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> Jean Dutourd (Autre)

ISBN : 2070360075
Éditeur : Gallimard (1972)


Note moyenne : 3.85/5 (sur 1074 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
Le vieil homme part tout seul, sur la mer, dans sa petite barque, à la recherche d'un grand poisson. Le grand poisson mord à son hameçon. Pendant trois jours et deux nuits le vieux luttera contre lui. A la fin, au prix des efforts incroyables, il en viendra à bout. Le vieux installe sa voile et met le cap sur la terre. Au bout d'une heure, les requins arrivent et dévorent le grand poisson. Le vieux en tue autant qu'il peut, mais quand il rentre au port il ne reste du poisson que la tête et l'arête. C'est la condition même de l'homme qui est dépeinte ici; c'est l'histoire du courage humain, de l'énergie humaine, de l'amour des êtres; c'est le poème de la pêche au gros poisson, c'est la victoire du coeur sur le désespoir.
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 3.00/5
    Par NastasiaBuergo, le 30 juillet 2012

    NastasiaBuergo
    À la manière d'un évangile, Le Vieil Homme et la Mer est une lecture à interpréter, ce qui est la définition même d'une parabole. L'histoire en soi ne présenterait pas grand intérêt si sa valeur allégorique ne nous tracassait point l'inconscient au point de nous questionner de la façon la plus intime.
    Qu'elle est donc l'allégorie qu'a souhaité peindre Ernest Hemingway ? Je vais vous donner mon interprétation et, plus que jamais, elle n'engage que moi et ne signifie pas grand-chose.
    Voici donc un homme pauvre, un homme du peuple, comme ils sont des millions, correction, des milliards sur la terre. Il s'échine à essayer de vivre de son travail. Les jours s'écoulent, pareils aux précédents, abîmant chaque jour un peu plus ses vieilles chairs et ses vieux os, dans un combat sans grand espoir, celui de la fortune. Pourtant, à force de s'efforcer, à force de savoirs et de savoir-faire, le vieil homme parvient à accumuler un petit trésor - son petit trésor -. Mais de ce trésor-là, il est écrit, et partout sur la terre, qu'il n'en jouira jamais, car pièce à pièce, il lui sera dérobé, soutiré, par des requins divers. Qui peuvent bien être ces requins ? je vous le laisse deviner. Peut-être bien que les gens bien coiffés qui peuplent les banques et autres malfrats autorisés à dents longues se sentiront (un tout petit peu) visés, qui sait ?
    Le vieil homme s'en ira, aussi nu qu'il est venu au monde, et en pleurant tout autant sur ce qui lui arrive que lorsqu'il était nourrisson fraîchement sorti des entrailles chaudes et moelleuses de sa mère qui lui avaient fait croire à une vie facile.
    Ce livre a donc une saveur plus aigre que douce, le Vieil Homme Est Amer, en somme, mais n'est-ce pas notre lot à tous ? Aussi a-t-il vu la vraie beauté ; le soleil qui scintille, la mer irisée, le beau poisson arc-en-ciel… le reste n'est que bagatelle. Demeure la fierté du travail accompli dans le cours de sa maigre vie et la sensation, vague, que la chance, au lieu d'un mince clin d'œil, aurait pu lui sourire jusqu'au bout…
    Au-delà de cette valeur allégorique sublime qui donne tout son intérêt à l'ouvrage, je suis un peu plus dubitative sur l'écriture, la magie du verbe et le plaisir purement littéraire de cette lecture. Personnellement, je n'y ai pas trouvé tout mon compte, d'où mes trois étoiles seulement, bien que certains passages soient d'une poésie minimaliste et épurée qui confine à l'art extrême-oriental, mais tout ceci n'est que mon misérable avis, c'est-à-dire, pas grand-chose.
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    • Livres 3.00/5
    Par kathy, le 17 mars 2012

    kathy
    L'anecdote même dont est issu ce livre – l'aventure héroïque d'un vieux pêcheur cubain- a été donnée à Ernest Hemingway via une chronique locale. Il s'agissait de la lutte d'un vieil homme avec un gros poisson.
    Pêche au gros, au cours de laquelle le pêcheur doit traquer le poisson et attaquer au bon moment. Se bagarrer avec l'animal (pouvant peser près de 500 kg) et qui n'est pas de tout repos car sa puissance est étonnante sous l'eau. Un véritable combat se déroule alors : le pêcheur mouline, tire, se cambre, se redresse et remouline encore et encore. Si le poisson est robuste, cela peut durer plusieurs heures.
    Mais, dans Le vieil homme et la mer (1936) et au-delà de ce simple fait divers et d'un savoir technique, Ernest Hemingway nous livre bien plus qu'une lutte « ordinaire » contre un gros poisson.
    Il nous raconte l'histoire d'un vieux pêcheur, Santiago, qui, seul sur son bateau, partit capturer un espadon fabuleux au milieu du Gulf-Stream.
    En 130 pages, il nous donne à lire un récit à la fois mythique, épique et lyrique, écologique, philosophique et mystique.
    Dans la dimension MYTHIQUE, il est question de lutte, d'affrontement entre l'homme et les forces de la nature, peuplée de monstres marins.
    Pendant longtemps les profondeurs sous-marines sont restées une énigme pour l'homme. Ce monde vaste et inconnu, donc terrifiant, a fait naître d'innombrables récits peuplés de créatures étranges et menaçantes, sorties tout droit de l'imaginaire collectif.
    La dimension EPIQUE ET LYRIQUE transforme ce récit en un véritable poème de la mer et de l'aventure humaine : une Odyssée de trois jours dans un espace infini, beau, puissant, riche en espèces animales et végétales mais potentiellement dangereux, où l'homme et la nature sont sublimés.
    La dimension ECOLOGIQUE dans laquelle Ernest Hemingway nous propose une image idéale du pêcheur alliant les nécessités alimentaires, la connaissance profonde du milieu naturel et le respect de ses équilibres, la reconnaissance de l'interdépendance des êtres vivants et des éléments. D'où la nécessité pour l'homme d'avoir une attitude responsable dans son quotidien, à l'égard de son univers de vie.
    La dimension PHILOSOPHIQUE où il est question de la lutte d'un homme contre la nature, contre son corps vieillissant, contre sa condition, contre lui-même.
    Seul dans sa barque, au milieu de la mer immense, Santiago nous confie ce qu'il perçoit, ressent, pense ; mais aussi ce qu'il devine grâce à son sens de l'observation et son expérience ; et enfin, ce qu'il voit en imagination quête, défaite et victoire. Il affirme ainsi, à la fois, son humanité profonde, pétrie de faiblesse, et son héroïsme.
    La dimension MYSTIQUE fait jour lors de l'attaque des requins. le pêcheur affirme son sentiment de fraternité avec l'espadon car il a le sentiment de partager un sort commun : « Je regrette bien d'être allé si loin poisson. Ca nous a perdu tous les deux ». Faut-il en conclure à la défaite. Non car il déclare courageusement : « Un homme, ça peut être détruit, mais pas vaincu ». Leçon ultime empreinte d'acceptation de soi, de sérénité et de sagesse.
    Au final, un récit bref mais dense, d'une résonnance universelle et intemporelle.
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    • Livres 5.00/5
    Par MonsieurTouki, le 24 janvier 2013

    MonsieurTouki
    On s'en fout mais je le dis quand même, ce livre est MON livre. LE livre. Celui qui m'aura rendu amoureux. Amoureux de lire. Amoureux des mots. Amoureux des gens, de leur histoire. Un livre qui m'aura initié malgré lui, probablement, à la tolérance, à l'acceptation d'autrui, de ses souhaites, de ses aspirations, de son destin même peut-être.
    Ce livre n'est pas un guide, il est le déclencheur.Quand, à 8 ans, je le lus pour la première fois, ma vie bascula, mon esprit chavira. Mon cerveau fit émerger une partie jusque là enfouie…. la curiosité, insatiable, inextinguible, inexpugnable et autres adjectifs à quatre syllabes.
    Bref, ce livre, ce chef d'oeuvre, l'histoire d'un homme, un vieil homme même, et de sa vie, la mer.
    « Il regarda la mer et sut comme il était seul. Mais il distinguait les prismes de l'eau sombre et profonde, et la ligne qui le tirait vers l'avant, et l'étrange ondulation du calme. Les nuages s'accumulaient maintenant sous le souffle de l'alizé, et quand il regarda droit devant il aperçut un vol de canards sauvages comme découpés contre le ciel et l'eau, puis s'effaçant, puis nets à nouveau et il sut qu'aucun homme n'était jamais seul sur la mer.«
    Un combat, avec un poisson, un gigantesque espadon.
    « Si tu n'es pas fatigué, le poisson, dit-il fort, tu ne dois pas être ordinaire. »
    Un combat cruel, une lutte respectueuse et humble : »Poisson, dit-il, je t'aime et je te respecte beaucoup. Mais je t'aurai tué avant que ce jour finisse«
    Je ne peux pas en dire plus. Je vous laisse découvrir par vous-mêmes les extraits suivants :
    « Il vit d'abord une ombre très sombre qui prit si longtemps pour passer sous son bateau qu'il ne put en croire la longueur.
    – Non, dit-il. Il ne peut pas être gros comme ça ?
    Mais il était aussi gros que ça et lorsqu'à la finn du cercle il émergea à la surface à même pas trente mètres du bateau, il vit sa queue sortir de l'eau. Elle était plus haute qu'une grande lame de faux, et d'un bleu lavande au-dessus du bleu sombre de l'eau. Elle le suivait pendant qu'il nageait juste sous la surface et le vieil homme distinguait maintenant son énorme
    volume, et les rayures mauves qui le zébraient. Il avait replié son épine dorsale, mais les nageoires pectorales étaient largement déployées. »
    et la fin du combat :
    « Alors le poisson eut un soubresaut de vie, avec la mort en lui, et s'éleva haut sur la mer, déployant toute son immense longueur, sa puissance massive et sa beauté. Il sembla suspendu en l'air au-dessus du vieil homme dans son canot. Puis il retomba dans la mer dans un écrasement qui renvoya son écume sur le vieux et remplit son canot. »
    et ben non, le combat ne fait que commencer, éternel recommencement :
    « Ils naviguaient bien, et le vieil homme laissait tremper ses mains dans l'eau salée et essayait de garder la tête claire. Il y avait de hauts cumulus, et assez de cirrus au-dessus d'eux pour qu'il sache que la brise durerait toute la nuit. Et tout le temps le vieil homme regardait le poisson, pour être sûr que c'était vrai. C'était une heure avant que le premier requin les attaque. »
    Monsieur Hemingway, merci.
    Finem Spicere,
    Monsieur Touki.

    Lien : http://monsieurtouki.wordpress.com/2013/01/24/le-vieil-homme-et-la-m..
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    • Livres 4.00/5
    Par juliette2a, le 16 août 2012

    juliette2a
    Mon premier Hemingway, que j'avais hâte de découvrir ! Et un bilan positif, avec un très bon moment de lecture, emportée autour de Santiago, un vieux pêcheur cubain qui n'a plus attrapé de poisson depuis quatre-vingt sept jours, et qui décide le lendemain de tenter une fois de plus la conquête de l'océan.
    Et de là, nous suivons trois journées de lutte, d'acharnement et de bataille du vieil homme face à un immense poisson, un esturgeon ; celui-ci finalement si proche de cet humain, qui va exprimer les mêmes sentiments et qui va finir par émouvoir le pêcheur. Finalement, le poisson sera battu mais Santiago devra encore affronter une horde de requins affamés et c'est le coeur lourd qu'il retournera à La Havane accompagné du squelette de celui qui a été si longtemps son confident...
    Malgré cette fin cruelle pour cet homme si courageux, Ernest Hemingway a voulu exprimer la victoire dans la défaite, tout d'abord la victoire du marin s'en revenant avec le plus gros poisson jamais pêché, mais aussi la défaite car Santiago ne sera jamais reconnu pour son acte admirable...Une très jolie histoire que j'ai dévoré, avec une très jolie morale et je remercie son auteur si doué que je relirais avec joie !
    A lire !!
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    • Livres 5.00/5
    Par BarbaraLux, le 24 août 2012

    BarbaraLux
    Samedi 18 août. Il est tout juste 9h30 et le soleil tape déjà très fort. Pour terminer un livre, j'ai sombré dans le sommeil tard dans la nuit et j'arrive péniblement à me réveiller. La météo annonce pour aujourd'hui une température de 38° à Paris. C'est la canicule !
    Tout en buvant mon café je parcours du doigt les rayons de ma bibliothèque en quête de ma prochaine lecture. Je m'arrête sur Le pic du diable de Deon Meyer, on en dit le plus grand bien, mais l'idée de passer les prochaines heures en Afrique du Sud me fait d'ores et déjà transpirer. C'est la canicule, il va falloir gérer et s'adapter.
    Subitement, mon doigt et mon esprit s'arrêtent. Assoupi entre le portrait de Dorian Gray et le premier tome des Chroniques de San Francisco (étrange classement), le chef d'œuvre d'Ernest Hemingway me fait de l'œil, il me tend les bras, un peu comme s'il avait attendu, patiemment, le parfait moment pour enfin être lu.
    Et voilà comment, en ce jour d'intense chaleur urbaine, j'ai fait le grand plongeon dans Le vieil homme et la mer ...
    "Il était une fois un vieil homme, tout seul dans son bateau qui pêchait au milieu du Gulf Stream. En quatre-vingt-quatre jours, il n'avait pas pris un poisson."
    Depuis son plus jeune âge, Manolin voue une fidèle amitié au vieux pêcheur cubain. Mais depuis que la pêche est mauvaise, le gamin n'a plus le droit de l'accompagner en mer et prendre ainsi le risque de rentrer les mains vides.
    Dans sa barque, Santiago se retrouve désormais en tête à tête avec lui-même. La veille du quatre-vingt-cinquième jour, il décide que quoi qu'il arrive, il pêchera et ramènera au port le plus gros poisson jamais harponné.
    Pendant deux nuits et trois jours, seul, au large de La Havane dont les lumières ont depuis longtemps disparus, Santiago va mener une lutte terrible avec un énorme espadon, le plus gros et le plus bel espadon qu'il n'a jamais tenté d'attraper.
    Le vieil homme et la mer est une fable homérique, un récit grandiose mais écrit avec une telle simplicité qu'il se place à la portée de tous.
    L'épopée fantastique de Santiago est une ode au courage et au non-renoncement. Il est question d'un homme qui décide de braver son destin et qui mettra tout en œuvre pour y parvenir. Peu importe qu'il perde ou qu'il gagne, la victoire réside dans le simple fait de ne pas abandonner, dans l'effort qui sera déployé … et dans Le vieil homme et la mer l'effort est prodigieux.
    Je ne sais pas trop comment, moi qui lis un livre par semaine depuis l'âge de 10 ans, j'ai pu laisser au bord de la route une telle œuvre, une telle leçon de littérature, une telle aventure. Pourquoi personne ne m'a donc jamais dit : "Tu devrais lire Le vieil homme et la mer, c'est un livre magnifique !". Mais j'aime à penser que si je l'avais lu à 14 ans je ne l'aurai peut-être pas si bien compris.
    Le chef d'œuvre d'Hemingway m'a réellement bouleversé … et je réalise avec effroi que je n'ai jamais lu Faulkner.

    Lien : http://postface.fr
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Citations et extraits

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  • Par pragmatisme, le 16 octobre 2010

    Il appelait l'océan la mar, qui est le nom que les gens lui donnent en espagnol quand ils l' aiment. On le couvre aussi d'injures parfois, mais cela est toujours mis au féminin, comme s'il s'agissait d'une femme. Quelques pêcheurs parmi les plus jeunes, ceux qui emploient des bouées en guise de flotteurs pour leurs lignes et qui ont des bateaux à moteur, achetés à l'époque où les foies de requin se vendaient très cher, parlent de l'océan en disant el mar, qui est masculin. lls en font un adversaire, un lieu, même un ennemi. Mais pour le vieux. l'océan c' était toujours la mar, quelque chose qui dispense ou refuse de grandes faveurs ; et si la mar se conduit comme une folle, c' est parce qu' elle ne peut faire autrement : la lune la tourneboule comme une femme."
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  • Par kathy, le 16 mars 2012

    - Eh bien, alors, bonsoir. Je te réveillerai demain matin.
    - C'est toi qu'es mon réveille-matin, dit le gamin.
    - Moi, c'est mon âge qu'est mon réveille-matin, dit le vieux. Pourquoi que les vieux se réveillent tôt? C'est-y pour avoir des jours plus longs?

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  • Par porthos, le 26 septembre 2012

    "Peu avant la tombée de la nuit, alors qu'ils passaient à proximité d'un grand îlot d'herbe des Sargasses qui se soulevait et ondulait dans la houle comme si la mer faisait l'amour sous une couverture jaune, une dorade mordit à la petite ligne de l'arrière. Le vieux l'aperçut quand elle sauta. Elle se tordait, elle donnait de furieux coups de queue. C'était un vrai lingot d'or dans le soleil rasant."
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  • Par NastasiaBuergo, le 31 juillet 2012

    Il démonta le mât, amena la voile et la plia. Ensuite, il mit le mât sur son épaule et commença à monter la côte. C'est alors qu'il éprouva l'immensité de sa fatigue. Il s'arrêta un instant, se retourna et aperçut dans la lumière du réverbère la grande queue de l'espadon qui se dressait, bien plus haute que la poupe de la barque. Il distingua la ligne blanche et nue que dessinait l'arête, ainsi que la masse sombre de la tête, l'épée et ce vide, tout ce vide.
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  • Par vhannan, le 17 octobre 2012

    Il eut beau pomper tant et plus, rien ne se produisit. Le poisson s'éloigna lentement et le vieux ne put le hisser d'un centimètre. Sa ligne était solide et faite pour les grosses prises. Cependant, elle était si tendue contre son épaule que des gouttelettes en jaillissaient. Le filin émettait dans l'eau une espèce de sifflement sourd; le vieux halait toujours, s'arc-boutant contre le banc et se penchant en arrière pour mieux résister. Le bateau commença à se déplacer doucement vers le nord-ouest.
    Le poisson tirait sans trêve; on voyageait lentement sur l'eau calme. Les autres appas étaient toujours au bout de leurs lignes; il n'y avait qu'à les laisser. Je voudrais bien que le gosse soit là, dit le vieux tout haut. Me voilà remorqué par un poisson à présent et c'est moi la bitte d'amarrage ! Si j'amarre la ligne trop près, il est foutu de la faire péter. Ce qu'il faut, c'est se cramponner rant que ça peut et donner du fil tant qu'il en demande. Dieu merci, il va droit devant lui, il descend pas.
    "Qu'est-ce que je fais si il se met dans la tête de descendre? Je me le demande. Qu'est-ce que je fais si il coule et si il crève? je ferai quelque chose. Y a plein de chose que je pourrai faire."
    Il maintenait la ligne contre son dis et guettait l'inclinaison qu'elle gardait dans l'eau; pendant ce temps-là, le bateau voguait à bonne allure vers le nord-ouest.
    "Ça, ça sera sa perte, pensa le vieux. Il peut pas mener ce train-là à perpète."
    Quatre heures plus tard, le poisson nageait toujours, en plein vers le large, remorquant la barque, et le vieux s'arc-boutait toujours de toutes ses forces, la ligne en travers du dos.
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