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ISBN : 207036805X
Éditeur : Gallimard (1972)


Note moyenne : 3.7/5 (sur 802 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
Donc j'étais tout à l'heure au Jardin public. La racine du marronnier s'enfonçait dans la terre, juste au-dessous de mon banc. Je ne me rappelais plus que c'était une racine. Les mots s'étaient évanouis et, avec eux, la signification des choses, leurs modes d'emploi, le... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 4.00/5
    Par colimasson, le 13 novembre 2013

    colimasson
    On pourrait croire que La Nausée est une expérience du dégoût de soi appartenant à la vie. En réalité, elle est son opposé, c'est-à-dire une expérience du dégoût de la vie n'étant pas contenue en soi. On comprend d'autant mieux ce positionnement que le livre qui le décrit est le premier que publia Jean-Paul Sartre, lui libérant ainsi une voie royale pour se faire connaître. Avant La Nausée ? Rage de n'être rien. Ecriture de La nausée. Après La Nausée ? Digestion satisfaite de l'homme qui a commencé à s'affirmer dans l'existence. Et ce dernier mot nous en rappelle un autre : existentialisme, ô mon amour… en un roman à tendance autobiographique, on devine les raisons de la construction d'un système philosophique. Parce que Jean-Paul Sartre aura réussi à dépasser sa nausée, il imposera ensuite à tous de le faire sous peine d'être des hommes de « mauvaise foi ». Et pourtant, l'entreprise ne semble pas aisée. Il suffit de lire les pérégrinations d'Antoine Roquentin pour s'en rendre compte.

    Le bonhomme mène une vie peu intéressante qui le trimballe de Bouville à Paris, essayant de renouer des liens avec une femme qui fut autrefois son amante, tandis qu'il s'attèle à la rédaction d'un livre historique traitant de la vie du marquis de Rollebon. Solitaire, plutôt désœuvré, il a beaucoup trop de temps libre pour réfléchir. On sait jusqu'à quelles extrémités peuvent conduire l'inactivité… chez Antoine Roquentin, elle se traduit par des idées fixes, des spasmes et une phobie de La nausée. Cette dernière survient comme une crise épileptique : certains signaux permettent d'en soupçonner l'arrivée, sans pouvoir toutefois jamais être certain de la probabilité, de l'heure et du lieu d'attaque. Antoine Roquentin observe les objets et les gens jusqu'à se laisser hypnotiser par eux. Mais l'hypnose est maussade et le choc du retour à la réalité se traduit par le sentiment d'avoir compris intellectuellement l'existence des choses observées sans jamais pouvoir exprimer cette expérience de manière intelligible. Au lieu d'écrire La Nausée, Wittgenstein aurait écrit : « Ce dont on ne peut parler, il faut le taire ». Mais Jean-Paul Sartre préfère parler.

    Si l'on excepte ces tentatives ratées de descriptions impossibles, on avouera toutefois que certains passages brillent à décrire des sensations moins intellectuelles. Pour bien faire, Sartre n'hésite pas à former des paragraphes synesthésiques convaincants qui mettent en avant l'absurdité de nos croyances en une vie fondée une fois pour toute, et partant à jamais immuable.

    « Sur tout ce que j'aime, sur la rouille du chantier, sur les planches pourries de la palissade, il tombe une lumière avare et raisonnable, semblable au regard qu'on jette, après une nuit sans sommeil, sur les décisions qu'on a prises d'enthousiasme la veille, sur les pages qu'on a écrites sans ratures et d'un seul jet. »

    Entre quelques touches d'absurde dignes d'Ionesco (« Mon canif est sur la table. Je l'ouvre. Pourquoi pas ? de toute façon, ça changerait un peu »), on découvre une tendance à la vision organique et horrifique. le doute surgit : et si tout pouvait être autrement ? et si tout se mettait à vivre, vraiment ? Ce mélange audacieux aurait pu être convaincant si Jean-Sôl Partre n'était pas convaincu d'être le seul être humain sur terre –s'opposant à une humanité de bourgeois- à connaître le doute existentiel. Connaissant ce que devint l'homme des années après la publication de ce premier roman, n'est-il pas amusant de le lire rager contre ceux qui s'attirent la reconnaissance sociale et intellectuelle ? « Les magnifiques yeux gris ! Jamais le moindre doute ne les avait traversés » -et pourtant lui… et d'ailleurs, n'est-ce pas un privilège « bourgeois » de pouvoir contempler sa main et la décrire des pages durant jusqu'à faire surgir La Nausée ?

    Il serait toutefois dommage de cracher sur ce livre bourgeois qui s'amuse lui-même à cracher dans la soupe bourgeoise. le plus important est de reconnaître ses illuminations psychologiques, sa finesse des perceptions, et l'acuité d'une vision qui se précisera plus tard jusqu'à former un système philosophique et politique. Comme quoi, il y a toujours du bon dans le désœuvrement.

    Lien : http://colimasson.over-blog.com/article-la-nausee-1938-de-jean-paul-..
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    • Livres 3.00/5
    Par vincentf, le 26 juin 2010

    vincentf
    S'agit-il d'un roman philosophique ? Un être-au-monde dévoilé, celui de l'existant, de l'homme qui sent juste qu'il est de trop, qu'il est matière sans justification, que sa vie n'est pas, qu'il n'a pas de passé, tout ça, c'est sans doute la philosophie de Sartre, le fameux existentialisme, mais ce qui rend cette philosophie intéressante, c'est le fait qu'elle s'incarne d'abord dans le roman, dans la description d'un rapport concret de l'individu au monde qui l'entoure, qu'il ne parvient pas à comprendre mais qui est là, pire, qui existe, et, comme lui, est de trop, au point de foutre La nausée. Faire naître une philosophie de La Nausée, du corps, voilà la richesse de Sartre.
    Ce roman n'est pas une chef-d'oeuvre littéraire. Il est parfois barbant, écrit souvent de manière banale, mais il y a des passages, ceux où l'être-au-monde nouveau est brusquement découvert, qui parlent au lecteur, qui se voit sommé de sentir, lui aussi, qu'il existe, et ce que ça implique. le lecteur de La Nausée ne doit pas, pour comprendre ce qu'il lit, se contenter de déchiffrer la théorie philosophique de L'existentialisme, il doit ressentir dans sa chair ce qu'est l'existence, ce qui se passe quand Roquentin est dégoûté par un galet parce que ce galet n'est, comme tout le reste, que de l'existence sans raison, absurde, comme l'homme. Les choses, dans le monde de Sartre, sont le véhicule de la révélation de ce qui est notre identité, la simple existence toute nue, à chaque instant niée parce que le temps passe, que le passé n'existe pas, qu'il n'y a pas de rédemption par la grâce de l'habitude bachelardienne, qu'à tout instant notre langue peut devenir "un énorme mille-pattes tout vif", que nous pouvons à tout instant devenir un cafard ou un cadavre.
    Que faire, alors ? Sartre esquisse une solution, l'écriture, mais sans trop y croire. Que faut-il écrire ? Des romans ? Mais n'est-ce pas créer de l'existant en plus, charger encore plus la barque déjà pleine ? Faut-il alors nier l'évidence perceptive et reconstruire malgré tout une cohérence du monde ? Peut-on vivre sans nous mentir à nous-même, sans faire semblant de croire que le monde, les choses et nous, avons une justification, un sens, un rôle à jouer ? Peut-on vivre sans inventer un Dieu qui ferait de nous des êtres et non pas uniquement des existants ? La Nausée est bien un roman philosophique, puisqu'il pose à chaque individu des questions qui remettent en cause jusqu'à sa propre identité, mais il est un roman, qui fait s'incarner cette remise en cause dans un personnage, ce qui a pour effet de donner un impact sur le lecteur beaucoup plus grand que n'importe quel traité de philosophie. Après la lecture de La Nausée, je suis cependant obligé de reconnaître un double scepticisme, d'abord parce que cette expérience décrite par Roquentin n'est qu'une expérience de papier vécue par un individu qui, paradoxalement, n'existe pas, et que je n'ai pas moi-même eu cette révélation charnelle de l'existence qui a pour effet de rejeter l'individu dans la solitude, ensuite parce que je ne saisis pas vraiment le fondement philosophique de ce roman, n'ayant pas (encore) lu l'oeuvre proprement philosophique de Sartre, qui m'effraye un peu, comme toute réflexion purement abstraite. La lecture de La Nausée va peut-être me permettre de me lancer à l'eau, à faire le pas de lire enfin, comme je le désire depuis longtemps, de vrais textes philosophiques. A suivre.
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    • Livres 3.00/5
    Par lecassin, le 19 août 2012

    lecassin
    « La Nausée »… Premier roman de Jean paul Sartre, publié en 1938, et pour ma part également, premier contact avec l'auteur…A seize ans…
    C'est l'époque (1972) qui voit la naissance d'une nouvelle collection de poche, « folio », et c'est aussi pour moi l'occasion de découvrir certains classiques…
    Cette première lecture (abandonnée, il faut l'avouer, à la suite de « l'équipage » de Kessel) devra être reprise un peu plus tard ; et elle le sera. Malgré tout, il me reste de cette lecture comme un sentiment de malaise et d'ennui…Ajoutez à ça la couverture hideuse de l'édition folio de 1972 ..
    Antoine Roquentin, célibataire d'environ trente-cinq ans, Bouville, une cité imaginaire qui rappelle le Havre, où Sartre enseigna à partir de 1931. « La Nausée », c'est le journal d'Antoine Roquentin, écrivaillon qui travaille à un ouvrage sur le Marquis de Rollebon, un aristocrate de la fin du XVIIIe siècle. Il vit de ses rentes, après avoir abandonné un emploi en Indochine… Peu à peu, il est pris d'un profond dégoût de tout et de tous ceux qui l'entourent ; et ce n'est pas la rencontre avec l'Autodidacte, rat de bibliothèque qui le sortira de ce malaise… malgré des échanges de vues gratifiantes pour l'un et l'autre.
    Un ouvrage qui n'est pas mon préféré de Sartre, son Théâtre étant à mes yeux bien supérieur à la partie romanesque de son œuvre ; mais qu'il faut lire en tant qu'ouvrage fondateur de la pensée « existentialiste »
    Dans « Le facteur temps ne sonne jamais deux fois », Etienne Klein se pose la question : est-ce que Le temps existe en tant que tel ou n'existe-t-il que par les événements qui jalonnent son écoulement ?
    « La Nausée » semble bien mettre en évidence, de la même manière que Klein pour Le temps, que la vie ,en tant que telle ne vaut rien si elle n'est pas jalonnée de « passages à l'acte ».
    Sartre, par la suite tentera, pas toujours de façon convaincante à mes yeux, d'illustrer ce propos de quelques « actions » toujours spectaculaires … et parfois ridicules.
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    • Livres 3.00/5
    Par pictura, le 12 mai 2012

    pictura
    Un livre que j'ai lu pendant des vacances d'une traite. C'est étrange de reconnaitre la pensée philosophique de Sartre, tout ce à quoi il a pensé durant sa vie, et de lire son bouquin dont le style est très éloigné de celui d'un bouquin de philo où chaque phrase nécessite une journée pour la comprendre. Ce livre est comme un journal intime d'une personne prise d'un mal être. Les réflexions font mouche. Et la lecture se fait comme un polar...
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    • Livres 4.00/5
    Par Pingouin, le 13 mai 2012

    Pingouin
    Ce livre pose selon moi les bases de la philosophie sartrienne. C'est un premier roman et, plus généralement, un premier livre, il en possède donc les avantages et les inconvénients.
    Je ne vais pas m'étendre sur l'histoire, l'ouvrage étant considéré comme un classique, celle-ci a du être résumée de toutes les manières et dans toutes les langues ; ce qui, je pense, est pertinent, c'est plus de vous donner mon impression.

    Je connaissais Sartre et sa pensée d'assez loin, m'intéressant à la philosophie depuis quelques années maintenant, il est difficile -étant français qui plus est- de ne pas entendre son nom ou lire celui-ci au détour d'une vidéo ou d'un livre. J'en connaissais donc les grandes lignes, la liberté totale, "l'existence précède l'essence", la nécessité de s'engager ; mais je n'avais jamais plongé réellement dans l'œuvre, si ce n'est par une lecture rapide et distraite des Mots, que je n'avais d'ailleurs que peu apprécié. Il est compliqué d'aborder cette pensée lorsque l'on est convaincu que sa base, la liberté totale et absolue, n'existe pas -Essai sur le libre arbitre ; les fondations manquant, il est difficile pour le bâtiment de se tenir debout, mais cela n'empêche pas d'explorer le schéma de son intérieur.
    Le style est intéressant sans être brillant, quelques belles envolées lyriques, sans pour autant être irréprochable, certains passages sont lourds. Mais cette lourdeur est peut-être volontaire, la description et la sensation de la routine étant quelque chose de primordiale dans ce livre.
    Le moment où l'auteur commence à ressentir son existence et celle de ce qui l'entoure est également très bien mené, ce sentiment dépasse largement les pages que nous tournons pour s'infuser dans notre esprit. L'on se met également à ressentir tout ce qui nous entoure, à palper ce livre, à se ressentir pleinement ; cette partie est vraiment une réussite.
    L'engagement est d'une importance primordiale chez Sartre, cela étant, le roman est bien pratique, car il permet de l'éviter, de plaider la fiction. Notamment lorsqu'il traite Nietzsche d'imbécile, je ne connais pas encore suffisamment l'homme, sa vie et son œuvre, pour savoir s'il a ensuite répondu de cette insulte, mais elle m'a marqué et mérite que je m'y intéresse davantage !

    En conclusion, c'est un bon livre dont j'ai apprécié la lecture, mais qui n'est qu'une mise-en-bouche. le format du roman n'est selon moi pas adapté pour exprimer clairement une pensée, il permet de préparer cette assimilation, mais ne se suffit pas à lui-même, ce n'est qu'un tâtonnement.
    J'ai donc maintenant la ferme intention de m'intéresser davantage à Sartre et à son œuvre, dont, même si je n'épouserai sans doute jamais totalement les idées, il est difficile de faire l'impasse, car il a régné sur le monde intellectuel européen et donc -à l'époque- mondial comme très peu voire aucun autre.
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Citations et extraits

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  • Par pilpilip, le 28 mars 2011

    Je sais que je ne rencontrerais plus jamais rien ni personne qui m'inspire de la passion. Tu sais, pour se mettre à aimer quelqu'un, c'est une entreprise. Il faut avoir une énergie, une générosité, un aveuglement... Il y a même un moment, tout au début, où il faut sauter par-dessus un précipice ; si on réfléchit, on ne le fait pas. Je sais que je ne sauterai plus jamais.

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  • Par lapucelaurence, le 04 mai 2011

    La chose, qui attendait, s'est alertée, elle a fondu sur moi, elle se coule en moi, j'en suis plein. - Ce n'est rien: la Chose, c'est moi. L'existence, libérée, dégagée, reflue sur moi. J'existe.
    J'existe. C'est doux, si doux, si lent. Et léger: on dirait que ça tient en l'air tout seul. Ça remue. Ce sont des effleurements partout qui fondent et s'évanouissent. Tout doux, tout doux. Il y a de l'eau mousseuse dans ma bouche. Je l'avale, elle glisse dans ma gorge, elle me caresse - et la voila qui renaît dans ma bouche, j'ai dans la bouche à perpétuité une petite mare d'eau blanchâtre - discrète - qui frôle ma langue. Et cette mare, c'est encore moi. Et la langue. Et la gorge, c'est moi.
    Je vois ma main, qui s'épanouit sur la table. Elle vit - c'est moi. Elle s'ouvre, les doigts se déploient et pointent. Elle est sur le dos. Elle me montre son ventre gras. Elle a l'air d'une bête à la renverse. Les doigts, ce sont les pattes. Je m'amuse à les faire remuer, très vite, comme les pattes d'un crabe qui est tombé sur le dos. Le crabe est mort: les pattes se recroquevillent, se ramènent sur le ventre de ma main. Je vois les ongles - la seule chose de moi qui ne vit pas. Et encore. Ma main se retourne, s'étale à plat ventre, elle m'offre à présent son dos. Un dos argenté, un peu brillant - on dirait un poisson, s'il n'y avait pas les poils roux à la naissance des phalanges. Je sens ma main. C'est moi, ces deux bêtes qui s'agitent au bout de mes bras. Ma main gratte une de ses pattes, avec l'ongle d'une autre patte; je sens son poids sur la table qui n'est pas moi. C'est long, long, cette impression de poids, ça ne passe pas. Il n'y a pas de raison pour que ça passe. A la longue, c'est intolérable... Je retire ma main, je la mets dans ma poche. Mais je sens tout de suite, à travers l'étoffe, la chaleur de ma cuisse. Aussitôt, je fais sauter ma main de ma poche; je la laisse pendre contre le dossier de la chaise. Maintenant, je sens son poids au bout de mon bras. Elle tire un peu, à peine, mollement, moelleusement, elle existe. Je n'insiste pas: ou que je la mette, elle continuera d'exister et je continuerai de sentir qu'elle existe; je ne peux pas la supprimer, ni supprimer le reste de mon corps, la chaleur humide qui salit ma chemise, ni toute cette graisse chaude qui tourne paresseusement comme si on la remuait à la cuiller, ni toutes les sensations qui se promènent là-dedans, qui vont et viennent, remontent de mon flanc à mon aisselle ou bien qui végètent doucement, du matin jusqu'au soir, dans leur coin habituel.
    Je me lève en sursaut: si seulement je pouvais m'arrêter de penser, ça irait déjà mieux. Les pensées, c'est ce qu'il y a de plus fade. Plus fade encore que de la chair. Ça s'étire à n'en plus finir et ça laisse un drôle de goût. Et puis il y a les mots, au-dedans des pensées, les mots inachevés, les ébauches de phrases qui reviennent tout le temps: "Il faut que je fini... J'ex... Mort... M. de Roll est mort... Je ne suis pas... J'ex..." Ça va, ça va... et ça ne finit jamais. C'est pis que le reste parce que je me sens responsable et complice. Par exemple, cette espèce de rumination douloureuse:
    j'existe, c'est moi qui l'entretiens. Moi. Le corps, ça vit tout seul, une fois que ça a commencé. Mais la pensée, c'est moi qui la continue, qui la déroule. J'existe. Je pense que j'existe. Oh! le long serpentin, ce sentiment d'exister - et je le déroule, tout doucement... Si je pouvais m'empêcher de penser! J'essaie, je réussis : il me semble que ma tête s'emplit de fumée... et voila que ça recommence:
    "Fumée... ne pas penser... Je ne veux pas penser... Je pense que je ne veux pas penser. Il ne faut pas que je pense que je ne veux pas penser. Parce que c'est encore une pensée."
    On n'en finira donc jamais?
    Ma pensée, c'est moi: voilà pourquoi je ne peux pas m'arrêter. J'existe par ce que je pense... et je ne peux pas m'empêcher de penser. En ce moment même - c'est affreux - si j'existe, c'est parce que j'ai horreur d'exister. C'est moi, c'est moi qui me tire du néant auquel j'aspire: la haine, le dégoût d'exister, ce sont autant de manières de me faire exister, de m'enfoncer dans l'existence. Les pensées naissent par derrière moi comme un vertige, je les sens naître derrière ma tête... si je cède, elles vont venir la devant, entre mes yeux - et je cède toujours, la pensée grossit, grossit, et la voilà, l'immense, qui me remplit tout entier et renouvelle mon existence. (...)
    Je suis, j'existe, je pense donc je suis; je suis parce que je pense, pourquoi est-ce que je pense? je ne veux plus penser, je suis parce que je pense que je ne veux pas être, je pense que je... parce que... pouah!
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  • Par chartel, le 18 décembre 2007

    Si je pouvais m’empêcher de penser ! J’essaie, je réussis : il me semble que ma tête s’emplit de fumée… et voilà que ça recommence : « Fumée… ne pas penser… Je ne veux pas penser… Je pense que je ne veux pas penser. Il ne faut pas que je pense que je ne veux pas penser. Parce que c’est encore une pensée. » On n’en finira donc jamais ?

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  • Par Orphea, le 03 décembre 2012

    Si je ne me trompe pas, si tous les signes qui s'amassent sont précurseurs d'un nouveau bouleversement de ma vie, eh bien, j'ai peur. Ce n'est pas qu'elle soit riche, ma vie, ni lourde, ni précieuse. Mais j'ai peur de ce qui va naître, s'emparer de moi -- et m'entraîner où ? Va-t-il falloir encore que je m'en aille, que je laisse tout en plan, mes recherches, mon livre ? Me réveillerai-je dans quelques mois, dans quelques années, éreinté, déçu, au milieu de nouvelles ruines ? Je voudrais voir clair en moi avant qu'il ne soit trop tard.
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  • Par colimasson, le 17 mai 2014

    S’il arrivait quelque chose ? […] Par exemple, un père de famille en promenade verra venir à lui, à travers la rue, un chiffon rouge comme poussé par le vent. Et quand le chiffon sera tout près de lui, il verra que c’est un quartier de viande pourrie, maculé de poussière, qui se traîne en rampant, en sautillant, un bout de chair torturée qui se roule dans les ruisseaux en projetant par spasmes des jets de sang. Ou bien une mère regardera la joue de son enfant et lui demandera : « Qu’est-ce que tu as là, c’est un bouton ? » et elle verra la chair se bouffir un peu, se crevasser, s’entrouvrir et, au fond de la crevasse, un troisième œil, un œil rieur apparaîtra.
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