Je n'ai pas adoré ce roman, ce n'est pas un coup de coeur mais je l'ai beaucoup aimé tout de même.
Mes réserves sur ce roman sont dûes à trois éléments : une intrigue trop brouillonne, un gros manque d'action et le style trop descriptif et discursif de
Pauline Alphen.
J'ai quand même de nombreux bons points à distribuer à l'auteure, rassurez-vous.
J'ai aimé, par exemple, que
Pauline Alphen utilise notre présent actuel comme matériau narratif. Elle nous projette dans l'effrayant futur que nous sommes en train de nous préparer à force de bêtise et d'égoisme. Et croyez-moi cela fait froid dans le dos. Pire, les extrapolations de
Pauline Alphen concernant notre avenir et celui de la planète sont extrémement crédibles. L'univers médiéval-futuriste qui en découle est une vraie réussite. En effet, les personnages évoluent dans un monde quasi-moyennâgeux au beau mileu de l'an 2800 et des paillettes. Ce futur alternatif qui fleure l'acier des épées, le cuir des selles et l'odeur âcre des feux de bois, pour effrayant qu(il soit, donne aussi tout son charme au récit. de même que l'humour intertextuel et ultra-référencé qui y est présent. le roman parle énormément de littérature et j'ai adoré retrouver certaines de mes lectures d'enfance ou d'adolescence semées comme des petits cailloux blancs tout au long du récit. Par exemple, l'un des personnages,
Borges, un libraire érudit et aveugle, tient une libraire qui se nomme l'aleph.
L'Aleph étant le titre d'un roman de l'écrivain
Borges, justement. de multiples clins d'oeil sont ainsi présent et il est trés amusant d'entendre ces enfants du futur parler d'Harry Potter, de Yoda ou d'Ewilan ! Oui, les livres sont rois dans ce roman, et reines y sont la lecture et l'écriture, abordées ici avec beaucoup de profondeur et de philosophie à l'image des concepts des Nomades de l'écriture et du Vrai lecteur que développe brillamment l'auteure.
Le style de
Pauline Alphen, je le maintiens, est trop descriptif et verbeux MAIS il est aussi profond et poétique. La balance penche donc entre ennui et émerveillement. Car il y aussi de sympathiques trouvailles, de très jolies idées et une belle galerie de personnages plutôt bien brossés. Les jumeaux sont suffisamment complexes pour retenir l'attention, Ugh est tout aussi bien fouillé, Eben, le père des jumeaux est touchant, et Blaise, le Mandarin, est celui qui m'a le plus amusé pendant toute ma lecture.
La magie est aussi au rendez-vous.
Pauline Alphen saupoudre son récit de poussière de fée, d'animaux télépathes, de magie, de transes divinatoires, de prophétie mystérieuse et associe avec talent science-fiction et fantasy pour créer un univers très pertinent pénalisé hélas par le fait qu'il s'y passe peu de choses.
Là où le bât blesse, c'est au niveau de l'intrigue, elle est très confuse et il faut attendre les derniers chapitres pour obtenir quelques vagues éléments de réponses. Pendant tout le roman, le lecteur ne sait pas où l'auteure l'emmène, cela peut avoir son charme, mais dans mon cas cela m'a beaucoup dérangé et m'a empêché de rentrer dans l'histoire. Cette fin m'a aussi déçue. Je me suis cru à un moment dans le film “Jumanji”. Mais les dernières pages donnent quand même sacrément envie d'avoir la suite dans les plus brefs délais.
Pauline Alphen nous offre un roman chaleureux, visuel et olfactif qui pose des bases prometteuses que l'auteure devra complèter dans le tome suivant. Du potentiel, c'est certain, mais une intrigue trop opaque et brouillonne. Il faudra plus de réponses dans les prochains tomes où les lecteurs risquent de baisser les bras.
Lien : http://ladelyrante.wordpress.com/2012/01/17/challenge-abc-2012-litte..