Tirées de son ouvrage «
Microfictions », ces nouvelles brèves ne dépassant pas une ou deux pages rendent compte du sentiment amoureux dans ce qu'il a de plus noir, de plus abject ou décadent.
L'Amour chez
Régis Jauffret ne rime pas avec toujours, il ne s'associe pas à la perception éthérée du Beau, ni ne s'auréole de pensées harmonieuses ou de sentiments purs et immaculés. Ici nul romantisme, nul abandon, nulle inclinaison aimable.
L'amour y est assorti de sentiments vils, méprisables et dégradants. le désir y est sale, honteux et sordide.
Les hommes y sont des monstres, des pervers ou des chiffes molles. « le sexe a toujours eu peu d'importance pour ma femme. Elle a fait coudre le sien. Elle espérait qu'il finirait pas se cicatriser et disparaître sans laisser de trace. »
Les femmes y sont mesquines, dénuées de scrupules ou pétries de ressentiment. « Mon mari ne me tue pas, mais il gagne si mal sa vie qu'il ne vaut guère mieux qu'un meurtrier. Il m'assassine à petit feu avec son salaire miteux. Je suis pourvue de cinq enfants adorables que je laisserais volontiers sur le bord de la route en échange d'une dent en céramique et d'un rendez-vous chez le coiffeur. »
Tous sont acculés par des désirs malsains, ou bien par un manque de désir et un rejet de l'Autre qui confinent à l'obsession.
Misère sexuelle et morale, dénigrement, avilissement et rancœur, expulsés comme un flot de bile à la face du lecteur en séquences brèves certes, mais si dures et si violentes que l'on ne peut lire que peu à peu, avec parcimonie, une histoire à la fois, sous peine de s'en prendre plein la gueule à en avoir la nausée.
« L'amour, marché de dupes, où je n'ai que trop longtemps vendu mes charmes et ma jeunesse, et pleuré des jets d'eau comme si j'avais voulu rincer le trottoir après que tous les étals eurent été démontés. »
Voilà ce que c'est que l'amour selon
Régis Jauffret, un sentiment cruel et impitoyable qui, malgré la qualité de l'écriture, donne envie de s'enferrer dans la solitude…