> Pauline Réage (Traducteur)

ISBN : 2070422100
Éditeur : Gallimard (2002)


Note moyenne : 3.52/5 (sur 63 notes) Ajouter à mes livres
De l'univers des geishas aux rites sacrificiels des samouraïs, de la cérémonie du thé à la boutique d'un antiquaire, Mishima explore toutes les facettes d'un japon mythique, entre légende et tradition. D'une nouvelle à l'autre, les situations tendrement ironiques côtoie... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par Woland, le 03 octobre 2010

    Woland
    Les quatre textes réunis par Folio dans ce petit ouvrage sont eux-mêmes extraits du recueil "La Mort en Eté", également paru chez Gallimard. Mishima insista pour qu'elles fussent traduites directement du texte anglais. Celui-ci avait été obtenu, à parit de l'original japonais, par Donald Keene (pour "Dojoji" et "Les Sept Ponts") et Geoffrey W. Sargent pour les deux dernières nouvelles.
    Reprise moderne de l'un des classiques du théâtre nô, "Dojoji", courte pièce en un acte, conserve son titre originel, lequel fait allusion au temple où se déroule l'histoire primitive. Mishima a également conservé le thème central, à savoir les méfaits de la jalousie. En revanche, personnages et contexte ont complètement changé.
    A la différence de l'héroïne maléfique de la légende qui, par jalousie, tue le moine dont elle est amoureuse, la Kiyoko de Mishima est une victime. Son amant l'a tout d'abord quittée pour suivre une autre femme avant de s'enfuir définitivement dans la Mort. Assommée, gravement dépressive - mais qui ne le serait pas ? - Kiyoko est persuadée qu'il ne lui reste plus qu'à se défigurer dans les lieux mêmes où mourut l'homme aimé. Aux thèmes majeurs de la jalousie et de la souffrance, Mishima ajoute celui, tout aussi important, de la valeur réelle que l'on doit accorder à la beauté : après le décès brutal de son amant, Kiyoko, qui est très belle, se demande à quoi lui sert toute cette beauté et souhaite même la détruire tant elle lui apparaît vaine ...
    "Les Sept Ponts" se déroule dans le milieu des geishas. Trois hôtesses de la Maison des Lauriers et Masako, la fille de leur patronne, décident d'accomplir un curieux pèlerinage. Afin que leur voeu secret se réalise, il leur faut, de nuit, franchir sept ponts parmi les plus importants de la ville en s'arrêtant pour prier à chacun d'eux. Condition primordiale pour garantir le succès de l'opération : pendant toute la durée de l'opération, elles ne doivent, sous aucun prétexte, adresser la parole à personne.
    Les quatre femmes s'en vont donc, suivies de Mina, une servante nouvelle venue aux Lauriers et réputée comme particulièrement fruste et obtuse mais que la mère de Masako a chargée de veiller sur l'équipée de sa fille. Une à une et pour des raisons diverses, les pèlerines se voient contraintes à l'abandon. Seule Mina parvient à tenir bon, au grand dam de Masako, qui ne l'aime guère. La nouvelle se termine le lendemain, sur la jeune fille taquinant Mina afin qu'elle lui révèle son voeu. Cette promenade nocturne paraît avoir établi entre elles une relation nouvelle et moins tendue.
    "Patriotisme", qui raconte par le menu le double suicide du lieutenant Takeyama et de sa femme, tous deux jeunes mariés, n'est pas à conseiller aux âmes sensibles ou suicidaires. Non que le talent de Mishima lui fasse défaut, bien au contraire. Mais l'écrivain y détaille avec un tel soin la scène du seppuku de Takeyama qu'il en finit par hypnotiser son lecteur, qu'il ait le coeur au bord des lèvres ou pas. L'effet en gênera plus d'un, c'est sûr.
    D'un seul coup, on prend conscience de l'intensité de la fascination avec laquelle l'auteur japonais envisageait cet atroce rituel de mort. La description de la douleur pratiquement intolérable qui saisit l'officiant quand il s'éventre prouve en outre que Mishima avait non seulement anticipé ce moment dans son propre sacrifice mais qu'il ne doutait pas d'en tirer une jouissance qu'il ne tenait certes pas pour morbide. (La photo de l'expression faciale de Mishima à ses derniers moments montre d'ailleurs que tel fut le bien le cas.) Et l'on se rappelle alors combien il aimait à expliquer que son premier plaisir sexuel, il le prit à la pré-adolescence, devant une gravure représentant le martyr de Saint Sébastien - fait plus tard relaté dans "Confessions d'un masque."
    Dernière nouvelle du recueil, "La Perle en est sans doute la plus humoristique. Mishima y dépeint, avec finesse et drôlerie, comment la disparition d'une perle à l'occasion d'un goûter d'anniversaire réunissant quatre bonnes amies va redéfinir les relations qui étaient les leurs jusque là. Ces dames appartenant à la haute bourgeoisie, tout cela se double d'une critique assez cruelle de leur caste sociale.
    Au-delà la traduction, on se laisse comme toujours absorber par la perfection du style Mishima, un mélange de poésie naturelle et de réalisme un peu maniaque qui culmine dans "Patriotisme", l'une des nouvelles préférées de son auteur. A propos de "Patriotisme" justement, on constate que la puissance créatrice du romancier est telle qu'il entraîne avec aisance son lecteur avec lui, dans cette espèce de cauchemar éveillé qui clôt le texte, et ceci sans que le lecteur en question songe à protester. On est tenté d'écrire que la fascination de Mishima fascine ceux qui la contemplent par le prisme de la lecture. C'est un peu, ma foi, comme si Mishima nous invitait par procuration à son propre seppuku et, s'il y a là-dedans une forme de narcissisme absolu - qui n'étonne pas chez le personnage - on sent aussi qu'il s'agit là d'un honneur fait avec une rare élégance à toutes celles et tous ceux qui aiment et admirent son oeuvre. ;o)
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    • Livres 4.00/5
    Par Pasdel, le 23 décembre 2011

    Pasdel
    Dojoji  regroupe quatre histoires différentes dont une pièce de théâtre,ce qui en fait un livre assez représentatif de l'œuvre de Mishima,et moins indigeste que "la mer de la fertilité".Les thèmes chers à l'auteur se retrouvent pour l'essentiel dans ce recueil: patriotisme,culte de la force,de la souffrance et de la beauté.
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    • Livres 4.00/5
    Par centrino, le 26 février 2011

    centrino
    Pour une fois, le quatrième de couverture ne trompe pas le lecteur sur la marchandise. Il s'agit bien de faire connaissance en quatre courtes nouvelles avec l'univers de Mishima (pour 2 malheureux euros ! aucune excuse pour ne pas profiter de cette occasion....!). C'est donc par ce court recueil que j'ai commencé. Il m'a plus tant les nouvelles sont différentes tant par la forme (une pièce de théâtre dans "Dodoji"), que le ton (léger dans "La Perle"), et le thème (les geïshas dans "Les Sept Ponts").
    Mention spéciale pour "Patriotisme", où il vaut mieux avoir l'estomac (et le ventre) bien accrochés, tant la violence des mots et des images est forte. le lecteur en devient presque fasciné par la fascination du lieutenant pour la beauté de sa propre mort. Deux thèmes chers à Mishima : beauté et mort; la boucle est bouclée...
    Ce recueil m'a donné envie de poursuivre ma découverte de cet auteur.
    http://centribook.blogspot.com/
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    • Livres 4.00/5
    Par Gangoueus, le 09 février 2009

    Gangoueus
    Ici, le lecteur a droit à quatre nouvelles. Chacune abordant un thème particulier sans lien apparent avec les autres, mettant en scène les chemins sinueux de l'âme humaine. Un jeu qui, avec cet auteur, se révèle fascinant et parfois troublant.
    Dojoji, la première nouvelle, est retranscrit comme une pièce de théâtre. Il y aborde un de ses thèmes récurrents : la beauté. Il est passionnant de voir combien certains auteurs sont obsédés par certaines problématiques. Les jeux de l'esprit et de l'imagination les amènent à produire plusieurs cas de figures détonants. Ici, une belle femme délaissée par son amant pour une autre femme plus âgée, souhaite se vitrioler pour rétablir une communion avec son défunt amoureux. Seulement, la mise en scène de cette nouvelle est tout simplement ubuesque. Je n'en dirai pas plus.
    Les sept ponts reconstitue une sorte de procession qu'entreprennent une nuit, trois geishas et une servante. La démarche semble simple : dans le cadre d'un parcours ritualisé, ces trois jeunes femmes doivent atteindre un temple après avoir traversé sept ponts d'une grande ville japonaise sans avoir ouverts la bouche durant le cheminement et en ayant respecté les différentes rites et évité les différentes rixes. Tout cela pour porter une prière intime. Seulement le chemin va s'avérer extrêmement périlleux. Ici, Mishima permet au lecteur de toucher à la condition des geishas, leur vie communautaire, leurs aspirations secrètes et une forme de spiritualité japonaise. La narration révèle une nouvelle fois, les petites contradictions de l'âme humaine enfermée dans un égoïsme et un égocentrisme et une aspiration au bonheur légitime.
    Le texte le plus troublant reste cependant Patriotisme. Il faut que je précise une chose. Ces nouvelles sont extraites de l'ouvrage Mort en été publié en 1966. Soit 4 ans avant le spectaculaire suicide de Yukio Mishima. Ce texte met en scène le suicide d'un officier de l'armée impériale suite à une insurrection en 1936 entre éléments d'un même corps de cette armée japonaise. Se sentant en porte-à-faux avec la tâche de réprimer les actions de certains de ses amis officiers devenus rebelles, le lieutenant Shinji Takeyama préfère se faire seppuku… avec son épouse. L'essentiel de la nouvelle est une description froide, clinique, précise de ce rituel s'inscrivant dans l'héritage des samouraïs. Mishima ne laisse aucune place au hasard. La fascination, la dévotion de l'épouse pour son bien-aimé prend une dimension quasi-mystique. Une approche qu'un africain ou qu'un occidental aurait du mal à concevoir. le plus troublant dans le fait d'être un lecteur à postériori du suicide de Mishima, qui semble être mis en scène ici, on a du mal à comprendre. J'ai dû mal à comprendre. D'ailleurs, sommes nous obligé de comprendre ? Il y a un autre aspect qui me laisse perplexe. La nouvelle est dénommée Patriotisme. Pourtant les motivations de l'acte de ce lieutenant ne sont pas d'ordre patriotique mais le désir refréné de ne pas être un exécuteur de la répression à l'endroit de ses promotionnaires. Il y a donc là, une contradiction importante où on se demande si ce n'est pas la question de l'esthétique de cet homme, de son couple, la communion dans cet acte qui est le véritable enjeu de ce suicide…
    La dernière nouvelle intitulée La perle est un imbroglio entre quatre femmes quadragénaires autour d'une perle. S'appuyant sur des petites questions d'honneur et les frustrations existant entre ces dames, Yukio Mishima s'amuse à conduire ce quiproquo avec un talent certain.


    Lien : http://gangoueus.blogspot.com/2009/01/yukio-mishima-dojoji-et-autres..
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    • Livres 3.00/5
    Par mimienco, le 23 juin 2009

    mimienco
    4ème de couverture: De l'univers des geishas aux rites sacrificiels des samouraïs, de la cérémonie du thé à la boutique d'un antiquaire, Mishima explore toutes les facettes d'un Japon mythique, entre légende et tradition.
    D'une nouvelle à l'autre, les situations tendrement ironiques côtoient les drames les plus tragiques : que ce soit la jolie danseuse qui remet du rouge à lèvres après avoir renoncé à se défigurer avec de l'acide en souvenir de son amant, Masako, désespérée, qui voit son rêve le plus cher lui échapper, ou l'épouse qui se saisit du poignard avec lequel son mari vient de se transpercer la gorge. Quelques textes étonnants pour découvrir toute la diversité et l'originalité du grand écrivain japonais.
    Mon opinion: bien. Je ne connaissais pas du tout cet auteur, qui d'après sa biographie, a produit une oeuvre considérable! Dans ce recueil de quatre nouvelles, le lecteur entre dans la complexité et la finesse de la société japonaise. Normes, bienséance, patriotisme, amour fou sont réunis dans ce recueil de nouvelles. Chacune d'elle nous livre un petit bout du Japon et de ses codes, dont une en particulier qui m'a particulièrement touchée. Elle raconte l'histoire d'un couple qui décide de se suicider, l'homme par amour pour sa patrie et la femme par amour pour lui. La plume de Mishima est si magnifique qu'elle sublime complètement cet acte tragique.
    Les autres nouvelles sont moins dramatiques (quoique?) mais tout aussi intéressantes d'un point de vue culturel! En somme un recueil de nouvelles à lire pour voyager le temps de quelques pages au pays du soleil-levant!
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Citations et extraits

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  • Par Woland, le 03 octobre 2010

    [...] ... "Ayez la bonté de regarder par ici. Nous avons ici quelque chose d'absolument unique, tant en Orient qu'en Occident, aux temps anciens ou aux temps modernes, une armoire dont le caractère transcende tout usage ordinaire. Les objets que nous vous proposons ont tous été, sans exception, créés par des artistes qui n'avaient que mépris pour les basses idées d'utilité, mais ces créations trouvent leur raison d'être dans l'usage, mesdames et messieurs, que vous leur découvrez. Les gens ordinaires se contentent de produits standard. On achète un meuble comme on achète un animal domestique - parce qu'il convient à la situation et qu'on le voit partout. Ce qui explique l'engouement pour tables et chaises de fabrication industrielle, pour les postes de télévision, et les machines à laver.

    Mais vous en revanche, mesdames et messieurs, vous avez le goût trop raffiné et trop éloigné de ce qui plaît aux masses, pour même daigner jeter un coup d'oeil à un animal domestique - je suis sûr que vous préféreriez infiniment un animal sauvage. Ce que vous avez aujourd'hui devant vous dépasse tout à fait l'entendement d'un homme ordinaire, et n'étaient la hardiesse et l'élégance de vos goûts, personne n'y ferait attention. Voici, exactement, l'animal sauvage dont nous vous parlions. ... [...]
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  • Par Pasdel, le 21 décembre 2011

    Avant de se coucher, Shinji, assis sur la natte, le buste droit, son sabre posé devant lui, avait fait à sa femme un discours militaire. Une femme qui devient femme de soldat doit savoir que son mari peut mourir à tout moment, et résolument l'accepter. Ce pourrait être demain. Ou le jour d'après. Mais, dit-il, peu importe quand, était-elle absolument ferme dans sa résolution de l'accepter ? Reiko se leva, ouvrit un tiroir du secrétaire et y prit le plus cher de ses nouveaux trésors, le poignard que lui avait donné sa mère. Revenue à sa place, elle posa sans un mot le poignard devant elle, comme son mari avait posé son sabre. Ils se comprirent en silence aussitôt, et le lieutenant ne chercha plus jamais à mettre à l'épreuve la résolution de sa femme.
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  • Par Woland, le 03 octobre 2010

    [...] ... Le 10 décembre était l'anniversaire de Mme Sasaki, mais comme elle voulait le célébrer le plus discrètement possible, elle n'avait invité chez elle pour prendre le thé que ses amies les plus proches. Se réunirent donc Mmes Yamamoto, Matsumura, Azuma et Kasuga - toutes avaient quarante-trois ans, le même âge que leur hôtesse.

    Ces dames faisaient partie pour ainsi dire d'une société secrète : Ne Pas Avouer Son Age, et l'on pouvait implicitement compter qu'elles n'iraient pas raconter combien il y aurait de bougies sur le gâteau. N'avoir convié à son anniversaire que des invitées aussi sûres montrait bien la prudence habituelle de Mme Sasaki.

    Pour les recevoir, Mme Sasaki mit une bague ornée d'une perle. Des diamants pour une réunions exclusivement féminine n'auraient pas été du meilleur goût. En outre, les perles allaient mieux avec la couleur de la robe qu'elle portait ce jour-là.

    La réception venait juste de commencer, et Mme Sasaki s'était approchée pour vérifier une dernière fois le gâteau, lorsque la perle, mal enchâssée et qui bougeait déjà un peu, finit par échapper et tomber. Ce qui parut un accident de bien mauvais augure pour l'agrément de la réunion, mais il aurait été encore plus embarrassant que tout le monde s'en aperçût, et Mme Sasaki laissa la perle contre le rebord du grand plat qui contenait le gâteau, en décidant de s'en occuper plus tard. ... [...]
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  • Par Woland, le 03 octobre 2010

    [...] ... Elles virent bientôt s'élever devant elles le pont Miyoshi, le premier des sept ponts qu'elles devaient franchir. Il était curieusement construit en i grec à cause de la fourche que faisait à cet endroit le fleuve. Les bâtiments sinistres de l'Administration centrale du District s'étalaient sur la rive opposée, et le cadran blanc de l'horloge de la tour indiquait une heure inexacte, absurde dans le noir du ciel. Le pont Miyoshi est bordé d'un parapet assez bas, et à chaque angle de la partie centrale, où se rencontrent les trois parties du pont, s'élève un lampadaire à l'ancienne mode d'où retombe un bouquet de lampes électriques. Chaque branche du bouquet porte quatre globes, mais tous n'étaient pas allumés, et ceux qui ne l'étaient pas luisaient d'une blancheur mate sous la lumière de la lune. Des essaims d'insectes voletaient autour des lampes.

    L'eau du fleuve était balayée par le clair de lune.

    A l'extrémité du pont, juste avant de le franchir, les jeunes femmes, conduites par Koyumi, joignirent les mains pour prier. Une faible lumière s'éteignit dans un petit bâtiment proche, d'où sortit un homme, qui venait sans doute de finir ses heures supplémentaires, et quittait son travail le dernier. Il allait fermer la porte quand il aperçut l'étrange spectacle et s'arrêta. ... [...]
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  • Par Woland, le 03 octobre 2010

    [...] ... Reiko s'assit à un demi-mètre environ du corps du lieutenant. Elle ôta le poignard de sa ceinture, regarda longuement l'acier poli de la lame qu'elle porta à sa bouche. L'acier lui sembla légèrement sucré.

    Reiko ne s'attarda pas. Elle se disait qu'elle allait connaître la souffrance qui, tout à l'heure, avait ouvert un tel gouffre entre elle et son mari, que cette souffrance deviendrait une part d'elle-même et elle ne voyait là que le bonheur de pénétrer à son tour dans un domaine que son mari avait déjà fait sien. Dans le visage martyrisé de son mari, il y avait quelque chose d'inexplicable qu'elle voyait pour la première fois. Elle allait résoudre l'énigme. Reiko sentait qu'elle était capable de goûter enfin, dans leur vérité, l'amertume et la douceur du grand principe moral auquel croyait son mari. Ce qu'elle n'avait jusqu'ici perçu qu'à travers l'exemple de son mari, elle allait le goûter de sa propre bouche.

    Reiko ajusta la pointe du poignard contre la naissance de sa gorge et brusquement l'enfonça. La blessure était légère. La tête en feu, les mains tremblantes, elle tira vers la droite. Un flot tiède emplit sa bouche et devant ses yeux, tout devint rouge, à travers le jaillissement du sang. Elle rassembla ses forces et s'enfonça le poignard au fond de sa gorge. [...]
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