ISBN : 2841115399
Éditeur : Editions Nil (2011)


Note moyenne : 3.62/5 (sur 69 notes) Ajouter à mes livres

Yvetot, un dimanche d'août 1950. Annie a dix ans, elle joue dehors, au soleil, sur le chemin caillouteux de la rue de l'Ecole. Sa mère sort de l'épicerie pour discuter avec une cliente, à quelques mètres d'elle. La conversation des de... > voir plus
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Critiques et avis

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  • Par InColdBlog, le 06 août 2011

    InColdBlog
    On aime souvent à croire que l'on est unique.
    Les enfants plus encore peut-être que les adultes, tant est grand leur besoin de se rassurer sur La place qu'ils occupent dans le cœur de leurs parents.
    Les enfants uniques, eux, ne se posent pas la question : cette singularité leur est une évidence.
    La petite Annie était de ceux-là. Fille unique de parents commerçants. Jusqu'au jour où, au hasard d'une conversation surprise entre sa mère et une cliente, elle se découvre une sœur aînée.
    « J'avais vécu dans l'illusion. Je n'étais pas unique. Il y en avait une autre, surgie du néant. Tout l'amour que je croyais recevoir était donc faux. »
    Une sœur inconnue, décédée à l'âge de six ans d'une diphtérie, deux années avant qu'elle-même ne vienne au monde.
    « Tu es entrée morte dans ma vie l'été de mes dix ans. Née morte dans un récit, comme Bonny, la petite fille de Scarlett et de Rhett dans Autant en emporte le vent. »
    A compter de cet après-midi d'août 1950 dont elle garde un souvenir prégnant, l'auteur n'évoquera plus jamais avec ses parents l'existence de cette sœur, présence encombrante devenue taboue, qui restera comme une gêne supplémentaire entre eux.
    « Tu es l'enfant du ciel, la petite fille invisible dont on ne parlait jamais, l'absente de toutes les conversations. le secret. »

    « Faire le récit de ce récit, ce sera en finir avec le flou du vécu, comme entreprendre de développer une pellicule photo conservée dans un placard depuis soixante ans et jamais tirée. »
    Par l'intermédiaire de L'autre fille, Annie Ernaux envoie une missive à cette sœur qu'elle n'a pas connue, avec laquelle elle n'a rien partagé – pas même ses parents - et dont elle ne sait que peu de chose.
    « Tu n'as d'existence qu'au travers de ton empreinte sur la mienne. T'écrire, ce n'est rien d'autre que faire le tour de ton absence. Décrire l'héritage d'absence. Tu es une forme vide impossible à remplir d'écriture. »
    Cette sœur fait d'Annie, qui se croyait jusqu'alors fille unique, une simple remplaçante. La mort qui l'a fauchée si jeune, a figé la fillette défunte dans une représentation quasi-religieuse de la perfection et de l'innocence, « morte comme une petite sainte », selon les mots de sa mère, une fillette « plus gentille que celle-là » a-t-elle-même ajouté à l'adresse d'Annie qui jouait non loin.
    Quand elle évoque la disparue, la narratrice est partagée entre la culpabilité, la jalousie, la reconnaissance et les regrets.
    Coupable de n'exister que parce sa sœur est morte, ses parents n'ayant jamais caché leur volonté de n'avoir qu'un seul enfant parce que « on ne pourrait pas faire pour deux ce qu'on fait pour un ». Coupable aussi d'avoir survécu au tétanos alors que sa sœur a été emportée par la diphtérie.
    Jalouse de n'être aux yeux de sa mère qu'une fillette turbulente et indocile qui n'arrivera jamais à la hauteur de l'autre à jamais sanctifiée.
    Reconnaissante de lui avoir tracé la route, de lui avoir permis d'être ce qu'elle est aujourd'hui et de s'être construite, de façon consciente ou non, en opposition à cette image sainte.
    Regrettant de ne pas avoir abordé ouvertement le sujet avec ses parents, d'avoir refusé les perches tendues par certains membres de sa famille, faisant la sourde oreille quand était évoquée furtivement l'existence de cette sœur.

    Dans L'autre fille, Annie Ernaux évoque en moins de soixante-dix pages un différend vieux de plus de soixante ans qui, s'il n'est pas la clé qui permet de décrypter son existence entière, a certainement influé sur son parcours de vie, emprunté à contre-courant des chemins tracés.
    « Les parents d'un enfant mort ne savent pas ce que leur douleur fait à celui qui est vivant. »
    Alors que l'auteur a eu le besoin de couper les ponts avec son milieu social, de mettre de la distance avec sa famille et cette période de sa vie dont elle n'a pas gardé que de bons souvenirs, on perçoit néanmoins dans ce texte une certaine nostalgie.
    Sous des dehors abrupts, cette lettre laisse entrevoir la sensibilité à fleur de peau de son auteur. Après toutes ces années, Annie Ernaux ne parvient toujours pas à prononcer le prénom de sa sœur, Ginette, « Comme s'il m'était interdit ». Elle convient également que la publication dans ce livre d'une des seules photos qu'elle possède de sa sœur lui serait apparue comme un sacrilège.
    Aux côtés de cette sœur, une autre figure prend La place restante : la mère, omniprésente, celle « avec qui le combat n'a jamais cessé, sauf à la fin ». Là encore, derrière une froideur affichée, on devine un attachement viscéral à ses parents qui se traduira concrètement par la visite en 2009 de l'ancienne épicerie familiale transformée en habitation. Un lieu où l'auteur n'avait pas remis les pieds depuis 1945 !
    Au fur et à mesure de l'écriture de sa lettre, l'auteur entrevoit certaines réalités : elle, qui a connu une enfance souffreteuse, comprend mieux l'attention de ses parents et « la certitude d'être aimée que prouvaient leur souci constant de ma petite personne et leurs cadeaux. »
    De même, la figure d'ange de sa sœur s'estompe pour prendre peu à peu les traits plus réalistes d'une fillette de six ans ordinaire à laquelle elle aura peut-être des choses à dire, à échanger, lors de sa prochaine visite au cimetière.
    « Dans quelques jours j'irai sur les tombes, comme d'habitude à la Toussaint. Je ne sais pas si j'aurai cette fois quelque chose à te dire, si c'est la peine. Si j'aurai de La honte ou de la fierté à avoir écrit cette lettre, dont le désir de l'entreprendre me reste opaque. Peut-être que j'ai voulu m'acquitter d'une dette imaginaire en te donnant à mon tour l'existence que te mort m'a donnée. Ou bien de te faire revivre et remourir pour être quitte de toi, de ton ombre. T'échapper.
    Lutter contre la longue vie des morts. »
    Avec le recul, Annie Ernaux se demande si sa mère n'a pas profité de cet échange avec une inconnue pour lui délivrer ce secret de famille ; si, en définitive, elle n'était pas la réelle destinataire de cette révélation.
    Ses parents ont-ils jamais su qu'elle savait ? Elle l'ignorera toujours. Et si jeu de dupes il y a eu, la vérité est restée cachée trop longtemps pour qu'elle ait pu remonter un jour à la surface et que le non-dit soit enfin exprimé clairement. Au fil du temps, les uns et les autres se sont arrangés de ce statu quo.

    Comme dans Les années, Annie Ernaux parvient à faire de son cas personnel un cas universel, où beaucoup de ses lecteurs pourront se retrouver (quelle famille n'a pas son secret ?).
    Comme dans Les années, j'ai aimé l'évocation d'un temps pas si éloigné mais déjà perdu, celui des années 50, de la vie dans les villages, des relations adultes/enfants, du rapport à la religion encore très ancrée dans les mentalités… qui m'ont confronté à mes propres souvenirs.
    Par sa quête à partir des souvenirs (les vrais, les déformés, les fabriqués qui semblent vrais….), L'autre fille a fait écho chez moi avec Les Disparus, de Daniel Mendelsohn.
    L'autre fille est un très beau texte, court et dense, sur ces morts qui prennent plus de place que s'ils avaient été vivants, et dont la présence s'impose à chaque instant aux vivants, faisant obstacle entre eux.
    Annie Ernaux inaugure de la plus belle façon qui soit la nouvelle collection des Éditions NiL.

    Lien : http://www.incoldblog.fr/?post/2011/07/05/St%C3%A8le-%C3%A0-la-s%C5%..
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  • Par asphodele85, le 08 mai 2011

    asphodele85
    Annie Ernaux s'acquitte très bien de cette lettre, parfaitement construite littérairement pendant 78 pages où elle exhume (pour la dernière fois ?) un pan de son existence qui a conditionné une grande partie de sa vie de femme et même, comme elle le dit elle-même, sa vocation d'écrivain : "Je n'écris pas parce que tu es morte. Tu es morte pour que j'écrive, ça fait une grande différence."
    L'HISTOIRE
    Yvetôt 1950. Petit village de Normandie où la famille Duchesne passe les vacances d'été. Annie a 10 ans tout juste et joue autour de sa mère et d'une cliente "plus chic" que les autres en villégiature, rue de l'Ecole et va entendre, par hasard (?) "le récit". Car il y a un avant et un après le "récit" dans cette lettre où l'auteure décortique ses sentiments de façon psychanalytique. Sa mère, en se tamponnant les yeux, raconte la mort par diphtérie, en 1938 de sa soeur aînée, béatifiée à jamais à l'instar du portrait de Sainte-Thérèse de Lisieux qui trône dans la chambre des parents (et où elle dort également). Mais les derniers mots vont tomber comme une pluie acide et brûlante, grêlant à jamais la mémoire de la petite Annie : " Elle était plus gentille que celle là"... Car personne (ou alors bien plus tard et encore...) ne lui a jamais parlé de cette absente qui pèse ce que pèse le poids des secrets informulés. Ses parents ne la mentionneront jamais par la suite et à un moment, où le doute s'installe, où elle croit que ses parents savent "qu'elle sait", le secret devient encore plus sournois :"Il se faisait de plus en plus tard pour rompre le silence, le secret était trop vieux (...) Il me semble que je vivais bien avec." Ce gouffre de non-dits, plus l'impact de la petite phrase assassine du "récit" vont être déterminants dans la poursuite de sa vie. Quand elle s'aperçoit, Les années passant, que cette soeur est "indestructible en eux", et qu'il lui faudra toujours vivre en parallèle avec non pas une présence mais une absence, une béance où toutes les suppositions, les projections s'engouffrent et bouleversent son cheminement personnel.
    Elle ne cite ses parents que par "lui" ou "elle" dans cette lettre, leur renvoyant par effet boomerang le "celle-là" qu'elle a entendu à dix ans. Elle met volontairement une distance comme un ultime reproche à leur encontre, trop "bigots", trop "peuple", elle qui s'est élevée par le savoir, en faisant de brillantes études sans jamais renier Lillebonne où elles sont nées toutes les deux dans le café-épicerie où elle a grandi (avant Yvetôt), protégée, couvée comme du lait sur le feu. Mais en marquant toujours sa différence, en imposant sa présence de vivante : " Tu n'as d'existence qu'au travers de ton empreinte sur la mienne. T'écrire, ce n'est rien d'autre que faire le tour de ton absence. Décrire l'héritage d'absence. Tu es une forme vide impossible à remplir d'écriture". Alors oui elle est passée par toute une palette de sentiments contradictoires, ne voulant pas entrer dans la "douleur" de ses parents, douleur qui en l'excluant, l'aurait rendue vaine. Tout ce qu'elle n'était pas, jusqu'à ne pas vouloir être enterrée près d'eux en Normandie. "L'autre fille, c'est moi, celle qui s'est enfuie loin d'eux, ailleurs".
    Il y a des mots terribles dans cette lettre, d'amour, de haine, on ne sait plus trop tant elle-même a eu du mal à se situer dans sa propre histoire. Dans les dernières lignes, ce passage, où encore elle explique : "Peut-être que j'ai voulu m'acquitter d'une dette imaginaire en te donnant à mon tour l'existence que ta mort m'a donnée. Ou bien te faire revivre et remourir pour être quitte de toi, de ton ombre. T'échapper. Lutter contre la longue vie des morts ". Comme une réponse au récit entendu soixante ans plus tôt et qui ne lui était pas destiné... C'était en octobre 2010.
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    • Livres 5.00/5
    Par ATOS, le 16 mai 2012

    ATOS
    "Écrivez la lettre que vous n'avez jamais écrite". Commande impossible pour Annie ERNAUX. " Ecrivez la lettre que vous ne pourrez jamais écrire". Cruellement juste, mortellement exact.
    Lorsque sa vie repose sur un mensonge, sur le coup du sort, sur tout sauf sur ce qui sera notre socle : le désir, comment alors trouver la force de grandir?
    Annie ne sera pas l'enfant attendue, l'enfant désirée.
    Elle sera l'enfant secours, l'enfant prothèse.
    Elle respire parce qu'une autre ne respire plus.
    Et c'est à cette autre, cette "non elle", qu'elle n'écrira jamais et par ses mots elle nous le dit.
    Elle est l'enfant de trop, celle dont la vie ne se justifie que par l'absence de l'autre.
    Qui est l'enfant soleil? L'enfant nuit?
    Lorsque l'un apparaît, l'autre disparaît.
    Où trouver sa place dans ce système" mère"?
    Une parole d'enfance bouleversante.
    C'est en écriture qu"Annie trouve enfin sa place. L'autre est morte pour qu'elle puisse écrire. C'est avec ce pacte que la résilience se produit.
    De la malédiction naîtra la création.
    Astrid SHRIQUI GARAIN
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    • Livres 5.00/5
    Par oops, le 15 octobre 2011

    oops
    Le principe de cette collection « Les Affranchis », est que l'auteur doit écrire la lettre qu'il n'a jamais écrite. Dans cette lettre, Annie Ernaux confie au lecteur qu'elle n'était pas l'unique enfant de ces parents comme elle l'a cru pendant les dix premières années de sa jeunesse. Un dimanche d'août 1950, elle surprend une conversation entre sa maman et une jeUne Femme, sa maman raconte qu'ils ont eu une autre fille, qu'elle est morte de diphtérie à l'âge de 6 ans comme une petite sainte, que son mari était fou quand il l'a trouvé morte et « qu' elle était plus gentille que celle là ». Cette scène restera gravée dans sa mémoire à jamais. Bien sûr, elle savait qu'elle n'était pas « gentille », elle l'intrépide et encore moins une petite sainte elle qui a peur de Dieu. Cette conversation lui fait prendre conscience qu'elle a été dupée, elle se croyait l'unique, elle réalise qu'elle arrive en second et que tout l'amour qu'elle a reçu sonnait faux. Ce terrible secret dont aucun de ses parents ne s'est garder de lui parler, a sans doute conditionné tout le reste de son existence, notamment ses rapports avec ses parents. le lecteur ressent par le ton combien l'auteur en veut à ses parents de l'avoir laissée à l'écart de ce chagrin, elle parle d'eux en disant « Elle » et « Lui » comme si ils lui étaient étrangers ! Elle parle de son incompréhension face à cette petite sœur qu'elle n'a pas connue, hormis par quelques photos transmises par des cousines. Toutes ces questions qu'elle s'est posée et qui sont restées sans réponse parce qu'il ne fallait pas réveiller la douleur. Une certaine culpabilité d'être celle qui est restée en vie or qu'elle aussi a failli mourir dans son enfance. Les souvenirs s'étirent tout au long de cette lettre, ils sont douloureux, empreints d'une certaine amertume et d'une forme de respect, le lecteur ne peut que compatir en silence sachant que dans Les années cinquante les conditions sociales, les mœurs, l'éducation étaient autre. La mort d'un enfant est sans doute l'épreuve la plus douloureuse qui soit pour des parents, l'auteur a su respecter le choix de ses parents de ne rien dire mais à quel prix ?

    Lien : http://ma-bouquinerie.blogspot.com
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    • Livres 4.00/5
    Par Seraphita, le 20 juin 2011

    Seraphita
    « L'autre fille » d'Annie Ernaux a été publié en mars 2011 dans la collection « Les Affranchis » de l'éditeur NiL. Comme le souligne la première page qui vise à présenter cette collection : « Quand tout a été dit sans qu'il soit possible de tourner la page, écrire à l'autre devient la seule issue. Mais passer à l'acte est risqué. Ainsi, après avoir rédigé sa Lettre au père, Kafka avait préféré la ranger dans un tiroir. Ecrire une lettre, une seule, c'est s'offrir le point final, s'affranchir d'une vieille histoire. La collection « Les Affranchis » fait donc cette demande à ses auteurs : « Ecrivez la lettre que vous n'avez jamais écrite ». »
    Annie Ernaux a écrit une lettre à un destinataire dont elle sait qu'elle ne la lira jamais : elle écrit à sa sœur, décédée deux ans avant sa naissance. Une sœur qu'elle n'a jamais connue, qui n'a jamais été sujet de conversation avec ses parents. Elle apprend son existence par hasard, durant son enfance, au détour d'une conversation surprise au cours d'un jeu, dont elle n'était pas la destinataire. Sa mère « raconte qu'ils ont eu une autre fille que moi et qu'elle est morte de la diphtérie à six ans, avant la guerre, à Lillebonne » (p. 16). « Elle dit de moi elle ne sait rien, on n'a pas voulu l'attrister. A la fin, elle dit de toi elle était plus gentille que celle-là. Celle-là, c'est moi » (Ibid.). Ces mots surpris par hasard vont tisser toute son existence, reconstruisant le sens du passé, proposant un nouveau sens pour le futur. de longues supputations émergent alors dans l'esprit d'Annie Ernaux : elle est née alors que sa sœur est morte. Elle est née parce que sa sœur est morte. Une culpabilité surgit. Des doutes également, un questionnement sur le sens de la vie.
    Les mots sont toujours justes, l'auteure a su prendre de la distance avec ce vécu douloureux. En même temps, les émotions restent intactes derrière des mots qui cherchent à nommer, à mettre à distance, des paroles à la fois blessantes et fondatrices. Cette lettre courte m'a permis de me poser une question : comment fait-on pour écrire une lettre à un destinataire qui ne vous lira jamais ? Quel sens cela a-t-il pour l'auteure ? Elle esquisse une réponse à la fin : « peut-être que j'ai voulu m'acquitter d'une dette imaginaire en te donnant à mon tour l'existence que ta mort m'a donnée. Ou bien te faire revivre et remourir pour être quitte de toi, de ton ombre. T'échapper. » (p. 77)
    Un livre poignant, une intention originale, à la fois de l'éditeur (et de la collection créée) et de l'auteure. J'aurais aimé cependant un style un peu différent, sans pouvoir préciser vraiment en quoi, sinon former le souhait d'une écriture un peu plus poétique.
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Critiques du Magazine Littéraire



  • Critique de Évelyne Bloch-Dano pour le Magazine Littéraire

    Dans L'Autre fille, Annie Ernaux écrit une lettre à sa soeur, morte à l'âge de six ans, deux ans avant la naissance de l'auteur. En 1952, elle avait découvert ce secret de famille par hasard, par une réflexion... > lire la suite

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Citations et extraits

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  • Par mandarine43, le 21 février 2012

    [ Incipit ]

    C'est une photo de couleur sépia, ovale, collée sur le carton jauni d'un livret, elle montre un bébé juché de trois quarts sur des coussins festonnés, superposés. Il est revêtu d'une chemise brodée, à une seule bride, large, sur laquelle s'attache un gros nœud un peu en arrière de l'épaule, comme une grosse fleur ou les ailes d'un papillon géant. Un bébé tout en longueur, peu charnu, dont les jambes écartées avancent, tendues jusqu'au rebord de la table. Sous ses cheveux bruns ramenés en rouleau sur son front bombé, il écarquille les yeux avec une intensité presque dévorante. Ses bras ouverts à la manière d'un poupard semblent s'agiter. On dirait qu'il va bondir. Au-dessous de la photo, la signature du photographe - M. Ridel, Lillebonne - dont les initiales entrelacées ornent aussi le coin supérieur gauche de la couverture, très salie, aux feuillets à moitié détachés l'un de l'autre.
    Quand j'étais petite, je croyais - on avait dû me le dire - que c'était moi. Ce n'est pas moi, c'est toi.
    Il y avait pourtant une autre photo de moi, prise chez le même photographe, sur la même table, les cheveux bruns pareillement en rouleau, mais j'apparaissais dodue, avec des yeux enfoncés dans une bouille ronde, une main entre les cuisses. Je ne me souviens pas avoir été intriguée alors par la différence, patente, entre les deux photos.

    Aux alentours de la Toussaint je vais au cimetière d'Yvetot fleurir les deux tombes. Celle des parents et la tienne. D'une année sur l'autre j'oublie l'emplacement mais je me repère à la croix haute et très blanche, visible depuis l'allée centrale, qui surmonte ta tombe, juste à côté de la leur. Je dépose sur chacune un chrysanthème de couleur différente, quelquefois sur la tienne une bruyère, dont j'enfonce le pot dans le gravier de la jardinière creusée exprès, au pied de la dalle.
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  • Par Labyrinthiques, le 15 octobre 2011

    Naturellement, je l'adorais. On disait qu'elle était une belle femme et que j'étais
    de son « côté ». Je m'enorgueillissais de lui ressembler. Je la détestais parfois et je levais le poing devant la glace de l'armoire en souhaitant qu'elle meure. T’écrire c'est te parler d'elle sans arrêt, elle la détentrice du récit, la profératrice du jugement, avec qui le combat n'a jamais cesse, sauf a la fin, quand elle était si misérable, si perdue dans sa déraison et que je ne voulais pas qu'elle meure.

    Entre elle et moi c'est une question de mots.
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  • Par InColdBlog, le 06 août 2011

    Dans quelques jours j’irai sur les tombes, comme d’habitude à la Toussaint. Je ne sais pas si j’aurai cette fois quelque chose à te dire, si c’est la peine. Si j’aurai de la honte ou de la fierté à avoir écrit cette lettre, dont le désir de l’entreprendre me reste opaque. Peut-être que j’ai voulu m’acquitter d’une dette imaginaire en te donnant à mon tour l’existence que te mort m’a donnée. Ou bien de te faire revivre et remourir pour être quitte de toi, de ton ombre. T’échapper.
    Lutter contre la longue vie des morts.
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  • Par luocine, le 15 avril 2011

    tu n’as d’existence qu’au travers de ton empreinte sur la mienne. T’écrire, ce n’est rien d’autre que faire le tour de ton absence. D écrire l’héritage d’absence. Tu es une forme vide impossible à remplir d’écriture.

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  • Par oops, le 14 octobre 2011

    S'ils ne voulaient pas que je sache ton existence, c'est que je devais ne rien demander. Me conformer à leur désir de mon ignorance de toi. Il me semble que transgresser la loi mais je ne l'ai même pas imaginé aurait été égal à proférer une obscénité devant eux, sinon pire, [...]
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La grande librairie 01/12/2011 sur France 5 de François Busnel, Annie Ernaux parle de son nouveau livre "Ecrire la vie"








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