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Marianne Millon (Traducteur)
EAN : 9782925141464
168 pages
La Peuplade (12/01/2023)
4.03/5   107 notes
Résumé :
Un après-midi, alors qu'elle attise le feu dans la cheminée de sa chaumière, la jeune Anna Thalberg aux yeux de miel est enlevée par des hommes brutaux et amenée à la prison de Wurtzbourg, où on l'accuse de sorcellerie. Isolée et torturée pendant des jours, elle tient tête au cruel examinateur Melchior Vogel tandis que Klaus, le mari d'Anna, et le père Friedrich, curé de son village, tentent tout ce qui est en leur pouvoir pour lui éviter les flammes du bûcher. Peti... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (46) Voir plus Ajouter une critique
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En ce tournant du XVIIe siècle, Anna Thalberg, une étrangère rousse de vingt-deux ans dont l'éclat attire un peu trop le regard des hommes pour ne pas contrarier leurs épouses, mène avec son mari Klaus l'existence paisible des paysans de Bavière, lorsque, fort opportunément dénoncée pour diverses diableries par sa voisine – depuis son arrivée au village, des nourrissons sont morts, la sécheresse sévit, on l'a même vue chevaucher une chèvre dans les airs –, elle est arrêtée et transférée dans les geôles de Wurtzbourg en attendant son procès pour sorcellerie.


Malheureusement pour elle, son sort dépend du prince-évêque catholique de Mespelbrunn, contre-réformateur bien décidé à débarrasser la région des hérétiques idées luthériennes, fût-ce par le biais de la persécution et au moyen d'une chasse aux sorcières qui, dans tout l'évêché de Wurtzbourg, va causer la mort de neuf cents personnes. Désormais entre les mains d'un examinateur déterminé à la voir finir sur le bûcher pour le bien-être de la ville et du diocèse, Anna ne comprend pas encore qu'elle a beau être innocente et ne pas cesser de le clamer malgré l'atrocité des tortures qu'on lui inflige, il n'existe plus pour elle que deux alternatives : être brûlée vive ou déjà morte, selon qu'elle persiste à nier ou qu'elle se résolve à des aveux.


Relaté avec force détails éprouvants, le supplice d'Anna, en l'occurrence fille de charpentier, n'est pas sans évoquer la passion du Christ : lui, convaincu jusqu'au bout que Dieu ne l'abandonnera pas ; elle, longtemps confiante en la force de son innocence et de la vérité. Si la jalousie et la peur ont motivé la calomnie et la délation à l'encontre de la jeune femme, sa condamnation est le fruit de convictions fanatiques, qui, au nom de la religion et du Bien, mènent au pire des hommes follement persuadés de détenir la vérité. A ce radicalisme aveugle répond l'inflexible résistance d'Anna, qui ne sauvera certes pas sa vie, mais saura, en un très ironique dénouement, prendre le Mal à son propre piège. A user de la violence et de l'arbitraire, ne s'expose-t-on pas toujours à un retour de feu ?


Animé par le ressac de longues phrases sans fin, où les paragraphes s'enchaînent comme autant de vagues signalées chacune par un retrait, le texte s'épand comme un irrépressible raz-de-marée, emportant personnages et lecteur au bout d'une folie absurde et destructrice touchant à l'insupportable. Cette cohérence parfaitement étudiée entre la forme et le fond parachève la puissance de cette dénonciation des fanatismes, extrémismes et radicalismes de tout poil, en particulier religieux et politiques, pour en faire simultanément une oeuvre littéraire dont il n'est pas étonnant qu'elle ait valu à son auteur le prestigieux prix Mauricio Achar.

Lien : https://leslecturesdecanneti..
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"Pour les religions monothéistes (principalement le judaïsme, le christianisme et l'islam), la sorcellerie fut souvent condamnée et considérée comme une hérésie. La notion de sorcellerie prit une certaine importance pour les chrétiens à partir des xive – xve siècles, l'apogée des chasses aux sorcières ayant eu lieu au xviie siècle. À cette époque la sorcellerie a progressivement été assimilée à une forme de culte du Diable. Des accusations de sorcellerie ont alors été fréquemment combinées à d'autres charges d'hérésie contre des groupes tels que les Cathares et les Vaudois. Certains groupes anciens ou modernes se sont parfois plus ou moins ouvertement réclamés d'un culte « sataniste » dédié au mal."

À partir de ces informations glanées sur Wikipédia, il est facile de faire des associations historiques, littéraires, "culturelles" ; Jeanne d'Arc est sans aucun doute la plus "célèbre" des sorcières françaises, celles de Salem d'outre-Atlantique, ceci dit sans faire offense à Samantha Stephens, Hermione Granger, aux soeurs Sanderson, à Sabrina Spellman, ou bien encore à l'inquiétante Maléfique...

Ceci pour tendre à montrer qu'il reste de cette notion de sorcellerie et de sorcier des résidus culturels et j'irais même jusqu'à supposer... cultuels, rituels, spirituels, voire une ou des empreintes psychogénétiques...

C'est dire si cette histoire de sorcellerie nous a durablement marqués.
C'était originellement fait pour cela.

L'Inquisition, qui veut dire enquête, est une enfant légitime de l'Église, qu'elle fait naître au XIIIe siècle.
Afin de se défaire de ses brebis galeuses, elle soumet, la plupart du temps, la (le) soupçonnée d'hérésie, de sorcellerie, à la question.
Ce n'est pas dans ce roman, dont je vais finir enfin par vous parler, que j'ai lu les scènes les plus crues sur ces horreurs mais dans celui de Jean Teulé - Je, François Villon -... ; Teulé n'avait pas son pareil pour nous montrer, presque nous faire toucher, sentir la "charogne" qu'un bourreau, un écorcheur déchiquetait, laissait macérer avant de la réduire en cendres sur le bûcher des innocents.

Quelque part entre le XVIe et le début du XVIIe siècle, dans la petite bourgade "allemande" d'Eisingen, non loin de Wurzbourg, une jeune et belle paysanne, Anna Thalberg, est brutalement arrêtée, enlevée dans sa chaumière par des hommes de main mandatés par l'Église.
On l'encagoule d'une capuche "qui sent la transpiration et la salive rances", on la jette ventre contre terre dans une charrette ; un des hommes l'écrasant de son pied pour lui interdire tout mouvement.
Anna est belle, elle a une chevelure rousse, sa peau est tachée de son, elle a des yeux de miel, des yeux comme un loup.
Son pêché ou sa faute ?
Sa beauté qui a fait naître la jalousie dans la tête et dans le coeur de certaines femmes, dont Gerda sa délatrice.
Et c'est une "étrangère" ; elle n'est pas d'ici, elle n'est dans le village que depuis deux ans.
" La rousse, l'étrangère aux yeux de miel comme ceux d'un loup, à la peau saupoudrée de taches de rousseur comme un serpent venimeux."
Les hommes l'emmènent à Wurzbourg où elle va être jetée dans l'un des cachots noirs de la tour aux sorcières... avant d'être soumise à la question par un bourreau.
Elle est donc accusée de sorcellerie.
Ses chances de survie sont nulles.
Dans le "meilleur" des cas, elle avoue et ses bourreaux auront l'indulgence de l'étrangler avant de la brûler.
Soit elle n'avoue pas et ce seront les flammes sans "rien".
Pendant trois longues semaines Anna va faire face à la question avec un courage surhumain, puisant en elle des ressources qui vont ébranler certains de ses tortionnaires.
Jamais elle ne baissera les yeux devant Melchior Vogel, le grand inquisiteur, l'incarnation du mal.
Durant ces trois semaines de Calvaire, Klaus son pauvre mari la cherchera et tentera auprès de Friedrich, le curé dans le doute de leur village, de tout faire pour la sauver.
Pendant ce temps, Anna aura de longs entretiens avec Hahn, le confesseur inquisiteur.
Pendant ce temps, alors que les ecclésiastiques s'évertueront à donner l'apparence de la vérité à leurs délires, la "sorcière" se servira de la seule baguette magique en son pouvoir : son intelligence...

Il y a plusieurs lectures de ce court et brillant roman.
- Une lecture littérale, j'entends par là une histoire de sorcellerie basée sur des faits réels.
- Une lecture historique, laquelle histoire est bien retranscrite par l'auteur ; la période faisant référence au prince-évêque Jules Echter von Mespelbrunn entre 1573 et 1617 est celle dont il est question dans cet ouvrage, et il est par conséquent assez logique de lire qu'"On estime que dans l'évêché de Wurtzbourg, 900 personnes ont été brûlées, dont 200 dans la ville."
- Une lecture politique. Par là je veux signifier que les sorcières, l'Inquisition et l'hérésie ont été un "excellent moyen" trouvé et prétexté par les puissants pour asseoir et sauvegarder leur pouvoir.
- Enfin, une lecture que je qualifierai de "philosophique" ; le sujet de la réflexion portant sur les excès imputables aux fanatiques de la "vérité", du "savoir", de la croyance, comme le montre si bien ce petit roman.

Impossible de terminer sans dire quelques mots de la belle plume ciselée d'Eduardo Sangarcia, de ses trouvailles formelles matérialisées par des phrases décalées, des chapitres dans lesquels les dialogues et les pensées des personnages se font sur deux niveaux, et où le texte, dans son intégralité, n'a pour ponctuation que quelques virgules.
Tout ça fait de la très bonne littérature et un très bon premier roman.

Lu dans le cadre d'une Masse Critique.





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Il est de ces livres dont la forme prend une place prépondérante, à elle-seule une histoire dans l'histoire. Anna Thalberg en fait partie.

Il est de ces textes qui perturbent autant par le contenu que par le contenant ; voyage dans le passé marquant et virée étrange à travers les mots. Et leur mise en forme, leur mise en page.

150 pages, ça peut paraître peu, et pourtant sa densité et son ampleur coupent si souvent le souffle qu'il faut prendre le temps pour accepter / déguster / supporter / s'imprégner de ce livre hors norme. A tous les niveaux.

Vous n'avez jamais lu un livre comme Anna Thalberg, je peux vous l'assurer.

Premier chapitre, première expérience. A s'acclimater, à apprivoiser, à assimiler. Temps d'adaptation nécessaire pour comprendre la mécanique narrative pour le moins singulière.

Un chapitre, 10 ou 15 pages, comme une seule phrases mais en fait des sauts de paragraphes qui sont autant de changements de points de vue, des retraits supplémentaires pour les quelques phrases parlées (pas de dialogues au sens habituel du terme, rien n'est ordinaire dans ce livre). Et ce n'est pas la seule surprise stylistique.

Le principe pourrait paraître fumeux, il ne l'est pas. Périlleux, sans aucun doute, avec un auteur constamment sur le fil. Cette polyphonie permet de faire passer nombre de ressentis intimement entremêlés.

Il convient de saluer le travail de traduction de Marianne Millon, qui a dû faire preuve d'autant d'accommodation que de créativité pour transposer ce texte.

Et l'histoire dans tout ça ? Et les personnages ? Aussi puissants que leur enrobage, même si parfois celui-ci prend le pas sur les émotions.

Eduardo Sangarcía nous conte l'histoire d'Anna Thalberg, une femme de « rien », qui ne possède que son humble chaumière avec son mari. Et sa chevelure rousse. Une « étrangère », pas née dans ce village. Sa malédiction.

Dans l'Allemagne des XVIe et XVIIe siècles, la chasse aux sorcières battait son plein. Les croyances, les jalousies et les quêtes de pouvoir rendaient les hommes et les femmes fous, au point de dénoncer son prochain et l'envoyer à la torture. L'inquisition faisait le reste, à coups de supplices tous plus inventifs qu'horribles.

Des sommets d'abomination qu'Eduardo Sangarcía décrit sans complaisance mais sans rien cacher pour autant. Éprouvant au possible, mais important pour comprendre l'époque. Et qui est Anna Thalberg.

Ce bout de femme va se révéler d'une force mentale et d'une droiture insoupçonnées, rendant l'image de ce personnage immortelle dans l'imaginaire du lecteur, à défaut que sa chair ne le soit.

Cette lecture donne littéralement le vertige, par sa construction, par sa violence, par sa puissance d'évocation. Où on est tour à tour happé par le style ou par les actes. Où l'on passe d'un enrichissement intellectuel à des ressentis quasi sensoriels. Cerveau et coeur mis à l'épreuve.

Le court roman d'Eduardo Sangarcía ne laissera personne de marbre et se révèle une lecture aussi expérimentale que chargée en émotions diverses. Anna Thalberg, le livre comme le personnage, marquent. Si vous cherchez à sortir de votre zone de confort, voilà un texte tout indiqué.
Lien : https://gruznamur.com/2023/0..
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Alors qu'elle attend Klaus dans leur modeste chaumière, que le repas cuit dans l'âtre, Anna est enlevée de force par des brutes. Ils l'emmènent et l'enferment dans la tour des sorcières, à Wurtzbourg. Gerda, une voisine jalouse, éprise de vengeance, l'accuse de vénérer Satan. Elle l'aurait même vu volant sur une chèvre au-dessus des toits. Anna crie son innocence, fait face aux tortures, soutient le regard de l'examinateur Vogel… Mais les croyances sont tenaces, et les femmes bien peu de choses au coeur de ce 16eme siècle tourmenté…

Anna Thalberg est un roman aussi poignant que révoltant. C'est avec un style très particulier, totalement envoûtant, que l'auteur nous précipite dans une petite ville allemande, aux côtés de villageois simplement monstrueux.

Eisingen aurait pu être une bourgade apaisée, au quotidien certes difficile mais sans coups d'éclat. Anna n'en est pas originaire, elle a épousé Klaus et l'a suivi. Elle a toujours senti des réticences à son égard mais elle n'y a jamais prêté attention. Peut-être aurait-elle dû se méfier…

L'écriture d'Eduardo Sangarcia est sublime. Elle alterne les personnages, leurs pensées les plus vils et leurs grandeurs d'âmes. Elle nous plonge dans l'humidité d'une cellule et dans l'intolérable d'une salle de tortures. Elle n'épargne pas le sourire mauvais et la joie de la vengeance.

Anna Thalberg est une femme qu'on a cloué au piloris, qu'on a brûlé sur un bûcher, dont on a étouffé les cris. Parce qu'elle était différente, une rousse aux yeux de miel, on a cherché à l'effacer pour ne plus la craindre… Là, un vertige nous prend… La peur de l'autre, de l'inconnu, ça nous parle, malheureusement… Et si les tortures et autres accusations ont changé, l'anéantissement, la disparition, l'élimination semblent toujours être la triste solution…
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Voilà un roman pas comme les autres, déstabilisant, notamment dû au fait de l'absence de majuscules en début de phrase, de points finaux, de l'avarice de virgules et de tirets cadratins ou de guillemets pour signaler les dialogues.

Un alinéa pour signaler le début d'un nouveau paragraphe et un double alinéa pour les dialogues, c'est tout. Perturbant pour moi, mais je m'y suis vite habituée.

Comme je l'ai souvent dit, la taille d'un livre n'est pas importante (pour le reste, je vous laisse seul.e juge).

La preuve une fois de plus : 159 pages d'une noirceur absolue, faite de fausses accusations de sorcellerie et de tortures, de fausse justice, de médisance, de peurs, de superstitions, de pouvoir et de religion toute-puissante.

Dans l'Allemagne du XVIe siècle, une personne comme Anna Thalberg dérangeait : elle était jolie, avait les cheveux roux, les yeux couleur de miel et pire encore, elle venait d'ailleurs ! Oh, pas du bout du monde, même pas d'un autre pays, juste d'un village plus loin… Mais je n'ai pas besoin de vous faire de dessin sur la noirceur humaine et ce que certains sont prêts à faire pour se débarrasser d'une personne qui les dérange.

L'accusation de sorcellerie est LE truc génial que l'on a inventé pour éliminer celles ou ceux qui gênent. Impossible de prouver que vous n'en êtes pas une et sous la torture, tout le monde avouerait n'importe quoi.

Kafkaïen sera son procès : elle est coupable, point à la ligne. Si elle avoue, elle renforce l'accusation et si elle n'avoue pas sous la torture, alors c'est qu'elle est aidée par le Malin, le Diable, l'antéchrist… Bref, entre la peste et le choléra, le choix est maigre.

Et puis, il ne pleut plus depuis longtemps, c'est la faute d'Anna et sa mort servira de sacrifice et il pleuvra, sans aucun doute… Son avenir est déjà tout tracé. La justice ? "Mes couilles, ti", comme le dirait si bien Fabrizio le carolo (les Belges comprendront).

La force de ce roman, c'est la confrontation entre Anna et Melchior Vogel, le grand inquisiteur, le salopard qui l'a condamnée à la torture. Jamais elle ne baissera les yeux. L'autre point fort, ce seront les longs entretiens entre Anna et Hahn, le confesseur inquisiteur. Anna est une femme forte, droite dans ses bottes et elle ne lâchera rien.

Tous les genres se mélangent, dans ce court roman, intense : la politique, la religion, l'histoire et la philosophie. Il est difficile de ne prendre ce roman qu'au sens littéral, tant il a des niveaux de lecture qui s'entremêlent, harmonieusement, puisque tout est lié.

Le côté historique est bien rendu, sans devenir indigeste, et le côté politique entre en ligne de compte parce qu'avec ces procès en sorcellerie, les puissants gardent le pouvoir et tiennent tout le monde sous leur coupe. Idem pour le côté religieux, avec l'opium du peuple, on les fait marcher droit, on leur fait peur.

La philosophie intervient dans les questionnements : qu'est-ce qu'il y a après la mort ? Ainsi que dans le fait que certains croient mordicus être les détenteurs de la vérité sur Dieu, qu'il leur parle à eux, qu'ils sont élus et que c'est à eux que revient l'indicible honneur de faire marcher tout le monde droit.

Le final est superbe, prouvant que la vie ne manque jamais d'ironie, ni d'humour noir et que la roue tourne…

Un roman étrange, dérangeant, court, qui m'a sorti de ma zone de confort.

Lien : https://thecanniballecteur.w..
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critiques presse (2)
LaPresse
06 février 2023
On se retrouve ici en Allemagne, aux XVIe et XVIIe siècles. Anna Thalberg a été dénoncée par une voisine, soucieuse de voir s’éteindre la flamme que cette femme rousse a avivée, depuis son arrivée au village, dans le regard des hommes – et de son mari en particulier. Elle est donc emportée par les soldats de l’Inquisition, munis d’un mandat d’arrêt de l’évêque, et emprisonnée en attendant son procès. Les supplices qu’on lui inflige en prison redoublent de violence alors qu’elle refuse de s’avouer coupable.
Lire la critique sur le site : LaPresse
LeMonde
16 janvier 2023
Anna Thalberg, 22 ans, mène, en Bavière, au XVIIe siècle, une existence tranquille auprès de son mari, le paysan Klaus, lorsqu’elle est brutalement tirée de chez elle par deux hommes, à la demande de l’évêque local, sa tête recouverte d’une capuche. Son crime ? Diverses « malfaisances » jure sa voisine Gerda.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Citations et extraits (23) Voir plus Ajouter une citation
il la saisit par les cheveux et la souleva en l'air, la réduisant à la simple résistance du faon qui donne des coups de pieds et du rat qui mord, mais en vain
elle était enchaînée et Vogel était plus fort
il brandit devant l'air terrifié de la jeune femme le décret autorisant la torture, l'abrégeant au milieu des rires
tu ne sais pas lire, sale paysanne, ici
il est dit que tu m'appartiens et je
n'aurai pas de clémence, moi tu ne
peux pas me duper
il le remit au bourreau, tira de sa ceinture des ciseaux à tondre, et sans la reposer à terre, il commença à couper jusqu'à ce que les cheveux qu'il serrait dans son poing ne supportent plus son poids et elle tomba sur le sol
les dernières touffes de cheveux ensanglantées restèrent dans la main de l'examinateur, qui tonna, rejetant une salive mousseuse, que la femme est une cathédrale bâtie sur un cloaque, un palais dont les jardins et les fontaines conduisent à l'enfer même
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I l sortit de Wurtzbourg par la porte du Miroir et traversa le pont sur le Main avant la réunion du tribu- nal, avant qu'on n'emmenât Anna de la tour, devant le conseil, pour lui lire les charges qui pesaient sur elle, avant qu'elle ne jette un regard horrifié au juge, à l'instigateur de la cause et à l'examinateur Vogel, le premier aussi petit et le deuxième aussi chétif que le troisième était grand et corpulent un nain, un elfe et un ogre chargés d'estimer si elle était ou non une sorcière,
je n'en suis pas une, messieurs, je crois en un seul Dieu, notre Père Tout-Puissant
commença-t-elle, mais Vogel l'interrompit en lui rappelant que la femme, comme la chienne, doit se taire.
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Tu ne dois pas avoir peur de moi ; crains ceux qui comme toi se sont dressés sur leurs deux pieds et ont répandu la terreur parmi les bêtes en déclarant qu’ils étaient le sel de la Terre, le parangon de la Création, l’œuvre préférée du Créateur suprême. Je vais te dire : il n’y a pas eu de Création, il n’y a pas de Dieu, le monde a toujours existé.
Cette forêt, la rivière, les étoiles au-dessus de nous ; tout a toujours été là et y restera quand le temps, cette ridicule entéléchie humaine, aura pris fin avec le dernier des hommes, parce que le monde est éternel et que seuls les hommes meurent. Regarde la rose refleurir toujours égale à elle-même, regarde le crapaud émerger de la boue une fois que les pluies reviennent, regarde le soleil et la lune, traçant sans répit des arcs à l’éclat d’acier sur la voûte céleste ; tout revient, seul l’homme meurt pour toujours, c’est pour cela qu’il cherche obstinément une rédemption qui ne viendra pas parce que sa finitude n’est pas un châtiment ou une récompense. Il ne devrait pas avoir peur mais plutôt célébrer le fait qu’il en soit ainsi, car l’homme ne semble pas concevoir les implications ultimes de ses désirs d’éternité : imagine simplement cette répétition perpétuelle, incessante, dont je t’ai parlé, que les malheurs et les châtiments n’aient pas de fin. Cette vie endiablée serait l’enfer. Tu ne crois pas ?
Pour ta bonne fortune, l’infinitude et la conscience ne dorment pas ensemble. C’est ainsi, sans raison ; il n’y a rien à comprendre.
Et pourtant l’homme ne se contente pas de sa condition, il n’accepte pas cette absence de raisons. Il a bâti un monde à l’intérieur du monde, une illusion à son image dans laquelle tout est imbriqué, tout a un sens ; un lieu où même la mort a une explication : c’est un châtiment pour son orgueil, le même orgueil qu’il a levé tel un château de cartes. Il se trompe, feint de ne pas comprendre que son monde a la solidité d’un jeu d’enfant. Le gamin prend un bâton et dit : j’ai une épée ; l’homme se touche la poitrine et pense : j’ai une âme.
Tu ne dois pas avoir peur de moi, car je ne convoite rien et encore moins ce que tu ne possèdes pas. Ton âme est sauve, je ne la volerai pas, mais elle ne montera pas au ciel non plus ; quand tu mourras elle se dissipera comme le givre à midi. Les hommes sont des simulacres qui s’arrogent le droit d’imposer la vérité, de placer sur leur tête ce Dieu absurde qui existe pleinement, puissance absolue, connaissance totale et amour illimité. Comme je te l’ai dit, il n’y a pas de Dieu ou je suis Dieu ; peu importe. Je ne veillerai pas sur toi, tu n’iras pas au paradis. Ce qu’il y a là-haut est comme ce qu’il y a en bas : le bruit et la fureur règnent parmi les sphères célestes. Il n’y a pas de trêve, femme ; c’est pour cela que je dors.
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[..] car ce doit être un rêve
l'idée a surgi dans un coin de sa tête comme si une telle pensée ne lui appartenait pas, comme si quelqu'un la lui avait murmurée à l'oreille et, après l'avoir soupesée brièvement, elle avait fini par l'acceptercomme ce qu'il y avait de plus plausible, oui, ce n'était qu'un rêve, elle était toujours à la maison et elle s'était endormie, Klaus va revenir d'un instant à l'autre, il lui touchera l'épaule et lui reprochera d'avoir dormi au lieu de lui préparer son dîner, puis ils mangeront du gruau préparé à la hâte, ils iront se coucher et elle retombera inévitablement dans ce rêve
je serai de nouveau dans cette cellule
suffocante et sombre, plus jamais
je ne pourrai dormir sans crainte,
plus jamais je ne voudrai rêver
et cette nouvelle pensée intruse l'avait fait rire, sans très bien savoir pourquoi, elle n'avait pu se retenir et s'était esclaffée jusqu'à en être pliée de douleur, jusqu'à ce que ses ravisseurs perdent contenance, échangent des regards, se signent vite et sortent en courant de la cellule pour rejoindre l'alcôve de l'examinateur, cet ogre énorme avec lequel Gerda s'était entretenue la semaine précédente quand elle s'était rendue à la ville en proie à un désir de vengeance qui se complaira devant les allées et venues de Klaus dans le village à la recherche de sa femme, les portes closes qui ne s'ouvriront pas malgré les coups redoublés, malgré l'angoisse croissante de l'homme qui se retrouvera soudain seul au milieu de la nuit et du village refermé sur lui-même, se tena t à l'écart comme une bête craintive pour éviter tout contact, lui donnant à penser qu'il est victime d'un sortilège, que tout le monde est mort, qu'Anna est morte elle aussi ou bien lui et qu'il est un revenant
c'est pour cela qu'ils me craignent,
que personne ne veut me voir,
m'écouter
et en proie à cette sensation de cauchemar il continuera à tambouriner aux portes, à parcourir péniblement les rues d'Eisingen jusqu'à ce qu'un grand gaillard le tire de son inquiétude pour le plonger dans l'horreur en lui apprenant qu'elle a été emmenée à Wurtzbourg, accusée de sorcellerie.
(pp.16-18)
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tout au long de sa vie, il n'avait eu la preuve de la foi absolue que de la part d'un seul homme, son grand-père qui, encore enfant, n'avait pas hésité à se rendre en pèlerinage à Niklashausen et avait connu personnellement Hans Böhm, le Tambour, celui-là même qui avait donné son nom à la colline que Gerda avait contournée et Klaus traversée à sa poursuite, le dernier endroit où l'on racontait que Böhm avait parlé à la Vierge Marie quand on l'emmenait à Wurtzbourg ebchnaîné et recouvert d'une capuche, accusé d'hérésie et de sédition pour avoir affirmé que le quatrième dimanche du carême, dans la grotte de Begharden, la Vierge lui était apparue pour le prévenir que la fin de ce monde était proche et que seuls ceux qui se rendraient en pèlerinage à l'église de Niklahausen seraient sauvés
pour avoir accepté la dîme des quarante-mille pèlerins accourus à son appel et l'avoir répartie à sa guise entre les paysans au lieu de la placer dans les coffres de l'évêché
pour avoir proclamé que l'égalité entre les hommes était une vérité incontestable qui devait devenir effective au cours du siècle et pas seulement dans l'au-delà, que Dieu avait remis à tous les richesses de la terre et qu'elles devaient être réparties entre tous
que les grands seigneurs devaient eux aussi travailler afin de gagner leur pain sans utiliser les mains de leurs serfs et que l'évêque se contentait de monter souvent à cheval, remplir sa bourse avec l'argent des pauvres, manger de délicieuses poules et courir les prostituées
que c'étaient des personnes sans valeur, en somme
l'après-midi de son arrestation, la charrette qui l'emmenait prisonnier à Wurtzbourg s'embourba au pied de la colline et aucune force humaine ou animale ne put la faire bouger avant que Böhm eût fini de converser à grands cris avec le vent qui sifflait sur la colline
ni les soldats qui le gardaient ni la foule qui suivait la charrette ne purent comprendre ce que dit le Tambour ni à qui, et quand ils parvinrent à reprendre la marche, on l'entendit simplement murmurer
c'est un feu qui jamais ne s'éteint
ce qui d'après ses ennemis décrivait l'enfer qui l'attendait, tandis que ses partisans affirmaient qu'il faisait référence au regard compatissant de Marie, reine du Ciel
ou au coeur aimant du Christ, Notre Mère

(pp.63-65)
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