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> Pauline Réage (Traducteur)

ISBN : 2070422100
Éditeur : Gallimard (2002)


Note moyenne : 3.59/5 (sur 145 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
De l'univers des geishas aux rites sacrificiels des samouraïs, de la cérémonie du thé à la boutique d'un antiquaire, Mishima explore toutes les facettes d'un japon mythique, entre légende et tradition.

D'une nouvelle à l'autre, les situations tendrement ... > Voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par Woland, le 03 octobre 2010

    Woland
    Les quatre textes réunis par Folio dans ce petit ouvrage sont eux-mêmes extraits du recueil "La Mort en Eté", également paru chez Gallimard. Mishima insista pour qu'elles fussent traduites directement du texte anglais. Celui-ci avait été obtenu, à parit de l'original japonais, par Donald Keene (pour "Dojoji" et "Les Sept Ponts") et Geoffrey W. Sargent pour les deux dernières nouvelles.
    Reprise moderne de l'un des classiques du théâtre nô, "Dojoji", courte pièce en un acte, conserve son titre originel, lequel fait allusion au temple où se déroule l'histoire primitive. Mishima a également conservé le thème central, à savoir les méfaits de la jalousie. En revanche, personnages et contexte ont complètement changé.
    A la différence de l'héroïne maléfique de la légende qui, par jalousie, tue le moine dont elle est amoureuse, la Kiyoko de Mishima est une victime. Son amant l'a tout d'abord quittée pour suivre une autre femme avant de s'enfuir définitivement dans la Mort. Assommée, gravement dépressive - mais qui ne le serait pas ? - Kiyoko est persuadée qu'il ne lui reste plus qu'à se défigurer dans les lieux mêmes où mourut l'homme aimé. Aux thèmes majeurs de la jalousie et de la souffrance, Mishima ajoute celui, tout aussi important, de la valeur réelle que l'on doit accorder à la beauté : après le décès brutal de son amant, Kiyoko, qui est très belle, se demande à quoi lui sert toute cette beauté et souhaite même la détruire tant elle lui apparaît vaine ...
    "Les Sept Ponts" se déroule dans le milieu des geishas. Trois hôtesses de la Maison des Lauriers et Masako, la fille de leur patronne, décident d'accomplir un curieux pèlerinage. Afin que leur voeu secret se réalise, il leur faut, de nuit, franchir sept ponts parmi les plus importants de la ville en s'arrêtant pour prier à chacun d'eux. Condition primordiale pour garantir le succès de l'opération : pendant toute la durée de l'opération, elles ne doivent, sous aucun prétexte, adresser la parole à personne.
    Les quatre femmes s'en vont donc, suivies de Mina, une servante nouvelle venue aux Lauriers et réputée comme particulièrement fruste et obtuse mais que la mère de Masako a chargée de veiller sur l'équipée de sa fille. Une à une et pour des raisons diverses, les pèlerines se voient contraintes à l'abandon. Seule Mina parvient à tenir bon, au grand dam de Masako, qui ne l'aime guère. La nouvelle se termine le lendemain, sur la jeune fille taquinant Mina afin qu'elle lui révèle son voeu. Cette promenade nocturne paraît avoir établi entre elles une relation nouvelle et moins tendue.
    "Patriotisme", qui raconte par le menu le double suicide du lieutenant Takeyama et de sa femme, tous deux jeunes mariés, n'est pas à conseiller aux âmes sensibles ou suicidaires. Non que le talent de Mishima lui fasse défaut, bien au contraire. Mais l'écrivain y détaille avec un tel soin la scène du seppuku de Takeyama qu'il en finit par hypnotiser son lecteur, qu'il ait le coeur au bord des lèvres ou pas. L'effet en gênera plus d'un, c'est sûr.
    D'un seul coup, on prend conscience de l'intensité de la fascination avec laquelle l'auteur japonais envisageait cet atroce rituel de mort. La description de la douleur pratiquement intolérable qui saisit l'officiant quand il s'éventre prouve en outre que Mishima avait non seulement anticipé ce moment dans son propre sacrifice mais qu'il ne doutait pas d'en tirer une jouissance qu'il ne tenait certes pas pour morbide. (La photo de l'expression faciale de Mishima à ses derniers moments montre d'ailleurs que tel fut le bien le cas.) Et l'on se rappelle alors combien il aimait à expliquer que son premier plaisir sexuel, il le prit à la pré-adolescence, devant une gravure représentant le martyr de Saint Sébastien - fait plus tard relaté dans "Confessions d'un masque."
    Dernière nouvelle du recueil, "La Perle en est sans doute la plus humoristique. Mishima y dépeint, avec finesse et drôlerie, comment la disparition d'une perle à l'occasion d'un goûter d'anniversaire réunissant quatre bonnes amies va redéfinir les relations qui étaient les leurs jusque là. Ces dames appartenant à la haute bourgeoisie, tout cela se double d'une critique assez cruelle de leur caste sociale.
    Au-delà la traduction, on se laisse comme toujours absorber par la perfection du style Mishima, un mélange de poésie naturelle et de réalisme un peu maniaque qui culmine dans "Patriotisme", l'une des nouvelles préférées de son auteur. A propos de "Patriotisme" justement, on constate que la puissance créatrice du romancier est telle qu'il entraîne avec aisance son lecteur avec lui, dans cette espèce de cauchemar éveillé qui clôt le texte, et ceci sans que le lecteur en question songe à protester. On est tenté d'écrire que la fascination de Mishima fascine ceux qui la contemplent par le prisme de la lecture. C'est un peu, ma foi, comme si Mishima nous invitait par procuration à son propre seppuku et, s'il y a là-dedans une forme de narcissisme absolu - qui n'étonne pas chez le personnage - on sent aussi qu'il s'agit là d'un honneur fait avec une rare élégance à toutes celles et tous ceux qui aiment et admirent son oeuvre. ;o)
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    • Livres 4.00/5
    Par Iansougourmer, le 20 janvier 2013

    Iansougourmer
    Dojoji rassemble quatre courts textes de mishima publiées en 1966 et extraites du recueil la mort en été.
    Le premier texte me paraît assez mineur, c'est une court pièce de théâtre intitulée Dojoji. Alors qu'un antiquaire organise la vente aux enchères d'une armoire immense et mystérieuse, une jeune femme interrompt la vente. Prénommée Kiyoko, elle veut absolument acheter l'armoire à un prix dérisoire. Elle fait fuir les potentiels acheteurs en révélant l'histoire de cette armoire : le jeune homme qui était son amant l'a délaissé au profit d'une riche femme qui a abrité leurs amours dans la grande armoire où vivait à présent reclus l'amant de Kiyoko. Découvrant qu'il a été trompé le mari a tué le jeune homme alors qu'il était dans l'armoire. Kiyoko est persuadée que c'est sa beauté qui a détourné son amant d'elle, et se résout à se défigurer le visage avec de l'acide en s'enfermant dans l'armoire pour devenir laide. Finalement l'antiquaire et d'autres personnes réussissent à la détourner de son funeste projet.
    Mon opinion personnelle concernant cette pièce est qu'elle est d'un intérêt limité. le style habituellement raffiné de Mishima semble ici banal, les répliques connaissent quelques longueurs, en particulier au début, même s'il est vrai que certaines répliques sont assez bien ficelées. de plus, j'ai trouvé l'intrigue assez simpliste voire naïve, avec le lieu commun maintes fois rebattu du triangle amoureux et une fin que l'on pouvait prévoir...
    Fort heureusement, l'auteur monte en puissance lors du deuxième texte, une nouvelle dont le titre est les sept ponts. Tout d'abord le thème abordé est très intéressant, car il est consacré à l'univers typiquement japonais des geishas et plus particulièrement des cérémonies propres à ces femmes. Trois geishas, Masako, koyumi et kanako accompagnées de la servante Mina, effectuent un pèlerinage qui doit leur permettre d'exaucer un voeu qui leur est cher ; pour cela elles doivent franchir sept ponts sans parler ni se retourner tout en effectuant des prières. À la fin, seule Mina parvient à voir son voeu se réaliser. Mishima nous dépeint un aspect méconnu du Japon avec finesse, les personnages sont comme toujours chez cet auteur d'une grande subtilité. L'écrivain parvient en effet à décrire la fébrilité et l'égoïsme grandissants des trois geishas au fur et à mesure que le pèlerinage approche de sa fin. Mon seul bémol est que là encore la fin est un peu convenue : on se doute dès le début que la servante mérite de voir son voeux réalisé puisqu'elle est moquée par les autres, qui en outre sont décrites avec des souhaits égoïstes et futiles. Je trouve donc que notre plaisir est gâché par cette fin attendue et moralisatrice.
    Patriotisme est la nouvelle la plus marquante de ce recueil, elle mérite vraiment le détour : Mishima nous fait le récit du suicide rituel d'un jeune officier et de sa femme, le jeune officier se faisant seppuku pour protester contre le conflit au sein de l'armée impériale entre ses jeunes amis putschistes et le reste de l'armée.
    Cette nouvelle est magistralement écrite, le style est noble et classique et les émotions sont exacerbées. Mishima crée une rencontre intense entre les corps du mari et de la femme, qui s'unissent dans une étreint charnelle vibrante et subissent les tourments des lames acérées, et les émotions haletantes de l'amour, du devoir et du courage. Patriotisme m'a séduit par sa pureté et sa beauté, beauté d'un geste héroïque et pureté d'un rite macabre codifié qui semble faire plier la volonté des personnages, les reléguant au rangs d'acteurs. Mishima fait de la mort un processus initiatique qui amène à un état de sérénité, la mort étant le moyen de trouver cet état. Cette nouvelle est fascinante car elle semble être un manifeste de l'auteur en faveur de la mort rituelle par hara-Kiri, mort à laquelle il se soumettra plus tard lui même et paraît donc préfigurer la propre mort de Mishima qui veut par ce récit et ce geste affirmer son attachement aux valeurs du Japon impérial.
    Sur un ton plus léger la nouvelle la perle décrit les péripéties d'une bande d'amies réunies pour l'anniversaire de l'une d'elles, madame Sasaki, qui par mégarde fait tomber une perle dans le gâteau. Laquelle des invitées à t- elle mangé la perle ? Coups bas, mensonges, entre ces dames tout y passe et les escarmouches sont rudes ! Mishima nous amuse et nous fait voir à travers ce récit le monde feutré mais sans pitié de ces dames qui se déchirent pour des broutilles et sont prêtes aux stratagèmes les plus sophistiquées pour vaincre leur adversaire ! Une nouvelle très amusante et assez fine sur le comportement féminin ! À lire !
    Au final ce livre constitue une bonne introduction à Mishima même si les nouvelles sont inégales. On retrouve tout de même bien l'esprit et le style de l'auteur.
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    • Livres 5.00/5
    Par Ellane92, le 26 novembre 2013

    Ellane92
    Dojoji et autres nouvelles est un recueil composé d'une pièce de théâtre et de 3 nouvelles.
    J'ai un peu de mal après coup à trouver une thématique principale de ce recueil. La pièce de théâtre, Dojoji, commence comme une pièce comique autour de la vente aux enchères d'une vieille armoire, mais s'intéresse en fait à l'amour sous sa forme la plus passionnée, et aux dérives qui en découlent. Si l'Eros n'est pas loin du Thanatos, c'est dans "Patriotisme" que cette tension est le plus approfondie, dans l'histoire de cette femme qui suit dans la mort son militaire de mari résolu au seppuku en réponse à un dilemme moral. "Les sept ponts" nous transportent directement en plein coeur des traditions japonaises, selon lesquelles il faut prier 7 fois après avoir parcouru 7 ponts pour que son voeu se réalise. Enfin, "La perle" évoque avec beaucoup de talent les relations souvent complexes qui relient les femmes.
    J'ai vraiment beaucoup aimé ce petit recueil. Mishima évoque avec facilité et subtilité le pays du Japon traditionnel, et en quelques phrases nous fait voyager dans un endroit où l'on a l'impression que le temps s'écoule différemment. Il nous fait part de la fascination qu'il a pour ces traditions. J'ai par exemple trouvé que "Patriotisme", la plus longue nouvelle du recueil, se complaisait un peu trop dans une de fascination morbide pour le calvaire subi par le militaire. J'émets ceci dit une mention spéciale pour la scène d'amour tout en suggestion mais d'une beauté incroyable qui s'y trouve.
    Là où Mishima m'a vraiment étonnée, c'est qu'en tant qu'homme, il a su décrire et comprendre quelque chose de profondément juste et universel au travers de ses personnages féminins, et pour cela, Dojoji, la pièce de théâtre, est mon vrai coup de coeur du recueil.
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    • Livres 4.00/5
    Par centrino, le 26 février 2011

    centrino
    Pour une fois, le quatrième de couverture ne trompe pas le lecteur sur la marchandise. Il s'agit bien de faire connaissance en quatre courtes nouvelles avec l'univers de Mishima (pour 2 malheureux euros ! aucune excuse pour ne pas profiter de cette occasion....!). C'est donc par ce court recueil que j'ai commencé. Il m'a plus tant les nouvelles sont différentes tant par la forme (une pièce de théâtre dans "Dodoji"), que le ton (léger dans "La Perle"), et le thème (les geïshas dans "Les Sept Ponts").
    Mention spéciale pour "Patriotisme", où il vaut mieux avoir l'estomac (et le ventre) bien accrochés, tant la violence des mots et des images est forte. le lecteur en devient presque fasciné par la fascination du lieutenant pour la beauté de sa propre mort. Deux thèmes chers à Mishima : beauté et mort; la boucle est bouclée...
    Ce recueil m'a donné envie de poursuivre ma découverte de cet auteur.
    http://centribook.blogspot.com/
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    • Livres 5.00/5
    Par Moan, le 14 octobre 2012

    Moan
    Quatre nouvelles de Yukio Mishima écrites en 1966.
    1. Dojoji: la vente aux enchères d'une armoire.
    2. Les sept ponts: Pour que leur voeu se réalise, quatre jeunes femmes doivent franchir sept ponts au clair de lune.
    3.Patriotisme: Un lieutenant , jeune marié, ne peut se résoudre à tuer ses camarades qui seront déclarés rebelles, et décide de s'ouvrir le ventre.
    4. La perle: Pour fêter son anniversaire, madame Sasaki invite quatre amies à partager son gâteau garni de perles argentées. Sa bague vient de laisser tomber sa perle de culture...
    Ces nouvelles très différentes sont étonnantes et originales.
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Citations et extraits

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  • Par Woland, le 03 octobre 2010

    [...] ... "Ayez la bonté de regarder par ici. Nous avons ici quelque chose d'absolument unique, tant en Orient qu'en Occident, aux temps anciens ou aux temps modernes, une armoire dont le caractère transcende tout usage ordinaire. Les objets que nous vous proposons ont tous été, sans exception, créés par des artistes qui n'avaient que mépris pour les basses idées d'utilité, mais ces créations trouvent leur raison d'être dans l'usage, mesdames et messieurs, que vous leur découvrez. Les gens ordinaires se contentent de produits standard. On achète un meuble comme on achète un animal domestique - parce qu'il convient à la situation et qu'on le voit partout. Ce qui explique l'engouement pour tables et chaises de fabrication industrielle, pour les postes de télévision, et les machines à laver.

    Mais vous en revanche, mesdames et messieurs, vous avez le goût trop raffiné et trop éloigné de ce qui plaît aux masses, pour même daigner jeter un coup d'oeil à un animal domestique - je suis sûr que vous préféreriez infiniment un animal sauvage. Ce que vous avez aujourd'hui devant vous dépasse tout à fait l'entendement d'un homme ordinaire, et n'étaient la hardiesse et l'élégance de vos goûts, personne n'y ferait attention. Voici, exactement, l'animal sauvage dont nous vous parlions. ... [...]
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  • Par Moan, le 14 octobre 2012

    Les pas de Reiko résonnèrent sur l'escalier. Les marches raides de la vieille maison grinçaient. Ces craquements de bois évoquaient de tendres souvenirs et, bien souvent, de son lit il les avait attendus avec joie. A l'idée qu'il ne les écouterait plus il redoubla d'attention pour que chaque minute, chaque seconde de son temps précieux soit occupée par la douceur de ces pas sur l'escalier grinçant. Chaque instant devenait un joyau d'où rayonnait la lumière.
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  • Par Woland, le 03 octobre 2010

    [...] ... Elles virent bientôt s'élever devant elles le pont Miyoshi, le premier des sept ponts qu'elles devaient franchir. Il était curieusement construit en i grec à cause de la fourche que faisait à cet endroit le fleuve. Les bâtiments sinistres de l'Administration centrale du District s'étalaient sur la rive opposée, et le cadran blanc de l'horloge de la tour indiquait une heure inexacte, absurde dans le noir du ciel. Le pont Miyoshi est bordé d'un parapet assez bas, et à chaque angle de la partie centrale, où se rencontrent les trois parties du pont, s'élève un lampadaire à l'ancienne mode d'où retombe un bouquet de lampes électriques. Chaque branche du bouquet porte quatre globes, mais tous n'étaient pas allumés, et ceux qui ne l'étaient pas luisaient d'une blancheur mate sous la lumière de la lune. Des essaims d'insectes voletaient autour des lampes.

    L'eau du fleuve était balayée par le clair de lune.

    A l'extrémité du pont, juste avant de le franchir, les jeunes femmes, conduites par Koyumi, joignirent les mains pour prier. Une faible lumière s'éteignit dans un petit bâtiment proche, d'où sortit un homme, qui venait sans doute de finir ses heures supplémentaires, et quittait son travail le dernier. Il allait fermer la porte quand il aperçut l'étrange spectacle et s'arrêta. ... [...]
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  • Par Woland, le 03 octobre 2010

    [...] ... Reiko s'assit à un demi-mètre environ du corps du lieutenant. Elle ôta le poignard de sa ceinture, regarda longuement l'acier poli de la lame qu'elle porta à sa bouche. L'acier lui sembla légèrement sucré.

    Reiko ne s'attarda pas. Elle se disait qu'elle allait connaître la souffrance qui, tout à l'heure, avait ouvert un tel gouffre entre elle et son mari, que cette souffrance deviendrait une part d'elle-même et elle ne voyait là que le bonheur de pénétrer à son tour dans un domaine que son mari avait déjà fait sien. Dans le visage martyrisé de son mari, il y avait quelque chose d'inexplicable qu'elle voyait pour la première fois. Elle allait résoudre l'énigme. Reiko sentait qu'elle était capable de goûter enfin, dans leur vérité, l'amertume et la douceur du grand principe moral auquel croyait son mari. Ce qu'elle n'avait jusqu'ici perçu qu'à travers l'exemple de son mari, elle allait le goûter de sa propre bouche.

    Reiko ajusta la pointe du poignard contre la naissance de sa gorge et brusquement l'enfonça. La blessure était légère. La tête en feu, les mains tremblantes, elle tira vers la droite. Un flot tiède emplit sa bouche et devant ses yeux, tout devint rouge, à travers le jaillissement du sang. Elle rassembla ses forces et s'enfonça le poignard au fond de sa gorge. [...]
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  • Par Woland, le 03 octobre 2010

    [...] ... Le 10 décembre était l'anniversaire de Mme Sasaki, mais comme elle voulait le célébrer le plus discrètement possible, elle n'avait invité chez elle pour prendre le thé que ses amies les plus proches. Se réunirent donc Mmes Yamamoto, Matsumura, Azuma et Kasuga - toutes avaient quarante-trois ans, le même âge que leur hôtesse.

    Ces dames faisaient partie pour ainsi dire d'une société secrète : Ne Pas Avouer Son Age, et l'on pouvait implicitement compter qu'elles n'iraient pas raconter combien il y aurait de bougies sur le gâteau. N'avoir convié à son anniversaire que des invitées aussi sûres montrait bien la prudence habituelle de Mme Sasaki.

    Pour les recevoir, Mme Sasaki mit une bague ornée d'une perle. Des diamants pour une réunions exclusivement féminine n'auraient pas été du meilleur goût. En outre, les perles allaient mieux avec la couleur de la robe qu'elle portait ce jour-là.

    La réception venait juste de commencer, et Mme Sasaki s'était approchée pour vérifier une dernière fois le gâteau, lorsque la perle, mal enchâssée et qui bougeait déjà un peu, finit par échapper et tomber. Ce qui parut un accident de bien mauvais augure pour l'agrément de la réunion, mais il aurait été encore plus embarrassant que tout le monde s'en aperçût, et Mme Sasaki laissa la perle contre le rebord du grand plat qui contenait le gâteau, en décidant de s'en occuper plus tard. ... [...]
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