Ce roman étonnant de par sa construction en deux parties et son organisation en récits imbriqués les uns dans les autres lui donne un intérêt tout particulier à la lecture. La prose d'
Imre Kertész, faite de digressions, de distance et d'autodérision, joue aussi son rôle dans l'intérêt qu'a suscité en moi ce roman narrant le quotidien d'un personnage écrivain (
Imre Kertész lui-même) confronté aux tourments d'un auteur mis au ban des éditeurs officiels d'un régime totalitaire qui lui ont refusé un roman sur l'expérience concentrationnaire. La deuxième partie, magistralement introduite, plongeant le lecteur dans un environnement à la limite du fantastique et n'offrant aucun repère, autant temporel que spatial, prolonge la question existentielle de l'écriture par le récit d'un certain Köves de retour dans son pays et tentant de conduire sa vie dans un environnement qui n'accorde aucune valeur au libre-arbitre.
Selon son éditeur en France, Actes Sud, "
Le refus" est la pièce centrale d'un triptyque de l'absence de destin. le destin étant une sorte de puissance surhumaine fixant à l'avance le cours des événements de toute une vie, on ne peut pas dire de quelqu'un qu'il vit dans une absence de destin, puisque tout le monde est ainsi soumis à la même fatalité, quelle soit ressentie comme maîtrisée ou indépendante de toute volonté propre. Dans ce sens, la remarque de l'éditeur n'a pas de sens. Par contre, si l'on considère le destin comme le cours de l'existence pouvant être modifié par celui qui la vit, l'absence de destin trouve sa justification dans l'œuvre de
Kertész qui y évoque avec une splendide simplicité la formidable résistance qu'oppose le système totalitaire à la volonté d'un homme d'écrire sa propre vie.