> Jean Dutourd (Autre)

ISBN : 2070360075
Éditeur : Gallimard (1972)


Note moyenne : 3.83/5 (sur 431 notes) Ajouter à mes livres
Santiago est un vieux pêcheur dans une mauvaise passe - quatre-vingt-quatre jours sans une prise. Il part en solitaire sur cet océan qui est sa vie, sa raison d’être. Confiant, Santiago est persuadé de trouver quelque chose, plus loin, toujours plus loin. Lorsque le vieil homme se retrouve face à un gigantesque espadon, promesse d’une prise sans précédent, la lutte commence. Le pêcheur n’imagine pas rentrer sans ce poisson. S’en suivent trois jours et deux nuits de combat, sans repos ni vivres, qui mènent Santiago au bout de ses forces. Une lutte entre l’homme et la nature, dans l’effort et l’honneur. L’espoir se perd, puis renaît, marquant à jamais la vie de ce vieux pêcheur et son amour pour la mer.
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Critiques et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par ianf, le 08 septembre 2011

    ianf
    "Le vieil homme et la mer", c'est l'histoire on ne peut plus simple d'un pêcheur et de l'amour de sa vie, la mer. L'océan rythme sa vie, semble être le seul élément avec lequel il est en symbiose. Il le comprend, lui parle, le vit. Cet amour, cependant, n'est pas parfait : la mer ne le lui rend pas toujours. Et, depuis quatre-vingt-quatre jours, elle a témoigné de sa colère, car le pêcheur n'a toujours pas attrapé le moindre poisson. Persuadé que le quatre-vingt-cinquième jour sera celui de "la veine", il part en mer, loin, très loin, toujours plus loin. Et puis, soudain, un espadon attrape l'hameçon. La lutte commence...
    Immense métaphore du voyage et de l'effort, ce récit se nourrit d'un langage brut, débarrassé des fioritures. Les mots d'Hemingway sont autant de balles perforantes qui pénètrent notre esprit et impriment une image, jamais décrite, mais toujours suggérée. En faisant au plus simple et au plus direct, Hemingway donne toute sa puissance, sa force et son émotion au texte. Il s'en dégage une intensité rare.
    Cette puissance sert à merveille cette histoire qui se révèle bien plus complexe qu'elle n'y paraît. En partant en mer, en luttant contre l'espadon, le pêcheur ne cesse de s'interroger : doit-il le tuer ? est-ce un péché ? qui est le plus noble des deux ? L'affrontement, le voyage, l'effort, le combat, la victoire et la défaite sont autant de thèmes que cette parabole aborde avec sincérité et maestria. Comme nombre d'oeuvres se déroulant en mer et synonymes d'initiation par le voyage ("L'Odyssée", bien sûr..), "Le vieil homme et la mer" est une véritable épopée, qui connaît la douleur, la désillusion, le désespoir, mais aussi et surtout la persévérance, la reconnaissance, et enfin, l'apaisement.
    Que le vieux continue de rêver de lions. Il a montré son courage,, il a lutté, et malgré tout, il a gagné. Qu'il se repose désormais. Et nous devrions en faire de même, après cette claque que nous venons de recevoir, en lisant cette superbe épopée.
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    Critique de qualité ? (9 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par LiliGalipette, le 28 juin 2011

    LiliGalipette
    Venez partager vos lectures sur Hemingway sur le forum consacré au challenge Hemingway.
    http://www.babelio.com/forum/viewtopic.php?t=3070

    « Il était une fois un vieil homme, tout seul dans son bateau qui pêchait au milieu du Gulf Stream. En quatre-vingt-quatre jours, il n'avait pas pris un poisson. » (p. 9) Ainsi s'ouvre un conte dont on ne soupçonne pas la violence latente. Comme un grain venu de l'océan, l'histoire restera traitreusement à l'étale jusqu'à l'heure de déchaîner ses furies. le vieux Santiago, le vieux tout simplement, rêve de pêcher un grand poisson, comme il l'a déjà fait une fois. Il part un matin, très tôt et va plus loin que son bateau ne l'a jamais emmené. Après une matinée d'attente, un espadon attrape la ligne. Mais le grand poisson n'est pas décidé à se laisser prendre. Sur des kilomètres, pendant des heures, pendant des jours, il remorque la barque, enragé de se dégager. Dans l'esquif, le vieux pêcheur se cabre, s'assure et ne lâche pas la ligne qui file sous l'eau. le duel dure trois jours. À la fin, la victoire ne sera qu'amère.
    Le vieux n'a pas d'âge. « Tout en lui était vieux, sauf son regard, qui était gai et brave, et qui avait la couleur de la mer. » (p. 10) Ou plutôt, il a l'âge de la mer que lui a donné, celui qu'il a acquis en restant dans sa barque, patient, à attendre la prise. Jamais d'emportement face à l'immensité d'eau, mais une juste et sincère reconnaissance de ses bienfaits et de ses travers. « Il appelait l'océan la mar, qui est le nom que les gens lui donnent en espagnol quand ils l'aiment. On le couvre aussi d'injures parfois, mais cela est toujours mis au féminin, comme s'il s'agissait d'une femme. » (p. 29) L'homme face à la mer ne peut rien, sauf la comprendre et accepter ses états d'âme. « Si la mar se conduit comme une folle, c'est parce qu'elle ne peut pas faire autrement : la lune la tourneboule comme une femme. » (p. 31) L'océan n'est pas un décor du roman, mais ce n'est pas non plus un personnage. C'est davantage une présence omnipotente, une entité hiératique qui s'incarne dans le grand poisson.
    Entre l'homme et l'espadon, le duel s'engage comme dans une arène romaine. Des deux combattants de la mer, il ne peut en rester qu'un. « Poisson, je resterai avec toi jusqu'à ce que je sois mort. » (p. 53) le vieux est prêt à mourir pour tuer le poisson. La pitié n'est pas de mise puisque le respect préside cette danse macabre. « Poisson […] je t'aime bien. Et je te respecte. Je te respecte beaucoup. Mais j'aurai ta peau avant la fin de la journée. » (p. 55) Laisser partir le poisson après l'avoir ferré et blessé, ce serait cruel et irrespectueux. Il ne s'agit pas de prouver la supériorité de l'homme sur l'animal, mais que chaque combattant témoigne de son courage et de sa valeur. L'issue du duel n'est pas certaine, à aucun moment. Et le vaincu est noble jusque dans la défaite.
    Le vieil homme est enfermé dans cette pêche mortelle et pris dans une solitude étourdissante. Parler à voix haute, se répéter les mêmes phrases, s'admonester face à la douleur et à la fatigue, ce n'est pas tout à fait suffisant. le vieux sent qu'il engage un combat fabuleux : il sait qu'il aurait eu besoin d'aide, mais aussi d'un témoin. La carcasse qu'il ramène à terre n'est qu'un piètre trophée. La gloire est restée en mer, l'humilité est tout ce qui reste à l'homme sur le sable. le combat de titans qui a eu lieu au large deviendra un secret des flots.
    À l'opposé de la fatigue et de la vieillesse, il y a l'enfant. Ce gamin a appris à pêcher avec le vieux, mais depuis que ce dernier ne ramène plus rien, les parents du gosse l'ont envoyé sur un bateau qui a de la veine. Pourtant, le gamin reste loyal au vieux. Il l'entoure de soins bourrus où percent une tendresse et un respect immense. le vieux est la mémoire de la mer et le petit est avide d'apprendre. Mais certains savoirs ne se transmettent pas, ils s'éprouvent.
    J'ai lu ce texte pour la première fois à 8 ans. J'en avais gardé le souvenir d'un texte long et inquiétant. L'espadon m'avait terrifiée au-delà de toute mesure. Aujourd'hui, je redécouvre ce texte avec plaisir. L'espadon n'est plus si effrayant et j'ai découvert la majesté de l'histoire. Ce conte maritime emporte loin, sur le chemin où les hommes font les rencontres qui forgent une existence.


    Lien : http://www.desgalipettesentreleslignes.fr/archives/2011/06/28/214991..
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    • Livres 5.00/5
    Par Ellcrys, le 13 octobre 2010

    Ellcrys
    Le récit se déroule à Cuba. Là, Santiago, un vieux pêcheur se démène avec la vie. Cela fait plusieurs semaine que ce vieil homme n'a pas pris un seul poisson. Chaque soir, il revient avec sa barque toujours aussi vide. Pourtant, Santiago ne se résigne pas, il continu, chaque matin, avant le levé du soleil à sortir son petit bateau du port et à aller passer la journée en mer, en quête d'un gros poisson.
    Manolin est un jeune gamin auquel Santiago a appris à pêcher. La malchance du vieil homme à a pêche à contraint les parents du jeune garçon à l'envoyer sur une autre esquif, là où la chance semble être au rendez-vous... car en ces temps de misère, on ne peut pas se permettre de faire des sentiments. Pourtant, Manolin et le vieux sont très attachés. Un lien paternel les unis. le jeune garçon essaye, tant bien que mal, de prendre soin de Santiago.
    Un jour, Santiago, en mer comme toujours, attrappe par chance un énorme poisson (un espadon). Une lutte s'engage alors entre l'homme et la bête. Comment le vieil homme va-t-il s'y prendre pour ramener sur la plage ce cadeau de la providence...
    Bien que ce roman soit court, très court, il n'en reste pas moins bouleversant et puissant. Ce roman est le roman de la lutte : celle de l'homme et de la bête, celle de l'homme face à lui mème, à sa vie, son âge mais, c'est aussi la lutte contre la misère et la résignation. Ce livre est une homme au courage des hommes.
    Santiago aime la mer, ce qui y vit et à un grand respect pour toute vie. Ce fait découle à chaque page. le personnage de Santiago, le vieil homme du titre, le héro de ce roman, m'a littéralement passionné. J'ai été émue par sa force, son courage, sa détermination, par le respect qui l'habite. Respect pour la vie, pour ce gigantesque poisson qui s'est si bien défendu fasse à lui.
    La plume d' Ernest Hemingway est à l'image de son récit : brut, puissante et rapide. Pas le temps de s'ennuyer. le récit s'enchaîne. J'avais vraiment l'impression d'être au côté de Santiago dans ce bateau, j'avais envie de mettre la main à la pâte et de l'aider. J'avais envie de le soutenir, de ne pas abandonner, comme lui.
    La mer est belle, puissante et immensément impressionnante. Ce roman est un roman masculin, car il n'y a qu'une seule femme, la mer. C'est un roman très réaliste dont la puissante s'échappe des pages et nous saute au visage.
    Je n'avais encore jamais lu d'ouvrage de cet auteur, mais ce court roman m'a révélé l'auteur de talent qu'il est. Je vous encourage à lire ce petit livre, si ce n'est pas déjà fait, ou à le relire.
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    • Livres 5.00/5
    Par brigittelascombe, le 11 juin 2011

    brigittelascombe
    Epuisé par les guerres,les mariages,l'alcool et les succés littéraires, Hémingway, le battant, cesse de s'apesantir sur son vécu pour nous faire partager, ici, sa philosophie, celle du vieil homme parti en mer pour livrer un combat sans merci au gros poisson, pour prouver à l'enfant qu'il n'est pas le guignard que ses parents dénoncent, celle du sage qui rentrera bredouille, sa prise ayant été dévorée par des plus féroces mais qui gardera l'espoir, car n'est pas vaincu celui qui a l'amour, et lui il a l'amitié, une amitié pure comme le coeur d'un enfant.
    Deux voix, dans ce récit, les monologues du vieil homme, une voix apre,dénuée de fioritures comme la mer qui l'entoure, naïve dans ses prières, poétique lorsqu'il s'adresse à l'oiseau ou au poisson, émouvante avec l'enfant et celle du narrateur entrecoupée de dialogues, une voix qui nous transporte du côté de la Havane au coeur de l'océan pour le vivre,le sentir et ressentir les émotions du vieil homme, solitaire au sein de la solitude.
    Symphonie de la lumière, ode à la nature et aux couleurs. du simple et de l'intense car si vrai.
    On imagine la ligne verte de la terre sur la toile des collines bleutées,l'eau presque violette,les taches rouges du plancton,les bouquets d'herbes jaunes des sargasses, le sac irisé de la méduse aux filaments pourpre. Et l'on comprend pourquoi ce livre-poème est le conte d'un sage.
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    • Livres 4.00/5
    Par pages-de-lecture, le 18 juin 2009

    pages-de-lecture
    Très beau livre racontant de manière poétique et touchante l'histoire d'un vieux pêcheur qui n'a pas attrapé de gros poisson depuis un certain temps et qui souhaite enfin en attraper un. C'est un homme qui a toujours vécu pour la mer, il aime la mer, "la mar" comme il la nomme, n'est pas comme d'autres pêcheurs qui se mettent à "critiquer" la mer car elle ne leur a pas donné de bonne pêche depuis un certain temps, il aime vraiment la mer et c'est joliment décrit. Ensuite, c'est l'histoire d'une amitié entre le vieil homme et Manolin, l'enfant même si durant pratiquement tout le livre Santiago est seul. Il a très souvent des pensées pour Manolin et j'aime beaucoup ce lien (presque un lien de grand père à petit fils) qui unit les deux personnages. Et c'est surtout l'histoire d'un homme, de ses efforts et de son courage, qui fait tout pour arriver à une victoire qui est dans ce cas un poisson. Hemingway rend vraiment hommage au courage humain, c'est un peu mystifié (selon moi) mais c'est beau, c'est beau de voir un homme donner tout physiquement et moralement pour une victoire. On suit les états d'ame du vieil homme, je me suis reconnue dans certaines de ses pensées car on s'est tous battu (pour des petites ou des grandes choses) et on passe forcément par certaines des phases qui sont narrées dans le livre. Tout ça est écrit dans un très beau style, de belles métaphores sont utilisées. C'est vraiment un plaisir de lire un écrivain qui soigne autant son style. J'ai suivi l'"aventure" de ce vieil homme attachant même si au début j'avais un peu de mal à me mettre dans l'histoire (car au fond ce n'est qu'une histoire de poisson, puis c'est en quelque sorte une longue nouvelle car il n'y a pas de paragraphe ou de chapître), à partir du milieu du livre (qui comporte environ 150 pages), j'étais vraiment dedans et ai lu d'une traite le roman. Je vous conseille de lire ce livre et de bien prendre le temps de le lire.
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Citations et extraits

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  • Par pragmatisme, le 16 octobre 2010

    Il appelait l'océan la mar, qui est le nom que les gens lui donnent en espagnol quand ils l' aiment. On le couvre aussi d'injures parfois, mais cela est toujours mis au féminin, comme s'il s'agissait d'une femme. Quelques pêcheurs parmi les plus jeunes, ceux qui emploient des bouées en guise de flotteurs pour leurs lignes et qui ont des bateaux à moteur, achetés à l'époque où les foies de requin se vendaient très cher, parlent de l'océan en disant el mar, qui est masculin. lls en font un adversaire, un lieu, même un ennemi. Mais pour le vieux. l'océan c' était toujours la mar, quelque chose qui dispense ou refuse de grandes faveurs ; et si la mar se conduit comme une folle, c' est parce qu' elle ne peut faire autrement : la lune la tourneboule comme une femme."
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  • Par pitivier, le 26 janvier 2011

    Le vieil homme était maigre et sec, avec des rides comme des coups de couteau sur la nuque. Les taches brunes de cet inoffensif cancer de la peau que cause la réverbération du soleil sur la mer des Tropiques marquaient ses joues ; elles couvraient presque entièrement les deux côtés de son visage ; ses mains portaient les entailles profondes que font les filins au bout desquels se débattent les lourds poissons. Mais aucune de ces entailles n'était récente : elles étaient vieilles comme les érosions d'un désert sans poissons.
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  • Par isallysun, le 25 août 2011

    [...] C'est beau l'océan, c'est gentil, mais ça peut devenir brutal, bougrement brutal en un clin d'oeil. Ces petits oiseaux-là qui volent, qui plongent, qui chassent avec leurs petites voix tristes, c'est trop délicat pour l'océan.

    Il appelait l'océan la mar, qui est le nom que les gens lui donnent en espagnol quand ils l' aiment. On le couvre aussi d'injures parfois, mais cela est toujours mis au féminin, comme s'il s'agissait d'une femme. Quelques pêcheurs parmi les plus jeunes, [..], parlent de l'océan en disant el mar, qui est masculin. lls en font un adversaire, un lieu, même un ennemi. Mais pour le vieux. l'océan c'était toujours la mar, quelque chose qui dispense ou refuse de grandes faveurs ; et si la mar se conduit comme une folle, c' est parce qu' elle ne peut faire autrement : la lune la tourneboule comme une femme. (pp.34-35)
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  • Par isallysun, le 25 août 2011

    Faut le laisser croire que je suis plus costaud que j'en ai l'air, c'est le bon truc pour l'être vraiment. Je voudrais que ça soit moi le poisson, pensa-t-il. C'est lui qu'a tous les avantages. Moi, j'ai que ma volonté et ma cervelle.» [p.85-86]
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  • Par mandarine43, le 31 juillet 2011

    [ Incipit ]

    Il était une fois un vieil homme, tout seul dans son bateau qui pêchait au milieu du Gulf Stream. En quatre-vingt-quatre jours, il n'avait pas pris un poisson. Les quarante premiers jours, un jeune garçon l'accompagna ; mais au bout de ce temps, les parents du jeune garçon déclarèrent que le vieux était décidément et sans remède salao ce qui veut dire aussi guignard qu'on peut l'être. On embarqua donc le gamin sur un autre bateau, lequel, en une semaine, ramena trois poissons superbes.
    Chaque soir le gamin avait la tristesse de voir le vieux rentrer avec sa barque vide. Il ne manquait pas d'aller à sa rencontre et l'aidait à porter les lignes serrées en spirales, la gaffe, le harpon, ou la voile roulée autour du mât. La voile était rapiécée avec de vieux sacs de farine ; ainsi repliée, elle figurait le drapeau en berne de la défaite.
    Le vieil homme était maigre et sec, avec des rides comme des coups de couteau sur la nuque. Les taches brunes de cet inoffensif cancer de la peau que cause la réverbérations du soleil sur la mer des Tropiques marquaient ses joues ; elles couvraient presque entièrement les deux côtés de son visage ; ses mains portaient les entailles profondes que font les filins au bout desquels se débattent les lourds poissons. Mais aucune de ces entailles n'était récente : elles étaient vieilles comme les érosions d'un désert sans poissons.
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