Où sont les campus d'antan où des professeurs de lettres besogneux erraient comme des âmes en peine entre les salles de cours, la bibliothèque et la salle des professeurs, l'intelligence en jachère, le coeur en sommeil ? Le jumbo-jet, les médias ont changé tout cela, ar... > voir plus
Toujours l'univers des universités mais décrit avec beaucoup d'ironie. le microcosmos de la connaissance détaillée avec les recherches obscures, la course à la reconnaissance et nos deux protagonistes de "Changement de décor" en personnages principaux.
Un très bon livre. Mais j'ai préféré "Changement de décor" tout de même.
Dans ce roman devenu un classique cité comme référence dans tous les campus, David Lodge suit le parcours de jeunes et moins jeunes universitaires professeurs de lettres pendant plusieurs mois. Il nous dévoile leurs mœurs pas toujours exemplaires, leurs comportements parfois assez scandaleux… C'est une peinture assez drôle et juste de ce « tout petit monde » comme le rappelle, avec pas mal d'ironie, le titre de l'ouvrage. Il se moque avec finesse de leurs illusions à travers notamment le portrait très réussi d'un jeune poète irlandais franchement naïf, Persse MacGarrigle, qui découvre cet univers très particulier, mais aussi de retraités qui continuent à fréquenter les congrès, comme la fringante Sybil Maiden ou de spécialistes reconnus (mais pas toujours aussi malins qu'on pourrait le penser). Un roman vraiment (d)étonnant, non sans longueurs, mais qui reste agréable à lire, à condition d'apprécier l'humour british.
Ayant beaucoup aimé «Changement de décor» et «Jeu de société», j'ai été très déçue par «Un tout petit monde». Bien sûr, les abus et les travers des universitaires sont bien évoqués. Par exemple, on va à des colloques pour y tromper son conjoint, on plagie des collègues (en utilisant une oeuvre non-encore publiée), on donne des conférences où on énonce pompeusement et doctement certaines choses en les disant de manière compliquée afin de tenter de se donner de l'importance... Tout cela est fort juste, mais l'auteur veut tellement nous le rentrer dans le crâne qu'il en fait trop. Il n'y a pas un personnage pour racheter l'autre. Si certains semblent sérieux, comme Persse McGarrigle, ce côté sympathique est détruit par autre chose qui les rend ridicules ou détestables. Dans le cas de Persse, sa folle passion assortie d'une quête modernisée m'a extrêmement agacée! Elle le décrédibilise totalement. D'accord, l'amour est aveugle, mais alors là, il est plutôt stupide! Stupidité renforcée par le fait que, comme le lui fait remarquer Lily, il ne connaît pas vraiment celle qu'il dit aimer.
Surtout qu'Angelica, à force d'être absente, paraît assez terne au lecteur. le peu qu'on finit par apprendre me l'a fait trouver prétentieuse et condescendante. Elle veut s'en sortir, mais ne sait pas ce qu'est l'humilité.
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La satire du milieu universitaire dans le cadre d'un monde "globalisé". Les colloques ressemblent à des marchés culturels, les universitaires comme des biens économiques et les campus comme des marchés...
Mais Un tout petit monde est avant tout un livre culte, comme l'écrit Umberto Eco dans sa préface, d'un humour infini, admirablement construit et d'une acidité réjouissante.
- "Quelle est votre spécialité McGarrigle ?
- Heu, j'ai fait ma recherche sur Shakespeare et T.S. Eliot, dit Persse
- J'aurais pu vous aider dans ce domaine dit Demsey, s'immisçant dans la conversation".
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" C'est un sujet idéal à informatiser, poursuivit Dempsey, vous n'auriez qu'une chose à faire, mettre les textes sur bandes et l'ordinateur vous donnerait la liste de tous les mots et de toutes les constructions syntaxiques que les deux écrivains ont en commun. Vous pourriez ainsi quantifier de manière précise l'influence de Shakespeare sur T.S.Eliot.
- Mais ce n'est pas le sujet de mon mémoire, dit Persse. Il porte sur l'influence de T.S Eliot sur Shakespeare."
...........
[ Plus tard, Persse explique à Angelica la conversation qu'il vient d'avoir avec Dempsey ]:
"J'ai inversé les choses au dernier moment rien que pour rabattre le caquet à ce petit coq de Dempsey
- en fait c'est une bien meilleure idée.
- me voilà bon pour écrire ce livre maintenant, dit Persse.
Tout le monde universitaire semble être en transhumance. La moitié des passagers sur les vols transatlantiques en ce moment sont des professeurs d’université. Leurs bagages sont plus lourds que la moyenne, lestés qu’ils sont de livres et de papiers - plus volumineux aussi car ils doivent prévoir des tenues habillées aussi bien que des vêtements de sport, ce qu’il faut pour assister à des conférences ou pour aller à la plage, ou encore au British Museum, ou au Folk Village. Car si cette ronde des colloques est aussi fascinante, c’est parce qu’elle permet de convertir le travail en jeu, de combiner tourisme et activité professionnelle, et tout cela aux frais de la princesse.
- ....le capitaine a pris le micro pour dire que nous allions devoir faire un atterrissage forçé à cause d'un ennui technique et qu'il fallait nous préparer à quitter l'avion par les sorties de secours. Puis une autre voix masculine nous a dit exactement ce qu'il fallait faire. Je dois reconnaitre que ce type paraissait parfaitement calme, impassible et maitre de lui.
- C'était une cassette, dit Morris. Ils ont des cassettes enregistrées pour toutes les éventualités. J'étais dans un jumbo-jet un jour, et nous volions au dessus des Rocheuses, quand une hôtesse a mis la cassette de largage d'urgence par erreur. Nous étions en train de déjeuner, je me souviens, il faisait un soleil splendide à dix mille mètres d'altitude quand on a entendu soudain : "Nous allons devoir faire un atterrissage forçé sur l'eau. ne vous affolez pas si vous ne savez pas nager.."
Les gens se sont immobilisés instantanément, la fourchette suspendue en l'air..."
Lorsque avril, avec ses douces ondées, a transpercé la croûte sèche de mars jusqu'à la racine et empli toutes les veines de la terre de ce liquide vital qui donne naissance aux fleurs; lorsque le zéphyr, lui aussi, de son souffle suave, a insufflé la vie aux nouvelles pousses tendres, partout dans les taillis et sur les landes, que le jeune soleil a franchi la moitié de son parcours dans le signe du Bélier, et que les petits oiseaux qui dorment toute la nuit les yeux ouverts poussent leur chant (le chant que la Nature inspire à leur coeur), c'est alors, comme l'a fait observer le poète Geoffrey Chaucer il y a bien des années, que les gens éprouvent le besoin de partir en pèlerinage. Sauf que de nos jours, dans les milieux professionnels, on appelle cela plutôt des congrès. (page17)
L’atmosphère bourdonne du babillage incessant de ces universitaires errants qui posent des questions, se lamentent, prodiguent conseils et anecdotes. Avec quelle compagnie avez-vous voyagé ? Votre hôtel a combien d’étoiles ? Pourquoi la salle de conférences n’est-elle pas climatisée ? Ne prenez pas de salade, dans ce pays on utilise de l’engrais humain pour faire pousser la laitue. Laker a des prix imbattables, mais leur terminal à L.A. est minable.
David Lodge - Transfuge magazine . Entretien avec l'écrivain David Lodge, pour le magazine Transfuge, à l'occasion de la parution de sa pièce de théatre, "La Vérité toute nue", en janvier 2007. A 71 ans, David Lodge est connu dans le monde entier pour son érudition élégante teintée d'humour britannique, et sa capacité à épingler par le rire les travers et les onsessions de ses contemporains. A la fois romancier, dramaturge et essayiste, il a en outre gardé de ses années universitaires une passion pour la chose littéraire, dont il tente d'éclairer le procésus. Rencontre avec un joueur de mots.