Est-ce osé de palabrer sur un grand homme de la littérature ? de donner un avis sur le poète devenu mythe,
Arthur Rimbaud ?
Si je pose la question c'est qu'au fond de moi, je ressens un malaise à me lancer dans cette sorte de prétention. Mais n'est-ce pas justement parce que l'œuvre de
Rimbaud est universelle et éternellement ouverte et riche qu'elle peut être l'objet d'une glose infinie, même de la part du plus commun des lecteurs ?
En débutant par "
Une saison en enfer" je me facilite peut-être un peu la tâche, car ces
Poèmes en prose nous entraînent sans précaution aucune dans un monde de liberté et d'espérance (il en a encore à ce moment là) proche de celui de
Friedrich Nietzsche, cherchant à briser les liens de la morale et l'esthétique bourgeoise qui impose académiquement son sens clos et rassurant, comme l'a dit
Roland Barthes. Un univers bourgeois de l'immanence, où tout phénomène a son propre terme en lui-même par un simple mécanisme de retour.
Il y a donc matière à discourir et à s'extasier devant tant de nouveauté, la poésie de
Rimbaud ouvrant les portes d'un univers inexploré car impensable et impensé jusqu'alors. Comme le dit
Jean-Luc Steinmetz dans sa brillante préface, j'ai vécu un étonnement devant cette « singularité absolue », cette poésie « aux accents de malédiction », touchant « ce qu'il y a d'enfoui dans les êtres ». « Singularité de
Rimbaud qui étrangement fait qu'à s'éprouver le plus seul on se retrouve près de lui, dans le sursaut de la bête traquée. »