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ISBN : 2266149849
Éditeur : Pocket (2004)


Note moyenne : 4.05/5 (sur 914 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
Giovanni Drogo a choisi la carrière des armes. Dans une forteresse oubliée, aux confins de la frontière du Nord, il attendra de longues années, face à l'étendue aride, le début d'une guerre improbable. Jusqu'au jour où les mirages du désert s'animeront.
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par strummer, le 18 février 2013

    strummer
    Je viens de finir ce roman et j'ai le merveilleux sentiment d'avoir lu un authentique chef d'oeuvre. Ce Désert des Tartares m'a accompagné et hanté par son pessimisme et son côté torturé, puis la fin du livre m'a rassuré tout comme cet aphorisme célèbre de Nietzsche " Tout choix est un renoncement".
    L'histoire est simple : Drogo jeune officier est affecté à un fort non loin du Désert des Tartares, les jours se suivent et se ressemblent, puis deviennent des années etc... (je m'arrête là car sinon je dévoile tout le roman)
    Ce qui m'a frappé (entre autre chose) c'est la maîtrise du récit sur le plan temporel.
    Les personnages sont magnifiques et Drogo pourrait être un cousin germain de Bardamu (la révolte en moins).
    Mais le personnage clé du roman est fait de pierres, de chemin de rondes, de redoutes c'est le fort Bastiani : il parle, il chante, il change et pourtant il est immuable ; sûrement un lointain cousin de l'abbaye du nom de la rose.
    Certains passages rappellent les plus belles heures de "la grande peur dans la montagne". (le ruissellement de l'eau sur les rochers, la course des nuages..)
    Les militaires sont déterminés et en même temps plein de doutes ; ici il n'est pas question d'actes héroïques, de sabre au clair, de champs de bataille, le combat est intérieur et il se livre seul.
    C'est un roman épuré, plein d'aphorismes magnifiques et d'une fantastique sensibilité.

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    • Livres 5.00/5
    Par LydiaB, le 10 janvier 2013

    LydiaB
    On a souvent comparé le style de Buzzati à celui de Kafka. Pourtant, il existe bien une différence entre les deux. Certes, l'absurde apparaît chez l'un comme chez l'autre. Cependant, là où Kafka enferme ses personnages sans vraiment leur laisser de marge de manoeuvre, Buzzati leur laisse le choix. Et c'est bien ce qui arrive ici à ce jeune militaire, Giovanni Drogo. Affecté au fort Bastiani, Drogo découvre qu'il est loin de tout. Face à l'édifice, se trouve une vaste étendue appelée "le désert des Tartares", lieu où est censé se trouver l'ennemi. Mais le règlement très codifié du fort ne lui plaît guère, pas plus que l'isolement. Drogo cherche à partir de cette espèce de forteresse...
    Roman de l'attente, roman de l'absurde, le Désert des Tartares est, sans conteste, un véritable chef-d'oeuvre. On tourne les pages frénétiquement et cela m'a fait le même effet que lorsque j'ai lu pour la première fois du Beckett. On aime ou on n'aime pas, mais il faut avouer que ces auteurs n'ont pas leur pareil pour placer le lecteur dans une position d'attente.

    Lien : http://www.lydiabonnaventure.com/litt%C3%A9rature-des-xxe-et-xxie-si..
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    • Livres 5.00/5
    Par lecassin, le 06 septembre 2012

    lecassin
    Giovanni Drogo, fraîchement sorti de l'académie militaire qui forme les officiers reçoit son affectation : la citadelle de Bastiani, dernier rempart avant la frontière d'un territoire ennemi ; au milieu de nulle part, si tant est que le désert puisse être nulle part…
    Le désert des Tartares , premier roman de Dino Buzzati est l'histoire d'une attente. Celle de l'hypothétique attaque de l'Ennemi. L'officier Drogo est là, il veille… L'ennemi est là, lui aussi, tout près …et Drogo le sait …Même sans le voir, il le sent, il l'attend … il est prêt, il ne pourra pas lui échapper…Et Drogo se couvrira de gloire en le repoussant.

    Chacun selon son vécu pourra trouver matière à interprétation, dans la filiation de Kafka, de Camus, voire de Sartre…"Le Désert des Tartares", un roman pesant, puissant, oppressant qui traite de la solitude de l'Homme traversant le désert de sa vie, du sens (ou du non-sens) de celle-ci, de l'obsédante fuite du temps … Bref, un chef d'oeuvre mondialement reconnu comme tel.
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    • Livres 5.00/5
    Par Yggdrasil, le 12 mai 2013

    Yggdrasil
    Coup de ventricule gauche !
    Je m'appelle Giovanni Drogo. Jeune lieutenant, je rêve de gloire, de batailles et d'actes héroïques. Chevauchant, l'épée dressée devant moi, ma détermination inspire à la terreur. Je suis le fourreau de mon arme, je sens le tranchant et la force du métal sur ma peau. Mes hommes se réfugient derrière ma fougue et mon audace et ensemble nous terrassons l'ennemi. Tels sont mes rêves en ces nuits arides dans cette citadelle de Bastiani, où je viens d'échoir. Mais, ma vie passe inéluctablement, je la vois qui défile à côté de moi. Je ne la maitrise pas, elle m'échappe depuis que je suis ici. le quotidien m'assaille et m'ennuie. Je suis devenu un figurant, loin de la vie que j'avais imaginé. J'aimerai vivre, mais je ne possède pas cette chance. Je subis de plein fouet la monotonie de cette affection. Combien de fois n'ai-je pas désiré fuir, combattre et mourir face à cet ennemi furtif.
    Face à moi le désert, salvateur ou mortifère, mystérieux et intrigant m'appelle. Je contemple mon destin dans cette étendue inhabitée, attendant la rencontre avec mon destin. C'est peut-être ce soir ? Un cheval vient de rentrer sans son cavalier. Je frémis, je tremble, je suis prêt à affronter ma gloire, à oublier mes craintes, mes phobies. Je vais devenir acteur de ma vie, je vais vivre. Non, las, fatigué, je me recroqueville dans mes rêves, je m'isole et m'éloigne des autres. le temps file. Chaque espoir se révèle vain, je suis désormais commandant d'une armée expectante.
    Depuis combien d'années suis-je ici à errer dans ce fort ? Je suis vieux et usé, je ne réaliserai pas mes ambitions, point de gloire pour moi. le combat est désormais tout autre, je n'ai point vécu pour guerroyer, non mon ennemi est tout autre, proche de moi. Je sens qu'il se rapproche, me happe, je sens son souffle froid envahir mes membres, mon coeur se pétrifie. Mon adversaire ne viendra pas du désert, monter sur son alezan arme au poing, vociférant pour m'effrayer. Non, il est plus sournois, il tournoie, virevolte, m'enserre dans sa cape noire, me frôlant au passage de sa longue faux…
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    • Livres 5.00/5
    Par Arakasi, le 03 septembre 2014

    Arakasi
    « Je m'appelle Zangra et je suis lieutenant.
    Au fort de Belonzio qui domine la plaine.
    D'où l'ennemi viendra qui me fera héros ! »
    Impossible de débuter la lecture du « Désert des Tartares » sans songer à la chanson de Jacques Brel, ce qui n'a rien d'étonnant puisque ladite chanson, « Zangra », a été directement inspirée du roman de Dino Buzzati. Voyez plutôt. Nous sommes au fort de Bastiani, citadelle délabrée et située en marge de toute civilisation. En face s'étend le désert des Tartares, immense étendue de pierre blanche où jadis rôdaient de terribles barbares mais où pas un signe de vie n'a été détecté depuis maintenant des siècles. Pourtant le fort est toujours là et la garnison attend. Qu'attend-elle ? Nul n'a l'air d'en être tout à fait sûr et surtout pas le lieutenant Giovanni Drogo, jeune officier tout droit débarqué de la ville et dans les rêves martiaux s'effritent peu à peu aux murailles poudreuses de Bastiani.
    La vie au fort est si terne, le temps si long, les jours si gris… Alors pourquoi notre jeune lieutenant refuse-t-il sa mutation quand, après quatre pénibles mois de service, le médecin de la citadelle lui propose aimablement de le faire porter pâle pour retourner à la ville ? C'est que Drogo espère et que, tout au fond de lui, il sait. Il sait que, tôt ou tard, apparaitra sur l'étendue blanche du désert un petit point noir, que ce petit point noir grossira pour devenir une tache, puis cette tache deviendra une armée, une armée hurlante et grouillante qui s'abattra sur les murailles de Bastiani. Alors, Drogo se dressera, seul rempart entre la barbarie et la civilisation, il saura se battre et vaincre, et son nom rentrera pour toujours dans l'Histoire de son pays. Qu'importe quelques mois ou quelques années perdus, Drogo n'est-il pas encore jeune ? N'aura-t-il pas le temps, une fois sa gloire assurée, de goûter les plaisirs de la vie et de l'amour ? Regardez-le, notre beau lieutenant ! Regardez-le sur ses remparts, le manteau claquant sur ses épaules et le poing sur la hanche, magnifique et tragiquement inconscient, il attend l'ennemi qui le fera héros.
    Ben, voilà, maintenant j'ai le cafard. Grand merci, monsieur Buzatti, vraiment ! C'est bien gentil de votre part d'écrire des chefs-d'oeuvre, mais pourquoi les faire si tristes, si sombres, si désabusés ? Pas besoin d'avoir la fibre militaire pour s'identifier au malheureux Drogo, tant son histoire est semblable à celles de millions d'autres hommes qui, dans l'attente d'un destin fabuleux mais incertain, laissent leur vie leur glisser entre les doigts. Qui que vous soyez, « le désert des Tartares » vous parlera et vous plombera le moral, car si nous ne pensons pas être des Drogos, nous craignons tous un peu de le devenir un jour… Superbement écrit et franchement désespérant.
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Citations et extraits

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  • Par puce6386, le 22 juillet 2015

    Inexplicablement, le temps s’était mis à s’enfuir de plus en plus vite, engloutissant un jour après l’autre. Il suffisait de regarder autour de soi et déjà la nuit tombait, le soleil disparaissait à l’horizon et reparaissait de l’autre côté pour éclairer un monde couvert de neige.

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  • Par puce6386, le 21 juillet 2015

    C’est ainsi qu’une page est lentement tournée, elle retombe de l’autre côté, s’ajoutant aux autres déjà terminées, pour le moment, cela ne fait qu’une mince couche, celles qui restent à lire, en comparaison, forment un tas inépuisable. Mais c’est tout de même une page de plus qui est terminée, mon lieutenant, une portion de vie.

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  • Par puce6386, le 20 juillet 2015

    Là-bas, dans la plaine du Nord, cet inoffensif fantôme d'armée se déploie et, dans le fort, tout stagne à nouveau, au rythme habituel des jours.

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  • Par puce6386, le 19 juillet 2015

    Illusion tenace, la vie lui semblait inépuisable, bien que sa jeunesse eût déjà commencé de se faner. Mais Drogo ignorait ce qu'était le temps.

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  • Par genou, le 02 novembre 2013

    Jusqu’alors, il avait avancé avec l’insouciance de la première jeunesse, sur une route qui, quand on est enfant, semble infinie, où les années s’écoulent lentes et légères, si bien que nul ne s’aperçoit de leur fuite. On chemine placidement, regardant avec curiosité autour de soi, il n’y a vraiment pas besoin de se hâter, derrière vous personne ne vous presse, et personne ne vous attend, vos camarades aussi avancent sans soucis, s’arrêtant souvent pour jouer. Du seuil de leurs maisons, les grandes personnes vous font des signes amicaux et vous montrent l’horizon avec des sourires complices ; de la sorte, le cœur commence à palpiter de désirs héroïques et tendres, on goûte l’espérance des choses merveilleuses qui vous attendent un peu plus loin ; on ne les voit pas encore, non, mais il est sûr, absolument sûr qu’un jour on les atteindra.

    Est-ce encore long ? Non, il suffit de traverser ce fleuve, là-bas, au fond, de franchir ces vertes collines. Ne serait-on pas, par hasard, déjà arrivé ? Ces arbres, ces prés, cette blanche maison ne sont-ils pas peut-être ce que nous cherchions ? Pendant quelques instants, on a l’impression que oui, et l’on voudrait s’y arrêter. Puis l’on entend dire que, plus loin, c’est encore mieux, et l’on se remet en route, sans angoisse.

    De la sorte, on poursuit son chemin, plein d’espoir ; et les journées sont longues et tranquilles, le soleil resplendit haut dans le ciel et semble disparaître à regret quand vient le soir.

    Mais, à un certain point, presque instinctivement, on se retourne et l’on voit qu’un portail s’est refermé derrière nous, barrant le chemin de retour. Alors, on sent que quelque chose est changé, le soleil ne semble plus immobile, il se déplace rapidement ; hélas ! on n’a pas le temps de le regarder que, déjà, il se précipite vers les confins de l’horizon, on s’aperçoit que les nuages ne sont plus immobiles dans les golfes azurés du ciel, mais qu’il fuient, se chevauchant l’un l’autre, telle est leur hâte ; on comprend que le temps passe et qu’il faudra bien qu’un jour la route prenne fin.

    A un certain moment, un lourd portail se ferme derrière nous, il se ferme et est verrouillé avec la rapidité de l’éclair, et l’on n’a pas le temps de revenir en arrière. Mais, à ce moment-là, Giovanni Drogo dormait ignorant, et dans son sommeil, il souriait, comme le font les enfants.

    Bien des jours passeront avant que Drogo ne comprenne ce qui est arrivé. Ce sera alors comme un réveil. Il regardera autour de lui, incrédule ; puis il entendra derrière lui un piétinement, il verra les gens, réveillés avant lui, qui courront inquiets et qui le dépasseront pour arriver avant lui. Il entendra les pulsations du temps scander avec précipitation la vie. Aux fenêtres, ce ne seront plus de riantes figures qui se pencheront, mais des visages immobiles et indifférents. Et s’il leur demande combien de route il reste encore à parcourir, on lui montrera bien encore d’un geste l’horizon, mais sans plus de bienveillance ni de gaieté. Cependant, il perdra de vue ses camarades, l’un demeuré en arrière, épuisé, un autre qui fuit en avant de lui et qui n’est plus maintenant qu’un point minuscule à l’horizon.

    Passé ce fleuve, diront les gens, il y a encore dix kilomètres à faire et tu seras arrivé. Au lieu de cela, la route ne s’achève jamais, les journées se font toujours plus courtes, les compagnons de voyage toujours plus rares, aux fenêtres se tiennent des personnages apathiques et pâles qui hochent la tête.

    Jusqu’à ce que Drogo reste complètement seul et qu’à l’horizon apparaisse la ligne d’une mer démesurée, immobile, couleur de plomb. Désormais, il sera fatigué, les maisons le long de la route auront presque toutes leurs fenêtres fermées et les rares personnes visibles lui répondront d’un geste désespéré : ce qui était bon était en arrière, très en arrière, et il était passé devant sans le savoir. Oh ! il est trop tard désormais pour revenir sur ses pas, derrière lui s’amplifie le grondement de la multitude qui le suit, poussée par la même illusion, mais encore invisible sur la route blanche et déserte.

    A présent, Giovanni Drogo dort à l’intérieur de la troisième redoute. Il rêve et il sourit. Pour la dernière fois, viennent à lui, dans la nuit, les douces images d’un monde totalement heureux. Gare à lui s’il pouvait se voir lui-même, tel qu’il sera un jour, là où finit la route, arrêté sur la rive de la mer de plomb, sous un ciel gris et uniforme, et sans une maison, sans un arbre, sans un homme alentour, sans même un brin d’herbe, et tout cela depuis des temps immémoriaux.
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