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EAN : 9782708916098
540 pages
Éditeur : Privat (01/01/1995)

Note moyenne : 3.25/5 (sur 2 notes)
Résumé :
histoire du languedoc
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
La31
  27 avril 2019
Il n'y a rien à ajouter à la critique de Paul Ourliac sur ce monument, critique parue en 1968.
Dom Devic et Dom Vaissète, en rédigeant, sur l'invitation des États de Languedoc, leur célèbre Histoire, avaient voulu faire un ouvrage «avantageux et honorable à la province ». le même sentiment anime la brillante
équipe de professeurs méridionaux qui reprend leur oeuvre, équipe d'« historiens de la jeune école», soucieux de s'adresser au grand public qu'intéresse l'histoire, d'exposer, mais aussi de comprendre et d'interpréter, de poser les « problèmes », de rechercher l'unité de la « terre occitane », d'en circonscrire l'originalité, mais aussi, du passé à l'avenir, de dessiner la courbe de ses contrastes.
Sainte-Beuve disait de l'Histoire des bénédictins que « le caractère personnel des rédacteurs, leur talent devait s'effacer pour ne laisser paraître et se développer que leur savoir, leurs recherches et les résultats qui en
ressortent : tout ce qui serait une vue un peu vive, une idée neuve un peu accusée, tout ce qui aurait un cachet individuel trop marqué semblerait jurer avec la circonspection et la méthode de l'ensemble ». Ici, au contraire, chaque auteur suit son penchant pour donner à ses développements un tour personnel et souvent imprévu. Il semble qu'un feu brillant se pose en un instant en mille endroits divers et les fasse briller d'un éclat passager.
En quelque cinq cents pages, L.-R. Nougier traite des premiers hommes, H. Gallet de Santerre de l'époque romaine, Philippe Wolff du Moyen Âg et E. le Roy-Ladurie du XVIe et d'une partie du xvne siècle, L. Dermigny de
la fin de l'Ancien Régime, J. Sentou de la Révolution, R. Brunet des « mutations du XIXe et des problèmes du XXe siècle ». le lecteur sort de là, plus que comblé, ravi d'une telle dextérité à dire et à ne pas dire, à laisser entrevoir plus qu'à exprimer, car cette histoire est sans frontière et le Languedoc sans rivage.
Dès l'introduction, la question essentielle est bien posée : « le Languedoc, oeuvre forgée par l'histoire malgré la géographie ? » Mais la géographie est curieusement absente : le livre ne comporte aucune carte de la province qui, bien souvent, paraît se réduire à Toulouse, Nîmes et Montpellier. Les Cévennes n'entrent vraiment en scène qu'au XVIe siècle, quand elles deviennent le « personnage central du calvinisme occitan ». du Vivarais, du Gévaudan, plus encore du Velay, il n'est fait que des mentions furtives. Il est bien vrai
que ces régions ont échappé longtemps, par la dissémination des habitants, aux influences générales ; elles ont gardé une originalité dont témoignent
leurs églises ou leurs usages ; pourtant, privé de cet arrière-pays, le Languedoc n'est plus que la grande voie historique qui, du littoral méditerranéen, a conduit les envahisseurs successifs jusqu'au Toulousain ou à l'Albigeois.
De chapitre en chapitre, chacun des auteurs, plus qu'à découvrir l'« unité languedocienne », s'applique à en marquer « les nuances et les limites » (p. 6).
Dès le quinzième millénaire, existe un « secteur plus nettement magdalénien vers le Languedoc de la Garonne et des Pyrénées » et un secteur « plus nettement périgordien vers le Languedoc et le Rhône» (p. 15).
L'individualisme artistique « scinde le Languedoc de part et d'autre du seuil de Naurouze » (p. 41). Dans l'Empire Volque, Nîmes s'oppose à Toulouse et les Arécomiques aux Tectosages. Sous la domination romaine, l'originalité
de Toulouse, relais commercial et fiscal, marché agricole, ville universitaire, s'affirme en face de Narbonne. A partir du Ve siècle, les deux villes subissent des dominations différentes. Au Xe siècle, c'est l'extrême division des seigneuries locales et l'histoire ne reprend quelque cohérence qu'avec l'effort des comtes de Toulouse pour réunir le « pays du passage ».
L'oeuvre est sans cesse interrompue par la tentation de la croisade ; elle fournit l'esquisse d'un futur État, mais demeure inachevée. Au début, l'autorité théorique des comtes ne « pesait pas lourd » (p. 133) ; à la veille
de la croisade, É.-G. Léonard parlait fort exactement d'une fédération au sein de laquelle les comtés de Mauguio et de Nîmes, le pays de Saint-Gilles et le marquisat de Provence avaient, à côté du comté de Toulouse, une vie presque indépendante ».
Le Languedoc toulousain s'oppose toujours au Languedoc méditerranéen, où Montpellier, favorisée par ses relations avec l'Espagne, l'Italie et l'Orient, prend figure de capitale. Si le xvie siècle marque une « certaine inertie », au xvne siècle, les contrastes se perpétuent. La Réforme, l'industrie, la vigne accentuent l'originalité du Bas Languedoc. Il faut maintenant, nous dit-on, distinguer trois Languedoc : « Un Haut Languedoc à prédominance céréalière et drapière où la marqueterie des sols ne supporte pas une économie réellement diversifiée et que n'anime guère le canal ; un Bas Languedoc, plus varié,
terre du blé, de la vigne et de l'olivier, et des jardins aussi ; pays de la laine et de la soie, tout vivifié par l'activité de ses foires ; un Languedoc à la fois marginal et nécessaire qui est celui des Hautes-Cévennes, du Gévaudan et de la montagne vivaraise et vellave, pays de la châtaigne et du seigle, du bétail et de la cadisserie et par dessus tout château d'eau d'où ruissellent… les hommes et les animaux» (p. 358). Il est question un peu plus loin de « ces coulées de miséreux descendus des hautes terres où l'on crève de faim... et de «rouergasses », servantes (ou bêtes de somme) qui se font engrosser par leurs maîtres» (p. 385).
Même, l'ouverture du canal des Deux-Mers n'eut pas les résultats qu'attendait Colbert : « rétablir le commerce, rendre aux manufactures leur prospérité, pouvoir débiter ses fruits et en recevoir facilement des provinces voisines ou des pays étrangers ». Il est bien exact que les États boudèrent à l'origine les travaux du canal, mais ils n'en fournirent pas moins huit millions sur les dix-sept que coûta l'entreprise sans que le marchandage qu'on leur impute (« Passe-moi les Huguenots, je te passerai le canal », p. 34l) soit parfaitement établi.
Le trafic du canal, comme le montre bien M. André Maistre dans un ouvrage tout récent, donne des indications fort précises sur les mouvements commerciaux : ce trafic porte normalement sur les blés chargés à Toulouse ou à Castelnaudary ; il augmente, du fait de la guerre ou de la présence anglaise à Gibraltar de 1695 à 1698, de 1704 à 1708, de 1744 à 1748, de 1779 à 1781 et pendant toute la période impériale.
On doit admirer une méthode qui permet de déployer toutes les idées, qui découvre les tensions latentes, les contradictions économiques, qui cherche et saisit la réalité multiforme. Platon déjà recommandait une telle dialectique, mais il conseillait aussi de ramener la multiplicité à l'unité. Philippe Wolff, à qui incombait de diriger la collection et de rédiger l'introduction, a bien
vu l'écueil et tenté de parer la critique. « Les choses, avoue-t-il, ne sont pas si simples. » L'historien hésite à définir le Languedoc et il est impossible aux Languedociens « de se réaliser pleinement ». Les pays sont divers mais complémentaires, le « mouvement des vents souligne souvent mieux que tout autre leur parenté ». Il existe, enfin, un « homme languedocien » qui possède « l'art de vivre, l'esprit avisé, le sens de la culture ».
On ne peut mieux dire. L'histoire d'une province ne saurait être que l'histoire de tout ce qui unit les hommes, les attache les uns aux autres, les fait obéir à un même maître : l'histoire de leurs institutions et de leur
culture. Les quelques pages consacrées aux débuts de la Révolution (pp. 437-443) éclairent parfaitement à cet égard l'histoire antérieure : il suffira qu'ils soient menacés pour qu'apparaisse dans toute sa force l'attachement des
habitants aux « privilèges de leur province ».
L'idée d'une « patrie de Languedoc » a existé à l'époque de la croisade albigeoise et la langue est apparue alors comme un signe de ralliement : en 1220, Raimond VI s'adresse aux homines nostre ydiome, videlicet de hac
lingua nostra. L'expression sera reprise à la fin du même siècle par la chancellerie royale et elle désignera tous les domaines du midi, la Guyenne et le Toulousain, mais aussi les terres que le roi possédait en Velay, en
Gévaudan et en Vivarais.
Encore, sous Louis X et sous Philippe V, les communautés de « la langue d'oc » sont convoquées à Bourges et à Toulouse et il s'agit de tout le midi. Il est bien connu, d'autre part, qu'aux réunions des États de Languedoc
de 1345 et de 1351 comparaissent les représentants des sept sénéchaussées méridionales. M. Henri Gilles a établi qu'en 1359 seulement les communes des trois sénéchaussées de Toulouse, Carcassonne et Beaucaire avaient conclu une union perpétuelle et exigé d'être convoquées ensemble et non isolément par sénéchaussée : c'est de là que date, suivant une expression couramment employée vers la fin du XIVe siècle, le « pays des trois sénéchaussées », auquel
le nom de Languedoc allait être réservé.
L'existence de la province tient à ses institutions et il est bien regrettable que l'étude de celles-ci soit à peine esquissée. L'origine des États est bien indiquée (p. 256), mais par la suite, il n'en est guère question. Leur oeuvre
est jugée avec sévérité et elle n'apparaît pas avec netteté. Pourtant c'est à eux que, dans l'égalité diffuse du xvme siècle, le Languedoc a dû de garder quelque originalité. L'administration des évêques et des syndics, si aristocratique qu'elle soit, ne justifie pas une condamnation sans nuance : la gestion financière
était exacte et avait le mérite de faire parfois preuve d'imagination. le renom des États demeurait assez grand pour qu'en 1763 Adam Smith vînt tout spécialement pour étudier leur fonctionnement.
Le Parlement, au moins à ses débuts, le gouverneur, l'intendant furent bien les agents de l'unité du royaume et M. Hanotaux a pu parler, avec beaucoup d'exagération il est vrai, d'une « école de Toulouse ». Il est bien regrettable aussi que la plupart des illustrations du volume soient empruntées à des gravures romantiques, charmantes et naïves sans doute, mais fort mièvres. Les monuments du Languedoc méritaient mieux.
Il restait à traiter de la civilisation du Languedoc. On aimera les développements consacrés aux Albigeois et aux Cathares (pp. 170-174, pp. 198-204) et leur conclusion : l'idée d'une « hérésie monolithique et universelle a toute chance de n'être qu'un produit de leur imagination (des historiens modernes) ».
On admirera les pages consacrées à la Réforme et tout spécialement à ce « personnage : les Cévennes » (pp. 319-323) : imagination, couleur, puissance verbale, tout concourt ici à montrer la force, la fécondité, l'originalité du
protestantisme languedocien. On lira encore avec grand profit les quelques pages consacrées à l'époque révolutionnaire où tout est habilement ramené
au Languedoc.
S'il existe vraiment un « homme languedocien », formé par une longue tradition intellectuelle et déterminé par l'histoire, si les consciences ont été « séculairement figées dans des croyances reçues ou des comportements
hérités» (p. 416), encore faut-il découvrir l'origine ou la manifestation de tendances que l'on répute indivises et immémoriales. Dans un musée imaginaire des idées, il faut mettre le catharisme, mais aussi la fidélité aux papes
d'Avignon et le désarroi qui suivit la déposition de Benoît XIII. L'éclat de la Renaissance méridionale — qui permit à Toulouse et à Montpellier de rivaliser presque avec Paris — a transformé les moeurs et les modes de vie.
Il n'est pas jusqu'au jansénisme languedocien qui ne puisse mériter une mention : Rome est décriée, les jésuites sont honnis, Pavillon écouté comme
un oracle ; des séminaires sont fondés ; de curieux catéchismes en provençal sont publiés. Les directions ainsi données durent imprégner profondément
les consciences.
La réception du droit romain et l'enseignement de Placentin et de Revigny sont signalés, mais Cujas n'est même pas nommé. Son nom est pourtant un symbole. Politiquement, le droit romain implique le goût d'une
autorité sans despotisme, le sens d'un pouvoir fort, mais modéré, le respect de l'autorité, mais aussi, comme l'enseignera Jean Bodin, le refus de l'arbitraire. Socialement, le droit romain, qu'il s'agisse de la puissance paternelle, de la condition de la femme, de la pratique du testament et du fidéicommis ou du droit des contrats, traduit l'individualisme profond d'hommes pour
qui la fortune, la vie, l'honneur ne sont pas un patrimoine commun mais un bien propre. Les frontières juridiques sont, à cet égard, bien révélatrices : le retrait lignager, par exemple, qui sauvegarde, contre l'individu, les droits
de la famille, n'apparaît jamais en Languedoc, tandis qu'il existe en Guyenne, en Agenais, en Quercy ou en Comminges.
« Languedoc protestataire, mais aussi velléitaire ; Languedoc passionné, mais inconstant », la conclusion surprend, même si l'on ajoute que le « Languedoc est en train de changer en profondeur» (p. 513). Disons plutôt
que tout au long de son histoire — qu'il s'agisse de politique ou d'économie , la province a joué de malheur. Réunie de bonne heure à la couronne, elle est trop éloignée de Paris pour ne pas demeurer à l'écart. Elle a le sentiment de son isolement et de ses limites : un sol fécond, mais fatigué, un sous-sol pauvre, un territoire mal irrigué, des communications difficiles. Les velléités
ou l'inconstance qu'on lui attribue ne sont qu'un vif sentiment du possible.
Qu'est, en définitive, le Languedoc ? Jusqu'au 31 août 1791, une circonscription administrative, un pays aux disparités certaines, qui n'a jamais eu une réelle cohésion économique, mais qui a acquis néanmoins, au cours de
longues épreuves, une individualité très forte. Les frontières ne lui sont pas données par la géographie, mais elles persistent dans la conscience collective
de ses habitants : la province s'arrête au Rhône, au-delà duquel commencent les « terres d'Empire » ; à l'ouest,, ses limites demeurent celles qu'avait fixées le traité de Brétigny ; le Languedoc existe « en fonction de l'extérieur » (p. 6) , dans l'opposition toujours maintenue de Toulouse à Bordeaux, de Nîmes et de Montpellier à Lyon et à Marseille.
Paul Ourliac.
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