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Jean Serroy (Éditeur scientifique)
EAN : 9782070376445
416 pages
Éditeur : Gallimard (22/04/1985)

Note moyenne : 3.45/5 (sur 104 notes)
Résumé :
Par une belle fin d'après-midi de l'an 1650, quelques comédiens de campagne arrivèrent dans la ville du Mans sous les yeux des bons bourgeois ébahis devant un attirail des plus hétéroclites. Tandis que " les bêtes mangèrent, l'auteur se reposa quelque temps et se mit à songer à ce qu'il dirait dans le second chapitre " avant d'emporter le lecteur dans le monde aventureux des gens de théâtre, confrères de Molière. Mettant quiconque au défi de découvrir le sac à malic... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (14) Voir plus Ajouter une critique
5Arabella
  03 août 2019
Bien qu'inachevée, c'est l'oeuvre la plus connue de Scarron : elle a eu des nombreux admirateurs célèbres, dont bien sûr Théophile Gautier, qui s'en est inspiré pour son Capitaine Fracasse. Elle continue à être lue et étudiée et figurait même cette année au programme de l'agrégation, plusieurs éditions, y compris en poche sont disponibles, confirmant le statut d'incontestable classique du livre.
Comme cela se faisait à l'époque, le roman comique était composé de plusieurs parties : Scarron publie la première en 1651, et elle obtient un grand succès ; la deuxième partie ne sortira pourtant qu'en 1657. En 1659 il prend un privilège pour publier la troisième partie, dont il cite la première phrase dans une lettre, mais il n'aura pas le temps de l'achever et ce qu'il a écrit a été perdu. Nous ne saurons donc jamais comment il voulait terminer son roman, même si certains développements paraissent probables pour correspondre aux normes en vigueur de son temps.
Le roman commence par le célèbre incipit (début d'un texte censé le définir) qui décrit l'arrivée d'une troupe de comédiens dans la ville du Mans. le contexte est posé : nous suivrons les destinées pittoresques d'un groupe exerçant cette profession à la fois honnie (les comédiens étaient considérés comme infâmes au sens juridique du terme) et fascinante, d'autant plus que le théâtre et la profession elle-même devenaient de plus en plus respectables, avec ses grands auteurs, ses troupes parisiennes célèbres faisant les délices de la cour et des grands. L'auteur montre aussi dans la description des membres de la troupes et des incidents qui émaillent leur arrivée une veine burlesque, et se positionne comme narrateur, qui s'autorise des interventions, des digressions, une sorte de regard un peu extérieur et amusé sur ce qu'il nous raconte. Il y a un parti pris d'une certaine distanciation de l'auteur par rapport à son récit et il nous l'annonce d'emblée. C'est aussi une façon d'établir une relation de connivence avec le lecteur.
Le récit joue en réalité sur deux registres : une veine comique et burlesque, en particulier dans tous les incidents de la vie d'une troupe d'acteurs arrivant pour jouer dans des petites villes, des mésaventures provoquées par promiscuité de vie d'auberge, des personnages ridicules qui veulent se mêler à la troupe sans en connaître les codes. En même temps, certains personnages de la troupe, en particulier le Destin, et Mademoiselle l'Etoile, le couple des jeunes premiers, ont un passé romanesque, ils se sont réfugiés dans la troupe pour fuir des malheurs et des ennemis, nous apprenons petit à petit leur histoire, et des révélations sont sans doute à venir. Les parties du roman qui sont consacrés à ces récits sortent du cadre burlesque, et adoptent les codes du romanesque, inspiré de la littérature espagnole dans laquelle Scarron a beaucoup puisé, en particulier pour ses pièces de théâtre. le récit est par ailleurs interrompu à plusieurs reprises par des personnages qui racontent des histoires, qui elles aussi sont romanesques à souhait (histoires d'amour avec des inconnues masquées, enlèvements, duels etc). C'est donc une oeuvre complexe et hybride, qui malgré cela a l'air de couler de source, tant l'auteur paraît maîtriser son affaire, et passe d'un registre à un autre, d'un récit à un autre naturellement. Sans oublier de s'interrompre au moment où le lecteur voudrait à tout prix connaître la suite.
Deux personnages principaux sont le coeur du roman : le Destin, comédien au passé obscur, élevé en gentilhomme, noble et courageux, et Ragotin, un petit bourgeois rencontré au Mans par la troupe, qui se pique de vouloir devenir auteur, et qui passe son temps à se couvrir de ridicule. Ils forment les deux pôles inversés du récit, et se complètent par leurs oppositions. Mais de très nombreux personnages font une apparition plus ou moins longue dans le récit : les comédiens de la troupe, qui semblent avoir des secrets à cacher, des personnages drôles ou inquiétants qui viennent à la rencontre de la troupe, et dont certains vont aussi révéler des éléments cachés.
Souvent appelé le roman des comédiens, le roman comique dépeint d'une manière passionnante la vie d'une troupe « de campagne » au milieu du XVIIe siècle. La façon dont travaillaient les comédiens, par exemple en devant être capable de jouer plusieurs rôles à la fois au pied levé, la présence dans la troupe d'un décorateur, d'un portier, comment un valet pouvait devenir progressivement membre de la troupe s'il faisait ses preuves etc. Mais aussi l'inconfort et la précarité voire les dangers d'une vie sur les routes, le peu de considération, surtout pour les femmes, considérées souvent comme des femmes faciles voire des prostituées. Même si les choses bougent, et que Scarron le met en valeur, plaidant à certains moments de son livre pour cette reconnaissance qui commence à venir. Auteur à succès de pièces de théâtre, il connaissait parfaitement ce milieu, et pouvait le dépeindre d'une façon juste. En clin d'oeil, la troupe joue d'ailleurs une de ses pièces, Don Japhet d'Arménie.
Nous sommes d'une certaine façon dans une représentation, de bout en bout. Depuis l'entrée au final très théâtrale de la charrette des comédiens, dont l'arrivée constitue la première scène, qui éveille l'intérêt, fait supposer un certain nombre de choses, mais donne peu d'explications vraiment univoques. Les comédiens semblent comédiens en permanence, aussi bien lorsqu'ils jouent une pièce, que lorsqu'ils déroulent leurs existences, ces dernières obéissant aux lois du genre romanesque, et par-là peuvent être assimilées à une fiction, et identifiée comme telle par le lecteur, car elles obéissent aux codes et schémas qui lui sont habituels. Tout cela sous le regard mi-bienveillant mi-amusé d'un auteur qui rappelle régulièrement sa présence en commentant ce qui arrive.
Un merveilleux livre, qui n'a comme seul défaut de ne pas avoir été achevé.
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Commenter  J’apprécie          322
Soleney
  29 novembre 2013
Mais quel est cet OVNI ? me suis-je demandée en lisant ce livre prétendument classique. C'est alors que ma perception du roman dit « classique » fut complètement secouée. Je les rangeais dans la catégorie des bouquins souvent chiants, où il ne se passait pas grand-chose et où les auteurs mettaient dix pages à décrire une scène. Pour moi, ils n'avaient pas le sens de l'humour. Et pourtant il me semble que, en particulier sur ce dernier point, je me sois complètement fourvoyée ! Scarron, pas le sens de l'humour ? Quelle blague… Quand j'ai commencé à lire, les premières lignes d'incipit me paraissaient incompréhensibles et inutilement descriptives – ce qui me confirmait dans mes préjugés.
Et puis, l'histoire s'est mise en place.
Déjà, de quoi ça parle ? D'une troupe de comédiens qui, après quelques mésaventures à Tours trouvent refuge au Mans. Mais ils ne savent pas que moult péripéties les attendent dans cette ville… Les (nombreux) personnages principaux sont donc tous les comédiens de la troupe. Nous les connaissons sous leurs noms de scène, à l'exception de deux d'entre eux, dont l'identité est dévoilée. Parmi ces personnages, un seul ressort vraiment : le Destin (dont le vrai nom est Garrigues), jeune homme décrit comme étant « aussi pauvre d'aspect que riche de mine ». Comprendre : vêtu comme un clochard, mais beau gosse. Il garde tous les atouts du héros romanesque (beauté, courage, force, intelligence) et cela fait de lui un cliché. Scarron, qui n'adhérait pas du tout au genre romanesque, se moquait-il ? Je ne sais pas, et ce n'est pas le seul personnage de ce type : Mademoiselle de l'Étoile (de son vrai nom, Mademoiselle de la Boissière) est la figure même de la féminité, c'est-à-dire de la beauté, de la grâce, de la douceur, de la sensibilité. D'ailleurs, ces deux-là sont amoureux l'un de l'autre. Évidemment.
Les autres personnages sont carrément opposés au romanesque. La Rancune est un vieil homme aigri dont le seul plaisir est de nuire à son prochain ; Ragotin, un ridicule petit personnage souvent victime de la Rancune, est lui aussi amoureux de l'Étoile, mais il est l'antithèse du Destin (ces prénoms permettent décidemment de drôles de phrases…). Étant le contraire même de la notion de héros, c'est le rigolo dont tout le monde se moque, même les comédiens – donc le comédien des comédiens. Il est LE personnage burlesque de l'oeuvre. Chacun de ses gestes, chacune de ses paroles le fait paraître plus stupide, maladroit et ridiculeusement imbu de lui-même.
Le reste de la troupe se compose de Mademoiselle de la Caverne, premier personnage décrit par Scarron (et comparée à une poule perchée sur son poulailler…), sa fille Angélique, grande amie de l'Étoile. Toutes deux se ressemblent (ce sont des jeunes filles, elles sont amoureuses, elles ont beaucoup d'admirateurs…), avec un petit avantage pour l'Étoile, qui est plus féminine, car le caractère d'Angélique est plus prononcé. Enfin, l'Olive est le dernier membre de l'équipe, et c'est deuxième tortionnaire de Ragotin – quand la Rancune a besoin d'aide. Il n'apparaît pas très souvent.
Scarron se fait plaisir, ça se sent. Il envoie brinqueballer ses personnages à droite et à gauche, les met dans des situations affreuses, mais drôles, et se moque ouvertement de son vilain petit canard, Ragotin. J'avoue que ça m'a surprise. Normalement, un auteur aime ses personnages, ce sont ses enfants, ses bébés. Pas ici. Les bagarres s'enchainent joyeusement, les rencontres plus ou moins heureuses se multiplient, les péripéties tournent souvent au ridicule... En règle générale, quand il y a un épisode épique ou romanesque – une sérénade (notamment celle de Ragotin pour l'Étoile), une rencontre avec des brigands, l'enlèvement d'Angélique – cela finit toujours de façon burlesque. La scène est ridiculisée, les personnages se retrouvent comme des cons et nous nous moquons ouvertement de leur bêtise. Pour Scarron, c'est peut-être aussi une manière de ridiculiser le genre romanesque, le style le plus répandu à son époque.
Précisons aussi que le titre de l'oeuvre, le Roman comique, fait référence à la comédie et donc aux comédiens, héros de l'histoire. Et non pas au rire ou à l'humour. C'est d'ailleurs très étonnant (et surtout très humain) que Scarron ait choisi des personnes de cette condition pour être les héros de son livre. Au 17e, les comédiennes étaient considérées comme ne valant pas mieux que des prostituées, et les comédiens étaient presque des sous-hommes – alors même qu'une très grande partie du peuple venait se divertir à leurs spectacles et les applaudir… On peut voir une tentative de faire valoir l'honneur de cette profession, car les comédiennes (l'Étoile, la Caverne et Angélique) ne se laissent pas séduire par les hommes qui cherchent leur faveur et se voient obligées de repousser – parfois brutalement – des prétendants encombrants. Ce ne sont donc pas des filles faciles, loin de là.
Donc, le Roman comique s'oppose au romanesque. Pourtant, dans la narration sont insérées quatre nouvelles espagnoles purement épiques et romanesques. le plus souvent racontées par un personnage secondaire, elles sont contenues dans un seul chapitre et n'ont aucun lien avec l'histoire. Et pourtant, elles font souvent écho à une aventure des comédiens, comme par exemple l'histoire de la jeunesse du Destin et sa rencontre avec l'Étoile.
Beaucoup de mystères ne sont jamais dévoilés, car Scarron est mort avant d'avoir pu terminer son oeuvre. On ne sait pas ce que devient le petit frère de la Caverne, par exemple. Si Scarron avait vécu plus longtemps, peut-être qu'on aurait pu lire la troisième partie des aventures de la troupe… de nombreux auteurs ont voulu écrire cette fin, mais je ne sais pas si c'est à la hauteur de l'oeuvre de Scarron, ne les ayant jamais lus. Honnêtement, je ne pense pas.
Il faut dire aussi que l'histoire est très complexe. Elle n'a peut-être pas autant de mises en abîme que La Mouche du Chevalier de Mouhy, mais les événements sont tellement multiples qu'on a du mal à tout retenir. Il y a au moins un rebondissement par chapitre, et il y a BEAUCOUP de chapitres…
Je ne conseille pas ce livre aux lecteurs qui n'ont pas l'habitude des livres un peu difficiles où il faut s'accrocher pour arriver à la fin. Personnellement, j'ai trouvé que l'auteur s'attardait trop sur certains détails par forcément intéressants, et trop peu sur d'autres que je trouvais plus croustillants. Cela a pas mal alourdit ma lecture, et je trouve ça dommage. Mais peut-être que si je relis ce livre dans quelques années je saurais l'apprécier à sa juste valeur…
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Joualvert
  20 avril 2018
Ce qui m'a mis sur la piste de ce livre est la lecture du ''Capitaine Fracasse'' de Théophile Gautier, roman que j'estime particulièrement. Dans les préface et notes, on disait que celui-ci voulait son roman dans l'esprit du ''Roman comique'' de Scarron. En effet, la parenté est manifeste, les deux mettent en scène des troupes de théâtre au XVIIe siècle et sont assaisonnés d'épisodes désopilants, mais c'est à peu près tout. Sans égaler la finesse, l'esthétisme de la langue et l'histoire plus aboutie de ce descendant, ''Le roman comique'' est néanmoins plaisant à lire. Plus burlesque en général, il mérite et justifie la revendication de son titre, spécialement avec l'apport de Ragotin, petit homme prétentieux et ridicule qui subi maints déboires. Tout n'est cependant pas rires gras et situations loufoques. Les personnages se racontant leur passé et autres histoires (celles-ci sont des adaptions de nouvelles espagnoles de l'époque inédites en français) varient les émotions.
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Epictete
  14 janvier 2014
J'étais un peu réticent à ouvrir ce petit livre, me doutant que la notion de comique au dix-septième siècle devait être bien différente de la nôtre.
J'étais même tout à fait prêt à classer arbitrairement ce classique dans la catégorie des "trucs pénibles".... (pour rester poli !)
En réalité ces textes sont bien destinés à faire rire, et ils préfigurent dans une certaine mesure la forme future du roman.
L'oeuvre est constituée de deux parties :
- 1 - L'histoire d'une troupe de comédiens qui arrive au Mans et qui va vivre de nombreuses tribulations.
Il faut savoir, que Scarron à vécu lorsqu'il était jeune au Mans, portant la robe d'abbé sans avoir jamais été ordonné. Et cela ne l'empêchait pas d'avoir une vie fort dissolue, fréquentant de nombreuses troupes. Il y a trouvé ses sources pour ce roman.
- 2 - Quelques nouvelles sans grand rapport avec ce qui précède, et qui d'ailleurs n'avaient pas été publiées la même année que le premier récit.
Moi qui n'avais jamais trop entendu parler de ce bouquin, je l'ai découvert avec plaisir.... et je me suis plutôt amusé !
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StephanieIsReading
  27 juin 2019
Voilà un roman qui détonne !
À la croisée des chemins entre le Capitaine Fracasse de Gautier, les romans de Rabelais et le roman picaresque.
Ce chef-d'oeuvre est singulier et sa lecture a été pour moi un vrai bonheur.
Quelques récits sont imbriqués à l'intérieur du roman et désorientent le lecteur. L'auteur, par l'intermédiaire du (et des) narrateur(s) joue avec nous et se joue de nous et je me suis laissée prendre au jeu.
Scarron se moque des héros tout droit sortis des "romans idéaux", les piétine et nous propose des personnages nettement plus atypiques et comiques (parfois malgré eux), une troupe de théâtre.
L'auteur y déploie un réalisme qui n'en reste pas moins fantaisiste!
Sans plus attendre, lancez-vous dans cette lecture singulière, déroutante et exaltante !
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Citations et extraits (19) Voir plus Ajouter une citation
Virgule-MagazineVirgule-Magazine   23 février 2021
Le baron d’Arques avait une bibliothèque de romans fort ample. Notre précepteur, qui n’en avait jamais lu […] en devint […] si féru [qu’il] avoua que la lecture des bons romans instruisait en divertissant
Commenter  J’apprécie          10
NibelheimNibelheim   11 décembre 2008
" Chapitre premier. Une troupe de comédiens arrive dans la ville du Mans.

Le soleil avait achevé plus de la moitié de sa course et son char, ayant attrapé le penchant du monde, roulait plus vite qu'il ne voulait. Si les chevaux eussent voulu profiter de la pente du chemin, ils eussent achevé ce qui restait du jour en moins d'un demi-quart d'heure ; mais au lieu de tirer de toute leur force, ils ne s'amusaient qu'à faire des courbettes, respirant un air marin qui les faisait hennir et les avertissait que la mer était proche, où l'on dit que leur maître se couche toute les nuits. Pour parler plus humainement et plus intelligiblement, il était entre cinq et six quand une charrette entra dans les halles du Mans."
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courgettecourgette   12 mai 2010
La Rancune dit au Marchand qu'il était affligé d'une difficulté d'urine et qu'il était bien fâché d'être contraint de l'incommoder; à quoi le Marchand lui répondit qu'une nuit était bientôt passée. Le lit n'avait point de ruelle et joignait la muraille ; la Rancune lui demanda le pot de chambre, -Et qu'en voulez-vous faire ? dit le Marchand ; le mettre auprès de moi de peur de vous incommoder, dit la Rancune. Le Marchand lui répondit qu'il lui donnerait quand il en aurait à faire ; et la Rancune n'y consentit qu'à peine, lui protestant qu'il était au désespoir de l'incommoder. Le Marchand s'endormit sans lui répondre; et à peine commença-t-il à dormir de toute sa force que le malicieux comédien, qui était homme à s'éborgner pour faire perdre un œil à un autre, tira le pauvre Marchand par le bras en lui criant : Monsieur, oh ! monsieur ! Le Marchand tout endormi lui demanda en baillant : Que vous plait-il ? -Donnez moi un peu le pot de chambre, dit la Rancune. [...]
+ Lire la suite
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lemillefeuilleslemillefeuilles   13 février 2021
Le comédien La Rancune un des principaux héros de notre roman (car il n'y en aura pas pour un dans ce livre-ci ; et puisqu'il n'y a rien de plus parfait qu'un héros de livre, demi-douzaine de héros ou soi-disant tels feront plus d'honneur au mien qu'un seul qui serait peut-être celui dont on parlerait le moins, comme il n'y a qu'heur et malheur dans ce monde), La Rancune donc était de ces misanthropes qui haïssent tout le monde et qui ne s'aiment pas eux-mêmes, et j'ai su de beaucoup de personnes qu'on ne l'avait jamais vu rire.
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5Arabella5Arabella   02 août 2019
Quand une personne qui parle beaucoup se rencontre tête à tête avec une autre qui ne parle guère et qui ne lui répond pas, elle en parle davantage ; car jugeant d'autrui par soi-même et voyant qu'on a point reparti à ce qu'elle a avancé, comme elle aurait fait en pareille occasion, elle croit que ce qu'elle a dit n'a point assez plu à son indifférent auditeur ; elle veut réparer sa faute par ce qu'elle dira, qui vaut le plus souvent encore moins que ce qu'elle a déjà dit, et ne déparle point tant qu'on a de l'attention pour elle.
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