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Critiques sur Moderato cantabile (30)


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    • Livres 5.00/5
    Par canel le 04/05/2014


    Anne Desbaresdes est la jeune épouse du directeur des Fonderies de cette ville côtière. Pendant la leçon de piano de son petit garçon, elle entend un cri, celui d'une femme mourant dans une dernière étreinte de son amant.

    Anne est fascinée par ce crime passionnel.
    Au point de retourner sur les lieux du drame, de réécrire inlassablement cette histoire avec un jeune ouvrier.
    Au point de s'y noyer, jour après jour, le vin aidant.
    Au point de s'identifier avec lui à ce couple.

    'Moderato Cantabile' est un des livres fétiches de mes seize ans, je l'ai lu et relu.
    Je la trouvais tellement classe, cette femme douce et paumée qui sort timidement de sa cage dorée et se met en danger. Tellement scandaleuse, cette épouse de patron qui s'enivre avec un ouvrier, attendant qu'il la brusque avec des mots.
    Se perdre dans l'alcool et parler de passion dévastatrice avec un inconnu, ignorer le regard des autres et les convenances, frôler l'adultère... So chic !

    Mais j'ai grandi et mûri, je vois l'alcoolisme différemment, non plus comme de l'élégance, de l'esthétisme, mais comme un symptôme. Cette jeune mère souffre, en effet : immature, fragile, effacée, étouffant d'ennui et perdue dans un milieu social qui ne lui convient pas.

    Quoi qu'il en soit, trente ans plus tard, j'ai replongé dans ce texte avec le même plaisir et le même émerveillement que les premières fois.
    De bien jolies choses malgré tout ce désespoir : la plume délicieuse, le nom de cette femme, sa douceur, sa réserve, sa "main dans le désordre blond de ses cheveux", la fleur de magnolia entre ses seins. Sa façon d'aimer son enfant, avec passion et désinvolture. Sa sensualité d'autant plus éclatante qu'elle n'est pas calculée, le désir qu'elle fait naître chez cet homme. Le trouble croissant entre eux, les errances nocturnes de l'homme devant son jardin, sous ses fenêtres, le parfum entêtant des magnolias... Et puis l'innocence, le pragmatisme et la sagesse, à travers la présence d'un enfant.

    Somptueux. ♥

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    • Livres 4.00/5
    Par LiliGalipette le 22/06/2012


    Pendant un cours de piano, le cri d'une femme retentit dehors. C'est un meurtre passionnel qui a eu lieu en bas, devant le café. Cet évènement trouble durablement Anne Desbaresdes qui accompagnait son jeune garçon au cours de musique. Quelques jours plus tard, elle revient au café, poussée par une curiosité un peu honteuse. Au comptoir, elle avale plusieurs verres de vin et entame une étrange discussion avec un témoin du crime.

    « Si vous saviez tout le bonheur qu'on leur veut, comme si c'était possible. Peut-être vaudrait-il mieux parfois que l'on nous en sépare. Je n'arrive pas à me faire une raison de cet enfant. » (p. 33) Anne Desbaresdes est une mère trop affectueuse, anxieuse et dépassée. « Vous aurez beaucoup de mal, Madame Desbaresdes, avec cet enfant, […], c'est moi qui vous le dit. / C'est déjà fait, il me dévore. » (p. 16) L'enfant ne veut pas apprendre le piano, il ne veut pas perdre ses après-midi sur des gammes alors que le port est si près et que le bal des navires est si fascinant. « Quand même, […], tu pourrais t'en souvenir une fois pour toutes. Moderato, ça veut dire modéré, et cantabile, ça veut dire chantant, c'est facile. » (p. 20 & 21) Mais à quoi cela sert-il de connaître des indications musicales ? Ne vaut-il pas mieux jouer la mélodie comme on l'entend, même si l'on est en avance de plusieurs mesures ?

    Ce court roman de Marguerite Duras ressemble à une pièce de théâtre : on y trouve la tension de certaines tragédies grecques, mais il y manque le drame, l'action. En fait, une fois le crime liminaire accompli, il ne se passe plus grand-chose et l'on suit Anne Desbaresdes et Chauvin sur le chemin d'un adultère incertain. le dialogue est composé de répliques en décalage : on n'est pas vraiment certain que ces deux-là s'entendent et se comprennent, mais il s'agit d'une absurdité régulière, étrangement acceptable.

    Après le cri, il faudrait continuer la petite musique, modérément et de façon chantante, mais quelque chose s'est brisé dans l'harmonie artificielle d'avant, et la partition sonne faux. Anne Desbaresdes fuit l'ennui et laisse enfin s'exprimer sa haine des heures fixes, des partitions figées. le vin devient son évasion et plus rien ne reste dans ses limites.

    À la fin de l'édition que j'ai choisie sont compilées les critiques contemporaines de la parution du roman. Ces textes donnent un nouvel éclairage et l'envie de reprendre la lecture parce que, c'est certain, on est passé à côté de quelque chose. À la fois fascinant et agaçant, ce roman concentre le talent de Marguerite Duras : plus que jamais, elle exprime son art de ne pas finir.

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    • Livres 5.00/5
    Par Laurence64 le 17/09/2012


    Elle écrit. Elle écrit et je suis sous le charme. Elle a écrit Moderato cantabile et j'ai lu sans reprendre haleine. Et j'ai relu. Au fil du temps, j'ai relu. Et j'ai aimé. Chaque fois davantage.
    Une petite ville de province. Une jeune bourgeoise trompe son ennui en mettant son enfant au centre de sa vie. Un meurtre peut-être. Et la monotonie des jours cède lorsqu'elle, Anne, entre dans ce bar. Lorsqu'elle, Anne, croise cet homme si loin de son milieu. L'adultère se dessine. L'enfant disparaît. Et la mise au ban de la femme adultère ne saura tarder.

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    • Livres 2.00/5
    Par Aline1102 le 06/11/2012


    Marguerite Duras, Boris Vian, André Malraux, Louis-Ferdinand Céline. Moderato cantabile, L'écume des jours, La condition humaine, Voyage au bout de la nuit. Les quatre auteurs et leurs ouvrages respectifs que je peux considérer comme mes " bêtes noires ", ceux qui m'ont donné le plus de mal durant mes années de secondaire supérieur (l'équivalent du lycée français), les deux premiers parce que je ne les ai pas aimés, les deux seconds parce que je les ai mal compris.
    En général, j'appréciais les livres que Mme B., notre professeur de français, nous demandait de lire. Son goût pour la belle littérature et sa passion des belles Lettres étaient plutôt communicatifs et c'est grâce à elle que j'ai découvert certains Romans qui sont encore parmi mes préférés aujourd'hui : Au Bonheur des Dames, le silence de la mer, L'Etranger, L'Avare, le Parfum, Les Liaisons dangereuses, le Moine, La cantatrice chauve, le Grand Meaulnes... Tous de beaux livres, des histoires qui marquent et enchantent un lecteur.
    Mais avec Duras, Vian, Malraux et Céline, lus tous quatre au cours de la même année scolaire, Mme B. a frappé fort ! Je me souviens encore des nuits preque blanches passés à lire quelque pages de cet " affreux " Moderato cantabile qui devait être lu pour la fin de la semaine et ne l'avait pas encore été. Pas par fainéantise, plutôt par surmenage : des travaux de fin d'étude à préparer dans toutes les matières (et, particulièrement, un CD-rom sur la relativité restreinte en physique), des doubles examens écrits + oraux à préparer dans toutes les matières également... autant dire qu'avec tout cela, nous n'avions pas vraiment le temps de lire !

    Avec tout cela, Duras m'avait semblé indigeste. Et je n'étais pas la seule : nous étions nombreux à avoir détesté ce roman. D'après Mme B., le problème provenait du fait qu'il est impossible, dans Moderato cantabile, de s'identifier aux personnages, dont les émotions sont si peu développées par Duras.

    Pensant qu'il était temps que je relise ce monument de la littérature française, je l'ai donc sorti de mes étagères. J'espérais l'apprécier enfin à sa juste valeur, maintenant que j'ai plus de temps pour le lire et tenter de le comprendre. Mais non...
    La prose de Duras est impeccable, élégante et raffinée. Mais le récit est etouffant. Il met mal à l'aise. La relation entre Chauvin et cette femme paraît, dès le début, vouée à l'échec, liée à ce hurlement qui a retenti dans le café. Et l'on ne comprend pas pourquoi ils s'obstinent à se rencontrer chaque jour au vu et au su de toute la ville. Leur conversation tourne toujours autour de ce drame ayant frappé un autre couple d'amants (ce couple étant lié à ce hurlement). le couple formé par Chauvin et la femme qu'il rencontre présente d'ailleurs de nombreuses similitudes avec ce couple de malheurex et le rapprochement que l'on peut faire entre ces deux histoires sentimentales renforce encore la sensation de claustrophobie et de malaise que l'on ressent lors des rencontres entre les amants.

    Décidemment, Moderato cantabile n'était pas fait pour moi... Peut-être devrais-je essayer L'Amant ? Une autobiographie de l'auteure serait sans doute plus sympa...

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    • Livres 4.00/5
    Par Ephemeral le 16/08/2012


    Ma première découverte avec Marguerite Duras et depuis...j'ai lu presque tous ses livres ! Avec Moderato cantabile, ce qui m'a frappé c'est qu'au fil du texte, il ne se passe tout simplement...rien. Enfin presque rien. Car la rencontre entre Anne et Chauvin dans un café suite à un crime passionnel, qui a eu dans le même lieu, est pour le moins intrigant. On a affaire à un jeu de regard qui n'en finit pas, un silence omniprésent et une soif de savoir ce qu'il c'est réellement passé. Avec Duras, seul les mots comptent, à nous ensuite d'imaginer la suite de l'histoire, de créer notre propre monde, de se morfondre dans l'existence des personnages... N'est-ce pas après tout ce que l'on peut attendre d'un bon livre ?

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    • Livres 4.00/5
    Par vincentf le 27/06/2010


    Comment expliquer la tension profonde ressentie à la lecture de ce petit livre où il ne se passe presque rien ? Une mécanique absurde semble être mise en marche. Un homme tue une femme dans un bistrot. Un autre homme et une autre femme prennent leur place. Tout le roman tend vers cette mort absurde qui finalement n'a pas lieu (pas encore ? peu importe).

    La mort dans ce texte est autre chose que le sang versé. C'est la mort sociale, l'adultère esquissé dans la "pose mortuaire" des mains qui se touchent et des lèvres qui s'atteignent. La tension vers la mort qui traversait le livre, la volonté d'Anne Desbaresdes de comprendre cette femme qui a accepté d'être assassinée, le rapprochement incompréhensible de deux êtres égarés, dépressifs sans doute, le devenant, sombrant dans l'alcoolisme, aboutit à L'Amour, esquissé, mortel. L'enfant qui occupait toute la place disparaît, meurt textuellement.

    Il y a dans la lecture de Moderato cantabile quelque chose de décevant et c'est ce quelque chose de décevant qui rend le roman passionnant. Un homme et une femme vivent devant nos yeux leur histoire, absurde peut-être, tragique sans doute, mais nous ne comprenons rien à cette histoire. Qui est le narrateur de ce roman ? L'enfant ? La patronne du café, seul témoin des rencontres, regard indifférent sur le drame qui peut-être a lieu ?

    Moderato cantabile est sans doute un roman sur l'impossibilité radicale de saisir ce qui se passe au coeur de l'esprit humain, sur l'absence totale et définitive d'explication rationnelle aux actes que nous accomplissons. Anne et Chauvin ne parviennent pas tout à fait à comprendre les raisons de l'assassinat du début du roman comme nous ne parvenons pas tout à fait à comprendre les raisons de leurs rencontres quotidiennes, de leur amour mortel qui n'aboutit pas à l'assassinat. Aucun mystère. Rien que les faits, nets, précis, absurdes et mécaniques, présents, et ce sentiment oppressant que nous ne pouvons qu'échapper à nous-même.

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    • Livres 3.00/5
    Par Tallula le 01/02/2013


    Moderato cantabile, ou un des emblèmes de ce qu'on a appelé le "Nouveau Roman", là on l'on remet en cause l'histoire, le personnage. On ne peut pas dire que ce roman en soit réellement un, ou alors il serait plutôt un roman psychologique. Il n'y a pas réellement d'intrigue : on assiste à une routine qui se met en place entre Anne Desbaresdes et un homme dans un café, tous deux captivés par un crime passionnel, ce qui aboutira à un semblant d'amour entre eux, non consommé, inachevé. Cette femme nous échappe sans cesse, entre son obsession pour le meurtre, cet homme, son enfant... le lecteur assiste comme impuissant à cette successions de scènes, à travers des dialogues brefs mais forts, ne sachant rien.

    Si je ne mets que trois étoiles, c'est parce que je ne peux pas dire que cette histoire m'ait transportée comme L'amant, on reste ici très terre à terre. Cependant, Marguerite Duras reste une écrivaine hors du commun, un style reconnaissable au premier coup d'œil, une écriture légère, musicale, à lire, forcément.

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    • Livres 4.00/5
    Par olivberne le 10/07/2012


    Je l'avais lu au lycée pour le bac, j'avais moyennement aimé, on s'ennuie, c'est court mais il ne se passe pas grand chose. L'analyse m'avait pourtant permis de comprendre la richesse de certains passages et surtout la phrase durassienne, au moment où "elle était encore écrivain" (dixit mon prof, après ce sera L'amant et le succès, donc plus de la littérature...). Il faut bien reconnaître que c'est bien écrit, dans la veine du nouveau roman, avec style et clarté. La forme, la syntaxe, le style, tout concourt à l'ennui de cette femme qui va essayer de s'échapper de sa condition féminine. le titre fait référence à la leçon de piano, superbe, et au style du livre. Tout va doucement, mais ça reste un chant violant et puissant. Un bon livre, mais peut-être pas le plus facile pour découvrir Duras.

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    • Livres 5.00/5
    Par ATOS le 12/05/2013


    Moderato cantabile. La sonatine de Diabelli. La petite musique chantante et modérée...
    Duras trace une ligne crépusculaire à travers une ville portuaire.Elle incise la toile.
    Tout paraît calme. La ville tourne ses pages une à une.
    Une femme traverse la ville, un enfant à la main.
    Elle répète sa vie, comme son enfant répète ce morceau de musique, docilement, invariablement, obstinément.
    La femme sourit «  comme un enfantement sans fin ».
    Elle boit, verre après verre, elle vide et se remplit, calmement, invariablement, silencieusement.
    Rien ne semble pouvoir ni vouloir ôter la main froide et lourde plaquée sur la bouche de cette ville, posée face à la mer.
    Sans raison, les hommes perpétuent, sans raison ils traversent la ville.
    Un crime, le cri d'un crime passionnel déchire le silence.
    La femme retient le cri, la femme recompose, elle veut comprendre la raison de ce cri, la raison de cet amour, la raison de cette tragédie : aimer- le désirer à en mourir.
    La musique ne chante plus, elle hurle, la musique ne se modère plus, elle se libère, et brise le miroir qui prétendait refléter le ciel.
    Le femme rencontre l'homme qui a, lui aussi, saisit ce cri. Il sait. Il sait le cri. Il sait le désir de la femme, sa douleur, son attente.
    Il sait qu'elle veut comprendre, vivre pour comprendre.
    Lui a depuis longtemps tout compris.
    Quelques jours, quelque nuit, elle va saisir tout le silence qui recouvre la ville.
    La ville s'absente, les lieux se resserrent.
    La ville contient les hommes et pèse de tout son poids sur leur vie.
    Le rythme marque le temps, les pas se décomptent sur les quais.
    Sans sans raison les hommes restent en ville.
    Alors le choix, le choix s'impose et réclame.
    La femme doit choisir : accepter son désir et le vivre jusqu'à en mourir, puisque tel est la nature de ce désir, ou refuser ce désir et accepter de ne jamais vivre.
    Choix possible pour l'homme. Impossible pour la femme.
    Et c'est lorsqu'elle réalise non pas cette incapacité mais cette impossibilité qu'elle se voit mourir.
    Et c'est là que ce situe le crime, le cri du crime et la tragédie. Hors champ. Dans ce lieu où rien n'est écrit mais où tout peut être dit.
    C'est ça l'écriture de Duras la possibilité qu'elle offre d'entendre la musique. le combat qu'elle mène pour libérer l 'espace. Tout est en place, apparemment, rien n'est imposé, évidement.
    Le rythme de la sonatine égrène les heures, tic tac incessant, la mer va et vient, ressac constant.
    Les hommes répètent le chant ,modérément, comme l'air d'une berceuse qu'une mère fredonnerait en tenant son enfant qu'elle sait déjà mort, dans ses bras.
    La petite musique de Marguerite n'est qu'un hurlement déchirant. Et que pourrait- on écrire après ce cri ?

    Astrid SHRIQUI GARAIN

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    • Livres 4.00/5
    Par aaahhh le 23/08/2012


    Un homme, une femme, L'Amour, la mort, la langueur, le désir, un meurtre au dehors, des non-dits et des histoires ébauchées dont on ne saura rien, le silence troublé juste par moments par quelques notes de piano... Déroutant, calme et puissant... du Duras pur jus! Pas mon préféré de la grande dame cela dit, mais quand-même un ouvrage de référence. A lire sans rien attendre, juste en savourant la force des mots et leur musique! Petit régal!

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