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Jean Serroy (Éditeur scientifique)
ISBN : 2070376443
Éditeur : Gallimard (22/04/1985)

Note moyenne : 3.46/5 (sur 86 notes)
Résumé :
Par une belle fin d'après-midi de l'an 1650, quelques comédiens de campagne arrivèrent dans la ville du Mans sous les yeux des bons bourgeois ébahis devant un attirail des plus hétéroclites. Tandis que " les bêtes mangèrent, l'auteur se reposa quelque temps et se mit à songer à ce qu'il dirait dans le second chapitre " avant d'emporter le lecteur dans le monde aventureux des gens de théâtre, confrères de Molière. Mettant quiconque au défi de découvrir le sac à malic... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (11) Voir plus Ajouter une critique
Soleney
  29 novembre 2013
Mais quel est cet OVNI ? me suis-je demandée en lisant ce livre prétendument classique. C'est alors que ma perception du roman dit « classique » fut complètement secouée. Je les rangeais dans la catégorie des bouquins souvent chiants, où il ne se passait pas grand-chose et où les auteurs mettaient dix pages à décrire une scène. Pour moi, ils n'avaient pas le sens de l'humour. Et pourtant il me semble que, en particulier sur ce dernier point, je me sois complètement fourvoyée ! Scarron, pas le sens de l'humour ? Quelle blague… Quand j'ai commencé à lire, les premières lignes d'incipit me paraissaient incompréhensibles et inutilement descriptives – ce qui me confirmait dans mes préjugés.
Et puis, l'histoire s'est mise en place.
Déjà, de quoi ça parle ? D'une troupe de comédiens qui, après quelques mésaventures à Tours trouvent refuge au Mans. Mais ils ne savent pas que moult péripéties les attendent dans cette ville… Les (nombreux) personnages principaux sont donc tous les comédiens de la troupe. Nous les connaissons sous leurs noms de scène, à l'exception de deux d'entre eux, dont l'identité est dévoilée. Parmi ces personnages, un seul ressort vraiment : le Destin (dont le vrai nom est Garrigues), jeune homme décrit comme étant « aussi pauvre d'aspect que riche de mine ». Comprendre : vêtu comme un clochard, mais beau gosse. Il garde tous les atouts du héros romanesque (beauté, courage, force, intelligence) et cela fait de lui un cliché. Scarron, qui n'adhérait pas du tout au genre romanesque, se moquait-il ? Je ne sais pas, et ce n'est pas le seul personnage de ce type : Mademoiselle de l'Étoile (de son vrai nom, Mademoiselle de la Boissière) est la figure même de la féminité, c'est-à-dire de la beauté, de la grâce, de la douceur, de la sensibilité. D'ailleurs, ces deux-là sont amoureux l'un de l'autre. Évidemment.
Les autres personnages sont carrément opposés au romanesque. La Rancune est un vieil homme aigri dont le seul plaisir est de nuire à son prochain ; Ragotin, un ridicule petit personnage souvent victime de la Rancune, est lui aussi amoureux de l'Étoile, mais il est l'antithèse du Destin (ces prénoms permettent décidemment de drôles de phrases…). Étant le contraire même de la notion de héros, c'est le rigolo dont tout le monde se moque, même les comédiens – donc le comédien des comédiens. Il est LE personnage burlesque de l'oeuvre. Chacun de ses gestes, chacune de ses paroles le fait paraître plus stupide, maladroit et ridiculeusement imbu de lui-même.
Le reste de la troupe se compose de Mademoiselle de la Caverne, premier personnage décrit par Scarron (et comparée à une poule perchée sur son poulailler…), sa fille Angélique, grande amie de l'Étoile. Toutes deux se ressemblent (ce sont des jeunes filles, elles sont amoureuses, elles ont beaucoup d'admirateurs…), avec un petit avantage pour l'Étoile, qui est plus féminine, car le caractère d'Angélique est plus prononcé. Enfin, l'Olive est le dernier membre de l'équipe, et c'est deuxième tortionnaire de Ragotin – quand la Rancune a besoin d'aide. Il n'apparaît pas très souvent.
Scarron se fait plaisir, ça se sent. Il envoie brinqueballer ses personnages à droite et à gauche, les met dans des situations affreuses, mais drôles, et se moque ouvertement de son vilain petit canard, Ragotin. J'avoue que ça m'a surprise. Normalement, un auteur aime ses personnages, ce sont ses enfants, ses bébés. Pas ici. Les bagarres s'enchainent joyeusement, les rencontres plus ou moins heureuses se multiplient, les péripéties tournent souvent au ridicule... En règle générale, quand il y a un épisode épique ou romanesque – une sérénade (notamment celle de Ragotin pour l'Étoile), une rencontre avec des brigands, l'enlèvement d'Angélique – cela finit toujours de façon burlesque. La scène est ridiculisée, les personnages se retrouvent comme des cons et nous nous moquons ouvertement de leur bêtise. Pour Scarron, c'est peut-être aussi une manière de ridiculiser le genre romanesque, le style le plus répandu à son époque.
Précisons aussi que le titre de l'oeuvre, le Roman comique, fait référence à la comédie et donc aux comédiens, héros de l'histoire. Et non pas au rire ou à l'humour. C'est d'ailleurs très étonnant (et surtout très humain) que Scarron ait choisi des personnes de cette condition pour être les héros de son livre. Au 17e, les comédiennes étaient considérées comme ne valant pas mieux que des prostituées, et les comédiens étaient presque des sous-hommes – alors même qu'une très grande partie du peuple venait se divertir à leurs spectacles et les applaudir… On peut voir une tentative de faire valoir l'honneur de cette profession, car les comédiennes (l'Étoile, la Caverne et Angélique) ne se laissent pas séduire par les hommes qui cherchent leur faveur et se voient obligées de repousser – parfois brutalement – des prétendants encombrants. Ce ne sont donc pas des filles faciles, loin de là.
Donc, le Roman comique s'oppose au romanesque. Pourtant, dans la narration sont insérées quatre nouvelles espagnoles purement épiques et romanesques. le plus souvent racontées par un personnage secondaire, elles sont contenues dans un seul chapitre et n'ont aucun lien avec l'histoire. Et pourtant, elles font souvent écho à une aventure des comédiens, comme par exemple l'histoire de la jeunesse du Destin et sa rencontre avec l'Étoile.
Beaucoup de mystères ne sont jamais dévoilés, car Scarron est mort avant d'avoir pu terminer son oeuvre. On ne sait pas ce que devient le petit frère de la Caverne, par exemple. Si Scarron avait vécu plus longtemps, peut-être qu'on aurait pu lire la troisième partie des aventures de la troupe… de nombreux auteurs ont voulu écrire cette fin, mais je ne sais pas si c'est à la hauteur de l'oeuvre de Scarron, ne les ayant jamais lus. Honnêtement, je ne pense pas.
Il faut dire aussi que l'histoire est très complexe. Elle n'a peut-être pas autant de mises en abîme que La Mouche du Chevalier de Mouhy, mais les événements sont tellement multiples qu'on a du mal à tout retenir. Il y a au moins un rebondissement par chapitre, et il y a BEAUCOUP de chapitres…
Je ne conseille pas ce livre aux lecteurs qui n'ont pas l'habitude des livres un peu difficiles où il faut s'accrocher pour arriver à la fin. Personnellement, j'ai trouvé que l'auteur s'attardait trop sur certains détails par forcément intéressants, et trop peu sur d'autres que je trouvais plus croustillants. Cela a pas mal alourdit ma lecture, et je trouve ça dommage. Mais peut-être que si je relis ce livre dans quelques années je saurais l'apprécier à sa juste valeur…
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Epictete
  14 janvier 2014
J'étais un peu réticent à ouvrir ce petit livre, me doutant que la notion de comique au dix-septième siècle devait être bien différente de la nôtre.
J'étais même tout à fait prêt à classer arbitrairement ce classique dans la catégorie des "trucs pénibles".... (pour rester poli !)
En réalité ces textes sont bien destinés à faire rire, et ils préfigurent dans une certaine mesure la forme future du roman.
L'oeuvre est constituée de deux parties :
- 1 - L'histoire d'une troupe de comédiens qui arrive au Mans et qui va vivre de nombreuses tribulations.
Il faut savoir, que Scarron à vécu lorsqu'il était jeune au Mans, portant la robe d'abbé sans avoir jamais été ordonné. Et cela ne l'empêchait pas d'avoir une vie fort dissolue, fréquentant de nombreuses troupes. Il y a trouvé ses sources pour ce roman.
- 2 - Quelques nouvelles sans grand rapport avec ce qui précède, et qui d'ailleurs n'avaient pas été publiées la même année que le premier récit.
Moi qui n'avais jamais trop entendu parler de ce bouquin, je l'ai découvert avec plaisir.... et je me suis plutôt amusé !
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Joualvert
  20 avril 2018
Ce qui m'a mis sur la piste de ce livre est la lecture du ''Capitaine Fracasse'' de Théophile Gautier, roman que j'estime particulièrement. Dans les préface et notes, on disait que celui-ci voulait son roman dans l'esprit du ''Roman comique'' de Scarron. En effet, la parenté est manifeste, les deux mettent en scène des troupes de théâtre au XVIIe siècle et sont assaisonnés d'épisodes désopilants, mais c'est à peu près tout. Sans égaler la finesse, l'esthétisme de la langue et l'histoire plus aboutie de ce descendant, ''Le roman comique'' est néanmoins plaisant à lire. Plus burlesque en général, il mérite et justifie la revendication de son titre, spécialement avec l'apport de Ragotin, petit homme prétentieux et ridicule qui subi maints déboires. Tout n'est cependant pas rires gras et situations loufoques. Les personnages se racontant leur passé et autres histoires (celles-ci sont des adaptions de nouvelles espagnoles de l'époque inédites en français) varient les émotions.
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chartel
  25 février 2012
Tout est dans le titre : "Le Roman comique". Scarron va donc nous raconter des histoires pour nous faire rire. Des histoires avec des personnages truculents, dans des scènes cocasses et incongrues, où le burlesque est roi. Tout commence autour d'une petite troupe de comédiens parcourant la province du Maine pour finir … ? Pour ne pas (ne plus) finir peut-être… Peu importe les intrigues, ce qui compte est l'instant de la narration. Scarron a certainement inspiré Diderot pour "Jacques le Fataliste". L'oeuvre se construit par emboîtements de récits, tirés, pour certains, de nouvelles espagnoles. On est donc parfois dans le conte, on passe de la région du Mans à l'Andalousie, puis on revient dans le Maine pour partir ensuite en Italie. La richesse de cette oeuvre tient beaucoup au style incroyable de l'auteur qui, comme Rabelais, use de toutes les saveurs de la langue du dix-septième siècle. Les bronchades et les croupades des chevaux barbe, les ruses des coquins et des bandouliers, les fourberies des tire-laine et les débauches des tripotières, forment un monde succulent, drôle et magique.
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StephanieIsReading
  27 juin 2019
Voilà un roman qui détonne !
À la croisée des chemins entre le Capitaine Fracasse de Gautier, les romans de Rabelais et le roman picaresque.
Ce chef-d'oeuvre est singulier et sa lecture a été pour moi un vrai bonheur.
Quelques récits sont imbriqués à l'intérieur du roman et désorientent le lecteur. L'auteur, par l'intermédiaire du (et des) narrateur(s) joue avec nous et se joue de nous et je me suis laissée prendre au jeu.
Scarron se moque des héros tout droit sortis des "romans idéaux", les piétine et nous propose des personnages nettement plus atypiques et comiques (parfois malgré eux), une troupe de théâtre.
L'auteur y déploie un réalisme qui n'en reste pas moins fantaisiste!
Sans plus attendre, lancez-vous dans cette lecture singulière, déroutante et exaltante !
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Citations et extraits (10) Voir plus Ajouter une citation
NibelheimNibelheim   11 décembre 2008
" Chapitre premier. Une troupe de comédiens arrive dans la ville du Mans.

Le soleil avait achevé plus de la moitié de sa course et son char, ayant attrapé le penchant du monde, roulait plus vite qu'il ne voulait. Si les chevaux eussent voulu profiter de la pente du chemin, ils eussent achevé ce qui restait du jour en moins d'un demi-quart d'heure ; mais au lieu de tirer de toute leur force, ils ne s'amusaient qu'à faire des courbettes, respirant un air marin qui les faisait hennir et les avertissait que la mer était proche, où l'on dit que leur maître se couche toute les nuits. Pour parler plus humainement et plus intelligiblement, il était entre cinq et six quand une charrette entra dans les halles du Mans."
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courgettecourgette   12 mai 2010
La Rancune dit au Marchand qu'il était affligé d'une difficulté d'urine et qu'il était bien fâché d'être contraint de l'incommoder; à quoi le Marchand lui répondit qu'une nuit était bientôt passée. Le lit n'avait point de ruelle et joignait la muraille ; la Rancune lui demanda le pot de chambre, -Et qu'en voulez-vous faire ? dit le Marchand ; le mettre auprès de moi de peur de vous incommoder, dit la Rancune. Le Marchand lui répondit qu'il lui donnerait quand il en aurait à faire ; et la Rancune n'y consentit qu'à peine, lui protestant qu'il était au désespoir de l'incommoder. Le Marchand s'endormit sans lui répondre; et à peine commença-t-il à dormir de toute sa force que le malicieux comédien, qui était homme à s'éborgner pour faire perdre un œil à un autre, tira le pauvre Marchand par le bras en lui criant : Monsieur, oh ! monsieur ! Le Marchand tout endormi lui demanda en baillant : Que vous plait-il ? -Donnez moi un peu le pot de chambre, dit la Rancune. [...]
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Laura94Laura94   23 novembre 2013
Sache le sot qui s'en scandalise que tout homme est sot en ce bas monde, aussi bien que menteur, les uns plus et les autres moins; et moi qui vous parle, peut-être plus sot que les autres, quoique j'aie plus de franchise à l'avouer et que mon livre n'étant qu'un ramas de sottises, j'espère que chaque sot y trouvera un petit caractère de ce qu'il est, s'il n'est pas trop aveuglé de l'amour-propre.
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chartelchartel   22 février 2012
Quand une personne qui parle beaucoup se rencontre tête à tête avec une autre qui ne parle guère et qui ne lui répond pas, elle en parle davantage ; car, jugeant d’autrui par soi-même et voyant qu’on n’a point reparti à ce qu’elle a avancé, comme elle aurait fait en pareille occasion, elle croit que ce qu’elle a dit n’a point assez plu à son indifférent auditeur ; elle veut réparer sa faute par ce qu’elle dira, qui vaut le plus souvent encore moins que ce qu’elle a déjà dit, et ne déparle point tant qu’on a de l’attention pour elle.
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emdicannaemdicanna   19 mars 2018
La troupe comique était composée de Destin, de l'Olive et de la Rancune, qui avaient chacun un valet prétendant à devenir un jour comédien en chef. Parmi ces valets, il y en avait quelques uns qui récitaient déjà sans rougir et sans se défaire, celui de Destin entre autres faisait assez bien, entendait assez ce qu'il disait et avait de l'esprit. Mademoiselle de L'Etoile et la fille de Mademoiselle de La Caverne récitaient les premiers rôles. La Caverne représentait les reines et les mères, et jouait à la farce. Ils avaient de plus un poète ou plutôt un auteur, car toutes les boutiques d'épiciers du royaume étaient pleines de ses oeuvres tant en vers qu'en prose.Ce bel esprit s'était donné à la troupe malgré elle ; et, parce qu'il ne partageait point (= recevoir une part de la recette) et mangeait quelque argent avec les comédiens, on lui donnait les derniers rôles dont il s'acquittait très mal.
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