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EAN : 9791092636345
Éditeur : La mer salée (03/09/2020)
3.83/5   15 notes
Résumé :
C’est l’histoire d’un monde qui bascule. Une fiction dans un futur proche, suspendue entre politique et poétique.

Cinq femmes convergent un midi Place de la République à Paris. De cette rencontre naît une utopie. Elles décident de s’affranchir des pires pronostics et de perturber le récit ambiant, en élaborant un plan de résistance citoyenne, poétique et politique.

Des routes marocaines à Saint Malo, en passant par la Mongolie, Les Dél... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (12) Voir plus Ajouter une critique
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Cancie
  19 novembre 2020
Elles sont cinq jeunes femmes à se retrouver place de la République à Paris comme chaque deuxième vendredi du mois. Elles se sont repérées sur les réseaux sociaux au lendemain des attentats et sont animées par la même envie furieuse de changer le monde, "faire éclater les normes, destituer les imposteurs, s'affranchir des censures, reprendre leur place dans le monde, se mêler de la chose publique". Petit à petit, avec d'autres, pour apprendre et s'apprendre les uns les autres et refaire communauté, mais aussi pour préparer le monde de demain, l'imaginer, le construire, le soutenir, elles ont créé la Plateforme, les liens-lieux et les caravanes.
Quel beau programme, une utopie sans doute mais qui pourrait devenir réalité !
J'ai découvert ce premier roman de l'essayiste Sandrine Roudaut grâce à Lecteurs.com (le Cercle livresque) et aux éditions La Mer Salée que je remercie.
L'autrice, avec Les Déliés, fait un constat noir de notre monde. Deux solutions s'offrent à nous, soit on nie cette réalité, soit on change pour y remédier. C'est ainsi que par le biais de ces femmes qui prennent leur destin en main, avec une formidable dynamique, et vont tout tenter pour changer les mentalités, l'autrice nous conduit sur des chemins où des solutions existent. Elle nous fait prendre conscience qu'il est encore envisageable, en entrant en résistance citoyenne, en retournant à notre vie de terrien et, en laissant parler notre humanité, de bouleverser le système établi et qu'un autre monde est réalisable.
Sandrine Roudaut aurait pu écrire un essai, mais avec ce roman, elle permet de manière plus agréable d'aborder ce sujet si actuel. Les exemples et les solutions qu'elle met en avant sont loin d'être farfelues et sont au contraire très pertinentes. Elle nous incite fortement à trouver des moyens de transition, comme le font les personnages du roman qui, par exemple, trouvent d'autres façons de communiquer lorsqu'ils sont privés de réseaux sociaux. Ce n'est pas vers le progrès technologique que nous devons aller à tout prix, mais vers nos racines, être créatifs, inventer une nouvelle éducation, une nouvelle hygiène de vie, et ne jamais oublier notre profonde humanité : « Retourner à notre vie de terrien en laissant parler notre humanité. »
Ce qui est très intéressant dans l'analyse que fait l'autrice de notre société, c'est qu'elle ne culpabilise jamais les gens. Elle explique au contraire comment nous nous contentons de croire au lieu de savoir, comment il est difficile de s'affranchir de l'autorité d'un groupe, que ce soit les collègues, les compagnons du parti politique, son milieu social les amis la famille, esquissant des pistes pour y remédier.
J'ai ainsi, au fil de ma lecture, aidé Éter, Soie et Soudan à mettre en place cette ZAD au coeur de Paris, voyagé, rêvé et méditer avec Mù dans le désert marocain et écouté non sans émotion comme toutes et tous dans le monde, le premier discours de l'IA ! Bref, comme vous l'aurez compris, je me suis totalement immergée dans cette aventure de reconquête de notre humanité. Malgré tout, j'ai parfois trouvé quelques longueurs, j'ai mélangé quelquefois les personnages, je n'ai pas toujours trouvé judicieux les anglicismes bien qu'ayant beaucoup apprécié cette écriture jeune et spontanée.
Ce roman est vraiment formidable dans le sens qu'il nous redonne l'espoir et l'envie de créer un autre avenir, de ne pas nous résigner, et qu'ensemble, nous pouvons inventer des lendemains plus souriants.
Poésie, humanité et sororité, trois mots pour définir Les Déliés et qui devraient nous aider à renverser ce qui nous paraît immuable, cet avenir mortifère vers lequel nous nous dirigeons et où nous sommes déjà en partie englués.
Lisons des romans comme celui-ci, réinventons-nous. Résistons. Agissons !
Lien : http://notre-jardin-des-livr..
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Fauvine
  17 octobre 2020
Que dire de ce livre, Les Déliés ? Bizarrement, tout et son contraire, car il m'a consécutivement fait passer par des émotions opposées comme l'admiration envers le style, l'agacement certain devant certaines idées et certains personnages, l'attrait pour d'autres idées de ces mêmes personnages, novatrices et l'accord avec la pertinence de certaines argumentations.
Mais je rends cette critique le dernier jour (j'ai reçu le livre via une opération « masse critique ») aussi parce que j'ai eu du mal à en venir à bout (et pour être tout à fait honnête, il m'en reste encore environ un cinquième à lire), non par défaut de compréhension mais par lassitude. Je voulais à ce moment-là lire un roman, aussi ai-je sélectionné des romans. Parfois j'ai envie de lire des essais et je le fais mais dans ce cas je ne les lis pas d'un trait comme des romans. Et là, je pensais lire un roman alors je l'ai commencé 14 jours avant la date finale pour poster sa critique. Mais désolée, pour moi, c'est un essai déguisé en une tentative de roman. Pourtant j'aime les romans avec des dialogues et de la polémique, mais là plus de 90% du bouquin est ainsi fait et je ne me suis donc pas vraiment attachée aux personnages qui sont plutôt des « supports de thèses » que de « vrais » personnages.
Commençons par ce qui fâche. Les idées sont souvent reprises, formulées légèrement autrement certes mais donnant lieu à des dialogues qui ne sont que des redites de dialogues précédents… Et au départ, j'ai failli croire à de l'ironie de la part de l'auteure tellement les attitudes et paroles de certains personnages écolo-citoyens-révolutionnaires-conscients étaient pétris de clichés accumulés à la chaîne ! Quand je me suis aperçue que ce n'était pas de l'ironie mais des stéréotypes éculés, j'ai failli lâcher le livre de déception. Toutefois, il y avait tout de même de belles pages de descriptions du désert intercalées, heureusement.
Concernant les idées elles-mêmes, j'en ai trouvé de louables mais totalement irréalistes ou bien réalistes mais sans doute pas avec les solutions proposées par les personnages. Par exemple les quartiers sans voiture dans Paris ou bien même dans les provinces, en se servant du vélo ou bien de services rendus par les voisins… Et si les gens ne travaillent pas à 15 minutes à vélo ? Si les transports en commun sont inexistants pour aller jusqu'au travail ou bien défaillants (un toutes les 3h parfois en province) ? Plus du tout d'internet (bon là, d'accord, c'est vrai qu'on est de toute manière dans un monde d'anticipation), c'est quand même dommage pour les gens de petits villages de province encore une fois, qui n'ont pas comme les personnages les moyens de facilement se mettre en contact avec plein de gens avec qui partager certains débats, certaines idées, de rencontrer d'autres jeunes facilement, de se cultiver facilement avec une bibliothèque ou des tonnes d'associations dans les 15-20 minutes à pieds ou en transports en commun comme dans les métropoles. Parfois internet aide grandement dans ces cas-là. Revenir à la machine à écrire maintenant : est-ce vraiment plus écologique de ne plus pouvoir retoucher ce qu'on écrit, de devoir tout retaper une nouvelle fois pour modifier, tout réimprimer sur des feuilles qui viennent des arbres ? Désolée mais word et l'imprimante sont pour moi plus écolos à ce niveau-là car on peut modifier infiniment les écrits avant impression ! Les craies… Oui, pourquoi pas ? Mais si vous aimez aussi peindre, de temps en temps, avec de l'huile, de l'acrylique, des pastels… ? Il faut se priver de tout art plastique alors ?
Concernant les « mots de famille » visant à remplacer les prénoms et noms de famille par des mots choisis pour les sauvegarder d'une perte de vocabulaire croissante parmi la population qui privilégie les émojis, et pour se libérer du poids de l'héritage d'un nom de famille trahissant l'origine sociale, ethnique etc., bonne idée… Mais qui se choisirait pour mots des mots péjoratifs comme « torture », « barbarie » ? Et pourtant, si seuls les mots mélioratifs sont sauvés, on retombe là aussi dans la novlangue car sans possibilité de nommer le péjoratif, on ne peut plus s'exprimer dans toutes les nuances que l'on voudrait et plus s'exprimer tout court. Et les personnages réutilisent juste après cette idée les émojis (p.39 : « quelques émojis et têtes d'oeuf plus tard »), complètement incohérents avec eux-mêmes ! Et l'écriture inclusive, dans certains passages… c'est ridicule sincèrement : p.46 : « en lien avec tous les bricoleureuses, inventeurices et paysan.nes du coin ». Déjà que beaucoup d'enfants ont aujourd'hui beaucoup de difficultés avec la grammaire et l'orthographe, c'est favoriser les classes aisées et instruites de changer de système lorsque l'ancien n'est pas déjà maitrisé… Et il y a aussi quelques coquilles (manque de virgules à plusieurs reprises).
L'idée de vivre sans argent, pour ne plus passer par ça mais retisser des liens entre les gens, avoir besoin les uns des autres et être comme une « famille »… Perso je trouve ça tellement hypocrite ! Justement oui, avant l'industrialisation, les gens avaient beaucoup plus besoin les uns des autres et nouaient donc des relations dans des buts… utilitaires, plutôt qu'uniquement fondées sur l'affection ! Si une personne faisait du mal à quelqu'un de sa « famille », de sang comme élargie, on passait ça sous silence car tout de même cette personne avait des terres ou des services dont on ne pouvait se passer ! Si l'on doit payer un service par un autre service, je n'imagine pas le temps passé après le travail à devoir rendre des services pour s'en payer d'autres (payer sa nourriture, les services du plombier, du coiffeur, de l'école, de la nounou…), un temps de moins passé à se cultiver ou entre amis qu'on se choisit non par besoin mais par estime et affection. Quant à ne plus travailler tout court en échange de services, si on bosse dans le public, chaque usager doit donner un service, et à qui ? Et si je n'ai pas besoin de 50 services d'un coup mais plus tard, ces usagers doivent se tenir à ma disposition pour plus tard, ne pas déménager donc ? Et si le plombier que je dois appeler ne veut pas d'aide aux devoirs pour ses enfants ou de cours de peinture, ou de tableau, ou de lecture à voix haute, ou d'aide rédactionnelle (les seuls services que perso, je peux donner), je fais quoi ? Trop compliqué et au final un peu semblable à l'échange d'argent si le cercle restreint s'élargit à des banques de services.
Le positif maintenant : l'idée des débats menant à celle d'une intelligence artificielle totalement neutre, capable d'analyser les données de toute l'humanité et programmée pour sa sauvegarde, une IA capable, car non humaine, d'avoir le pouvoir sans se laisser posséder par lui, sans que son égo s'enfle démesurément et sans faire passer son intérêt propre avant les vrais buts altruistes, je l'ai vraiment trouvée intéressante autant car ça fait vraiment réfléchir à ce qui pourrait un jour arriver que du point de vue du récit. Et cela amène enfin de vrais débats entre les protagonistes (qui auparavant se limitaient à des semblants de débats puisqu'ils étaient tous d'accord entre eux et qu'on n'entendait jamais directement la voix de leurs opposants – dont les idées sont caricaturées à l'extrême, ce qui est agaçant), des débats avec des arguments réfléchis et constructifs de chacun des nouveaux « camps ». Beaucoup d'autres idées sont vraiment bien construites, faisant des parallèles et des analogies pertinentes avec beaucoup de périodes de l'Histoire, et certaines réflexions valables pour beaucoup de réalités différentes, présentes comme futures, que je trouve, profondes. Ce roman a le mérite de faire réfléchir à beaucoup de réalités actuelles. Cela, je ne les mets pas là mais j'en mets une partie en citation directement car rien de tel que les extraits eux-mêmes.
Pour conclure, ce livre m'a donné envie de connaître et de discuter en vrai avec son auteure car j'ai senti dans son roman sa capacité à débattre, sa grande culture, son intelligence et son humanité, ce qui n'est pas rien… plutôt que de continuer à lire ses romans. Mais rien ne dit que les prochains ne soient pas mieux, s'ils ressemblent moins à des essais et qu'elle parvient à faire vivre vraiment des personnages, et ses essais sont sans doute très intéressants.
Je remercie les éditions La Mer Salée et l'auteure pour cet envoi dans le cadre de « masse critique ».
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Foufoubella
  23 octobre 2020
« Il était inutile de refaire l'histoire. Il était crucial de la faire. » (p. 253)
Cette petite citation pourrait résumer à mon sens l'essence-même du livre.
Ce roman m'a intriguée à plusieurs titres, par son sujet, déjà, que je trouvais intéressant et pour lequel j'étais curieuse de voir comment il allait être exploité ; par la maison d'édition, ensuite, que je ne connaissais pas du tout (La Mer salée). Et après lecture de ce livre, je comprends tout à fait qu'il fasse partie de sa ligne éditoriale « Fiction or not fiction » puisque je ne suis pas très sûre, au final, d'avoir réellement lu un roman.
Alors certes, il est bien indiqué sur la couverture « roman », l'auteure, Sandrine Roudaut, indique également dans ses remerciements que c'est son premier roman – alors qu'elle a déjà écrit plusieurs essais - et il y a bien des personnages inventés racontant une histoire sortie de l'imagination de son auteure... Mais...
Dans ce livre, nous nous retrouvons dans un futur proche (je dirais vers 2030-2035) où une nouvelle ère est apparue : plus d'internet à tout va, plus de voitures, les voyages à l'autre bout de la planète sont limités, les gens sont encouragés à se retrouver ensemble plutôt que sur les réseaux sociaux qui ont d'ailleurs presque tous disparus, une intelligence artificielle a pris le pouvoir, etc...
Le pitch était très alléchant, d'autant que l'auteure ne se contente pas de nous raconter la vie d'après mais explique aussi la vie pendant et comment ce nouveau monde a pu être créé. Mais j'ai trouvé qu'il y avait de trop grandes disparités dans ce roman. J'alternais les moments où je trouvais le temps long, très long, tournant les pages sans plaisir, pressée d'en terminer, avec des instants où la lecture prenait un second souffle et où le sujet prenait un tour qui m'intéressait beaucoup. Mais, dans l'ensemble, je dois bien avouer que ma note « plaisir de lecture » n'atteint pas des sommets avec ce livre, ce qui est bien dommage car, avouons-le, la lecture doit avant tout être un plaisir.
Même s'il y a de très bonnes choses dans ce roman et que la qualité d'écriture est indéniablement présente, je dois quand même bien faire le constat que pas mal de choses m'ont gênée.
D'abord, j'ai souvent eu l'impression de lire une thèse. Et les personnages, loin de servir une histoire, sont selon moi des caricatures sans réelle substance. Je n'ai trouvé aucune profondeur, aucune densité dans les protagonistes, à l'exception peut-être de Mù, j'avais plus l'impression de voir des gens débattre plutôt que discuter ou interagir ensemble. Il y a parfois quelques fulgurances mais elles ne durent jamais très longtemps et ne sont pas suffisamment creusées à mon goût.
De même, si je suis d'accord avec pas mal d'idées avancées par Sandrine Roudaut, par exemple je trouve moi aussi dommage que les gens se côtoient désormais presque uniquement sur les réseaux sociaux, que nous sommes arrivés à une dictature de la note et du pouce levé pour tout et n'importe quoi, et surtout n'importe comment, que notre planète étouffe, oui, moi aussi je suis d'accord, mais j'ai davantage eu l'impression d'une juxtaposition d'idées, des lieux communs pour la plupart, et que l'auteure ne faisait finalement qu'enfoncer des portes ouvertes. Ce qui fait, qu'au final, j'ai l'impression qu'elle a aimé se voir écrire comme d'autres aiment s'entendre parler.
En fait, moi qui pensais lire un roman innovant, j'ai l'impression d'avoir lu une histoire déjà vue dans la série « Black Mirror ». Certes, j'aime beaucoup cette série, et ça ne m'aurait pas gênée de lire une histoire semblable, mais si elle apportait quelque chose de nouveau, qu'elle allait un peu plus au bout de son idée. Surfant sur la vague COVID 19 (allusions très claires dans le roman) ou les mouvements des gilets jaunes et autres #Indignez-vous ou #metoo, très louables en soi, le roman ne décolle véritablement jamais à mon sens.
Pour conclure, je dirais que ce livre ne plaira pas au plus grand nombre, certains ne seront pas convaincus par la thèse de l'auteure, d'autres seront rebutés par la forme (le nombre de « nouveaux mots » est impressionnant, sans oublier quelques coquilles gênantes dans la lecture – oubli de mots ou de ponctuation parfois), la prise en main n'est pas aisée et il faut sacrément se concentrer pour ne pas perdre le fil. D'autres encore abandonneront en cours de route. Mais je crois aussi qu'il peut trouver son public, un certain type de public, ceux qui aiment les dystopies (car n'en déplaise à certains, ce récit reste une dystopie), ceux qui aiment les récits complexes et qui cherchent avant tout dans leurs lectures, même de fiction, des idées et de la matière à réfléchir. Car oui, ce roman, appelle à la réflexion, pendant et même une fois la dernière page tournée.
Vous l'aurez compris, ce roman ne fut pas ma meilleure lecture de l'année mais je suis très contente de l'avoir découvert ayant trouvé matière à réfléchir sur ma façon de voir les choses.
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Lishbks
  04 octobre 2020
Tout d'abord je tiens à remercier chaleureusement la masse critique Babelio et les éditions La Mer Salée pour m'avoir mis ce livre atypique entre les mains.
Ce roman d'anticipation se situe dans un futur proche. L'urgence écologique est plus que jamais présente, une résistance s'organise pour contrer la toute puissance capitaliste. Loin des dystopies d'effondrement, de la mouvance post-apocalyptique, Les déliés se démarque par sa positivité, sa créativité et sa résilience active. C'est une fiction qui choisit de démystifier l'utopie, de la délester de son image d'irréalisable pour lui redonner ses lettres de noblesse. Elle devient "l'irréalisé", le moteur par lequel les plus belles révolutions arrivent.
Mon avis sera pourtant un peu mitigé et je préfère commencer par le négatif car malgré ces points que je vais aborder, je sais que seules les bonnes choses resteront.
En terme d'édition pure je déplore deux choses. La première c'est qu'il reste encore un peu trop de coquilles passées au travers des mailles de la correction. Rien de grave cela dit, j'en croise régulièrement mais ici un peu plus qu'ailleurs. La deuxième (et ça va peut-être faire vieille réac sortie de sa campagne), ce sont tous ces anglicismes et acronymes laissés tels quels sans astérisques explicatives. J'aurais par exemple bien aimé partager cette lecture avec ma mère mais les Low tech, Fab Lab, Early adopters et autres greenwashing auraient vite raison de sa patience. Cela ne devrait pas être un problème pour la plupart d'entre vous, en particulier pour la jeune génération. Et c'est tant mieux car ce livre a beaucoup à offrir.
Il fait partie de la collection "Fiction or not fiction" des éditions La Mer Salée, et je dois dire que le nom est parfaitement choisi. On oscille entre l'essai et la fiction et le moins que l'on puisse dire c'est que l'autrice est un puits de savoir.
Pour le côté non-fiction on est servis. Les personnages sont passionnés et leurs multiplicité permet d'aborder le monde de manière pluridisciplinaire dans les constats comme dans les propositions.
Pour le côté fiction romanesque, en revanche, je suis un peu restée sur ma faim. J'ai eu globalement du mal à communier avec les personnages, à saisir leur essence individuelle. Seule Mù m'a offert quelques pages un peu plus sensorielles qu'intellectuelles et une forme de retour à la terre dont on parle beaucoup mais que j'ai finalement assez peu ressentie dans le roman.
C'est du côté de ce qu'ils ont à dire et à offrir au monde, de ce qu'ils ont à aller réveiller au fond de vous qu'il faut réellement se pencher.
Les déliés, c'est en quelque sorte un livre participatif. Il vous enjoint à ne pas être un simple spectateur de l'histoire, il ne joue pas sur les cordes habituelles de l'empathie pure, mais il vient vous prendre par la main pour vous réveiller en douceur, titiller votre courage, nourrir votre humilité et votre soif d'être. Toutes ces choses que j'aurais sans doute rechigné à aller chercher dans un essai pur et dur moi qui ai une telle prédilection pour la fiction.
Vous n'en sortirez pas changés, mais probablement plus connectés à vous-même que jamais et plus confiant en l'avenir.
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celinejb
  16 avril 2021
Par où commencer ?
En guise de préambule, je souhaite partager le fait que j'ai eu la chance de découvrir l'auteure pendant quelques heures lors d'une de ces interventions, et d'avoir un bel avant-goût du roman Les Déliés.
Ce roman remet l'Utopie à sa juste place (= ce qui est réalisable, mais pas encore réalisé), et la notion de « radicalité » aussi (qui appartient à la nature profonde, à l'essence d'un être...).
Dans un contexte (tellement réaliste) de gros problèmes environnementaux et autres, clairement l'auteure nous livre plusieurs analyses du passé de notre humanité, et plusieurs solutions concrètes et « fraîches » (au-delà du greenwashing, du recyclage, développement durables etc, qui ne suffisent pas !).
J'ai beaucoup aimé l'écriture, la façon dont le livre me plongeait dans l'ici et maintenant de ce que vivaient les personnages. Revenir à ce qui est vrai. Out internet, les réseaux sociaux, le monde de la consommation, retour au : partage, l'entre-aide, la mobilisation citoyenne, la bienveillance, la vraie démocratie, l'autonomie, l'apprentissage, les échanges, l'esprit collaboratif, la sororité (et fraternité), l'affranchissement.
J'aime crayonner les passages qui me plaisent dans un livre…disons que celui-ci, au final, un tiers du livre est crayonné (ce sera dur de m'y retrouver !). Très belle prise de conscience et volonté d'aller plus loin dans mon engagement suite à cette lecture. Je pense l'offrir quand je serai en recherche d'idées cadeaux.
Gratitude !
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Citations et extraits (55) Voir plus Ajouter une citation
CancieCancie   27 novembre 2020
Je vais vous parler d'une des plus grandes utopies , celles des premiers abolitionnistes. Si vous le voulez bien, projetez-vous il y a des siècles quand quelques individus réclamèrent la fin de l'esclavage. Vous imaginez l'utopie à l'époque !? Les marchands d'esclaves, les exploitants de sucre, les fabricants d'étoffe, les armateurs de navires... Tout le système économique dépendait des bras des esclaves. Remettre l'esclavage en cause c'était le sabotage assuré du système économique mondial. Mais pas un moment les abolitionnistes ne se sont arrêtés à cela. Ce qui avait toute leur attention c'était une évidence : aucun être humain ne devait être traité ainsi. Ce n'était pas négociable...
les utopistes sont toujours des minorités. Parce que nous sommes peu nombreux à avoir l'idéalisme chevillé au corps, peu nombreux à être capables de nous projeter, et peu nombreux à pouvoir vivre en minorité, en marge, incompris. C'est assez troublant d'ailleurs. Dans le feu de l'époque les utopistes sont combattus. Des années plus tard on les honore ! En occident, toutes les femmes aimeraient pouvoir dire qu'elles se sont battues pour le droit de vote. Mais à l'époque les pauvres n'étaient que trois cents devant le Parlement britannique. Elles ont été brutalisées, enfermées, la majorité des autres femmes les méprisaient. Pareil pour les Résistants français pendant la Seconde Guerre Mondiale, ils n'étaient que 2 à 3 % de la population, ils étaient considérés comme des traîtres à la Nation, le général de Gaulle était condamné à mort. Pareil pour Luther King ! Celui qui a fait advenir l'utopie de la fin de la ségrégation, cet homme adulé par une grande partie de l'Amérique d'aujourd'hui, était l'homme le plus détesté par ses contemporains au moment de sa mort...
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CancieCancie   28 novembre 2020
Ma grand-mère a connu Hiroshima, la folie pure, l'extermination d'enfants, de parents, de personnes âgées, de bébés. Et ma mère a connu Fukushima, l'arrogance pure, produire du nucléaire, une énergie qui nous avait exterminés des années plus tôt, à cet endroit sismique, narguant la force des éléments. Se croyant au-dessus de tout, une fois de plus, la folie terrienne. Là on voit bien pourquoi il était important de se renommer terriens et non humains, un mot dont nous étions les usurpateurs. Nous devons regagner le droit de nous appeler humains, humaines. et nous souvenir que nous sommes terriens, terriennes, accueillis, habitants, dépendants, liés au destin de la terre. À la suite de ma grand-mère et de ma mère, je suis la troisième génération et j'espère être témoin d'une autre folie, humaine celle-là, celle d'un monde qui grandit.
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CancieCancie   19 novembre 2020
Le photo-rationnement c'était l'une des décisions de l'Intelligence Artificielle à son arrivée au pouvoir, la dictature Big Mother comme on l'appela rapidement avec l'ironie de la stupeur. Le photo-rationnement pour cause d'insuffisance de métaux et de quotas de pollution. Le tollé à l'époque ! On baignait encore dans la culture selfie. Plus l'avenir nous paraissait incertain et plus on se raccrochait à sa trombine. Ce rationnement ce n'était peut-être pas si mal. Les gens ne prenaient des photos que pour les partager. On en venait à profiter de certains endroits, à y aller, dans l'unique perspective de pouvoir les harponner, s'en vanter, les montrer. Les photos pour preuves de notre existence au monde. Des traces pour conjuration de l'incertain qui pouvait frapper n'importe quand. Incessants dévoilements de l'intime. Ou inventaires d'une beauté en voie de raréfaction.
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CancieCancie   21 novembre 2020
- Bah oui, tu m'étonnes qu'ils paniquent. Les gars ça fait des années qu'ils vivent dans un monde qui les maintient dans la supercherie du "progrès". Non seulement ils y vivent mais ils se sont sacrifiés pour cette supercherie. On leur a dit qu'il n'y avait qu'un seul modèle économique possible : consommer pour produire. Qu'ils allaient jouir par l'achat de produits, et que ça leur donnerait du boulot. On leur a dit que la consommation rendait heureux, beaux, sexy, enviés. Qu'ils protégeraient leurs gosses du besoin. Qu'on était heureux qu'en étant dans cette norme. Que le progrès profiterait à tous ! Sérieux, la croissance comme Saint Graal. Et comme obligation hein...
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CancieCancie   20 novembre 2020
- Misère... Moi ce qui me désespère ce sont les mots exilés. Il y a des mots tellement justes ! Beaux, forts. Et ils disparaissent totalement des radars. Et ça c'est pas anodin ! ce qui disparaît avec eux c'est la profondeur de nos pensées, de nos réflexions. Ce qui disparaît avec eux c'est un peu de vérité, ce sont nos ambitions de vérité.
- Oui et puis... on ne parle plus que par émojis. C'est taré en quelques années ce que nos messages sont devenus. Nos émotions singées par des billes jaunes. Bonjour la palette de nuance.
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Vidéo de Sandrine Roudaut
« La puissance émerge quand on abandonne l’idée de pouvoir », Sandrine Roudaut, fondatrice de Alternité et des éditions La Mer Salée
Sandrine Roudaut a créé en 2001 Alternité, un cabinet de conseil en prospective et sensibilisation pour un monde soutenable et désirable et en 2012 la maison d’édition Les éditions La Mer Salée. Elle est installée dans la région des Pays-de-la-Loire. Nous lui avons demandé de partager son point de vue sur l’égalité entre les femmes et les hommes au niveau de l’entreprenariat. Pour elle, un nouveau monde est en marche. Les nouvelles économies liées au partage, à l’écologie, au bien être et au développement durables vcnt faire émerger un monde où la femme et l’homme seront complémentaires et égaux.
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