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Philippe Jaccottet (Traducteur)
ISBN : 2020238136
Éditeur : Editions du Seuil (1995)

Note moyenne : 3.69/5 (sur 247 notes)
Résumé :
Ce roman, qui est d'abord une admirable analyse de l'adolescence, relate l'éveil d'une conscience à travers les désarrois intellectuels, moraux et charnels de Törless, élève dans un collège très huppé de la vieille Autriche à la fin du siècle dernier. La cruauté et la brutalité qui les suscitent, et dont les " amitiés particulières " ne sont que l'exutoire, prophétisent les aberrations de l'ère nazie. Musil n'avait que 25 ans lorsqu'il écrivit ce premier roman qui p... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (17) Voir plus Ajouter une critique
ay_guadalquivir
ay_guadalquivir09 janvier 2013
  • Livres 4.00/5
Les désarrois de l'élève Törless emmène le lecteur sur les chemins obscurs de l'homme de la nuit. Dans ce court roman de jeunesse - son premier - Musil expose le trouble et les errances du jeune Törless dans une école réservée au gratin de la jeunesse autrichienne. Heurté de plein fouet par la fragilité de l'âme, l'explosion des désirs et des peurs, et la porte inconnue de l'âme au-delà des mots et de la raison, Törless est entraîné dans diverses voies - philosophie, mysticisme, mathématiques - dont le coeur est l'expérience de la douleur, la souffrance et la cruauté. C'est l'élève Basini qui devient alors son miroir. Alors que ses camarades l'humilient par pure cruauté - certains y auront vu les prémisces de la barbarie nazie, il cherche à savoir ce qui se passe dans cette âme, bien plus que dans ce corps, soumis à la souffrance. Et ainsi trouver lui-même la voie d'équilibre entre la raison et les rêves de la nuit.
Un livre qui manifeste s'il en est besoin l'importance de la littérature autrichienne de langue allemande.
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Henri-l-oiseleur
Henri-l-oiseleur03 avril 2016
  • Livres 5.00/5
Ce bref roman de Musil adopte pour cadre le même pensionnat- prison-caserne où Rainer Maria Rilke et quelques autres grands noms de la culture austro-hongroise passèrent leur adolescence avant 1914. De ce point de vue, la vie scolaire et la culture dispensée sont totalement inimaginables pour nous, qui ne connaissons que des établissements modernes d'éducation semi-barbares. Si cette "geôle de jeunesse captive" fait l'objet d'une critique dans le roman, l'intérêt pour nous est purement historique. En revanche, les relations entre internes, violence, chantage, brutalités, abus sexuels, sont de tous les temps et de tous les milieux. Le point de vue adopté ici par Musil est extrêmement original et novateur, moderne : il ne raconte pas l'histoire du point de vue de Basini, la victime, ce qu'on a déjà vu maintes fois puisque c'est devenu notre religion aujourd'hui, ni de celui de ses bourreaux qui la tourmentent et l'humilient, Beineberg et Reiting : le supplice de Basini est considéré par un témoin gêné, l'élève Törless, curieux de comprendre la manière dont la victime supporte ses souffrances et comment ses bourreaux y trouvent leur plaisir, non sans s'interroger en termes métaphysiques et moraux. Ce retrait, ce refus de prendre parti et d'intervenir dans le sens du bien ou du mal, est la plus grande originalité du personnage inventé par Musil. Törless n'est pas moins cruel que les tortionnaires simplistes quand il interroge inlassablement Basini sur ce qu'il ressent, en le traitant en objet d'étude.
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Florentius
Florentius25 septembre 2016
  • Livres 5.00/5
La citation de Maeterlinck en épigraphe donne le la du roman. D'emblée, nous plongeons dans les pensées de Törless, jeune étudiant autrichien que ses parents viennent d'inscrire au pensionnat de W. ; et tout au long du roman, c'est avec peine et difficulté que Törless parviendra à mettre les mots sur son expérience. Tel un Sisyphe adolescent, il semble reprendre sans cesse les mêmes chemins, essayant de figurer, contrôler en lui l'énergie fougueuse de la jeunesse.
Törless est pourtant entre deux eaux, bien davantage que ses camarades Reiting et Beineberg. Surtout ce dernier, nourri aux idéaux mystico-philosophiques (i.e. fumeux) d'un père ayant vadrouillé jusqu'en Inde, dernier avatar romantique d'un siècle qui ne l'est plus. Entre le trivial Reiting et le romantique Beineberg, Törless, moins assuré, se pose beaucoup de questions. Un peu trop peut-être, se dit-on, mais néanmoins il semble être le seul de son pensionnat à se poser les bonnes questions, allant même jusqu'à interroger son prof de math au sujet des nombres imaginaires.
On voit qu'en creux, Musil semble dessiner les contours de cette génération et de la précédente. Les professeurs ne sont guère là pour apprendre aux élèves à raisonner (tout au plus à transmettre des connaissances), encore moins à donner des repères moraux. Dès lors, les logiques de domination prennent naturellement leur place avec le drame de l'élève Basini.
Certes, on pourra dire que ces rapports préfigurent ce qui arrivera quelques années plus tard, mais comme dit en introduction, ce ne serait pas forcément faire justice au roman que de le ramener immédiatement à cela. Ce serait d'abord sans compter la qualité de la prose, même s'il est difficile de savoir ce qu'elle doit respectivement à Musil et Jaccottet.
Ce serait également sans compter la quête aux accents proustiens d'une forme de transcendance chez Musil. Si Törless choisira une forme de réalisme qui s'en éloigne, il semblerait que Musil donne sa version par la voix du narrateur.
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Hammerklavier
Hammerklavier05 juin 2012
  • Livres 5.00/5
Découvert un peu par hasard, les désarrois du jeune élève Torless et son écrivain Robert Musil, viennent de me percuter de plein fouet. Ce livre est un roman d'initiation ou l'on observe d'une façon magistrale, la mutation d'un jeune adolescent découvrant la révélation d'une alternative existentielle.
Le sujet semble lumineux, le texte n'en est pas moins sombre, dérangeant, et parfois violent. Contrairement à Herman Hess dans Demian, la progression du personnage dans sa mutation ne se fera pas par l'introduction du mystérieux et du mystique. Chez Musil, l'équivalent de la notion de mystique apparait d'abord dans les mathématiques, sous la forme du nombre 'i', dont le carré vaut (-1), et qui pour Torless, encore ignorant de certaines subtilités mathématiques, représente un abyme insondable sur lequel s'appuie la raison pour exercer son raisonnement. C'est cet abyme insondable chuchoté par la mathématique que Torless va tenter d'apercevoir, de ressentir dans l'âme humaine, et notamment dans l'immonde cruauté (et ce qu'elle provoque) qui s'acharnera sur un de ses camarade de classes, et avec qui il nouera une relation ambiguë.
Les désarrois de l'enlève Torless est un roman puissant et sombre, comme le remous des eaux noires d'un fleuve tumultueux, qui vous plonge avec une force sauvage dans les profondeurs d'une âme tentant de saisir la matière de l'existence.
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Kashima
Kashima29 août 2012
  • Livres 3.00/5
J'ai lu ce livre sans grande passion, mais j'étais intéressée quand même et, une fois refermé, il m'a laissé des impressions agréables, comme lorsqu'on a lu quelque chose qui a de la valeur.
D'abord attirée par la peinture d'Egon Schiele en couverture et par la réputation de l'écrivain, j'ai décidé de lire Les Désarrois de l'élève Törless. Je n'avais pas envie de me livrer à des lectures parlant d'amour ou de passions, de sentiments qui auraient pu raviver ce dont je souhaitais guérir. Je n'étais pas non plus portée vers la littérature de guerre que j'ai pourtant affectionnée en avril avec Les Bienveillantes. Alors, une histoire de pensionnat pouvait me convenir.
Mais on ne peut pas résumer ce livre ainsi. Dès la première page, le lecteur est dans les pensées souvent confuses de Törless, un jeune garçon que ses parents ont placé dans une école. Il est d'abord très triste de cette séparation pour finalement y prendre goût. J'avoue n'avoir pas toujours compris certains de ses désarrois ou raisonnements, mais c'est tellement bien écrit qu'on se laisse porter par le style.
Törless se lie avec Reiting et Beineberg. Tout commence avec cette phrase que s'écrie Reiting au quatrième chapitre : « Dis donc, je l'ai eu ! (…) le voleur de casiers ! » Basini a dérobé de l'argent dans des casiers pour rembourser des dettes qu'il avait, mais il comptait le rendre. Cet événement va être le point de départ d'un chantage cruel auquel les trois camarades vont soumettre le jeune voleur. Il subira des humiliations, des sévices… et sera le révélateur de certains questionnements de Törless…
Musil s'est justifié sur les liens homosexuels qui se tissent dans ces pages :
« Je ne veux pas rendre la pédérastie compréhensible. Il n'est peut-être pas d'anomalie dont je me sente plus éloigné. Au moins sous sa forme actuelle.
On pourrait remplacer Basini par une femme, et l'homosexualité par le sadisme, le fétichisme, tout ce qui a quelque rapport avec des émotions aberrantes. »....
Présenté comme un roman de formation, c'est en effet celle de Törless qui s'opère petit à petit sous nos yeux.
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Citations & extraits (30) Voir plus Ajouter une citation
koceilakoceila21 septembre 2016
Ce qui le fascinait, c'était l'obligation d'abandonner tout ce qu'il emprisonnait d'ordinaire, ses privilèges, les pensés et les sentiments qu'on lui inoculait, tout ce qui étouffait sans rien lui apporter. Ce qui le fascinait, c'était de courir, nu, dépouillé de tout, chercher refuge auprès de cette creature.
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koceilakoceila18 septembre 2016
L'excitation que lui donnaient les peines d'amour de ses héros accélérait son pouls, faisait rougir ses joues et briller ses yeux.
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hupomnematahupomnemata28 octobre 2014
Il pensait à Beineberg : quel drôle de corps c'était! Ses propos eussent été à leur place dans les ruines d'un temple hindou, parmi d'inquiétantes idoles et des serpents magiciens, au fond de sombres cavernes : mais au grand jour, dans cette école, en pleine Europe moderne? Pourtant, après s'être étirés comme un chemin sinueux, interminable et dont nul ne sait où il mène, ces propos semblaient avoir atteint tout à coup un but tangible...
Soudain, et il lui sembla que c'était la première fois de sa vie, il prit conscience de la hauteur du ciel.
Il en fut presque effrayé. Juste au-dessus de lui, entre les nuages, brillait un petit trou insondable.
Il lui sembla qu'on aurait dû pouvoir, avec une longue, longue échelle, monter jusqu'à ce trou. Mais plus il pénétrait loin dans la hauteur, plus il s'élevait sur les ailes de son regard, plus le fond bleu et brillant reculait. Il n'en semblait pas moins indispensable de l'atteindre une fois, de le saisir et de le "fixer" des yeux. Ce désir prenait une intensité torturante.
C'était comme si la vue, tendue à l'extrême, décochait des flèches entre les nuages et qu'elle eût beau allonger progressivement son tir, elle fût toujours un peu trop courte.
Törless entreprit de réfléchir sur ce point, en s'efforçant de rester aussi calme, aussi raisonnable que possible. "Il n'y a vraiment pas de fin, se dit-il, on peut aller toujours plus loin à l'infini." Il prononça ces mots en tenant ses regards fixés sur le ciel, comme s'il s'agissait d'éprouver l'efficacité d'un exorcisme. Mais sans succès : les mots ne disaient rien, ou plutôt disaient tout autre chose, comme si, tout en continuant sans doute à parler du même objet, ils en évoquaient un autre aspect, aussi lointain qu'indifférent.
"L'infini" ! Törless avait souvent entendu ce terme au cours de mathématiques. Il n'y avait jamais rien vu de particulier. Le terme revenait constamment ; depuis que Dieu sait qui, un beau jour, l'avait inventé, on puvait s'en servir dans les calculs comme de n'importe quoi de tangible. Il se confondait avec la valeur qu'il avait dans l'opération : Töless n'avait jamais cherché à en savoir plus.
Tout à coup, comprenant que quelque chose de terriblement inquiétant était lié à ce terme, il tressaillit. Il crut voir une notion, que l'on avait domptée pour qu'il pût la faire servir à ses petits tours de passe-passe quotidiens, se déchaîner brusquement ; une force irrationnelle, sauvage, destructrice, endormie seulement par les passes de quelque inventeur, se réveiller soudain et retrouver sa fécondité. Elle était là, vivante, menaçante, ironique, dans le ciel qui le dominait.
Cette vision était si pénible qu'il dut se résoudre à fermer les yeux.
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olololololololol22 juillet 2009
« II n'y a rien d'autre à faire, mon cher Törless ; les mathématiques sont un monde en soi, et il faut y avoir vécu très longtemps pour en comprendre tous les principes. »
Quand le professeur se tut, Törless se sentit soulagé ; depuis qu'il avait entendu se refermer la petite porte, il avait eu l'impression que les mots s'éloignaient de plus en plus... vers l'autre côté, vers le lieu sans intérêt où l'on rangeait toutes les explications justes, mais insignifiantes.
Toutefois, étourdi par ce torrent de paroles et le sentiment de son échec, il ne comprit pas tout de suite qu'il était temps de prendre congé.
Aussi le professeur chercha-t-il, pour en finir, un argument décisif.
Il y avait sur un guéridon un volume de Kant, un de ces livres qu'on aime à laisser traîner avec une feinte négligence. Le professeur le prit pour le montrer à Törless.
- Vous voyez ce livre : c'est de la philosophie. Il traite des raisons qui déterminent nos actions. Supposé que vous puissiez vous retrouver dans ses profondeurs, vous vous heurteriez, là aussi, à ces axiomes nécessaires qui déterminent tout sans qu'il soit possible de les comprendre à moins d'un effort particulier. Tout à fait comme en mathématiques. Cela ne nous empêche pas d'agir continuellement d'après ces axiomes : ce qui prouve à quel point ils sont importants. Mais (ajouta-t-il avec un sourire en voyant que Törless avait ouvert le livre aussitôt et entreprenait de le feuilleter), gardez ça pour plus tard. Je ne voulais que vous donner un exemple dont vous puissiez vous souvenir ; pour le moment, ce serait un peu ardu pour vous.
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Gwen85Gwen8523 août 2012
- Mourir n'est qu'une conséquence de notre manière de vivre. Nous vivons d'une pensée à une autre pensée, d'un sentiment à un autre. Nos sentiments et nos pensées, au lieu de couler comme un fleuve paisible, nous "passent par la tête", nous "envahissent" et nous quittent: illuminations, éclairs, intermittences. En t'observant bien, tu t'aperçois que l'âme n'est pas une substance qui change de couleur par transitions nuancées, mais que les pensées en jaillissent comme des chiffres d'un trou noir. Tu as telle pensée, tel sentiment, et tout d'un coup d'autres les remplacent, surgis de rien. Si tu es très attentif, tu peux même saisir, entre deux pensées, l'instant du noir absolu. Cet instant est pour nous, une fois saisi, tout simplement la mort. Notre vie ne consiste en effet qu'à poser des jalons et à sauter de l'un à l'autre, franchissant ainsi chaque jour mille et mille secondes mortelles. Dans une certaine mesure, nous ne vivons que dans ces pauses entre deux bonds. Voilà pourquoi nous éprouvons un effroi si grotesque devant la dernière mort qui est ce que l'on ne peut plus jalonner, l'abîme insondable où nous sombrons. Pour cette manière-là de vivre, elle est vraiment la négation absolue. Mais elle ne l'est que dans cette perspective, que pour celui qui n'a jamais appris à vivre autrement que d'instant en instant. J'appelle cela le mal du sautillement; et tout le secret, c'est de le vaincre. Il faut apprendre à éprouver sa vie comme un long glissement calme. Au moment où l'on y parvient, on est aussi près de la mort que de la vie. On ne vit plus, selon nos critères communs, mais l'on peut davantage mourir, puisque avec la vie on a suspendu aussi la mort. C'est le moment de l'immortalité, le moment où notre âme, sortant de la prison du cerveau, pénètre dans ses merveilleux jardins.
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Les Désarrois de l'élève Törless (Der junge Törless), film allemand, réalisé par Volker Schlöndorff (1966)
>Littérature (Belles-lettres)>Littérature des langues germaniques. Allemand>Romans, contes, nouvelles (879)
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