mai 2015
Nous y voilà. Cela fait un petit moment que je médite une petite critique sur ce monument culturel. Car effectivement, on se sent petite face à un tel monument, face à tout ce qu'il représente et surtout, face à la tâche très complexe de le bien comprendre et de l'interpréter.
Il me faut, de suite, concéder que j'ai renoncé à l'espoir de parvenir à le bien comprendre un jour. Je ne puis que me risquer à hasarder des interprétations. Mais avant de vous infliger une quelconque interprétation, permettez-moi d'abord de débroussailler quelque peu ce qu'est ce livre et son contexte.
Pour beaucoup de gens, lorsque j'interroge autour de moi (Car, là encore je le confesse, il m'arrive de questionner candidement certaines personnes en leur laissant entendre que j'ignore tout du sujet ou de prêcher le faux afin de savoir, peut-être pas le vrai, mais du moins, avoir accès à certains points de vue.), lorsque j'interroge, donc, on me répond souvent, pour faire simple, que l'Iliade, c'est le récit de la Guerre de Troie et que l'Odyssée, c'est le récit du retour mouvementé d'Ulysse après moult péripéties auprès de sa chère et tendre Pénélope.
Certes, il doit y avoir un peu de ça, mais je tiens tout de suite à vous retirer cette croyance du crâne car en fait, l'Iliade et l'Odyssée sont deux tronçons, et deux tronçons seulement, d'un récit mythique BEAUCOUP plus vaste qu'on désigne communément sous le nom de cycle Troyen.
J'en veux pour preuve que deux des éléments les plus croustillants de la fameuse Guerre de Troie ne sont pas abordés dans l'Iliade, à savoir, la mort d'Achille (et son fameux talon) et l'épisode encore plus fameux du Cheval de Troie. N'espérez donc pas les lire ni dans l'Iliade, ni dans l'Odyssée.
La mort d'Achille était racontée dans un livre intitulé L'Éthiopide et qui est, pour l'essentiel, perdu. L'épisode du Cheval de Troie et la ruse légendaire d'Ulysse pour s'introduire auprès d'Hélène étaient eux racontés dans un autre livre communément intitulé, La Petite Iliade, lui aussi, pour l'essentiel, perdu. D'autres détails à propos du Cheval de Troie, du rapt de Cassandre par Ajax (le petit) et du sort réservé à la famille d'Hector étaient eux présentés dans le Sac de Troie, récit désormais perdu.
Ce n'est qu'alors qu'est abordé l'épineux problème du retour des héros grecs de cette guerre. Leur sort varie grandement et est conté dans Les Retours, lui aussi perdu. Par exemple, Néoptolème, Diomède ou Nestor rentrent sans encombre. Mais il n'en va pas de même pour Agamemnon, Ménélas ou Ulysse.
Et ce n'est qu'alors que le destin d'Ulysse est longuement raconté dans l'Odyssée. (Au passage, je rappelle que le nom grec d'Ulysse est Odousseus et le titre ne spécifie pas, en soi, qu'il s'agit d'un quelconque voyage, mais qu'il y est simplement question du sort d'Ulysse.) de même, il y avait une suite à l'Odyssée, qui s'intitulait La Télégonie.
En outre, je ne vous ai parlé que de ce qui suit l'Iliade, mais vous vous doutez qu'il y avait également bon nombre d'événements préalables puisque le texte qui nous occupe aujourd'hui ne débute qu'à l'issue de neuf années de guerre entre Grecs et Troyens, au moment précis où Achille envoie paître Agamemnon pour lui avoir soutiré le butin qui lui revenait de droit, après une énième conquête héroïque.
Sans vouloir excessivement rentrer dans les détails, peut-être connaissez-vous ce tableau célèbre de Rubens qui s'intitule le Jugement de Pâris. Il s'agit, en fait de l'élément déclencheur de tout ce pataquès, lui aussi, un livre perdu, intitulé les Chants Cypriens. Trois déesses de l'Olympe se crêpaient le chignon afin de savoir laquelle d'elles trois était définitivement la plus belle : Héra (femme et soeur de Zeus), Athéna (fille de Zeus) et Aphrodite (née de la mer). Afin de trancher cette douloureuse question, papa Zeus envoie les trois commères sur le mont Ida afin que le Troyen Pâris (qui doit avoir un avis autorisé sur la question) tranche le débat.
(Sachez seulement que la prise de bec entre les trois déesses était le fait d'Éris, déesse de la discorde, qui, très amère de n'avoir point été conviée aux noces de Pélée , le père d'Achille, envoya lors du banquet une pomme — dite plus tard, pomme de discorde — où il était inscrit " pour la plus belle ". Ceci pouvant expliquer cela.)
Pâris, qui aimerait bien qu'on lui arrange le coup avec Hélène, femme du Grec Ménélas, s'arrange avec Aphrodite en échange de l'amour d'Hélène. Sans sourciller, il désigne donc Aphrodite Miss Olympe, ce qui a le don de mettre en pétard Héra et Athéna, qui n'auront alors de cesse que de s'en prendre à Troie et qui tout pendant l'Iliade (Ilion est l'autre nom de la ville de Troie) vont soutenir les guerriers grecs et les exhorter à raser cette ville infâme capable de produire un individu susceptible de prétendre qu'elles n'étaient pas les plus belles.
Si bien que l'Iliade d'Homère ne conte finalement qu'un mince passage de toute cette rixe, situé entre le moment où les Grecs perdent leur meilleur champion, Achille, qui se retire du jeu pour cause de bouderie et le moment des funérailles d'Hector, frère de Pâris.
Pendant tout ce temps-là, Hector, un brave parmi les braves, soutenu par Apollon et Zeus en personne, va s'amuser à tailler du Grec en veux-tu en voilà, jusqu'au moment où Patrocle, le meilleur copain d'Achille va aller se mesurer à lui, perdre son combat et, du même coup, redonner à Achille l'envie de se battre à nouveau et d'inverser la vapeur.
Il faut encore sans doute dire un mot ou deux d'Homère même. On ne connaît à peu près rien de solide sur lui et il y a fort à parier que sous cette appellation se cache en réalité plusieurs auteurs ayant remanié et amélioré le texte sur plusieurs décennies, voire, plusieurs siècles.
Voilà, tout ceci étant dit, ayant fait un très grossier résumé du contexte et des événements dont il était question, il reste le plus gros du travail, à savoir, tâcher d'interpréter ce texte. On sait d'une part qu'il s'agit de la mise par écrit de formes orales (probablement plusieurs formes orales concurrentes) préexistantes depuis sans doute des siècles. En ce sens, l'Iliade (d'ailleurs le cycle troyen dans son entier) est un récit mythique.
Qu'est-ce qu'un récit mythique ? C'est déjà une question difficile en soi et je vous renvoie à l'excellente description qu'en fait Jean-Claude Carrière, notamment sur le lien suivant :
http://www.dailymotion.com/video/xwzdh0_mythes-et-transmissions-1-3_webcam
Ainsi, dans un récit mythique, on nous dit d'où l'on vient, qui sont nos ancêtres, ce qu'ils ont fait pour accéder à l'indépendance et/ou au pouvoir en tant que peuple par rapport aux autres peuples ou bien comment ils se sont établis à tel ou tel endroit.
On y apprend aussi énormément de normes comportementales, c'est-à-dire du comment se comportaient ces devanciers héroïques et donc comment vous devez vous-mêmes vous comporter pour obtenir les mêmes succès et pérenniser votre peuple.
J'ai déjà dit ailleurs qu'à cet égard, l'Iliade est particulièrement intéressante car on y lit expressément que les dieux ne sont pas d'accord entre eux, de même que les héros (Achille et Agamemnon par exemple), ce qui est la marque d'un système social plutôt tolérant et égalitaire (toutes proportions gardées, bien évidemment, et ce en comparaison d'un système hiérarchique très fort et non contestable).
On y lit aussi que les dieux sont très partiaux, et qu'ils n'hésitent pas à tricher pour favoriser leur poulain au détriment d'un adversaire pourtant digne et aux qualités avérées. On y lit également qu'il s'agit d'une société très compétitive, au sens où l'on fait des compétitions pour tout et n'importe quoi, même sur le cadavre des défunts. C'est par exemple le cas au Chant XXIII lorsqu'Achille organise une sorte de proto-jeux olympiques pour savoir à qui il va distribuer du butin en remerciement de la participation aux funérailles de Patrocle. (Étonnante célébration du deuil, vous ne trouvez pas ?)
Il y aurait encore bon nombre de conjectures que l'on pourrait faire à propos de ce texte qui revêt à mes yeux un intérêt bien plus ethnologique que littéraire ou religieux, mais j'ai peur de m'étaler trop en longueur, au vu de la taille déjà indigeste de cette contribution.
Je vais donc privilégier seulement deux points dans mes interprétations : 1) pourquoi l'Iliade et l'Odyssée ? 2) quid d'Ajax ?
1) Pourquoi l'Iliade et l'Odyssée ?
Eh oui, a priori, pourquoi ces deux fragments sont-ils demeurés et ont toujours été célébrés avec beaucoup d'égards, notamment par la société grecque ultérieure et pas les autres morceaux de l'épopée ? On peut évidemment invoquer le rôle du hasard dans la perte de certains textes, et ce n'est pas à exclure. On peut également invoquer la qualité littéraire et poétique de ces deux textes par rapport aux autres morceaux du cycle troyen, même s'il est difficile d'en juger à présent que les autres textes sont perdus.
Mais on peut aussi invoquer d'autres facteurs, comme la validité de ces deux morceaux en qualité de récit mythique. L'Iliade raconte, en gros, l'histoire de l'union, de la réunion des cités-états du sud de ce que l'on nomme aujourd'hui la Grèce et qu'étant unies, ces cités-états, et le même peuple qu'elles constitue, régulièrement désigné par Homère comme étant les Achéens, c'est-à-dire un peuple issu et venu du continent européen, les Achéens, donc, qui ont mis la pâtée aux Troyens, c'est-à-dire une coalition majoritairement anatolienne (à l'exception de la Thrace).
À l'époque d'Homère et de ses devanciers, l'essentiel de ce qui se faisait de mieux en matière de civilisation provenait du Croissant Fertile, donc de l'est. L'ouest résonnait comme le territoire des bêtes sauvages à peine humaines. Dire qu'un peuple issu d'Europe puisse venir mettre en déroute sur leurs terres des asiatiques pouvait être un élément fédérateur puissant. On sait que l'Iliade est plus ou moins contemporaine où suit de peu l'implantation définitive des Grecs sur les côtes de l'actuelle Turquie.
Et, plus particulièrement, si l'on se place dans le contexte des Guerres Médiques du début du Vème siècle avant J.-C. (entre autres, batailles de Marathon, Thermopyles et Salamine) qui opposaient la grande Asie de Darius et Xerxès aux cités grecques unifiées autour d'Athènes, on comprend de suite mieux que les auteurs du siècle de Périclès aient fait grand cas du récit mythique de l'Illiade, se soldant par une victoire des Grecs après dix années de combat. Tiens, tiens… ça me rappelle quelque chose…
De même, l'Odyssée est sans doute beaucoup plus porteuse de sens si l'on la met en parallèle avec le fait que les Grecs installent des comptoirs un peu partout en Méditerranée à cette époque. le héros grec malicieux qu'est Ulysse et qui vient à bout de toutes les bizarreries et étrangetés de ces mondes inconnus incarne alors à merveille le succès d'implantation des Grecs " à l'outre-mer ".
2) Il y a un personnage troublant dans l'Iliade qui est Ajax. Qui est Ajax et que symbolise-t-il ? Ajax ou les Ajax ? Homère s'ingénie à nous présenter les Ajax (l'un grand, l'autre petit, l'un fils de Télamon, l'autre fils d'Oïlée, ces deux géniteurs faisant partie des Argonautes). Deux personnages avec un même nom, très fréquemment agissant de concert. Qu'en penser ?
En ce qui me concerne, j'ai l'intime conviction que les Ajax sont un dédoublement (pour les besoins d'édification) d'un seul et même personnage. Un personnage doué d'une force surhumaine, qui ne connaît pas la peur, un combattant hors pair comme seul Achille peut souffrir la comparaison. Et pourtant, un personnage étonnamment peu célébré. Jamais il ne reçoit le secours des dieux alors que c'est pourtant lui qui tient la baraque quand Achille boude dans son coin. C'est lui qui ne fait pas grise mine d'être tiré au sort pour avoir le redoutable privilège de rencontrer Hector en combat singulier et c'est même lui qui a l'avantage dans ce combat avant son interruption.
En fait, Homère prend bien soin de retirer tout honneur (comme une victoire sur Hector) ou toute récompense prestigieuse (lors des mini-jeux olympiques d'Achille) aux deux Ajax. On sait que l'un (le fils de Télamon) fera tout un foin lorsqu'il apprendra qu'on ne lui remet pas les armes d'Achille lorsque celui-ci sera tué, deviendra à moitié fou de rage et finira par se suicider. On sait que l'autre (le fils d'Oïlée) commettra un viol sur Cassandre (bon ça, la société antique était prête à le lui pardonner) mais, ce qui est plus grave, c'est qu'il l'a fait dans le temple consacré à Athéna, montrant ainsi son mépris pour les dieux et ça c'est grave.
Dit autrement, Ajax (ou les Ajax, comme vous voulez), représente l'archétype du mercenaire, du gars qui ne combat pas pour un idéal mais uniquement pour le bénéfice qu'il peut retirer du combat. Ses qualités physiques et de combattant sont indéniables, mais ce sont ses motivations qui semblent être clairement fustigées dans ce récit mythique, comme l'atteste la chute finale, la tête en plein dans une bouse de vache, sous l'impulsion d'Athéna, alors même qu'à la régulière il avait devancé Ulysse à la course.
Il est grand temps pour moi de clore ce chapitre des interprétations et de vous inviter à y réfléchir par vous même si le coeur vous en dit, car ceci n'est qu'un misérable avis, c'est-à-dire, vraiment pas grand-chose.
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finitysend
  19 juin 2014
Un poème guerrier et une source de vie .
Le texte est fixé par écrit au VIe siècle avant l'ère commune à Athènes . Il se réfère à des périodes plus anciennes encore mais très confusément cependant , du point de vue de sa compréhension historique . Il fut composé à partir du IXe siècle .
C'est un texte connus de tous les grecs , dont beaucoup pouvaient en réciter de très larges sections . On apprenait à lire avec , on apprenait à le réciter et à y chercher du sens édifiant , on se divertissait avec et on y apprenait aussi la métrique et plus généralement la poétique .
Si un jour vous êtes en Grèce , offrez-vous le plaisir d'écouter une lecture « iliadique « , de préférence dans un cadre enchanteur tel que le théâtre d'Eleusis ou encore Sur le cap Sounion , en Attique , sur fond du temple de Poséidon , localisé sur le site de ce cap rocailleux et battu par les vents .
Je dis cela parce que c'est beau , la langue est musicale , très riche en voyelles . Il y a une réelle utilisation poétique de l'accent tonique ( antépénultième syllabe ) , pour apporter du sens , et ce n'est donc pas une simple question de rythme ou de rime ou encore d'euphonie qui préside à la composition .

Le sens du texte est construit et appuyé par et avec les sons . A la récitation on perçoit facilement l'importance fondamentale des fins de phrases , avec toujours une attention spéciale qui est à accorder aux adjectifs qualificatifs et aux épithètes , dont les portées ( musicalité et signification ) s'additionnent , alors qu'elles se déposent en strates cumulatives et que l'effet en devient entêtant .
Je dis cela pour insister sur l'oralité fondamentale de ce texte qui est fondamentalement composé pour être entendu plus que pour être lu , l'Iliade se repartie donc en chants et non pas en chapitres .
Le poème est très cohérent , sa langue est ionienne , éolienne aussi , une langue plutôt archaïsante qui est le reflet donc des dialectes parmi ceux des plus anciens habitants grecs du pays . L'Iliade sous la forme que nous connaissons est le reflet des structures sociales et morales des âges sombres helléniques et ce ne sont pas forcément ceux de la période classique qui est la plus emblématique de la Grèce dans la conscience collective contemporaine .
Vous y trouverez , des armes en bronze , des chars , des pentécontères , des duels héroïques , des rois ... et j'en passe ...
On aurait tort de penser que l'Iliade est un simple poème ou une élégante distraction . L'Iliade est quasiment un texte sacré , pas au sens où ce texte serait saint . Mais il est conçu comme un enseignement édifiant totalisant , où l'on est susceptible de découvrir et de comprendre le sens de la vie . C'est un texte sur lequel on débattait , où on s'interrogeait , finalement on s'en nourrissait .
Les dieux y agissent constamment de diverses façons , les héros ne se comportent pas toujours comme tel , et les rois et les dieux non plus .
On y est dans un lointain passé dans lequel l'identité hellénique est déjà formée et ou finalement le grec des époques ultérieures , se reconnaît dans ses ancêtres héroïques , alors qu'ils sont les jeux du destin , du hasard arbitraire et des dieux , tout comme lui .
L'auditeur de l'Iliade y verra tour à tour des symboles , de l'histoire hellénique , différentes variétés dialectales et au travers du langage , il y trouvera de l'identité et une définition personnelle . Il y trouvera la somme de toutes les choses qui font qu'il est lui-même .
Il savourera la poétique des sons et du sens , il analysera les agissements et les attributs des divinités et de leurs symboliques existentielles . Bref il y trouvera des arguments pour comprendre son quotidien , pour le sublimer . Ce travail sur son être se fera selon des processus qui vont de la simple identification « romanesque « , à la quasi exégèse sacrée ou encore sur la base du mysticisme ou bien simplement de l'exemple .
C'est ce qui fait de l'Iliade un texte très difficile à lire , on y a très souvent l'impression que quelque chose nous échappes . On se demande quel est le sens de tel passage , et souvent quant on trouve un passage inutile , c'est que le sens hellénique nous échappes .
Cependant la plus grande partie du texte est accessible , on est dans une trame narrative ou le plus souvent il y a un sens obvie , sens immédiat qui est trivial , intelligible et simple , une sorte de premier niveau de lecture quasi « romanesque « , ou bien historique , où il est aisé de percevoir des enseignements et ou on est susceptible d'engranger des connaissances historiques et de rejoindre à cette occasion de grands hommes dans l'intimité .
La profusion des détails , les noms et les mots qui impliquent de comprendre leurs sens et leur portée , pour comprendre le ou les sens de beaucoup de passages , complique la lecture . Un texte difficile qui reste assez agréable à lire , à cause d'un vocabulaire imagé et d'une approche très scénique à forte intensité généralement , et ce , qu'il s'agisse de ruse , de destinée , de sentiments humains ou divins , d'évènements , de gestes , d'humour ...
En lisant l'Iliade , en acceptant l'idée pendant la lecture que c'est un texte destiné à nous enseigner et à nous nourrir philosophiquement , c'est finalement à l'imprégnation par l'âme hellénique que confine la lecture . C'est une vrai rencontre avec l'âme grecque et avec la vision hellénique du monde ainsi que avec les règles qui le régisse .
On aurait tort en tant que lecteur contemporain , de croire prétentieusement que c'est un texte naïf ou enfantin car c'est un texte de vie , à la portée quasi mystique , si on se réfère au caractère entêtant du phrasé du texte et si on se réfère à sa composition où les ressentis se valident et s'épaississent par couches cumulatives de dépôts successifs .
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jmb33320
  18 août 2021
« Patrocle s'approche, le pique de sa lance à la mâchoire, à droite, et passe à travers les dents. Alors, avec la lance, il le soulève et le tire par-dessus la rampe du char, comme un homme assis sur un cap rocheux tire hors de la mer un énorme poisson avec un fil de lin et un bronze luisant ; de la même façon, il tire du char l'homme, bouche ouverte, avec sa lance éclatante, puis le rejette à terre, la face en avant, et, dès qu'il est à terre, la vie l'abandonne. »
Première constatation : L'Iliade, c'est vraiment gore ! Ce conflit qui s'éternise devant les remparts de la ville de Troie (plus de dix ans) voit s'opposer Achéens et Troyens, sous la surveillance des dieux, eux-aussi divisés sur son issue. D'un côté, près de la mer, les Achéens ont leurs embarcations, auxquelles ont été ajoutées des baraquements provisoires et des fortifications. En face, dans la plaine, la ville de Troie. Des combats d'une grande violence s'y tiennent. A se demander comment au bout de dix ans il reste suffisamment de monde pour s'entretuer…
Deuxième remarque, l'Iliade est vraiment le reflet d'une mentalité archaïque, qui laisse libre cours à sa soif de colère, de meurtres et de sacrifices. Elle est souvent déconcertante. Par exemple, si les déesses se révèlent pugnaces, les mortelles ont une place purement utilitaire et décorative. Seule compte leur valeur marchande, mais elles passent visiblement bien après les trépieds (je ne suis pas parvenu à comprendre pourquoi ces objets utilitaires ont une telle importance), les chars, les chevaux et les armes.
Nos amis les animaux sont tout aussi maltraités. Les dieux grecs sont avides de sang et du fumet de viandes rôties, tout comme les mortels. Un cauchemar de végan, donc.
Malgré ce fort décalage spatio-temporel, je suis parvenu à m'intéresser à ce texte fondateur (d'où les cinq étoiles), si étrange et barbare. Les images poétiques sont essentiellement marquées par la nature : oiseaux, fauves, puissance des éléments. Les rapports entre les dieux, et des dieux avec les mortels dont ils sont parfois les géniteurs, ne sont pas simples. Là c'est plutôt l'image d'une organisation mafieuse qui s'est imposée à moi !
En conclusion, si vous voulez du dépaysement tentez l'Iliade. On est loin du feel-good.
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lemillefeuilles
  22 juillet 2021
Cette année, j'ai enfin pris la décision de ne pas me forcer à finir un livre ! Après plusieurs mois dessus, j'ai donc abandonné ma lecture de L'Iliade. Mais pourquoi, alors que cette épopée m'intéressais tant ?
Eh bien, le format avec tous les chants réunis - ce qui représente environ 500 pages - est devenu vite rébarbatif pour moi. le vocabulaire ancien, la longueur des descriptions, les nombreux protagonistes - et surtout la mise en forme du livre... Toutes ces raisons font que je me perdais dans ma lecture et que le livre me tombait des mains.
J'ai atteint près de 300 pages avant de laisser tomber, quand bien même je connais l'importance dans la littérature de la poésie homérique. Fondateur du genre, l'épopée raconte l'affrontement des Troyens et des Achéens.
Malgré cet abandon, j'ai bon espoir de reprendre ce livre un jour, si bien que je vais peut-être le garder encore quelques temps - tout comme L'Odyssée, qui est pour le moment dans ma pile à lire. Pour l'heure, je préfère me concentrer sur d'autres ouvrages. Je suis toutefois contente d'avoir eu l'occasion de découvrir ces mythes !
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Davalian
  06 novembre 2014
Homère chante l'Iliade, tout précisément la fin du siège de Troie. de la colère d'Achille à la mort d'Hector, c'est force batailles, combats, affrontements d'orateurs et de combattants qui sont magnifiés par une épopée destinée à être davantage écoutée que lue.
Autant l'avouer d'emblée, lire l'Iliade n'est pas de tout repos et un effort est nécessaire pour suivre le texte jusqu'à son terme. La révélation assumée du dénouement répétée à plusieurs reprises, les titres des différents personnages, les généalogies intrusives, les formules et expressions trop souvent répétées, tout cela fait son petit effet à l'oral mais agace le lecteur. Pour autant la continuité du récit offre de nombreuses surprises dont les petits épisodes clés de la mythologie.
Il y a d'abord les rappels des épisodes que les dieux et déesses ont vécus (de près ou de loin) au cours d'un bien mystérieux passé, lors de trêves consenties aux combattants. Ceux-ci appartiennent à la culture grecque et doivent être savourés, tant ceux-ci sont imprévus et surprenants. Mais il y a aussi la participation directe des déités aux combats, les conséquences de la guerre dans leur vie de tous les jours qui leur donne un visage à la fois humain (ainsi les voilà qui prennent peur, qui tremblent, ont mal, veulent être réconfortés,…) et animal (Héra et Athéna, doivent être ravies d'être ainsi décrites !). Les héros tiennent également une grande place dans le récit, mais si cette place est prestigieuse, elle n'est pas exempte de critiques. Ainsi Achille présenté comme le héros par excellence se révèle sombre, ombrageux, inflexible, cruel et impitoyable.
L'épopée prend ici différentes formes avec des passages de passions (amour, fierté paternelle, respect filial, amitié, trahison, peine, réconciliation, défaite, victoire, joie, deuil… toutes les passions !), d'actions, de réflexion… Cette complexité est tout à fait incroyable et suscite le respect. Respect qui s'impose, même si la lecture de la dernière partie de l'oeuvre est sans doute bien plus captivante que celles qui précèdent…
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Citations et extraits (173) Voir plus Ajouter une citation
Titou483Titou483   12 février 2019
Hélas, [dit Hector] il n’y a plus de doute ! Les dieux m’appellent à la mort. […] C’est mon destin. Mais je ne mourrai pas sans combat ni sans gloire ni sans un exploit dont les générations futures se souviendront. » Hector tire le grand glaive aigu suspendu à sa hanche et prend son élan tel un aigle.Achille bondit aussi, saisi d’une fureur sauvage. Il se protège de son beau bouclier façonné par Héphaïstos. Son casque étincelant à la splendide crinière d’or va et vient sur son front. Comme l’étoile du soir, la plus belle du firmament, la pique aiguisée qu’Achille brandit dans sa main droite brille de tous ses feux. Le fils de Pélée réfléchit à la manière de tuer Hector, cherchant des yeux le meilleur endroit où l’atteindre. Les belles armes de bronze qu’il a volées à Patrocle, après l’avoir tué, protègent tout son corps. Un seul endroit reste à nu, là où la clavicule sépare l’épaule de la gorge. C’est là qu’on perd le plus vite la vie, c’est là qu’Achille enfonce sa javeline. La pointe traverse le cou délicat de part en part. Cependant, la trachée n’est pas percée et Hector peut encore prononcer quelques mots. Et tandis qu’il s’écroule dans la poussière, Achille triomphe :« Hector, tu croyais peut-être t’en sortir indemne quand tu dépouillais Patrocle ! […]Hector au casque étincelant répond d’une petite voix :– Je t’en supplie, ne laisse pas les chiens me dévorer près des navires achéens. Accepte autant de bronze et d’or que tu voudras, accepte les cadeaux de mes dignes parents et rends-leur mon corps pour qu’ils le ramènent chez moi et que Troyens et Troyennes puissent m’immoler par le feu.Achille lui lance un regard mauvais et lui rétorque :– Non, chien, ce n’est pas la peine de me supplier ! Si je n’écoutais que moi, je découperais ton corps pour le dévorer tout cru, pour me venger du mal que tu m’as fait ! Ta tête n’échappera pas aux chiens. »[La mort enveloppe Hector.]Alors Achille imagine un sort déshonorant pour Hector. Il lui perce les tendons entre la cheville et le talon, y passe des courroies qu’il attache à son char, en laissant traîner la tête. Il monte sur son char avec les armes illustres d’Hector et fouette ses chevaux qui partent au triple galop. Le cadavre, ainsi tiré, soulève un nuage de poussière. Ses cheveux noirs se déploient et sa tête, autrefois si belle, traîne sur le sol.
Homère, L’Iliade, chant XXII
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Nastasia-BNastasia-B   20 avril 2015
Ainsi que des moissonneurs, qui, face les uns aux autres, vont, en suivant leur ligne, à travers le champ, soit de froment ou d'orge, d'un heureux de ce monde, et font tomber dru les javelles, ainsi Troyens et Achéens, se ruant les uns sur les autres, cherchent à se massacrer, sans qu'aucun des deux partis songe à la hideuse déroute. La mêlée tient les deux fronts en équilibre. Ils chargent comme des loups, et Lutte, qu'accompagnent les sanglots, a plaisir à les contempler. Seule des divinités, elle se tient parmi les combattants. Aucun autre dieu n'est là : ils sont assis, tranquilles, en leur palais, là où chacun a sa demeure bâtie aux plis de l'Olympe. Ils incriminent, tous, le Cronide à la nuée noire : ils voient trop bien son désir d'offrir la gloire aux Troyens. Mais Zeus n'a souci d'eux. Il s'est mis à l'écart, et, assis loin des autres, dans l'orgueil de sa gloire, il contemple à la fois la cité des Troyens, et les nefs achéennes, et l'éclair du bronze — les hommes qui tuent, les hommes qui meurent.

Chant XI.
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Nastasia-BNastasia-B   06 mai 2015
Comme les vents sonores, soufflant en tempête, quand la poussière abonde sur les routes, la ramassent et en forment une énorme nue poudreuse, de même la bataille ne fait plus qu'un bloc des guerriers. Tous brûlent en leur cœur de se massacrer avec le bronze aigu au milieu de la presse. La bataille meurtrière se hérisse de longues piques, des piques tailleuses de chair qu'ils portent dans leurs mains. Les yeux sont éblouis des lueurs que jette le bronze des casques étincelants, des cuirasses fraîchement fourbies, des boucliers éclatants, tandis qu'ils avancent en masse. Il aurait un cœur intrépide, l'homme qui pourrait alors trouver plaisir, et non chagrin, à contempler telle besogne.

Chant XIII.
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Nastasia-BNastasia-B   15 mai 2015
Et, cependant qu'en son âme et son cœur il remue ces pensées, voici que de lui s'approche le fils de l'illustre Nestor, qui verse des larmes brûlantes et lui dit l'affreuse nouvelle :
« Hélas ! fils du brave Pélée, tu vas apprendre la cruelle nouvelle de ce qui n'eût jamais dû être. Patrocle gît à terre ; on se bat autour de son corps — son corps sans armes : ses armes sont aux mains d'Hector au casque étincelant. »
Il dit : un noir nuage de douleur aussitôt enveloppe Achille. À deux mains il prend la cendre du foyer, la répand sur sa tête, en souille son gentil visage. Sur sa tunique de nectar maintenant s'étale une cendre noire. Et le voici lui-même, son long corps allongé dans la poussière ; de ses propres mains il souille, il arrache sa chevelure. Les captives, butin d'Achille et de Patrocle, le cœur affligé, poussent de grands cris et sortent en courant entourer le vaillant Achille. Toutes, de leurs mains se frappent la poitrine ; aucune qui ne sente ses genoux rompus. Antiloque, de son côté, se lamente et verse des larmes. Il tient les mains d'Achille, dont le noble cœur terriblement gémit : il craint qu'il ne se tranche la gorge avec le fer. Mais Achille a poussé une plainte terrible.

Chant XVIII.
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Nastasia-BNastasia-B   07 juillet 2015
Ainsi les Troyens, en masse, sans trêve, suivent l'ennemi, le harcelant de leurs épées et de leurs lances à deux pointes ; mais, que les Ajax fassent volte-face et leur tiennent tête, on les voit aussitôt qui changent de couleur, et aucun n'ose plus faire un bond en avant, pour leur disputer le cadavre.
C'est ainsi qu'avec une ardeur obstinée, les Achéens emportent le cadavre loin du combat vers les nefs creuses ; et contre eux se déploie un combat féroce, pareil à l'incendie, qui part à l'assaut d'une ville et brusquement jaillit, flamboie, tandis que les maisons s'effondrent, dans une lueur immense, et que gronde la force du vent. Tel, sur leurs pas, se lève le fracas continu des coursiers et des hommes d'armes. Eux, cependant, vont ainsi que des mules qui ont revêtu leur fougue puissante et qui traînent de la montagne, le long d'un sentier rocheux, une poutre, ou encore une quille énorme de nef ; leur cœur s'épuise de l'effort sous la fatigue et la sueur ; ainsi, avec une ardeur obstinée, les Achéens s'en vont, emportant le cadavre. Derrière eux les Ajax tiennent bon.

Chant XVII.
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