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ISBN : 2020046059
Éditeur : Editions du Seuil (1977)

Existe en édition audio



Note moyenne : 4.41/5 (sur 188 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
Le désir de connaître mais aussi la troublante expérience de l'embarras et du tâtonnement confèrent à la réflexion philosophique sa dimension érotique. Pour les mêmes raisons, l'amour est philosophie : l'amoureux s'arrac... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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  • Par MEGNIGBETO, le 26 mars 2015

    MEGNIGBETO
    Omon-mi (mon enfant) d'Ousmane Aledji: l'humanisme peut-il être l'apanage d'une culture?
    Le nom Ousmane Aledji sonne au Bénin, particulièrement théâtre. le doute est levé tout de suite, car, acteurs de la chose littéraire, dramaturges, spectateurs, téléspectateurs et auditeurs reçoivent ce nom comme un nom de la même famille que le théâtre. Son ascension récente à la tête de la structure faîtière du théâtre béninois (FITHEB) en est une grande illustration. Mais depuis 2002 où il a servi Cadavre mon bel amant aux éditions NDZE, le silence au niveau de ses publications est resté plus qu'assourdissant. Un silence mal ruminé par ses lecteurs qui peuvent désormais se réjouir de Omon-mi (Mon enfant), co-édité par les éditions Plumes Soleil et Artistik Editions. de quoi est-il question ?
    Omon-mi (Mon enfant) restera une pièce de théâtre unique. Les théâtrologues classeront difficilement la pièce dans une catégorie précise. Toujours est-il que cette pièce de 100 pages sort des sentiers battus et bat en brèche plusieurs règles du théâtre, à commencer par celle des trois unités, action, temps et lieu.
    L'ACTION
    La pièce raconte une histoire prise en elle-même pour banale notamment dans certaines contrées africaines. Un enfant qui naît enroulé dans du placenta. Sacrilège. Sacrilège pour une tradition puriste respectueuse des lois de la nature qui n'accepte aucun enfant qui ne sort des entrailles de sa mère indemne, la tête en premier. Sacrilège pour une tradition fidèle à ses principes, rejetant toutes modifications, toute autre manière de venir au monde considérée tout de suite comme une anomalie. Sacrilège donc qui mérite une punition adéquate. le refus d'existence. La mise à mort. Arraché donc à sa mère pour ce crime d'anomalie de sortie, l'enfant sera condamné à être enterré vivant par des adultes commis à la tâche. Malgré la crise de conscience de l'un d'entre eux, les protestations de la mère rebelle pour avoir déjà mal ingurgité le malheureux et mortel sort qu'on a fait subir à son autre enfant Albinos, le Dah, chef de la communauté et ses conseillers n'ont pris autre décision que celle indiquée par la coutume, même au détriment de l'une des pratiques de cette dernière qui aurait permis de consulter l'avis des ancêtres. Une folie maternelle logique coiffe tout.
    LE TEMPS
    Même si l'on pourrait difficilement rejeter les vingt-quatre heures d'action, le temps dans cette pièce n'est pas linéaire. Il suit un rythme anachronique, fonctionnant comme un récit en analeps. La scène s'ouvre sur un environnement nocturne, remonte aux actions de la journée, la naissance, le baptême, le conseil des sages, l'enlèvement, l'horrible inhumation, pour revenir à la même nuit et indiquer le cynisme de ces thaumaturges qui se saoulent après avoir commis l'innommable. En dents de scie donc, le temps de cette pièce reste bien collé à son temps historique, celle d'un monde qui malgré son ouverture sur la modernité reste bien attachée à des pratiques qui s'endurcissent, et persistent. Mais la concentration du temps aussi en vingt-quatre heures, cette accumulation en un temps si réduit pourrait traduire cet enfer, cet engrenage que la tradition fait subir aux parents qui ont le malheur de voir leurs enfants naître avec des normes autres que celles dictées par la société ; comme si les parents pouvaient décider de la manière dont leurs enfants allait naître. Ce temps d'enfer est comparable à La parenthèse de sang évoquée par le célèbre dramaturge Sony labouTansy.
    LE LIEU
    Les lieux de la pièce sont loin de respecter la règle de l'unité. le dramaturge lui-même précise les divers lieux. de la forêt où l'enfant a été enterré à la boite Nelson bar, l'espace dans cette pièce est bien ouvert et multiple. A la naissance, l'enfant a reçu un baptême conséquent chez ses parents qui ont reçu des visites. Il a été ensuite volé donc a pu quitter chez ses parents pour être transporté par ses ravisseurs dans la forêt. Il a ensuite quitté l'espace terrestre pour celui souterrain, puisqu'il a subi une inhumation indescriptible. Mais avant tout ceci, il a fallu que le Conseil siège pour décider de son sort. Ainsi, si le temps peut être comparé à un engrenage, il n'en est pas de même pour le lieu, ouvert pour des mouvements multiples. Mais toujours est-il que ces mouvements, loin d'être à l'avantage du personnage principal qu'est la mère et de son enfant, sont à leurs dépens.
    L'action, le temps et le lieu forment donc un cercle tragique comme celui des tropiques d'Aliound'Alioum Fantouré pour mieux assommer, pas politiquement mais socialement l'individu.
    Mais on prendrait mal la pièce si, avec le temps, l'action et le lieu on déduit sans autres formes de procès qu'Ousmane Alédji reste dans la même logique que Florent Couao-Zotti par exemple dans la nouvelle parue dans le recueil Poulet bicyclette et cie et intitulée « L'enfant sorcier », où le nouvelliste sauve l'enfant des griffes de ses bourreaux, traitant la pratique de barbares. Ce serait mal lire la pièce d'Alédji. En réalité, le dramaturge sort de ce sentier battu et propose à ces lecteurs une autre approche de ces critiques occidentales toutes formulées dans le seul but d'indexer la seule Afrique comme couvant des pratiques barbares. L'horreur indexé est-il uniquement imputable à une seule région du monde ?
    OMON-MI, UNE PIECE A THESE
    La rébellion de la mère et sa folie sont loin d'orienter le lecteur vers une position dénonciatrice des pratiques ritualistes. En réalité, le lecteur est progressivement orienté sur une analyse de la situation autre qu'une condamnation béate. On sait que l'une des raisons évoquées par le colon pour envahir le continent africain dans le but unique de s'emparer de ses richesses est l'évocation de ces pratiques qui le confondent aux grands singes de la forêt équatoriale. Claude Lévis Strauss, Gobineau… dans leurs rapports de voyage peignaient le Noir en noir. Il fallait insister sur la barbarie pour montrer la nécessité de nous leur apporter la Lumière, prétexte à une colonisation sauvage. Est donc barbare, toute pratique culturelle venant de ces gens noirs, si noir que l'on pourrait se demander si Dieu si bon peut mettre une âme dans un corps si noir (Montesquieu). Les premiers écrivains africains tel que Paul Hazoumè à travers le pacte de sang ont donc servi de relai à ces théories colonialistes qui confortent la domination coloniale. Même jusqu'à ce jour, il est clair dans l'entendement humain, que quand on évoque la barbarie, l'on pense d'abord au continent africain. En témoigne plusieurs ouvrages et films condamnant l'Afrique.
    Mais Alédji ici, prend tout le monde à court. Loin de se contenter de condamner le fait, il ouvre ferme sa pièce sur une série de questionnements. le lecteur est promené un peu partout dans presque toutes les grandes capitales du monde où des pratiques identiques ou pires sont monnaie courante.
    « Dans les hôpitaux d'Acapulco, de New York, d'Abidjan, de Londres ou de Paris les mieux équipés du monde, on se débarrasse des enfants sorciers, par centaines.
    Dans certaines régions de la Chine, les fœtus féminins sont traités comme des ennemis de la République. Ailleurs, des laboratoires souterrains se battent autour des cellules souches pour cloner 42 fœtus en une heure. » p. 91-92.
    Sous d'autres noms plus civilisés donc, les mêmes pratiques se déroulent, officiellement avec une législation appropriée. Mais pourquoi accepter et financer les avortements, pourquoi autoriser l'euthanasie, pourquoi cloner des fœtus et s'en prendre dans le même temps aux africains qui sélectionnent leurs nouveaux nés ?Même si Aledji n'approuve aucune des pratiques, il s'interroge quand même sur le droit qu'ont les uns de s'en prendre aux autres alors que dans le même temps ilsont les mêmes cultures meurtrières ?
    On comprend ainsi aisément cette série de questions posée par l'auteur :
    « Faut-il au nom d'un humanisme bienveillant, de la correction, de la morale et de l'éthique, laisser naître et grandir un enfant que l'on sait différent, déficient handicapé ?
    Nous sommes-nous entendus sur des exécutions excusables d'enfants ?
    L'humain a-t-il le droit de s'arroger le pouvoir de vie de mort sur son semblable ?
    Y a-t-il une culture plus humaine, plus humaniste, plus civilisatrice qu'une autre ? » p. 91
    Cette série de questions déterminent la neutralité que voudrait afficher Aledji, une neutralité en réalité convertible en thèse respectueuse des pratiques de chaque culture.
    UNE ECRITURE INNOVANTE
    Cette sortie des sentiers battus ne se limite pas uniquement à la thématique. L'écriture restera aussi innovante avec un découpage en 14 scènes sans actes. le lecteur découvre aussi des répliques ordinaires similaires à celles que l'on pourrait découvrir dans un récit romanesque. Une attribution de parole dans un dialogue théâtrale extraordinaire où le ne voit pas écrire le nom des personnages mais où l'on découvre juste des tirets de dialogue. L'on note aussi la présence de personnages comme le narrateur qui raconte effectivement les faits et la présence de scènes avec pour seul contenu une didascalie.L'on pourrait cependant déplorer la présence abondante de didascalies surtout au niveau des débuts de scènes. Un constat qui s'éloigne du nouveau théâtre qui se veut respectueux du metteur en scène, libre dans ses retouches et orientations de la pièce.
    Au total, Aledji renoue avec les publications, avec une grande innovation et enchante la dramaturgie béninoise avec une orientation pertinente d'un sujet sociologiquement capital : omon (enfant).
    Anicet Fyoton MEGNIGBETO
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    • Livres 4.00/5
    Par LiliGalipette, le 17 mai 2012

    LiliGalipette
    "La nécessité de ce livre tient dans la considération suivante: que le discours amoureux est aujourd'hui d'une extrême solitude. Ce discours est peut-être parlé par des milliers de sujets [...], mais il n'est soutenu par personne." (p. 5)
    Pourquoi faire un résumé imparfait quand l'introduction est si claire? le texte présente les états du l'état amoureux au travers du langage qui les sanctionnent. Il y a des jolies réflexions. "Le langage est une peau: je frotte mon langage contre l'autre. Comme si j'avais des mots en guise de doigts, ou des doigts au bout de mes mots. Mon langage tremble de désir." (p. 87)
    J'ai été un peu irritée par la similitude systématiquement pointée entre la figure de l'aimé absent et la réminiscence de l'abandon par la Mère. Freud n'est pas ma tasse de thé.
    Pour la première fois depuis longtemps, j'ai picoré dans un livre, je n'ai pris que ce que je voulais. Ca fait du bien de changer de pratique.
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    • Livres 5.00/5
    Par Soune, le 14 février 2013

    Soune
    A l'heure où les gens célèbrent la Saint Valentin, d'autres parlementent sur l'amour. C'est qu'il est si facile de dire « je t'aime»…
    Roland Barthes s'est essayé à le dire pour expliquer ce faire. Les Fragments d'un discours amoureux publié en 1977 a pour ambition de donner voix à l'amoureux, cet homme qui, pour reprendre l'auteur, « parle en lui-même, amoureusement, face à l'autre » face à l'être aimé, qui lui « ne parle pas ». L'auteur s'attache avec ferveur à cet homme amoureux et construit pour ce faire une sorte de plaidoyer de l'amour en suivant une « méthode dramatique » car l'amour s'apparente selon lui à une scénographie.
    Pour cette « dramaturgie » d'un discours amoureux tour à tour drôle, douloureux, juste, émouvant et cynique, l'interprétation de Fabrice Luchini est magnifique. Avec Luchini pour voix, ce texte nous offre une autre pratique de la lecture. L'amoureux des mots qu'il est nous emporte. Son souffle nous guide. On suit son interprétation des mots. Parfois calme, sa voix s'enflamme soudain en fonction des émotions qui le traversent. Nous sommes assis chez nous. On se croirait rapidement au théâtre, étant donné que dans le noir absolu de notre intimité la lumière apparaît et le texte se met en scène sous nos yeux :
    « le décor représente l'intérieur d'un café. Nous avons rendez-vous. J'attends» clame Luchini. « Dans ce café, je regarde les autres qui entrent, papotent, plaisantent, lisent tranquillement, eux, ils n'attendent pas. »
    Un amoureux, nous dit-il, « est celui qui attend ». Et nous, nous attendons la suite, curieux. Avec lui, avec eux, Luchini et Barthes, nous devenons amoureux à notre tour…
    Ce petit texte inclassable de Roland Barthes a suscité fin des années 1970 un engouement immédiat et planétaire. Ce petit livret que nous offre Barthes a décontenancé le public. Roland Barthes, intellectuel reconnu, était en effet connu pour ses écrits théoriques. Professeur au Collège de France, maître français de la sémiologie, entre autres choses, il aimait jouer avec les mots et écrivait souvent des textes non facilement accessibles. Avec ce livret, rien n'est semblable à ce qu'il a fait jusqu'à présent. S'il lui est effectivement arrivé d'écrire des textes complexes, celui-ci reste tout à fait abordable. le texte est très bien écrit. Il aime manier les mots et ça se sent. Pour étayer ses propos, il s'appuie sur les définitions tirées du Littré ou de Romans: Proust, Goethe, Platon y passent. Il s'appuie également sur la psychologie et cite Freud
    Ces références ne créent pas une distance. Ce n'est pas professoral, bien au contraire. Dès qu'il parle d'amour, on se sent proche de lui. On ne le connait pas et pourtant, il parle à tous car il parle de vécu, du vécu humain. On se reconnait tous ici dans l'amoureux.
    Jusque-là impressionnée par la réputation de Barthes, je m'étais fermée à l'auteur. Dernièrement, je n'ai pourtant pas hésité à découvrir cette figure française pour le partenariat que m'offrait Audiolib. J'étais curieuse de voir la performance de Luchini, que je trouve riche de par son style, sa verve et son emphase, s'unir au texte de Roland Barthes.
    Au travers de dix-sept courts chapitres, voici des textes choisis et lus par l'acteur dont l'intelligence et la finesse collent parfaitement au texte. On pourrait presque croire que le comédien en est l'auteur.

    Un très beau cadeau à offrir ou à s'offrir. Je remercie à ce titre Audiolib pour cette collaboration et en particulier Chloé.


    Résumé de la quatrième de couverture :
    Décrivant son projet pour Fragments d'un discours amoureux, Barthes précise que « tout est parti du principe qu'il fallait faire entendre la voix de l'amoureux ». D'où le choix d'une « méthode dramatique » : ici, pas de théorisation de ce discours amoureux, mais sa seule expression. « C'est un portrait qui est proposé, mais ce portrait n'est pas psychologique »; il se l'écho de « quelqu'un qui parle en lui-même, amoureusement, face à l'autre,-l'objet aimé-, qui ne parle pas. » Un texte si juste qu'il retentit en chacun, longuement…
    « C'est donc un amoureux qui parle et qui dit… »

    Mon avis :
    Un pianiste se fait entendre. Une ambiance feutrée s'installe. Quelque chose est là, tapi quelque part. Nous attendons quelque chose. Un concert, une prosodie ou une pièce de théâtre peut être. Un concert de mots alors? Chut. Taisons-nous et écoutons la suite. Soudain, sans crier gare, quelqu'un parle. Un homme. Une voix posée articule « Attente ». Nous obéissons, sur le qui-vive. Nous attendons… Puis la définition arrive et le piano se tait laissant seule voix au même homme:
    « Attente : Tumulte d'angoisses suscité par l'attente de l'être aimé au gré de menus retards, rendez-vous, téléphones, Lettres, retours ». Fabrice Luchini entre en scène.

    Roland Barthes note les étapes par lesquelles l'amoureux passe. Il nous les expose, les conscientise et y ajoute par bribes des expériences personnelles, des observations qu'il a pu faire ou lire pour étayer son propos. L'amoureux attend, s'angoisse, jalouse, déclare, doute…. Roland Barthes nous offre ici un discours sur les différents comportements liés à l'amour. Dix-sept tableaux nous sont dépeints et Barthes prend un malin plaisir à nous offrir pour ce faire une jouissance narrative avec un texte qui déborde de mots et d'émotions avant de laisser place au silence lorsque l'être aimé disparaît.
    Le portrait de l'amoureux est dressé ici. Qui est-il ? C'est un homme seul qui aime, qui se désole et se questionne et qui use « de mots en guise de doigts, ou des doigts au bout de mes mots ». Les mots d'amour, nous dit-il, sont comme des caresses que l'amoureux utilise à loisirs, des caresses douces, mais difficiles car le langage amoureux se fait petit-à-petit, par « fragments ».
    Petit-à-petit, l'amour se déguste. Et on en redemande parce qu'il est plein de vie. Il se vit. Il déborde de vie. « C'est un amoureux qui parle et qui dit », c'est un amoureux qui joue avec les mots, un peu comme un acteur d'une pièce de théâtre. Il déguste la vie. Il déguste les mots d'amour. L'amour se vit comme une pièce de théâtre. L'amour est un divertissement nécessaire à la vie. L'amour se vit. le théâtre aussi et l'auteur sans conteste parle de ce qu'il a vécu. Qui ne se reconnait pas en effet dans ses mots ? Nous avons tous attendu, aimé, nous nous sommes tous angoissés pour l'être aimé… Roland Barthes peint ici notre histoire à tous de manière très littéraire. C'est si intimiste, si intemporel et en même temps si multiple. L'amour est multiple. le « je » du narrateur, de l'amoureux, est multiple. Il pourrait être vous, eux, toi, lui ou elle. Ce texte d'une très grande qualité s'écoute, se lit d'une traite et/ou par touches, seul(e) ou avec l'être aimé. Il est pour moi une très belle déclaration d'amour.
    Fabrice Luchini montre tout son talent de conteur, d'amoureux, d'acteur et d'homme plein de vie. Il réussit à transmettre toutes ses émotions aux mots de Roland Barthes. Avec lui, le pouvoir de l'amour, ses avantages et ses inconvénients se vit merveilleusement bien. Son souffle se fait plus court, plus passionné et plus dynamique par moments, le tout avec une diction parfaite. On sourit quand on l'entend parler des faiblesses de l'amour. On n'a pas peur. On sourit. Les mots sont non seulement beaux, denses et émouvants mais ils sont prononcés avec une justesse surprenante qui donnent de la profondeur aux émotions. Par exemple, lorsqu'il décrit la Jalousie, Luchini clame totalement impliqué:
    « C'est laid, c'est bourgeois la Jalousie, c'est un affairement indigne, un zèle et c'est ce zèle que nous refusons. Comme jaloux, je souffre quatre fois ; parce que je suis jaloux, parce que je me reproche de l'être, parce que je crains que ma Jalousie ne blesse l'autre, parce que je me laisse assujettir à une banalité. Je souffre d'être exclu, d'être agressif, d'être fou et d'être commun. »
    Nous, spectateurs, ne restons pas insensibles. C'est alors impossible.
    Fragments d'un discours amoureux au théâtre ? Evidemment, cela ne fait pas un pli.
    «Au théâtre, il n'y a rien à comprendre, mais tout à sentir » disait Louis Jouvet. En effet.
    Une très belle pièce de théâtre donc qui se joue à l'infini, à l'image de ce livre-audio que l'on est obligé d'écouter tranquillement et plusieurs fois pour s'imprégner du texte, l'appréhender, pousser la réflexion plus loin et s'entendre déclamer : « je t'aime » sous un nouveau jour.


    Lien : http://aupetitbonheurlapage.blogspot.fr/2013/02/fragments-dun-discou..
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    • Livres 4.00/5
    Par Zazette97, le 23 juin 2011

    Zazette97
    Publié en 1977, "Fragments d'un discours amoureux" est un essai de l'écrivain et sémiologue français Roland Barthes, également connu pour son essai "Le degré zéro de l'écriture".
    Absence, angoisse, attente, étreinte, Jalousie, rencontre,... Ce sont en tout 17 mots décryptés par Roland Barthes et associés à ce langage particulier qu'est le discours amoureux.
    Lorsque cet audiolivre m'a été proposé, je craignais moins de découvrir Roland Barthes que de ré-entendre un Luchini survolté.
    Si j'apprécie l'acteur, je dois dire que l'homme public et ses one-man show - qui consistent à en faire 10 tonnes pour étaler sa culture - sur les plateaux télé ont tendance à m'agacer au plus haut point.
    J'appréhendais donc une lecture excessive, surchargée d'envolées lyriques.
    Quelle ne fut pas ma surprise de découvrir un Luchini on ne peut plus posé (lui avait-on glissé un Rohypnol dans son café par mesure de précaution ?)
    Ma première écoute de ce livre fut un échec. Au bout de 2 minutes à peine, je fus prise d'un monstrueux fou-rire en repensant aux auditoires de l'université et à ces cours assommants durant lesquels je dégainais mon dictaphone pour pouvoir saisir et retranscrire ces longs monologues à la maison.
    Il faut dire que les extraits lus ici se présentent sous la forme d'un lexique regroupant 17 définitions et que le propos requiert une disposition de l'esprit particulière.
    A l'évidence, je n'avais pas choisi le bon moment pour me plonger dans cet essai.
    J'ai donc retenté ma chance deux jours plus tard.
    Retranché du côté de celui qui aime, Barthes nous parle du rapport langagier à l'autre, ce sujet aimé inclassable dont l'image peut si facilement être altérée par un simple mot de travers.

    " le langage est une peau : je frotte mon langage contre l'autre. "

    Il évoque l'angoisse liée à la Jalousie, à la distance induite par le téléphone, au choix du cadeau amoureux, à l'insupportable menant à la rupture, à l'attente de l'autre comme à son absence, notion qui renvoie historiquement à la femme guettant le retour de l'homme et subissant "l'épreuve de l'abandon", le sentiment d'être moins aimée qu'elle n'aime.
    Dans le fond, les représentations que nous nous faisons de nous-mêmes et de l'autre en amour sont pour la plupart construites par des appréhensions émanant de notre imaginaire et formulées, définies, mises en scène par le langage.
    Prenant pour base 17 mots-clé inter-reliés et illustrés par des exemples personnels ou issus de ses lectures (Proust, Socrate, Balzac, Freud et surtout Goethe), " c'est donc un amoureux qui parle et qui dit " que l'amour est complexe, angoissant, source d'attente et d'incertitude.
    Fort heureusement, les chapitres "Fête" et "Rencontre" viennent égayer ce sombre tableau.
    "Fragments d'un discours amoureux" fut au bout du compte une lecture enrichissante en terme de pistes de réflexion, exigeante aussi, tant elle nécessite selon moi plusieurs écoutes successives doublées d'une attention complète de la part de l'auditeur.

    Lien : http://contesdefaits.blogspot.com/2011/06/fabrice-luchini-lit-fragme..
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  • Par Ella4, le 04 octobre 2010

    Ella4
    Comme jaloux, je souffre quatre fois: parce que je suis jaloux, parce que je me reproche de l'être, parce que je crains que ma jalousie ne blesse l'autre, parce que je me laisse assujettir à une banalité. Je souffre d'être exclu, d'être agressif, d'être fou et d'être commun.
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Citations et extraits

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  • Par Elisanne, le 13 février 2011

    “L’entretien “

    ” Le langage est une peau: je frotte mon langage contre l’autre. C’est comme si j’avais des mots en guise de doigts, ou des doigts au bout de mes mots. Mon langage tremble de désir. L’émoi vient d’un double contact : d’une part, toute une activité de discours vient relever discrètement, indirectement, un signifié unique, qui est « je te désire », et le libère, l’alimente, le ramifie, le fait exploser (le langage jouit de se toucher lui-même) ; d’autre part, j’enroule l’autre dans mes mots, je le caresse, je le frôle, j’entretiens ce frôlage, je me dépense à faire durer le commentaire duquel je soumets la relation.”
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  • Par Elisanne, le 12 mai 2010

    Savoir que l’on écrit pas pour l’autre, savoir que ces choses que je vais écrire ne me feront jamais aimer de qui j’aime, savoir que l’écriture ne compense rien,ne sublime rien ,qu’elle est précisément , ” là où tu n’es pas,”
    c’est le commencement de l’écriture…”

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  • Par monalisa13, le 20 juillet 2010

    attente:passe temps millénaire de l'humanité.
    un mandarin était amoureux d'une courtisane."je serai à vous dit-elle lorsque vous aurez passé cent nuits à m'attendre assis sur un tabouret dans mon jardin, sous ma fenêtre"
    mais à la quatre-vingt-dix- neuvième nuit, la mandarin se leva pris son tabouret sous son bras et s'en alla.

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  • Par bibliotheque-gemeaux, le 26 septembre 2012

    "Suis-je amoureux? - Oui, puisque j'attends." L'autre, lui, n'attend jamais. Parfois, je veux jouer à celui qui n'attend pas; j'essaye de m'occuper ailleurs, d'arriver en retard; mais, à ce jeu, je perds toujours: quoi que je fasse, je me retrouve désoeuvré, exact, voire en avance. L'identité fatale de l'amoureux n'est rien d'autre que: je suis celui qui attend.

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  • Par Outis, le 18 septembre 2007

    Le système est un ensemble où tout le monde a sa place, même si elle n’est pas bonne… En quoi les « casés » qui m’entourent peuvent-ils me faire envie ? De quoi, en les voyant, suis-je exclu ? Ce ne peut être d’un « rêve », d’une « idylle », d’une « union » : il y a trop de plaintes des « casés » au sujet de leur système. Non, ce que je fantasme est très modeste : je veux, je désire tout simplement une structure. Certes, il n’y a pas un bonheur de la structure mais toute structure est habitable, c’est même là, peut-être, sa meilleure définition.
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    •   'Dom Juan' de Molière
    •   'Le Jeu de l'amour et du hasard' de Marivaux
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